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CHAPITRE XVII

Encore une Étoile qui file, file, file et disparaît

Mme Blanche Derock, après la visite que nous lui avons vu faire à celle qu'elle croyait ê(re la veuve d'un riclie Hollandais, était rentrée chez elle ; elle avait surpris son mari dans l'assoupissement malsain qui avait suivi son exaltation et ses désirs amoureux, puis elle était revenue dans son appartement, où elle était restée jusqu'au jour, en proie à la plus profonde, à la plus amère douleur.

Le lendemain m.itin, au moment du déjeuner, le mari et la femme se rencontrèrent dans la salle à manger; Blanche avait caché, sous une physionomie d'emprunt, à l'aide d'une toilette aussi aitrayante que charmante, les ravages que la douleur avait, faits en elle.

Richard aussi était fatigué; mais, comme il lui arrivait souvent de passer la nuit entière au travail et de descendre le lendemain las et brisé, il n'avait rien fait, ce jour-là, pas plus que les jours précédents, pour dissimuler sa fatigue.

Av3c le grand jour, un éclair de raison avait traversé la cervelle de cet homme entraîné vers le mal.

Quand il s'était retrouvé en face de sa femme qui, jusque-là, ne lui avait pas fait le moindre reproche, qui ne se plaignait de rien, qui lui souriait encore, il fut pris d'un sentiment qui ressemblait au remords ; il eut honte de lui et se dit qu'il était un malheureux d'avoir ac.cepté le dévouement tout entier de cette femme, aussi charmante que pleine de mérites, d'avoir pris son existence pour en faire l'ombre de la sienne, d'être devenu, au nom de l'amour qu'ils avaient eu l'un pour l'antre, l'arbitre de ses destinées et de lui avoir tout repris, puisqu'il lui avait retiré son atfeciion qui faisait la meilleure part de ses joies.

Un moment, Richard Derock eut un sincère regret de l'action commise par lui et, s'il avait pu d'un mot etlacer ce qui avait été flit, faire dispaïaîire ce qui avait existé, il est très-probable qu'il serait revenu tout d'un coup à l'époque où sa femme et lui vivaient dans une commune affection, la main dans la main, pleins de confiance en leur avenir, parce que, dans le présent, ni l'un ni l'autre n'avaient rien eu à se cacher.

Mais il n'est donné à personne d'effacer les heures vécues, d'oublier ce qui a été; pourtant Richard s'approcha de sa femme ; il prit une de ses mains mignonnes dans les deux siennes et, penilant qu'il y appuyait ses lèvres, il lui disait :

— Pourquoi, Blanche, avez-vous cet air chagrin? En dépit des sourires que, par charité pour moi, vous appelez sur vos lèvres, je sens que votre esprit n'est pas heureux; voyons, Blanche, ne souffrez pas; songez, mon amie, que parfois la pensée d'un écrivain s'égare en maints endroits où son cœur ne pourrait

i.ADi 1,1 i;m; i.t i/ammiii

vivre : affaira dn ouriosili^, mn rh^ro, non do plus ; ntissi la fcmnin qu'on adore, vous, pjii' r.\eni|tlo, quand il s'n^it dr moi, ne dnvrail jamais s'aflliger de ces fupucs (|iii sont du domaine de l'art el point de celui de ralTeclion. IMancho lépondit doneoment :

— Jo m'arni^e, en eiri'l, mon ami, et beaucoup plus que j(; ne voudrais vous le laisser voir ; nous avons élr heureux, hien heureux, votre femme surtout, puisqu'elle regrette les jours écoulés, tandis que vous en faites assez peu de cas pour chercher d'autres distractions, d'autres joies et d'autres plaisirs que ceux que nous apportaient ces belles heures perdues.

Mais ce que je redoute avant tout, c'est que Henri Derock, l'écrivain connu de tous, perde la renommée qui lui était acquise; c'est qu'il oublie son travail, les luttes de la pensée et de l'étude ; ce que je crains, mon ami, c'est que vous ne soyez pas heureux à l'avenir, comme j'avais rêvé el désiré que vous le fussiez toujours.

— Ma ehére, reprit Uichard, que cette discussion commenrait à fatiguer, ne laissez pas votre imagination se créer des chimères et soyez persuadée que, à notre bonheur intime, nul ne saurait jamais toucher aussi longtemps que vous voudrez bien en être la gardienne.

Blanche écoulait Uiehard qui, en dépit des paroles qu'il prononçait à ses oreilles prévenues, savait à quoi s'en tenir ; aussi fut-ce d'une voix calme mais triste qu'elle répondit :

— Moi, Richard, je ne ferai jamais défaut à mon devoir et je ne laisserai pas non plus s'échapper votre bonheur de mes mains, auxquelles -vous l'avez conllé ; pourtant, mon ami, je dois vous prévenir qu'il viendra un moment, et ce moment n'est pas loin, où vos joies ne seront plus à ma portée ; vos satisfactions seront tellement lointaines que je ne saurai plus avoir sur elles aucune influence ; je ne suis déjà plus pour vous que l'amie, l'amie constante, fidèle, quoique aflligce ; bientôt, Uichard, je ne serai même plus cela, parce que vous redouterez sinon les plaintes, je ne saurais en aucun cas vous en faire entendre, du moins les conseils que je croirai devoir vous donner pour sauver ce qu'il y a de glorieux et de noble en vous, l'homme de génie et de talent, celui qui ne devrait jamais oublier, pour rien ni pour pcsonne, que, en recevant des mains de Dieu le don qui lui fui fait, il a aussi accepté des devoirs auxquels il ne saurait faillir sans être doublement responsable, presque criminel.

— Mon Dieu, que vous êtes grave el sévère, ma petite Blanche, tenta de dire M. Derock, qui voulait ramener la conversation sur des sujets moins pénibles pour lui. •

— Je ne saurai jamais l'être assez, Richard, reprit la jeune femme, ne fût-ce que pour vous rappeler que vous devriez l'èlre un peu plus que vous ne l'êtes vous-même.

— Adorable prêcheuse î lit Derock.

— Depuis combien de temps, Richard, n'avez-vous pas pris votre plume, cette plume que vous aimiez tant et de laquelle, vous le savez, j'étais si profondément respectueuse que je n'y aurais pas plus touché que le prêtre ne le fait du tabernacle ?

Maintenant, Richard, celle plume si chère, vous l'avez abandonnée; vous avez rompu avec vos heures de travail, ces heures dont pour rien au monde, moi qui vous adorais, je n'aurais voulu troubler le silence sacré. ^

L'ADULTIiRE ET L'AMOUR

Ce dont j'ai peur, Richard, ce que je redoute, ce que je vois arriver avec effroi, c'est le moment oii vous fuirez entièrement l'étude et où l'inspiration vous tournera le dos ; de ce moment-là, vous deviendrez tout simplement un Monsieur quelconque, et j'en ai l'àme en deui!.

Oui, ce jour-là, je dois vous l'avouer, j'aurai un chagrin mortel. Mais vous, Richard, vous, quoi que ce soit qui vous puisse advenir à la suite de ce désastre, vous ne vous le pardonnerez jamais et vous serez malheureux sans retour ; il est des étoiles dont on ne rompt pas la course impunément, et la gloire est de ce nombre.

Richard venait d'être touché en plein cœur, en pleine vanité surtout, et, semblable à un de ces chevaux de sang qui, épuisés, finis, entendent la voix de celui qui les a menés aux courses triomphales et victorieuses pendant que leurs flancs résonnent sous les brutalités d'un coup de fouet vulgaire, pareil à ces chevaux qui retrouvent des forces pour pousser un dernier hennissement, pour reprendre^ quelques instants encore, le trot élégant et fameux qui les avait faits les rois du turf, Richard leva la tête et, regardant Blanche pendant que ses yeux se mouillaient de douces larmes, il lui disait :

— Ne craignez rien, ma chère, oh ! ne craignez rien. L'art et moi nous sommes indissolublement unis ; c'est lui qui m'entraîne parfois en des études qui vous affligent; rompre avec ce qu'il vous plaît appeler ma gloire, oh ! jamais, jamais !

— Mon pauvre ami, continuait Blanche, il est des ruptures qui viennent peu à peu sans qu'on s'en doute ; on croit quelquefois n'avoir rien fait pour briser avec les choses et avec les gens auxquels on était le plus étroitement unis, mais on se trompe : le fossé s'est creusé, profond, terrible et de telle sorte que rien, dans l'avenir, ne peut plus le combler. Prenez garde, Richard, la gloire est une maîtresse jalouse qui ne pardonne que bien difticilement, si ce n'est jamais, les traîtrises qu'on peut avoir commises à son endroit.

Richard avait courbé le front ; il sentait que sa femme lui disait vrai et, quoiqu'il ne voulût pas en convenir, avec elle du moins, il reconnaissait que Blanche avait raison : l'inspiration ne pardonne pas les heures qu'on lui dérobe ; la gloire n'oublie pas davantage les jours qu'on a passés au service d'une autre maîtresse qu'elle.

Il aimait son art, la chose était incontestable, cl l'art le lui avait assez rendu pour qu'il attachât quelque prix à ce qu'il avait à en attendre encore ; un moment, mais un moment seulement, il vit le goufl're où l'entraînaient les coquetteries de Lia Rhinland ; il comprit, comme dans un éclair, que cette femme s'était attaquée à sa vanité, à ses désirs charnels et que, de toutes ces mauvaises passions réunies, il en était résulté pour lui un aveuglement complet.

Un moment, en effet, il s'était dit :

— Si je continue à marcher dans celte voie, je suis un homme perdu ; Blanche a raison : mon cerveau fuit le travail constant qui est une chose saine ; mon esprit échappe à l'analyse, au labeur, pour se jeter dans le rêve mauvais, dans les désirs inassouvis, dans les joies matérielles qui usent et brisent un homme sans profit pour son avenir, sans bénéfice surtout pour son œuvre.

Pendant quelques instants,. Richard se figura qu'il était devenu comme un objet d'indifférence, peut-être même de pitié pour les hommes de son temps, alors que jusque-là il avait été un objet d'envie, presque d'admiration pour eux

LADULTKUK KT LAMOfU

tous, cl il (II! pour de relie vie lerne el nouvelle qui Tallendail dans Tobseurilé vulgHire de la masse ininlelli{^rnle.

— HIanclie ! s'écria-l-il, Mlanehe, sauvez-moi, de {^tAcc ! ay.»z pillé de moi, mon aime, lendez-moi la main pour que je sorle du goufTre où je m'(^lais laissé loniher ; ayez piiic^ de voire mari, ma elirre IVmme ; reprenez-le comme vous le possédiez aitlr»r(tis, il y a quelques jours seulement ; gardez-moi à l'avinir drs reneonlres mauvaise».

J'ai i^ié faillie, e'esl vrai, j'ai même él<^ criminel, si vous le voulez, mais ne me faites point porter la peine de mes laiHes : sauvez-moi. lilanclie, sauviz-moi ! vous qui des mon bon ange gardien.

Mme Deroek crut, pendant quelques heures, (pi'il lui était encore possible d'arraclier à sa ruine et à sa perle cet homme qu'elle avail tant aimé, cet homme qu'elle avait espéré pouvoir aimer loule sa vie; elle l'allira donc tout près d'elle pendant qu'il se laissait faire comme un enfant qui a demandé, qui implore son pardon.

— I{t'[)renez voire travail, mon ami, lui disail-eMe ; vous aviez une œuvre commencée, autant que j'ose m'en souvenir; elle éiait honnèe et Naillanle, atlelez-vous à sou achèvement ; c'e>l là que vous reprendrez des forces, le courage et l'indépendance qui vous font défaut.

— Non, non, le travail est impuissant en face de moi, pour le moment du moins, dii-il ; je sens que je ne dois pas éire seul avec ma pensée; emmenezmoi, Blanche, partons ! allons-nous-en faire un long voyage ; relournons aux colonies, dont vous èles arrivée comme un ange vient du ciel pour m'aimer, pour me sauver el pour ôlre à côlé de moi lorsqu'il me faudrait retirer de l'abîme-.

F*ai'ions, Blanche, parlons vite ; c'est le séjour de Paris qui m'est fdial, je le sens bien, je vous rallirme !

Pendant qu'd disait ces quelques mots à sa femme, Richard ajoutait, tout bas el pour lui seul :

— C'est le voisinage de cette femme qui me perd, qui me perdrait à tout jamais si je ne rompais pas brusquement ; c'est elle qui me domine el me possède, puisque je me reconnais impui.ssant à la fuir avec l'aide de ma seule volonté.

Blani;he venait de coiupreudre aussi que c'était de Lia que Bichard voulait se séparer.

Du moment où il lui avait dit que son amitié ne lui ferait jamais défaut, elle venait d'ajouter, dans le secret de sa pensée :

— Sauvons-le de celle femme pour lui-même, puisque je ne saurais plus jamais le sauver pour moi. L'amour mort est le seul sentiment qu'on ne fera jamais revi\re.

A dater de ce moment, Blanche s'appliqua, avec une grandeur et une charité sublimes, à panser les plaies qu'une élrangère avait failes non-.<-eulement au <œur, mais surtout au cerveau de son mari ; sœ ir de charilé. elle ne s'appliquait plus qu'à soulager cet homuie qui, pour elle, avait été l'univers entier dans sa plus ample, dans sa plus sublime, dans sa plus tendre maiiife-.taliun ; eu ce qui la concernait, elle savait bien que tout était Uni à tout jamais.

Richard lui avait témoigné le désir de partir pour les colonies ; elle avait compris que. en effet, l'absence était le premier remède qu'elle devait apporter à la maladie qui dévorait le corps de l'homme et lame de l'écrivain.

Le lendemain malin, elle fit dDuc tout préparer as'ec une activité vraiment fébril*^

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pour un dppart prochain ; la crise était aiguë, il ne fallait pas s'attarder en des minuties qui auraient absorbé un temps précieux ; pour y porter un remède utile il fallait brusquer la mise en roule.

Les domestiques, les fournisseurs, elle mit tout sur les dents. Que lui faisaient les autres ! que lui importait la dépense pour gagner quelques heures ! rien ne lui coûtait ; elle s&ntaitque le malade qui s'était remis à elle en lui indiquant le remède qu'il fallait apporter à ses douleurs était mortellement atteint ; pourtant elle voulait le sauver à tout prix ; pour cela faire, elle ne quittait pas son mari d'une seconde, donnant des ordres à tout le monde pour qu'on bouclât vivement les malles.

Quelques amis étaient venus les voir, et, ayant appris leur prochain départ, ils le répétèrent si bien partout que le soir même tous les journaux parlèrent de l'absence que Richard Derock allait faire ; plusieurs même affirmèrent que c'était pour écrire une œjvre sur certaines de nos colonies françaises que l'éminent romancier quittait momentaném'^nt Paris avec sa jeune femme, etc., etc.

— ïl méfait ! s'écria Lia [\hiulani, qui avait été assez étonnée de n'avoir pas vu depuis quarante-huit heures l'homme sur lequel elle avait pris un si grand empire.

Il me fuit : voilà tout ce qui cache son voyage ; mais, avant qu'il ait trouvé le moyen de quitter Paris, je l'aurai reconquis, je me le jure ! ce n'est point Lia Rhinland que l'on abandonne ainsi qu'on le ferait d'une vulgaire grisette.

Après s'être ainsi promis de prendre une éclatante revanche du semblant d'abandon dans lequel Richard l'avait tenue depuis deux jours, la jeune femme prit un bout de papier et écrivit seulement ces quelques mots :

« 0 esprit aussi cruel qu'autoritaire et charmant ! cœur oublieux, âme légère ! n'avez-vous pas compris que vous étiez tout pour moi ? N'avez-vous pas deviné que sans vous l'existeuce n'avait plus sa raison d'être pour la pauvre Lia ? Faut-il que j'en sois réduite à vous dire : Je vous aime de toutes les forces de cet être que vous cotia tissez, vous, et qui ne se connaissait pas lui-même il y a quelques semaines seulement !

» Je ne puis, je ne veux, je ne saurais vivre sans vous voir, ne fut-ce que quelques secondes.

» Lia, son cœur, sa jeunesse, sa beauté, tout se meurt !... J'ai décidé de regagner la Hollande ; il faut que je m'éloigne de vous, je dois vous fuir; sans cela, je le sens, je serais à vous toujours, quand même, en dépit de mon honneur et de ma réputation, dont je vous ferais le sacrifice.

» Je pars donc pour ne revenir jamais ; miis je ne saurais le faire sans vous avoir vu, sans vous avoir une fois encore serré la main.

» Venez, je vous attends, ne me laissez pas vous maudire en m'éloignant.

» Lia. »

Cette lettre une fois écrite, Mme Rhinland courut chez Mme de Saulieu, qui l'avait présentée chez Richard Derock, et ce fut avec des réticences habiles et des mines de chatte câline qu'elle lui dit :

— Il est indispensable, chère Madame, pour éviter de grands malheuas dont je ne saurais aussitôt vous faire la confidence, il faut, vous m'entendez bien, il faut que vous alliez chez M. Richard Derock et que vous lui remettiez ce mot à lui-même; sa femme fùt-elle là, elle ne doit rien voir, rien savoir.

— Mais, ma chère enfant, je ne sais vraiment pas, dit xMme de Saulieu en

ïà

L'AUULTKIii: KT [/AMnni

proiianl un petit air pudibond qui allail i)icn h ses cheveux Mancs et à ses traits poiiiliK, jt' ne sais pas si je puis me jn r.netlrc une pareille démarche, une action semblable !...

— Comment. Madame ! du moment que jo viens vous le demander avec une pareille insislaïue, reprit I.ia on alTocl ml une allure lellctnent eolltl monté que Mme de Sanlien se lit d'amers repiotlies d'avoir, un seul instant sciilemf'nt. soupçonné d'inconséquence une femme si parfaitement correcte.

Néanmoins, Mme de Saulicu se fit encore un peu prier, plutôt pour la lorme que pour autre chose, et seulement de manière k pouvoir s'acfjuérir des droits nouveaux h la reconnaissance de Mme lUiinland.

Enlîn, de guerre lasse, la vieille dame sonna sa camériste, se fit accommoder pour sortir et, prenant la lettre de la jeune femme, elle la cacha dans un de ses gants, qu'elle ne mil qu'à moitié pour la mieux dissimuler, et se rendit chez

Richard.

Lia RliinlanJ, après l'avoir accompagnée jusqu'à la voiture qui devait la conduire place Vintimille, tout en lui faisant mille recommandations cl en lui affirmant qu'elle n'oublierait jamais de sa vie le service qu'elle lui rendait, Lia rentra vivement ciicz elle pour s'occuper de sa toilette ; ce soir-là, elle voulait donner le coup de gràci à Uichard Derock, qui avait eu l'inqualifiable audace de son'^er à la fuir alors qu'elle avait encore quelque chose à terminer avec lui el avant qu'elle lui eût donné son congé.

— Vraiment, se disait la jeune femme en mirant son visage adorable dans la »lace de sa toilette pendant que ^a femme de chambre arrangeait ses cheveux et qu'une autre lille à son service sortait, pièce à pièce, des grandes armoires et ies boites parfumées, le linge garni de dentelles qu'elle allait mettre loul à l'heure , la robe dont elle allait se vêtir, les bijoux dont elle allait se parer.

Vraiment, disait-elle, ce serait déplorable que je vinsse débuter sur le théâtre du monde pour y recueillir un insuccès dès mes premiers pas ; non, non, je ne saurais en aucune occasion accepter une chose semblable ; j'aurai le dessus, et il ne sera pas dit que je serai passée seulement comme un éclair dont on oublie vite la lueur dans l'existence de cet homme.

La jeune femme avait calculé le temps qa'il fallait à Mme de Saulieu pour aller à la place Vintimille, pour causer avec M, Derock, pour attendre, au cas où sa femme serait là, le moment propice pour lui glisser sa lettre et pour revenir chez elle une fois toutes ces choses accomplies.

Elle avait aussi calculé qu'il faudrait quelques instants pour venir jusqu'à elle et avant pour se débarrasser des insistances affectueuses que sa femme, trèsprobablement, déploierait pour le retenir auprès d'elle.

Donc, elle s'était dit qu'elle pouvait employer tout ce temps-là à se faire belle, car, ce soir-là surtout, il fallait qu'elle fût irrésistible, son honneur y était enizasé. Débuter par un échec, jamais !

L'appartement particulier de la jeune'femme, dans lequel elle avait donné des ordres pour qu'on introduisit M. Derock dès qu'il arriverait, était un merveille; Lia venait de faire mettre partout des fleurs et des lumières, des lampes avec des 'ylobes dépolis, dont la clarté ne pouvait blesser l'œil ; des parfums pénétrants avaient été répandus par elle sur les tapis et sur les meubles; il fallait que tout concourût à la victoire de Lia.

La mère de la jeune fille, qui venait d'être appelée par elle pour jeter le der.

èjiw

Cet homme est fou! Cet homme est fou (page 183)

nier coup d'œil sur toutes ces choses, l'avait doucement embrassée au front afin de ne rien changer à l'édifice d'une sainte et savante coiffure ; alors, réellement satisfaite de tout ce qu'elle avait été appelée à voir, de tout ce qui avait charmé ses regards, elle disait à Lia en se retirant :

— Tu es une merveille ! tu es digne de moi et des soins dont j'ai entouré ta jeunesse.

Pendant que ces choses se préparaient dans l'hôtel de Lia Rhinland, il se jouait une comédie d'un autre genre chez Richard Derock.

Mme de Saulieu venait de rentrer ; sa visite n'avait rien d'insolite, d'autant (4 plus que le bruit du prochain départ de l'écrivain avait été répandu dans le

26me livraison

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6me 3ÉR1E

inond»' grftc-R k l'indisiT^lioii (l«vs joiirdJiiix; il «Mail tout nahirol (in'on vint savoir ce (pi'il y avait <l«* vrai ou dv f»ii« il»n» Ue hmut de son proL'Iiain départ dont ses ainiî* s't'iiUTlrnairnt.

MnitMle Siulii'ti tnmva Rlanche tn^s-aff lirée en vuewdes prép.iratils du voyage qu'on allail entreprendre.

Vraiment, dit-elle, vous parlez donc; ï C'est pour de bon ? Je n'an voulais

rien croire, ma loi ! ma (^lière .M olame. Je cours serrer la main de vofre mari ; il est dans son cabint^, n'est-ce pas ? Je vous laisse à vos occmpation-* d'emballeur ; je ne m'assieds même pas ; je sais par expérience ce que sont les voyages.

Kl tout en causant, pendant (pie Woie Derock cberchait h débarra-ser ses bras ."-es maicjs d'un las d objets pri^cieux qu'elle (•n>yail utile d'cmporicr avec elle, ne fiit-c-i qie p )ur cliuMner U-bis les rr'girds de son mari, Mme de Sau'iieu avait ds.aru ; elle était déjà chi^-M. O/rock, dont elle pressait les mains en disant encore :

K^-ce bien vrai que vous nous quitt-z ? Mais c'est affreux î nott« sommes

ici, et vous le savez bien, un las de pauvres fem^aes qui aitendioos vos livres avec cette impatience du cœur qui ne saurait se décrire ; qu'allons-nou.i devenir en votre »b«*eoetJ ?

Puis, cinjy tnt le morû««Ë propice (il l'éiailen eff^lj, Mme de Sawlieu venait de ffli^ser, die sa auiia d&fts e*ttiB de Uichard Derorli„ la lettre miiwisoute que la jeune rcii^i^ a««ft mauI préparée afin qu'elle pùc être donnée saaa être aperçue de qui Qpi» ee fML

xMme dtà S.millMB» ta adoie temps, di-a'r tout bas- :

Preoea, llkMKaMvèfiement cette leUre pour éviter uxk ffamétÊÊÊ^mÊt \

Ces deiraitfs BMls «caitnL été prouonc-s d'une telle fax^M. anse mm énergie si active iiMiiqiMi CiMiltnMi:, que Rchtrd crut sérieifsement ^ftt ifÊÊÊ^fm calamité allait lui ètift appose par ce bout de papier.

Blanche «tivait dans le cabinet de soa mari, ne voulant pa»^ b «hère créature le laiâï$«r94Wâ l'iafl leoce d'aucua espriJ^ étranger 9m é»è«rs ctw sien ; la cau.oci'ie devii!' le les iruii» persoiuies (|M èlawat réunies là,

c'est-à-dire qu ^ ^ ■. '[^^ voyaufc. Maie de Saitlin^ ipw avait adroi-

tement accompli la mi>>i u i "it ou l'avait càarjçée, se leva, prtt ci>agé du mari et de la feuime, affinnauL qu elle ne voudrait, pour riea au monde, être indiscrète et que, au uioment d'un départ, toute visite, elle le savait, «nait fâcheuse.

— De quel côté allez-vous ? demanda Richard dont la voix tremblait légèrement.

Pendant que les deux femmes échangeaient entre elles de banales politesses, il avait eu le temps d'ouvrir la lettre qui lui avait été remise et d'en prendre connaissance.

Pour cela, il avait été dans un angle de son bureau où, tout à l'heure, il rangeait une masse de papiers dont il tenait à se faire suivre ; le papier froissé, la lettre lue n'avait point attiré l'attention de sa femme ; c'était ce qu'il

voulait.

Je vous demande pardon, reprit aussitôt l'écrivain , si ma question est

indiscrète; mais c'était tout bonnement pour vous offrir une place dans ma voiture ; j'ai besoin de sortir quelques instants; je cours chez mon éditeur auquel il faut que je remette certaines choses promises avant de quitter Paris.

Je rentre chez moi, au faubourg, et votre question n'a rien d'indiscret, ^

L'ADULTERE Eï L'AMOUR

cher Monsieur ; au contraire, elle est courtoise puisqu'elle m'évitera d'aller chercher un fiacre semblable à celui que j'avais déjà pris pour venir vous voir.

— Je croyais que vous ne sortiez pas ? mon ami, lui demanda Blanche, dont l'esprit venait tout à coup d'être mis en éveil, elle ne savait trop par quoi, ce qui ne l'empêchait pas d'être effrayée à propos de Richard.

— Pardon, ma chère, il faul que je me débarrasse de tout cela. Et, de la main, Richard montrait à sa femme un paquet et des pages écrites qu'il avait ramassées à la hâte et qu'il était censé porter chez son éditeur.

— Allez donc ! lui dii-elle, puisque vous en avez ainsi décidé, mais ne restez pas longtemps ; je suis inquiète aussitôt que vous n'êtes plus à mes côtés.

— Enfant ! murmura Mme de Saulieu dont l'âge permettait cette appellation familière et presque caressante, enfant ! A-t-on idée d'une chose pareille ! s'inquiéter de labsence d'un mari !...

— Oui, Madame, et je l'avoue hautement, répondit Blanche d'une voix tellement sérieuse que Mme de Saulieu en fut frappée.

Cependant Derock arrivait ; il avait été chercher son chapeau, son pardessus; il otïnt vivement la main à la visiteuse et la conduisit jusqu'à son coupé qu'on avait attelé rapidement.

— Qu'y a-t-il ? Madame, demanda Richard à Mme de Saulieu aussitôt qu'il fut seul avec la vieille femme.

Mais celle-ci était une trop fine mouche pour se jamais vouloii compromettre ; aussi répondit-elle, de l'allure la plus indifférente qu'elle put trouver dans son répertoire :

— Je ne sair^ rien et ne veux pas en savoir davantage ; on m'a priée de vous remettre une lettre afin d'éviter un grand malheur ; je n'ai point questionné la personne qui me l'a remise, la sachant très-honorable ; veuillez ne pas me questionner non plus ; allez à vos affaires, cher Monsieur ; jetez-moi en passant à la porte de mon logis, puisque vous avez bien voulu me l'offrir, et... à revoir 1

L'émotion à laquelle Ruhard était en proie ne pouvait échapper à l'œil de lynx de la vieille dame ; elle avait donc hâie de le quiiter, ne voulant sous aucun prétexte se mêlera des affaires qui ne le regardaieni pas ; du côté des femmes, passe encore ; il y a toujours quelque chose à gagner, du moins elle le pensait ainsi quand elle songeait à l'accueil qui lui était fait dans les plus élégants salons parisiens, en raison même de ce qu'elle chaperonnait 9t patronnait la belle et ri( he Hollandaise.

Richard déposa donc Mme de Saulieu à sa porte et, vivement, il se fît conduire chez Lia Rhinland.

Elle l'attendait.

Aussitôt que le valet qui l'avait annoncé eut laissé retomber la portière et eut fermé la porte derrière lui. Lia prit un air d'élégie pendant qu'elie tendait la main à Richard.

— Adieu ! lui dit-elle, adieu ! voilà tout ce que j'avais à vous dire, tout ce que je voulais aussi entendre sortir de vos lèvres.

Richard venait d'être reconquis tout entier !

11 avait eu grandement raison, lorsqu'il avait dit à sa femme que ce qu'il y avait de plus terrible pour lui c'était Paris, puisque Paris était la ville dans laquelle il devait fatalement rencontrer encore Lia Rhinland.

Elle le regardait de ces yeux de vierge sous la paupière desquels élincelaient

I/ADULTKIU: HT LAMUUll

los l'onvoiliscs et les ardeurs de la courtisane ; elle enveloppait entièrement cet homme dti fliiidr aiilorilairc, irn'*si.stil)li', qui sW'happait d'»'ll(î, cl p(;ndanl fjii'clle lui disait adieu ! adieu î elle rivait, plus solide et plus clroilcmcul que j.uiiais, le collier d'esclavage qu'elle lui avait mis au cœur.

Uuc seconde avait sulVi pour faire tout ouMicr à Hicliard cl, pcndâul que Lia répétait doucement adieu ! adieu ! il s'était jeté à ses genoux, qii'il entourait de ses deux bras, pendant que d'une voix aiïoléc il s'écriait :

— Partir, me (juillrr? jamais, Lia! n'y compte/ f)as ; je vous aime, je vou^ adore, je suis fou de vos beautés, possédé par vos charmes; est-ce que je pour" rais vivre si je n'étais pas à vos côtés ? Ah ! Lia, vous ne partirez pas !

— .Te ne sais pas... je croyais... il le faut ! reprit-elle ; moi non plus je ne saurais vivre de l'existence qui m'est faite ; je vous l'ai dit... je m'ignorais, je m'ignore encore à demi, je le sens bien ; il est nécessaire que je m'en aille tout de suite; Paris n'est pas assez grand pour nous contenir tous les deux, alors que tout nous sépare si étrangement et si complètement.

Ah ! si nous pouvions passer nos jours, la main daas la main, côte à côte» toujours près l'un de l'autre, certes je ne demanderais pas autre chose au Dieu clément dans les mains duquel sont les destinées heureuses ; mais, hélas! c'est impossible, je dois partir, je pars ! adieu !...

En entendant la jeune femme affirmer sa volonté par ces derniers mots dits d'une voix presque ferme, Richard s'était relevé et il avait pris Lia dans ses bras ; il la serrait énergiquement contre sa poitrine, comme si le premier de tous les raisonnements avait été, pour lui, de s'emparer d'elle, de la retenir, de la garder. L'idée de la possession matérielle avait pris le dessus dans la nature de cet homme et rien ne pouvait le faire rompre avec elle. Garder Lia, puisqu'il la tenait dans ses bras, il ne voyait rien en dehors de cela.

A dater de ce moment où elle lui dit: adieu! comme si c'eût été la dernière parole qu'il dût jamais entendre tomber de ses lèvres, il ne voulait plus la quitter.

Dire tous les mots tendres, passionnés et fous qu'ils échangèrent, ce serait difficile ; les mots d'amour forment si vivement de gros volumes qu'on ne saurait les écrire sans employer un temps infini ; ces choses-Kà se pensent, se disent, se murmurent d'oreille à oreille, de lèvres à lèvres, mais cela se raconte difficilement'; que ceux qui ont aimé se souviennent, ils sauront bientôt de quel ordre étaient les paroles qui s'échangeaient, en foule, entre Richard et Lia.

Que ceux qui ont été trompés se rappellent aussi de la traîtrise ; qu'ils se souviennent de toutes les formes qu'elle avait revêtues pour les mieux égarer, et ils sauront de même quelles étaient les phrases éprises que marmottait Lia aux oreilles du mari de Blanche.

Les heures s'écoulaient; depuis longtemps déjà la nuit était venue et Richard ne songeait point à partir; Lia se serait bien même gardée de lui dire de s'en aller ; pourtant, tout en laissant sa main dornrir abandonnée dans la sienne, elle en revenait à murmurer de temps à autre cette menace qui mettait Richard hors de lui :

— Je dois partir, il le faut ! puis, pour calmer, pendant quelques minutes seulement, l'esprit de cet homme au cerveau duquel elle voyait accourir la folie, elle parlait de choses étrangères à leurs amours, ou du moins de choses

avaient l'air de ne pas s'y rapporter, quoique tout y revînt fatalement et presque sans détours.

— Songez, disait-elle à Richard, que le nom que je porte a toujours été honoré, que pas un scandale ne Fa mis en évidence, que pas une honte ne l'a souillé !...

En raison même du nom qui m'a été donné par un honnête homme, vous le voyez, il faut que je parte ; sans cela, il adviendrait de moi ce qui est arrivé de cette malheureuse femme qui était du monde aussi, qui peut-être était de vos amies , qu'on va juger demain ou après-demain, je crois, et qui va voir le racontage de ses amours traîné devant un public sans pitié, de cette femme qui entendra un avocat lui jeter au visage toute la boue dans laquelle elle s'est laissée tomber ! Je sens, Richard, que cette femme doit être profondément malheureuse et j'ai peur, en restant ici, de me préparer un sort semblable au sien.

— Elle est d'autant plus malheureuse, en effet, que cette femme est une j sainte, reprenait M. Derock ; elle a eu le maiheur d'appartenir à un misérable dont elle a accepté de partager l'existence ; d'un misérable qui, probablement à cette heure, tente une affaire d'argent avantageuse pour lui en traînant sa femme ! devant un tribunal qui n'a rien à voir dans une existence aussi incontestablement i pure que l'a toujours été celle de Mme de Rleutz.

— Vous la connaissez donc beaucoup, cette femme ? Vous étiez probablement j son confideat et votre femme était son amie, poursuivait Lia qui, après avoir ) conduit Richard Derock sur le terrain où elle voulait l'amener, ne songeait plus qu'à achever l'œuvre pour laquelle elle avait été payée en partie d'avance. )

Elle reprenait donc tout haut :

— Je suis persuadée que toutes les pièces que cette pauvre créature fournira pour sa déftînse dans le procès qui lui a été intenté ont été commises à votre garde affectueuse ?...

Richard ébauchait un geste de dénégation, mais Lia poursuivait, d'une voix pleine de pitié :

— Oh ! ne me dites pas non ; je serais si heureuse de vous savoir si profondément généreux, si entièrement secourable pour une pauvre femme que son amour a conduite à l'oubli de tous ses devoirs! Richard, ne vous défendez pas de cette noble action, car il est vraiment grand et magnifique de défendre les opprimés, de porter secours aux faibles, de ne pas laisser écraser une malheureuse femme qui n'a commis d'autre crime que d'aimer aveuglément.

— Certes, reprit Richard, si je pouvais défendre Mme Hélène et la sauver des mains de ceux qui l'attaquent et la poursuivent, je le ferais ardemment; je l'estime et je l'aime beaucoup, ainsi que vous l'avez dit ; mais, hélas ! pour sa défense, je n'ai rien, absolument rien, rien que les sentiments d'honorable affection qu'elle a su inspirer à tous ceux qui la connaissent, à tous ceux qui ont vécu près d'elle, ne fiit-ce que quelques instants.

— Mais vous avez tort, Richard, grandement tort, je vous l'affirme; comment, celte femme est attaquée, elle est poursuivie, vous dites que vous avez de l'affection pour elle et vous ne faites rien pour la défendre ? Mais songez donc que dans la vie d'une femme il y a mille choses qui peuvent lui servir : des lettres, des actes ; que sais-je, moi, ce que l'on peut ramasser pour le produire au tribunal qui doit la juger. Et vous n'avez songé, ni vous ni ceux qui l'entourent et qui l'aiment à lui faire un appui de ces choses, toujours précieuses en

pareil cas? Ah ! vous êtes impardonnables, je vous l'affirme une fois déplus.

LADii/rKm-; kt i/amouk

— C't'st vrni. lums Hvons eu lorl, ol moi ppiil-èlro plus qii«' lonl mitre, rfif i'(''l«is (Ml siliialMiii (le faire pour Muu; IIi'Ic'mic ce que beaucoup n'oserout j>rohablonieiil pHs a<*(*omplir.

— liitn Mir 't repreiiRil Lia ; m vous ni ses autpffi amis?...

Kl la ji'iinc r.nimo resta un cerlain temps sur la lin de sa phrase comme sur un point (rinlcrro^riilion.

— hirn vrai ? IVrsonnr de vous, vous u'ftvez rien ?

— Uien que je sache, reprit Kicl)îir«l; Uenjarnifi Jaooh, qui e.^l un des èlrcs les plus dM(>u<\s (jue je c«tni»ais-e et qui aime d'une aniilié aussi respectueuse qu'ardente et lendre Mme de hlculz n'a r»en non })liis, car s'il avait eu quelque arme dans sa main contre le malheureux qui ne craint pws de jeter l'insulte au visage d'une feinme auhsi pure (|ue Mme H(''h''ne, (l'^s-cerlainement il l'aurait dit et, à nous deux, nous nous seriims tnipressés de lui venir en aide.

— Kn dehors de M. Iieuj«iniu Jacoh et de vous, celle mallieircuse jeune femme n'a-t-elle donc porsonue qui s'intéresse à sa fortune?

— Si ; il lui reste encore un vieillard honoraMe entre tous : An bt(»ise Heaupuy. Mais j'ai tout lieu de craindre que, semblahl» meut h Meiij/Mniu Jacob et à moi, il n'ait auvime pièce capable de friire sortir Mme Hélène de prison, pas plus que de l'innocenter; sans cela, il l'aurait déjà fait.

Richard parlait d'abondance de cœur, en toj.te fianeliise, ne se doutant môme pas du pié^e qu'on lui tendait, si bien que L'a était entièrement persuadée qu'il lui di>ail la venté.

Ce n'élait donc ni chez les uns ni chez les autres de ces trois hommes qu'il fallait maintenant chercher les pièces que, à tout prix, voulait retrouver M. de Bleutz.

Lorsque Lia Rhiuland eut fait impunément (elle venait d'en acquérir la preuve) tout ce qu'elle pouvait et devait faire pour le compte de l'honime qui la payait, elle ne songea plus qu'à elle et à la possibilité de se venpfcr de Hichard qui avait voulu la fuir, en même temps que de Blanche qui n'avait pas craint de venir jusque chez elle, espérant encore pouvoir lui arracher son nian.

Ce que Lia éprouvait à l'eucoulre de Blanche Deroek était un étrange et multiple sentiment qui pouvait se résoudre ainsi : une viaie hoiiie de tille, haine irraisonnée, mais ai dente, haine qui n'avait pas sa raison d'èire puisque cette femme qu'elle se croyait en droit de détester si profondément ne lui avait jamais fait de mal ; c'était peut-être bien pour cela qu'elle lui en voulait si fort.

Au fait. Blanche était belle ; elle était jeune, riche, honorée; elle vivait entourée de l'estime de tous sans avoir rien fait pour conquérir toutes ces choses, rien que de naître dans un milieu où elle les avait trouvées enfouies dans son berceau.

Elle était do la race des femmes qui disent, eu parU^nt de celles qui resoemblent à Lia Bhinland : Les malheureuses !...

El c'était en raison de toutes ces eho>es qu'elle lui en voulait, à elle surtout, puisqu'elle avait résolu de lui p-endre son mari pour en faire le jouet du caprice d'une heure et qu'elle, Mme Blanche, elle avait osé, au nom de ses droits d'épouse, se mettre eu travers de «'.elte fnnlaisie de cocotte audacieuse.

Lia en voulait vraiment à M ne Dero^ k de tout le mal qu'elle lui avait fait, de tout le mal qu'elle espérait bien lui faire encore.

Les regards de la belle Hollandaise avaient si bien mis l'esprit et le cœur de Richard à l'envers qu'aussitôt que la jeune femme ne lui parla plus de Mme Hélène

il n'y pensa pas davantage ; la sirène était là près d« lui ; le mot d'adieu qu'elle lui avait lancé en plein cœur lorsqu'il avait franchi Ja porte de son boudoir paraissait avoir été oublié de même aussi bien par l'un que par l'autre, et maintenant ce n'était plus de leur séparation qu'ils causaient.

De déduction en déduction amoureuse, après avoir déploré traîtreusement le malheur qui atteignait Mme Il-^lène, absolument comme si tout ce qui pouvait atteindre une femme éprise la blfssait personnellement, Lia en élaii revenue à porter une oreille éprise aux phrases passiomiéds, aux prières ardentes et folles que lui adressait Richard.

Il lui fallait, à cette fille, pour que ses satisfaction'^ fussent complètes, il lui fallait rompre à tout jamais l'union qui existait entre Blanche et Mme Derock ; c'était la vengeance qu'elle s'était promise; elle la voulait atteindre tout entière pour la savourer sans restriction.

Le lit de repos sur lequel elle était à demi étendue était placé de telle sorte que la lumière n'y arrivait que tamisée an travers des grandes feuilles des arbustes qui encombraient son retrait charmant.

Richard, irrité, énervé, fou d'amour charnel, cherchait, d'une bouche avide, les lèvres de Lia, et la jeune fille se reculait toujours, toujours un peu plus, pour faire désirer davantage ce baiser qui fuyait, sans cruauté, mais qui n'en fuyait pas moins.

Tout à coup, au moment où Richard croyait avoir obtenu la faveur suprême d'un entier abandon, lorsque Lia, souple comtna un roseau, venait de se laisser aller à son bras et que son souffle parfimé se mêlait au souffle de Richard, elle jeta brusquement sa tête aux cheveux d'or par côlé et se prit à rire, d'un rire sîrident, glacial, moqueur, pendant que d'une voix pleine d'amertume, presque de haine, elle reprenaïf, rompant le doux silence à l'aide des notes mélalliques qui, parfois, se trouvaient dans son organe enchanteur :

— Allons, Richard, vous êtes un habile comédien; je voulais m'en rendre compte; je suis édifiée, maintenant ; mais je vous ai joué tout de même; vous avez cru que, parce que vous étiez un écrivain grisé de vos succès, toutes les femmes allaient vous adorer et tomber à vos genoux ? Quelle folie !

— Tais-toi ! tais-toi ! disait Richard, espérant pouvoir imposer silence à cette femme qui brisait en lui des cordes d'une sensibiliié si grande qu'il lui semblait que tout se rompait dans son être et qu'il touchait aux portes de la mort en en sentant les dernières et cruelles douleurs ; tais-toi, je t'en prie, tu me fais horriblement souffrir, lui disaiî-il; je t'aime de toutes les forces de mon âme; ton amour est ma vie; ne joue pas avec ce sentiment plus fort que toi, plus fort que moi-même ; la douleur que tu me fais éprouver est si grande que je ne saurais la supporter longtemps sans commettre quelque horrible action.

— Mais je ne joue pas, ou plutôt je ne joue plus, reprit Lia; de ma vie, je ne fus plus sérieuse. J'ai voulu taire avec vous une expérience de coquetterie ; la tentative a réussi au delà de mon espérance. Mais, maintenant, veuillez le croire je vous ai dit la vérité tout entière ; cette vérité, la voici : je vous trouve étrange^ quoique vous ne m'amusiez pas du tout !...

— Mais je t'aime ! reprenait Richard ; je t'aime avec toutes les forces de mon être ; je t'aime follement autant qu'ardemment ; laisse-moi t'aimer et le le dire sans me froisser par des paroles blessaLtes ; ne me dis rien, tais-toi ie t'adore !.,. ' ' J

^ — Pauvre homme ! fit Lia sans changer le son de sa voix qui était devenu

LADULTKHli KT LA.MOUK

) anlipalhiqiie, si^cho, volontaire el sans pil»(^, pauvre homme ! vous ne savez vrai- ^ ment pas comprendre les choses qu'on vous dit sans détour. ( — T«is-toi, je t'aime ! poursuivait Hichard.

) — Mou cher monsieur Dcrock, je vous l'ai dit une fois, je daigne vous le répéter encore : vous passiez pour un esprit conquérant, pour un don Juan de la i plume; on affirmait que les femmes devaient toutes èlre à votre merci pour écou- I 1er les arrêts que vous voudriez bien rendre en amour, les études dont vous j dicteriez les résultats k propo: du sentiment.

) Je suis une enfant gâtée, vous avez dû vous eu apercevoir ; je suis une femme j que l'on recherche, que l'on adule parce qu'elle est riche, jeune et peut-être j moins laide qu'une autre.

Je me trouvais doue dans une position totiie spéciale, et vous voudrez bien le ! comprendre, pour faire à propos de vous une étude toute parliculière ; je l'ai i faite, celte étude de laquelle il ressort pour moi et pour toutes celles que je < ne laisserai point dans l'ignorance à ce propos, que vous êtes absolument semi blable à tous les hommes, avec un grain de vanité en plus.

Hichard était arrivé au paroxisme de l'amoureuse folie; il lui fallait Lia, il la lui fallait, coûte que coûte, tendre, amoureuse, empressée, abandonnée tout entière ; il n'y avait plus ni réilexions, ni convenances, ni formes !.,. rien à respecier, rien à redouter; l'exaltation de la passion le tenait tout entier en le dominant ; il lui fallait un aliment à ce désir dévorant; le crime même ne l'aurait pas arrêté.

Lia reprenait de sa même voix moqueuse :

Que je vous aime !... Allons donc, pauvre homme ! faites vos pelits livres

bien tranquillement pour exalter le cerveau des femmes qui se laissent guider par des paroles étaliez vous repailre de tendresses réglementaires et permises dans votre intérieur bourgeois.

— Lia, je meurs ! tu me tues, mon adorée ! par pitié, par grâce, aime-moi ; laisse-moi t'aiuier surtout; j'y vois rouge, Lia, prends garde !...

Que je prenne garde ! à quoi? Allons donc ! murmurait la jeune fille qui

venait de se redresser, superbe, fiôre, implacable ; comprends, homme aux passions étroites et vulgaires, toi qui t'amuses à perdre tes heures dans l'analyse de désirs dont on peut écrire riiisloire sans que la censure y trouve à redire ; comprends, homme au cerveau borné, a l'àme restreinte, à la passion réglementée ; comprends, si tu en es capable, que je suis la llamme de l'amour, pour être sa plus active essence ; mon corps de neige recouvre des foyers ardents ; mais regardemoi bien dans les yeux, une seule fois, si tu l'oses, et, après cela, devine-moi, si tu le peux! ce dont je ne te crois pas capable.

Je suis l'amour qui amène la folie, la rage, le délire ; il faut m'airaer jusqu'à en mourir, ou ne m'aimer jamais ; je suis le gouffre des tendresses ardentes, passionnées, et tu crois que je pourrais aimer Thomme d'une autre femme, celui qui écrit, sur de pelits morceaux de papier, ce qui se passe dans son esprit étroit, de manière à pouvoir en euficimmer, dans la mesure permise, les désirs et l'imagination des autres hommes !

Non, mon pauvre Richard, non ! je ne saurais vous aimer, car vous n êtes que

le valet d'un public absurde, d'éditeurs mercantiles et le très-humble serviteur

d'une femme qui commande elle-même ses dîners et fait, dans l'ombre du logis,

les comptes de sa cuisinière et de la blanchisseuse.

Laissez-moi ! vous me lassez ! . . .

Les paroles volent, ies écrits restent (page 93),

Richard s'était relevé aussi et, prenant Lia par les deux épaules, il entrait ses doigts nerveux dans cette chair blanche et résistante autant qu'un beau marbre.

Il approchait ses lèvres brûlantes de ce visage empourpré sur lequel couraient, tout à la fois, l'éclair des yeux, la Hamme de la bouche purpurine, pendant que d'une voix entrecoupée, haletante, il prononçait des paroles pleines de menaces.

■— A moi ou à la mort ! périsse l'univers s'il le faut : mais tu m'appartiendras ! . . .

Il le faut, je le veux! tu m'as rendu fou, tu partageras ma folie ou nous mourrons ensemble !...

Les rubans de satin, les dentelles légères du vêtement de Lia avaient été dénoués, déchirés, arrachés dans cette lutte de la passion contre la science infer-

27m* LIVRAISON

Reproduction formellement interdite

LADULTHIIK KT LA.MOLll

nalc lie celle femme, cl la gorge splendidc de Mme Rhiuluinl apparaissait sans erilravcs «l sann voiles, de mtVntî (jue ses bras el ses épaules sciilpuiralcs, aux regards an\)lés de ecl homme «jui se mourait de désirs inassouvis.

— Jamais ! disait-elle entre deux ricanements cruels et moqueurs, «ju'elle interroinpiil pour dire encore : jamais !... jamais ce corps vierge ne sera ta proie; lu munijucs de gramleur et de passion, lu es trop \ulgaire pour poshéder «n paieil trésor.

El la jeune fille essayait non de luir enlièrement, mais de reculer peu à peu, espérant ainsi g»gner l'une des portes secrètes de son boudoir et se dérobe au moineul où cet li<»inine eroiruil la mieux atl« indre, la posséder tout enlièf emenl.

Mais il était trop tard : elle avait eomplé saiis le déeliaiiieuienl des passions maUrielles qu'elle avait éveillées chez cal homme qui la tenait embrassée et qui pélrissail de ses doigts le marbre superbe de son coîps merveilleux.

Au moment où elle disait encore jamais ! po:ir répoudre à ses paroles d'amour, il s'écriait, d'une voix rauque, la passion étranglant la voix dans sa gorge :

Meurs donc î car tu m'appartiendras, vivante ou trépassée, et tu n'appartiendras jamais (|u'à moi.

La main de Uicliard venait de s'emparer d'un poignard élégant, ce qui ne l'empècliait pas d'être dangereux; ce poignard était sur une étagère, un de ces dressoirs sur lesquels les femmes du monde de Lia se plaisent à entasser des bibelols précieux, des armes àv. grand prix.

Ce poignard brillant, à la lame triangulaire, avait attiré l'œil de l'écrivain, et sa maiii s'en était brusquement emparée avant qu'il eût songé à l'acte qu'il allait accomplir.

Avant qu'il eût achevé de dire à Lia tu mourras pour ra'appartenir vivante ou trépassée,. il avait enfoncé la lame aiguë dans le corps de la jeune fille.

Mnis, grâce à un mouvement de recul qu'elle venait de l'aire, car, souple comme une couleuvre, dont elle avait moralement toute la nature, elle avait glissé à demi sous la main de Richard, si bien que le coup de poignard qui la devait atteindre en pleine poilrine avait déchiré son épaule, effleurant sa gorge, et avait été ressauter sur son bras.

Lia venait de faire entendre un cri déchirant; la douleur physique avait dompté cette nature essentiellement personnelle et sensible ; alors, se laissant choir, éperdue, abandonnée, elle avait échappé aux mains de Richard.

Le sang qui avait jailli, splendide, riehe, vigoureux, de ses veines, qui en étaient généreusement remplies, avait éclaboussé Richard jusqu'au visage.

Alfolé d'amour ainsi qu'il l'était, il crut avoir tué celte femme dont la possession lui avait fait monter le délire au cerveau ; il se pencha vers elle, baisa longuement ses lèv. es décolorées, sur lesquelles la syncope étendait son souffle glacial et, se relevant après ce baiser dans lequel il avait mis toute son âme, il retira l'arme de la plaie qu'il venait de faire et, traaqaillemenl, il écarta le vêtement qui recouvrait sa poilrine et, après y avoir cherché l'enJroit où battait son cœur, il y entra bravement l'arme meurtrière jusqu'à la garde.

Richard battit l'air d'une main pendant que l'autre, un instant crispée sur le manch 3 du poignard, s'ouvrait et retombait inerte quelques secondes après ; puis son corps tombait à la renverse, comme un bloc, sans lutte, sans tressaillement, sans convulsions : tout était dit pour lui !...

• Le cri qu'avait poussé Lia, lorsque l'arme aiguë avait déchiré sa chair, avait À, été entendu jusque dans les appartements occupés par sa mère ; celle-ci accou

rait, ne sachant ce qui se passait chez cette fille qui était devenue sa joie tout entière et sur laquelle reposait le bonheur de son orgueil malsain.

La mère avait entendu un cri de douleur et d'effroi ; elle accourait en toute hâte.

Une des portes dissimulées sous les tentures, qui sont comme les confidentes et les nécessités des maisons de ces femmes, venait de s'ouvrir et la mère entrait sans bruit, tenant un candélabre à la- main, comme s'il n'y avait pas eu assez de lumières dans ce boudoir éclairé à giorno pour lui faire voir ces deux corps étendus côte à côte, répandant leur sang sur les fleurs éclatantes des tapis qui recouvraient les parquets.

La mère ne poussa pas un cri, ne fit pas un geste inutile ; elle se pencha doucement vers Lia et mit la main sur ce cœur façonné par elle pour l'existence qu'elle lui avait préparée ; le cœur battait irrégulièrement en raison de l'émotion à laquelle la jeune femme venait d'être en proie, mais il battait.

D'un coup d'œil, cette femme calme vit que, par leur situation même, les blessures n'étaient pas dangereuses ; elle chargea sa fille sur ses bras et regagna doucement la porte par laquelle elle venait d'entrer; puis elle sortit en emportant le corps abandonné de Lia Rhinland.

Une fois rendue dans la chambre qu'elle occupait elle-même dans son propre hôtel, qui, pourtant, avait changé de nom, elle étendit sa fille sur son lit et, revenant au petit boudoir dans lequel Richard était encore dans la même position, elle agita bruyamment toutes les sonnettes pour faire accourir les valets.

— Allez, dit-e!le au premier qui se présenta, allez prévenir le commissaire de police que cet homme vient de se tuer, de se blesser peut-être seulement et que l'intendante de Mme Lia Rhinland le prie d'accourir ; sa présence est nécessaire ici.

Les domestiques s'empressèrent d'aller exécuter les ordres qu'ils venaient de recevoir; d'autres restaient là, ébahis, craintifs, muets, n'osant pas s'approcher de cet homme qui ne donnait plus aucun signe de vie.

Dins les accidents de cette sorte, il est rare q'ie les valets ne soient pas aussitôt pris de prudence et d'effroi ; ils n'aiment pas à se mêler aux choses dont ils ne doivent retirer auciin profit et qui pourraient peut-être les compromettre.

Le commissaire accourut accompagné de ses agents; il avait amené avec lui un docteur ; d'après le racontage dés gens qui étaient venus le chercher, il savait qu'il y avait mort d'homme, peut-être pas tout à fait, mais, en tout cas, blessures graves.

En celte occasion, la présence d'un médecin n'était point inutile.

Pendant que le médecin s'approchait du corps étendu à terre et sans mouvement, pendant qu'il constatait que la mort avait été instantanée, le commissaire de police faisait, pour ainsi dire, un inventaire, un état des lieux ; il interrogeait aussi les valets qui, n'ayant rien vu, ne pouvaient pas lui dire grand'chose.

Après cela vint le tour de la femme de charge, qui avait eu le temps de courir à sa fille, de la faire revenir à elle et de lui glisser à l'oreille ces quelques mots :

— Dis que cet homme voulait te faire violence. La lettre que tu lui avais écrite et qu'il avait dans sa poche, j'ai eu le temps de m'en emparer : la voilà.

Et la mère, après l'avoir montrée à Lia, cachait sur elle la missive que nous connaissons et qui avait motivé la visite de Richard.

— Charge-le autant que tu voudras ; je crois pouvoir t'affirmer qu'il est mort; il ne pourra donc plus te contredire.

L'ADULTÈUli ICT LAMUUU ' v^

Je suis la ^'uuvornanle, lun iiUcndanlc, point ta mère ; toutes nos pièces sont en ordre de ce côté-là ; lu dois ôlrc, sois donc liia Hliitiland, la veuve d'un riche Hollandais.

Maintenant, ne perds pas la carte ; quand nous serons seules, nous nous expliquerons plus et mieux.

I.a fraycurr qui, jointe à la douleur, avait fait jtcrdrc l'esprit et le sentimenlà la jeune lille, s'était pour ainsi dire entièrement efTacée, grâce aux paroles que venait de prononcer sa mère et à l'influence que celle femme possédait sur sa liUe.

Les blessures que la jeune fille avait reçues étaient douloureuses, profondes, mais elles n'étaient pas de nature à lui faire perdre la présence d'esprit qui venait de lui être rendue.

La femme de charge de la riche étrangère fut mandée par le commissaire de police ; elle se rendit aussitôt auprès de lui et, prenant l'allure simple et modeste qui convenait à la situation qu'elle occupait dans ce somptueux logis, elle répondit dans le style et dans le sens que nous savons, puisqu'elle ne devait être, aux yeux de tous, que la première servante de la jeune femme.

De ce côlè-I«i, le commissaire était entièrement renseigné, du moins il le croyait.

Alors, aceoinpai^iié i\i médecin qui venait de constater la mort de Richard Derock, il se rendit dans l'appartement de Lia Hhinland, du moins dans celui qu'elle occupait momentanément chez sa mère.

La jeune femme répondit au milieu de syncopes qui, tout en étant jouées, n'en avaient pas moins leur raison d'être ; dans son état. Lia, disons-nous, parla adroitement dans le sens que lui avait indiqué sa mère, et, comme ce qu'avaient dit les deux femmes séparément se complétait et faisait un tout très-vraisemblable, le commissaire pensait à part lui :

— Voilà un suicide, un meurtre, qui s'expliquent d'eux-mêmes et tout à fait par la force des choses ; ça ne nous donnera pas grande besogne.

Les gens du parquet, prévenus, ayant trouvé sur Richard Derock des papiers consistant en cartes et en lettres qui affirmaient nettement son identité, décidèrent qu'un commissaire aux délégations irait aussitôt annoncer l'affreuse nouvelle à Mme Derock et lui apprendre le malheur qui la frappait.

C'était une triste commission ; mais les commissaires aux délégations sont habitués à tant de choses que celui-là, après être venu, une fois encore, reconnaître la parfaite identité du trépassé, descendait l'escalier du somptueux hôtel de Lia, pendant qu'une femme, la tête recouverte d'un voile épais, le montait précipitamment.

Après avoir écarté d'un geste brusque les valets, qui avaient tenté de s'opposer à son entrée dans ce logis, elle marchait à grands pas.

— Quelle est celte femme ? demanda le commissaire aux délégations, qui venait d'avoir comme la prescience que ce pouvait bien être celle chez laquelle il se rendait.

Et, l'arrêtant dans sa course précipitée, il lui demanda, en se découvrant devant elle pour saluer le malheur pour le moins autant que la femme :

— Qui êtes-vous. Madame, qui êles-vous?...

La nocturne visiteuse, d'un geste plein de fierté et de brusquerie, releva son (Cy voile et, pendant que son visage apparaissait pâle, défait, crispé par l'anxiété,

* iV. ay J^

elle répondait, d'une voix au fond de laquelle tremblaient des larmes qu'elle essayait en vain de retenir :

— Je suis une femme qui vient chercher ici son mari. Oh ! je sais bien que cela peut paraître étrange; pourtant je sais qu'il doit être ici : je le sens, je le devine ! j'ai mille raisons pour affirmer qu'il y court de grands dangers ; ne vous mettez donc pas entre lui et moi ; par pitié, laissez-moi passer ; mon cœur ne saurait me tromper : Richard est ici ; il est ici, vous dis-je î...

Le commissaire venait de faire signe à un domestique d'avoir à lui ouvrir la porte d'un des salons de cet appartement où la police, en raison de ce qui venait de se passer, commandait en maîtresse.

Le valet s'empressa d'obéir, et le commissaire, prenant Blanche par la main, lui dit :

— Venez, Madame, venez ; je suis un ami de M. Derock ; suivez-moi ; je ne saurais m'opposer à la recherche que vous faites de votre mari ; venez. Madame, votre démarche me semble toute naturelle.

Blanche se laissait conduire, mais elle regardait de droite, de gauche, tout en prêtant une légère attenîionàce que lui disait cet homme qui affirmait être des amis de Richard ; ce qu'elle cherchait, c'était son mari ; ce qu'elle voulait rencontrer, c'était l'homme qu'elle avait si profondément aimé, qu'il aurait été bien difficile qu'elle ne l'aimât pas encore ; que lui faisaient les convenances, la forme ; Richard lui avait dit :

— Sauvez-moi, Blanche, sauvez-moi ! partons !...

Et depuis le moment où, pour sortir avec Mm.e de Saulieu, Richard s'était éloigné d'elle, la malheureuse femme ne vivait plus ; les craintes les plus horribles s'étaient emparées d'elle ; l'esprit et le cœur inquiets, troublés, elle s'était mise à la recherche de Richard qui ne revenait pas, quoique, depuis longtemps déjà, l'heure à laquelle elle était en droit de l'attendre eût sonné.

La solitude est une triste conseillère, et Blanche était seule depuis longtemps chez elle; les heures se succédaient ; elles sonnaient lugubrement, remplissant son logis d'effroi, les unes après les autres, et la nuit s'écoulait aussi.

Minuit était passé, une heure aussi venait de se faire entendre, lorsque, n'y tenant plus et croyant toujours entendre résonner à ses oreilles la voix de Richard qui lui avait dit : Sauvez-moi, Blanche, sauvez-moi ! elle se figura qu'il l'appelait encore à son secours ; alors, jetant un voile sur sa tête, un manteau sur ses épaules, elle était partie à pied, seule, la nuit, et sans avoir fait de plan pour le retrouver.

Sans préméditation aucune, elle était arrivée tout droit à l'hôtel de cette femme qui lui avait volé le cœur de l'homme qu'elle avait aimé, qu'elle aimait encore, quoiqu'elle n'attendît plus de lui le moindre bonheur.

Et les portes, qui avaient été laissées enlr'ouvertes pour laisser passer la police et ses agents, lui avaient permis de pénétrer jusqu'à la dernière antichambre et de gravir l'escalier où nous l'avons vue se rencontrer avec le commissaire de police aux délégations judiciaires.

Maintenant elle était seule avec cet homme dans un grand salon à peine éclairé, vu qu'il n'y avait que la lampe que venait d'y déposer le domestique qui leur en avait ouvert les portes.

— Vous êtes bien Madame Derock, la femme de M. Richard Derock l'écrivain ? demandait le commissaire à Blanche.

— Oui, Monsieur, oui ! mais que vous importe ? Puisque vous êtes un des ^

L Ai)i:i/n:iiK kt i;a.mouii

amis de Hicliard, conduisez-moi vers lui; c'est lui seul que je viens chercher ici, c'est lui <iu'il me faut voir tout de suilc.

— l'crmcllez, Madame, reprenait le commissaire, il est vrai que M. Derock est venu i(;i, ce soir; il lui est môme arrivé un accident et lorsque vous êtes venue je me rendais chez vous pour vous en instruire.

— Il est blessé, ilcst mort peut cire?... celte femme l'a lue, s'écria Blanche, en se levant du siège où le commissaire l'avait pour ainsi dire forcée à s'asseoir; il m'avait dit: Blanche, sauvez-moi ! et je ne l'ai pas sauvé !...

— Madame! je ne sais pas encore, poursuivait le commissaire, mais enfin il vient de recevoir une horrible blessure; de plus, il parait que c'est lui qui se l'est faite.

Venez, de grâce, venez avec moi, je vais vous accompagner chez vous : une fois que vous serez un peu j)lns calme, je vous raconterai coi ment les choses se sont passées, puisqu'il faut bien que vous finissiez par tout apprendre ; jf; comprends, au reste que vous teniez à connaître, dans tous ses détails, l'horrible malheur qui vons frappe ; aussi ne vous cacherai-je rien, mais partons d'ici, permeltez-moi de vous reconduire chez vous.

— Mort ou vivant, je veux le voir ! c'est mon devoir, c'est mon droit ! fit-elle. l"]t celle fois-ci se relevanl, froide cl pâle, elle se dirigea vers une des portes

du logis*, bien décidée qu'elle était à les ouvrir toutes, à fouiller cette demeure entière, pour y trouver soit mort, soil vivant, ainsi qu'elle venait de le dire, l'homme qu'elle était venue y chercher.

Le commissaire voulut Tempècher d'aller plus loin; il avait, à plus d*un titre, pitié de cette femme que toutes les douleurs venaient atteindre, car il était vraiment aussi pénible qu'humiliant, pour elle, de venir chercher le cadavre de son mari, dans la maison d'une femme pour laquelle ce même mari venait de se tuer.

Mais, à son tour. Blanche demanda à l'homme qui était à ses cAiés et qui l'empêchait d'aller plus loin : Qui êles-vous ? Monsieur, pour vous interposer, ainsi que vous le faites, entre mes volontés et leur accomplissement ?

Eu voyant celle femme si tranquille, en apparence, si décidée à ne se btisser arrêter par rien, ni par personne, celui auquel elle s'adressait, lui répondit :

— Je suis. Madame, un commissaire de police aux délégations judiciaires ; j'ai été appelé dans celle maison, en raison même de ce qui vient de s'y passer. • — Alors, Monsieur, puisqu'il en est ainsi, accompagnez-moi ; je veux voir mon mari; vous êtes le représeutani du droit et de la loi ; la loi est pour moi, puisque je suis Mme Derock, et il vous incombe de faire respecter mes droits d'épouse : je vous requiers, Monsieur, et je vous affirme, une fois encore, que ma Volonté bien arrêtée est de me rendre, dans cette maison, auprès de mon mari ; je veux le voir ! . . .

Le commissaire s'inclina devant cette volonté si énergiquement exprimée, et ouvrant lui-même les portes il conduisit Blanche dans le boudoir sur le tapis duquel était encore le cadavre de Richard Derock. . .

La jeune femme avançait d'un pas lent, sans que ses yeux quittassent le visage d^j?rij^me, depuis quelques heures, de celui qui l'avait quittée en lui mentant pour venir traîtreusement, et à son insu, chercher, dans ce logis, un trépas sans gloire, une honteuse dernière heure.

Elle se pencha sur ce front glacé, y appuya ses lèvres pour y donner le baiser de paix, le baiser de pardon, puis elle se releva et s'adressant au commissaire, elle ajouta :

^cpC'^^ ^.^^^^^^^^^^^^ ;^3-^x

— Veuillez, je vous prie, Monsieur, donner des ordres pour qu'on ramène chez lui Richard Derock ; je ne veux pas, moi à qui ce corps appartient, qu'il reste une seconde de plus dans cette infâme maison !

En attendant le lendemain et les décisions nouvelles que le parquet aurait à prendre à propos de ce qui s'était passé, le commissaire crut devoir accéder aux désirs que manifestait cette femme si cruellement éprouvée.

En effet, il s'empressa de donner des ordres pour que le corps de Richard Derock fût rapporté dans son hôlel.

— Blanche voulut suivre à pied la voiture qui emportait les restes de l'écrivain célèbre, dont le trépas allait laisser une place libre à la concurrence des gâteux, plus chargés de prétention que de talent.

Maintenant elle n'avait plus que des devoirs à accomplir, elle n'avait plus qu'à aller jusqu'au bout de son douloureux calvaire et elle en poursuivait toutes les stations avec un calme effrayant, tant elle mettait de mesure et de raisonnable apparence à tout ce qu'elle accomplissait.

A la suite du drame qui s'était passé chez Lia, après le scandale qui venait de s'attacher à la jeune veuve du millionnaire Hollandais, la mère de la jeune femme, toujours sous le voile humble et modeste de la femme de charge, fit, à celle qu'elle appelait sa noble maîtresse, des relations nombreuses et sérieuses du côté des affaires étrangères.

Elle comprenait qu'un exil de quelques années ne pouvait être que profitable à sa filie et à leur commune fortune.

L'hôtel dans lequel nous avons vu se passer le drame horrible qui avait coûté la vie à l'un des plus éminents romanciers de nos temps fut loué, un boa prix, à l'un de ces princes étrangers qui viennent, pour un teraps^ faire grand tapage aux Chauips-Elysées, sur les boulevards, dans nos grands restaurants en renom, pour finir parfois en cour d'assises, quand ce n'est pas plus haut et plus loin; à moins qu'ils ne s'éteignent, tout d'un coup, comme des météores à contre-flamme.

Pendant ce temps-là, Lia Rhinland et sa mère faisaient une tournée dans les cours étrangères, dans celles oîi des princes pour de boa accueillaient les deux aventurières, comme des dislraciions aussi charmantes que coûteuses; ils les recevaient dans leurs capitales, fort sevrées de plaisirs royaux ou princiers, comme une joie qui leur était due.

L'histoire de l'écrivain, mort d'amour pour la belle Hollandaise, mettait fort en relief les charmes de celle-ci, et nous connaissons trop la grande habileté de la mère, pour n'être pas bien persuadé qu'elle en sût tirer le plus avantageux de tous les partis.

A Paris, la mort de Richard fit beaucoup de bruit; nous l'avons dit, il tenait une grande place parmi les premiers, et l'étrangeté môme de son trépas avait réveillé, autour de lui, de vastes sympathies.

Blanche avait accompagné le corps de son mari jusqu'à sa dernier demeure ;

l'autopsie avait démontré que cet homme s'était tué lui-même, en même temps

que les blessures qui furent examinées et constatées sur le corps de Lia disaient,

par leur position, qu'elles avaient été faites avec la même arme et par la même

) main, c'est-à-dire par la main de Richard.

j Cet homme s'était donc tué par amour, par désirs ardents et fous, disaient

quelques-uns, si bien qu'au bout d'un certain nombre de semaines on répétait,

j comme un proverbe : Mourir d'amour comme Derock ; puis, uo peu après, on ne

(^ parlait déjà plus de Richard

2H; LADULTKUK KT LAMOUH

Les éditeurs avaient chcrclié d'autres romanciers, les journaux avaient trouvé

d'autres IVuillelonisles, et un autre scandale avait pris ia place de celui-là. j

lilanciie seule se souvenait. j

Lorsque llélrne de Hleutz fut acquittée, nous l'avons vue venir l'attendre à la >

porte du palais de justice ; sa douleur nr lui avait pas l'ail oublier les devoirs de |

l'aniilié et, pendant un certain nombre de mois, elle vécut triste et solitaire dans \

son hôtel, muré à toute idée extérieure à toutes fêles mondaines, voyant senle- ) mont, et à (l(^ rart^s intervalles, Hélène et ses fidèles amis.

Tuis, un beau jour, elle annonra qu'elle parlait en voyage ; l'hôtel fut clos )

tout à fait et on n'entendit plus parler d'elle. j

La conclusion nous dira ce quelle avait été t'iirc. )

CIIAIMT!;!-: XVIII

Je les empêcherai d'avoir des Rides au Front.

A la suite de l'arreslation d'Henri Beurth, que la Perle continuait, pour ne point froisser ses propres vanités, à appeler Henri de Bleutz, la femme à la mode avait réuni, autour d'elle, ce qui lui restait de bons amis, et, de ce nombre, se trouvait le marquis de Timor.

Ce qui s'était passé avait un pou fait oublier la fameuse rencontre à laquelle il s'était si habilement soustrait ; néanmoins, poursauvegarder les apparences, pour avoir les bénéfices de son absence; pour jouir de cette intéressante position d'un héritier qui vient de ramasser beaucoup de billets de mille francs à la suite de la mort d'un vieux parent, M. de Timor portait un large crêpe à son chapeau et s'était vêtu de noir de la tète aux pieds, non-seulement pour témoigner des regrets qu'il éprouvait, mais surtout de la respectueuse déférence qu'il conservait pour l'homme dont il possédait, maintenant, lesécus et les terres.

Deux personnes qui n'avaient pas oublié que le voyage de M. de Timor avait [ retardé une affaire d'honneur, à laquelle leur nom avait été mêlé, c'étaient mes- , ) sieurs Pierre de Konidek et Placide de Charvailles. j

\ peine eurent-ils appris le retour du marquis qu'ils se rendirent che^ lui, j pour savoir ce qu'il avait décidé à propos de sa rencontre avec le peintre qui avait osé s'attaquer à un homme d'aussi bonne maison que l'était le marquis;

M. de Timor se doutait bien que ses deux témoins ne lui laisseraient ni cesse

L'ADULTKLIE ET L'AMOUR

.rOanefliii voyait pas peulemeut lo bout du nez (page 9J).

iii repos avani que rairairô-cAlété lirée au clair, selon qu'elle le devait être ; aussi avait-il envoyé diïe, par son fidèle valet, que, pas plus tard que le lendemain matin, le marquis priait ses deux amis de venir déjeuner chez lui, afin qu'ils pussent causer, tout à leur aise; de ce qui les préoccupait fort tous les trois.

Ayant ainsi gagné encore toute une journée, le marquis était allé chez la Perle, avec laquelle il avait à s'entretenir, voulant obtenir d'elle des renseignements exacts sur ce qui s'était passé.

Selon ^^ qu'il apprendrait là, il saurait comment il devrait agir à l'avenir; aussi préparef^-il ses batteries en conséquence.

La Perîe avait été entièrement renseignée, non-seulement par sa mère qui s'était

Reproduction for rncllcmcnt in (a/dite

6* SIÎRIB

>:.^ L'I^ . I M" I 11 II' I I l.'AMULll

fail lin m.iliii plaisir de lui rnconler ce rjiii s'était passé an tril»nnal, mais encore parce qu*tf»llH-mème s'était nÏHe en courHf»<5, y mettant aussi rortnmes «^«*ns qni siMlisaifnt Brs uruis soim iprMexic qu'ils étaient h» ' '' *' et bicnlôt

l'existence passét' de W. de filtujt/ n'eut pln-^ île m

Avoir été trompée par un pfrt«(lMi de e«tte e«pèoe 1 s être donnée à lui ! avoir tout saerirfié pruir lui v«i»»r en aide et ohlenrr un pareil réBullat de lionte, c'était k en niDurrr de dépil ; si bien qu'elle ne pouvait se le pardonner à elle-même, quelque ji' '" qu'elle fYil à son éjijard.

lue seuU . i. ■ o la calmait relativement : c'était de pouvoir se dire : — Après tout, je pois bien, avoir été roulée par ce gueux-U, moi qui ne suis qu'une cocotte, la lille d'une ç^rua vulgaire, et pus maline du tout, pulnque Mlle de Tremples, une l'emme du monde, ri-lie, bien posée, parfailement apparentée et conseillée, s'y est lawsé prendre tout comme la Ferle !...

Klle fut voir le jufj^e d'instruelion ampiel était eonfi'' " "'' î*lier>ri Beurlh, car non-seulement le parquet le poursuivait pour lui ; i .î les comptes

qu'il devait à la jiKstice et h la société, à prop«>s d'une lortle de méfaits commis par lui so^^s son nom réel, méfaris qu'il avait trouvé le moyen de ne pas solder, ma's encore M. Ambroisc Beaupuy, au nom d'Hélène de Tremples, poursuivait la rupture, la nullité d'un nmriage dans lequel il y avait eu tromperie sur la personne ; 06 n'était p^s Henri Beurth, auquel la jeune femme avait été mariée ; elle était unie à un être qui n'existait pa-?, cela re**snrtait de*^ fads piiisqne le misérable qui s'était mis dans la peau d'Henri de l> ait un autre é'at civil.

Toutes ces cboses, portées en liaut lieu>nel^ . ;! aucun doute sur l'issue de l'action intentée par Mme Hélène contre le misérable écbappé des prisons de l'Eiat.

La Perle eiVBLii donc èlé cfnn('?)ient rc ^ s ainsi qu'elle le disait, en répétant, au marquis de Timor tout ce qu'elle avait appris concernant l'homme avec le:[u-il elle avait eu le mi^betir do vivre €i lonyfcemps et que, maintenant, elle, n'appelait plu^ q'ie : le 'ai-îértbleî lei^r^dta! ['aveatarier! le voleur!

Le marquis de Timor se sentait légèrement mal à faise, en prêtant l'oreille à tous ces raoontages.

— Porier un nom qui ne vous appartient pas, quand on est un homme, disait la fille à la mode, c'est misérable et honteux, vraiment ; que nous autres nous nous appelions la Perle, la Fauvette, la Gaule, Tata, Tolo, Gervelle-au-vent !... c'est

tout niturel ; on sait bien que ce sont dos noms de guerre, dont les plus fous sont les meilleurs; c'est tout simple, et personne ne s'avis Tait de les prendre au sérieux, pas plus que nous; mais qu'un Monsieur se crée, du coup et par le seul droit de sa fantaisie, des aïeux qu'il n'a pas et dos titres qui ne lui appartiennent pas plus que la lune, c'est une infamie, c'est une hori-ib!e traîtrise! N'estce-pas seulement à l'aide de tout cela qu'ils viennent chez nous fouiller dans nos pochos, dans nos éorius, dans nos tiroirs et prendre le plus clair de ce que nous pouvons attraper aux autres ?

M. de Timor fiisiit chorus; ce n'était qi'en criant aus^i fjpt que la Perle qu'il pouvait la convaincre que son nom lui appartenait en propre et lui faire priser la valeur du titre dont il s'était affublé, de par le sjul fait de sa vaniteuse autorité.

— Ah! mon cher marquis, reprenait la Perle, c'est abominable d'avoir à recunnaître qu'on a reçu chez soi d- s gens de cette sorte ; vous qui connaissez les

^ grands seigneurs de tous les cercles, les hommes chics d'un peu partout, in- ^

vitcr des gens de celle sorle à venir chez moi î je vous en prie , conduisez-moi des grands seigneurs (aulhenliquos, par exemple) pour m'aider à effacer la défaveur que ne saurait manquer de jeler sur moi l'amilié que j'ai eu la sollise de porler à ce misérable Beurth ! Ahl que les faux genlilshommes sont redoutables à nos intérêts, à notre considération !...

— Le fait est, reprenait M. de Timor, que vous avez besoin d'un entourage émérite pour faire oublier votre mésiventure ; je m'en occuperai, ma chère, je m'en occuperai très-sérieusement...

Et en parlant ainsi d'une voix de tête, pleine de notes protectrices, le jeune homme avait passé le pouce dans l'entournure de son gilet; il s'était adossé au marbre sculpté de la cheminée et il regardait- la Perle d'un air superbe, tout en se disant à part lui:

— Voilà certes une belle petite qui est bêle comme ses pieds, ainsi qu'il appert, au reste, de presque toutes les fiiles de celle espèce ; ce pauvre de Bieutz s'était fait, ici, une place excellente et je ne serais pas fâché, si je le pouvais, de lui succéder : — bon accueil, bonne table et bon gîte, sans compter que cette fille avait toujours le porte-monnaie largement ouvert, en face de ses caprices qui s'accusaitnt souvent et point pour des vétilles; enfin l'héritage de de Bieutz n'est point à dédaigiibr . El, tout en aclialandant le salon de la Perle, je crois qu'il serait habile, à moi, de me glisser au bon coin, dans les petits appartements delà dame.

Aprèss'ctre dit toutes ceschoses, qui lui présageaient un avenir moinsenibarrassé que ne l'avait été son passé, le marquis de Timor prit la main de la Perle, la tapotant d'un air protecteur, en ajoutant à demi-voix :

— Je vais m'occuper de vo'is, mignonne; je vous ferai des soirées charmantes. Je crois que vous ferez bien de débuter par un dîner intime, dont les convives seront restreints, mais tous d'un si bon choix qu'en raison même de leur qualiié quelques-uns vaudront une foule.

— Vraiment ! vous feriez cela pour moi ? de Timor, demanda la Perle qui n'osait croire à tout ce que lui disait le jeune homme ;.puis elle ajouta: — Et Lia? qu'est-ce qu'elle dira? comment sa mère prendra-t-elle votre défection, car, vous le savez, ilesttoujours difficile de s'occuper de deux femmes à la fois, surtout quand l'une et l'autre elles appartiennent au monde dont nous sommes; il n'y-a que les grandes dames qui peuvent se permettre ce parlage-là; chez nous, vous en êtes bien persuadé, on s'arracherait les yeux dès le premier jour, à moins qu'au second on ne s'atlen lit, à la sortie d'une première quelconque, pour se jeter du vitriol à la figure, avant de quitter les marches du théâtre.

— Lia 1 sa mèie ! reprit de Timor, qui tout en ayant lente de faire des grâces à la jeune fille avait él é arrêté net dans ses avances, par la mère qui lui avait dil:

— Inutile de perdre votre temps ici, cher marquis; Lia doit faire sa fortune et, pour cela, je ne lui permettrai pas le moindre flirtage. Tenez-le-vous pour dit et cherchez votre vie dans la vieille garde; ce ne sont pas les débutantes qui doivent se permettre d'avoir des amis de cœur.

Le marquis de Timor avait légèrement fait la grimace, mais il avait tourné les talons, comprenant qu'en effet il n'y avait rien à faire, pour lui de ce côlé-là ; néanmoins, pour la forme, il était toujours resté plein de prévenance, de courtoisie et d'attentions pour la belle Hollandaise et pour sa gouvernante ; cela le mettait en évidence aux yeux des autres femmes à la mode, et nous voyons par les quelques paroles que venait de lui dire la Perle qu'on le croyait au mieux avec la [^^ jeune fille

LAUULTKHI. KT I/AMUUR

Le maniuis do Timor avail rcpi is d'un air supcrhc :

— Lia î sa in(>rc !... alluii^ doutera iii'( si loulàfuil t''gal; elles ne me doivent rien, je ne leur suis, non plus, redevable d'aucune chose ; je ne vois donc pas ce que l'une, pas plus que l'aulre, pcuirrait dire ou faire pour m'cmpèclier de m'occuper de vous, selon voire dclsir cl scion ma vo!(nilc liicn arjt'Iée de vous (''Ire agréable.

— S'il en est ainsi, j'acjej)lc, reprit la Perle qui trouvait, à pari elle, que de Timor était un charmant cavalier, tout jeune, fort lancé dans le meilleur monde et pouvant, par conséjucnl, faire de sa maison, ainsi qu'il le lui disait, un rendezvous de noble et fructueuse compagnie.

Le jeune homme continuait :

— Votre maison était iégèremenl bourgeoise et terne, lorsque ce pauvre de Hleulz vous donnait des conseils, sur la façon de la tenir; si vous voulez bien me laisser faire je vous montrerai comment il faut s'y prendre pour avoir un chic épatant!...

— Conseillez-moi, de grâce ! je vous écouterai entièrement, aveuglément. Je le sens très-bien, il faut que je fasse oublier le passage Je cet homme chez moi.

— Je vais vous conduire des Messieurs très-bien, la fine fleur des poix, d'un cercle où j'ai mes grandes et mes petites entrées ; ça SL-ra pour la fin de la semaine ; rien que le temps de les prcvenir,dc prendre leur heure, afin de les convier à propos et je vous dirai tout ce dont il faudra vous occuper.

Nous sommes aujourd'hui Jeudi, j'aurai assez de loisir, d'ici-là, pour tout mener à bienjusqu'à samedi ; avant ce jour, je vous enverrai mon valet ; lui seul, ma chère, vous enseignera les bons fourni>seurs et il aidera vo-^ gens à composer un repas digne des hôtes que je vous conduirai.

• — J'accepte tout ce qui vient de vous, dit la Perle, en coquelanl avec le jeune homme, ce qui lui était d'autant plus facile que c'était saconslante habitude visà-vis de ceux qui venaient chez elle.

Le lendemain malin, ainsi que le valet du marqui> de Timor en avait porté l'invitation à M. de Gonidek et à M. de Ghavailles, les trois hommes étaient réunis chez le nouvel ami de la Perle ; le déjeuner était d'une finesse extrême ; le jeune homme ne s'était pa< vanté en affirmant que personne, mieux que lui, ne savait ordonner un menu, pendant que personne, non plas, ne savait aussi bien le faire exécuter que son valet.

La réunion fut joyeuse et les deux hommes s'empressèrent de mettre, sur le tapis, la question si malencontreusement interrompue par la maladie imaginaire du vieux parent, par sa mort et par les soins qui avaient encore retenu le jeune homme loin de Paris à la suite de ce trépas, après lequel il était revenu plus riche par conséquent, plus en évidence que jamais.

— Pardon, mes chers amis, dit de Timor, aux premiers mots qui furent dits, concernant le duel qu'il avait sur la planche ; pardon; commençons, je vous prie, par déjeuner; les mets sont cuits à point, servis ainsi qu'il est urgent de le faire; déjeunons donc, après cela, au dessert, nous passerons dans le fumoir et nous causerons d'affaires sérieuses.

— De Timor est vraiment le plus cliarmant des amphitryons, reprit de Gonidek en riant avec ampleur; déjeunons, il a raison; cepelitbarbouilleur de toiles, ayant pris patience jusqu'après la rao;t et l'enterrement du cher oncie, attendra bien j encore jusqu'à la lin de notre dessert. ^

^^it^

— Je me plais à le croire, répliqua de Gharvailles; dans le cas contraire, ce petit Monsieur pourrait bien avoir affaire à moi.

On se mit à table, on déjeuna aussi largement que consciencieusement : la chair était exquise, le choix des vins merveilleux et le domestique du marquis de Timor, qui servait à table, glissait sur les tapis, comme un sylphe; la vaisselle allait et venait sans le moindre heurt; les cristaux brillaient silencieusem.ent, le linge était de Saxe et l'argenterie seule, étant en abondance sur la table, sur les dressoirs et sur les dessertes, faisait entendre ce petit bruit discret et charmant qui anime les repas chez les gens de bonne compagnie.

Le déjeuner fut long; lorsque les convives se rendirent au fumoir, pour y causer sérieusement, ainsi que l'avaient prémédité le marquis M. de Gharvailles et M. de Conidek, quelques solides gobelets qu'ils fussent, n'en avaient pas moins la tète légèrement chaude. C'était ainsi que les avait voulus de Timor pour leur faire entendre ce que, vu les circonstances, il avait à leur dire.

— Mes chers amis, fit-il aussitôt, depuis que je suis parti pour me rendre auprès de mon regretté parent, il s'est prisse, ici, des choses très-graves et que je désire vous faire entendre de la bouche d'une des personnes qui y a é!é intéressée jusqu'à un certain point ; j'aurais peut-être mieux fcit de dire une personne bien renseignée.

Certes, nous autres, gentilshommes, nous sommes intraitables sur le point d'honneur et nous ne saurions apporter aucun changement à cette habitude que nous tenons de nos pères.

— A coup sûr, oui, s'écrièrent les deux invités du jeune homme; r.ous ne saurions apporter le moindre changement aux choses établies par nos illustres aïeux !

M. de Timor continuait :

— Je ne vous ai pas caché que j'allais sur le terrain avec ce peintre, en raison d'un scandale qui était le bruit des salons ; depuis, ce scandale est passé devant les tribunaux, il y a reçu une consécration telle qu'il faut, avant tout, que vous en soyez instruits; à ce propos, je vous conduirai, si vous le voulez bien, chez une femme charmante!...

— Une femme charmante!... murmurait de Conidek, en prenant des airs conquérants; prenez garde, de Timor, si vous êtes bien avec elle, je dois vous avertir que j'adore, pour mon compte particulier, les femmes charmantes, fussentelles même très-bien avec mes meilleurs amis.

— Une femme charmante!... disait, en sourdine, M. de Gharvailles, j'accepte d'emblée, tant pis pour vous, de Timor, vou? n'aurez qu'à bien vous tenir.

— Avec des hommes comme vous, Monsieur, je sais tout ce que j'aventure, mais je n'en poursuis pas moins et j'ajoute : si vous me faites l'amitié de vous laisser présenter, par moi, chez une personne des plus à la mode de tout Paris, du tout Paris qui sait vivre et s'amuser, vous apprendrez des foules de particularités qui touchent, de très-près, à la question qui nous occupe.

— Nous acceptons aveuglément , de la part d'un homme tel que vous, marquis,, toutes les présentations que vous voudrez bien faire, reprirenl les deux hommes, en souriant; car il paraissait, à chacun, qu'il était tellement plein de mérites, que sa valeur était si grande, qu'il l'emporterait sur tousses concurrents, sur tous ses rivaux, sur tout le monde enfin, aussitôt qu'il daignerait se montrer.

Les deux amis du marquis de Timor trouvèrent que, puisqu'il y avait des

225 L'AUULTfillE ET LAMULIl

masses déchoies h apprendre, avnnl daller plus avant, il /(ail iilihi de les connaître il fond avant de faire une démarflie nouvelle.

Les tn>i«<amisreslArenl, aprùs cela, longtemps à fumer, h boire cl ii s'entretenir des caurans du jour.

De Timor ayant invité les deux hommes pour le samedi suivant, sans vouloir leur dire quelle (Mait la personne qui les accueillerait, M. de Cliarvailics et son ins('>paral»le, M. do Conidedk, ne song«''rt'iit plus qu'à la petite Cèle dofil leur avait parlé le cher marquis, en les y conviant avec toute la courtoisie qu'il déployait dans de seinlil-ihles occasions.

Quand les trois hommes se séparèrent \U étaient h peu de chose près d'accord, ayant pris le duel en oulili, la quesiioii de la femme charmante et du dîner qu'elle offrait aux trois nohies amis ayant remplacé tout cela.

Eu cIVet, au jour désigné, ces Messieurs se dirigeaitil, chacun dans son coupé particulier, vers l'hcMel de la Perle, le marquis de Timor ayant donné, pour s'y rendre, toutes les indications nécessaires.

La Perle avait la prétention, nous l'avons entendue en faire part au marquis, de changer entièrement l'allure de sou logis ; pour cela faire, elle avait déjà transformé une partie de son intérieur, du moins en tant que domestiques chargés de la cuisine et du service de la table ; ces choses avaient été faites .sur un mot qu'avait dit le marquis de Timor, et tout le monde s'en trouvait bien, sauf les valets congédiés.

Pour faire honneur aux gens qu'on devait lui pré.-^enter et qui étaient de sérieuse et haute volée, la Perle avait préparé une surprise ; c'est-à-dire une soirée dansônte qu'on aurait pu appeler un grand bal et qui devait suivre le repas.

A propos de ce bal, elle avait donné rendez-vous, da-ns sonhô'cl. au ban et à l'arrière-ban des jolies filles d'humeur facile ; de ce projet, elle en avait dit quelques mots à M. de Timor qui, après approbation, s'était engagé à faire venir des cavaliers de mérite en aussi grarid nombre qu'il serait nécessaire d'en avoir, pour que les salons ne manquassent pas de gilt tsencœur et les femmes de danseurs.

Les toilettesétaient aus-i tapageuses que magnifiques, il fallait attirer l'œil et retenir les regards une fois qu'on les aurait appelés : donc les conviés, du côté féminin,ne s'étaient pas fait faute de dt^ployer leurs mi>yensde plaire; les diamants ruisselaient sur les épaules nues, scintdiaient aux oreilles légèrement carminées, se répandaient en pluie dans les cheveux desfemraes comme si les raines de Golconde avaient eu des filons, des succursales, dans chaque boudoir de ces petites belles.

Le dîner avait réuni des convives absolument triés sur le volet, ainsi que l'avait dit le marquis ; une douzaine, pas un de moins, pas un de plus, et comme dans tous les mondes, mais, surtout dans le monde facile, les réunions commencent tard, pour ne finir que... jamais ! si c'était possible, le repas avait eu tout le temps de s'achever, avec mesure et grande satisfaction pour ceux qui y avaient pris part.

Pendant que la maîtresse de la maison laissait ces Messieurs en tète à tête avec leurs cigares et le café pour aller donner quelques soins à la toilette qu'elle devait mettre, les convives, toutes nouvelles connaissances de la Perle, ne tarissaient pas en élogessur la femme et sur la maison dans laquelle elle les recevait.

Le marquis de Timor était un habile gare m, cela ressortait du choix qu'il avait fait parmi ses connaissances, pour en présenter, ce soir-là, justement, dix, (*L nue la Perle n'avait jamais vus ; dix hommes assez nouvellement débarqués à ^

tes? >^

Paris ; assez noblement apparentés et assez riches, pour être de primo càrUllo et pour ne pas connaître la dame du logis, ce qui était avant tout nécessaire pour qu'ils prissent au sérieux sa jeunesse envolée, ses charmes que de ion»s' services rendaient fort contestables et sa notoriété qui commençait fort à s'user

La Perle, de son côté, ayaut senti le besoin de se (aire un renouveau de relations' d'amitiés, d'entourage, pour ainsi dire une nouvelle virginité de vices avait fait préparer, ce soir-là, pour s'en revêtir aussitôt après le repas, une toilette toute blanche, presque une toitette de mariée.

Elle avait une robe de lampas broché, garnie de point d'Alençon dont les volants, la traîne, les garnitures, étaient relevés par des agrafes de diamants.

Des camélias blancs, d'une pureté sans égale, ornaient la jupe, le corsage et la tête de cette femme, qui avait roulé dans toutes les fanges, qu'aucune' boue n'avait écœurée.

La veille, au matin, relativement de bonne heure, la Fauvette s'était présentée chez elle et, par hasard, elle avait été reçue.

Cette horrible créature avait conservé, au milieu de sa déchéance, de sa misère de son abandon, un goût merveilleux, un instinct, un arj; sans pareil, un savoirextraordinaire, pour tout ce qui se rattachait, de près ou de loin, à la coquetterie • aussi la Perle n'avait-elle voulu s'en rapporter qu'à la Fauvette du soin de réunir' de choisir, de trier, au milieu de tous ceux qui garnissaient les serres des horticulteurs en renom, les camélias blancs dont elle se devait parer le lendemain soir.

— Tu entends, la vieille, lui avait-elle dit, je ne veux pas qu'une seule feuille d'une seule fleur ait une imperfection, une tache, aussi légère quelle puisse être • je veux qu'en les regardant on puisse croire à une tombée de neige sur la chair jeune et bien portante.

Et la vieille femme avait, une fois de plus, prouvé son habileté en découvrant et en rapportant absolument ce que sa fille avait rêvé de posséder.

La Perle ne se sentait pas d'aise en se voyant si bien devinée et en constatant que sa mère qui, en définitive ne pouvait être autre chose que son esclave exécutait si merveilleusement ses ordres.

— Ecoute, lai dit-elle alors, je veux que demain tout soit merveilleux chez moi ; jeté garde doue pour que tu veilles à chaque chose, surtout à moi : si la fatigue, l'émotion, l'activité à la quelle je suis forcée de m'adonner pour recevoir le tas de grues que j'ai invitées. à venir sauter chez moi, afin de servir de poupées à mes invités en habit ; si tout cela me fatiguait le visage ou dérangeait un atome de ma toilette, tache de t'en apercevoir avant que qui que ce soit ait pu le remarquer; si ce fait se produisait, fais-moi prévenir; aussitôt je sortirais des salons et je réparerais ce qu'il y aurait de défectueux dans mes atours ou sur ma personne.

Tiens-toi, pour ne pas me perdre de vue, dans les pièces sur lesquelles ouvrent les portes; tu viendras dans ce petit cabinet qui donne accès dans un des grands salons où je resterai comme une reine près de son trône; il y a de lourdes tapisseries dont tu relèveras un coin ; tu entends, la Fauvette, ne me perds pas de vue, ta fortune et la mienne sout attachées à la conservation de ma beauté • s'il y a, en moi, un moment de défection , fais en sorte que personne ne puisse s'en douter.

— Je n'y manquerai pas, reprit la mère, enchantée qu'on réclamât ses serviceshj je n'y manquerai pas, sois-en certaine. '

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^^ 22i LAUULTKIIK KT I/AMUUH ^ »^

I — Tii sais, In vieille, rrpnrfîo aussi fie manière h ce qu'nticiin des m<''elianl.s

) gars avee. lesquels ccl horrible Heurlli avait des relations ne vienne à la laveur

} de la foule qui se pressera chez moi, cette nuit, pour faire quelque esclandre,

1 dont je ne me relèverais jamais.

) Il laul toujours se métier des fçredins, de celui-là surtout; car. entre nous sois

I dit, nous pouvons bien nous l'avouer, c'était un habile homme.

) Sois bien lrai)(|uille, ajoutait la Perle en s'adressant à sa mère, lu ne perdras

\ rien à l'oecujier île moi ; je te revaudrai largement ce rpie tu feras cette nuit

, pour veiller sur la lillc, comme si ce n'était pas ton devoir de la préserver de

) tout accideni, après l'avoir mise au monde.

I — C'est bien, c'est bien, reprit la vicillcremmc ;ontAchera d'avoir l'œil partout.

; — Je comptesur toi,ditcncûre laiterie en remctlanl à la Fauvette, pour qu'elle s'en revèlit le soir même, des vêtements qu'elle venait de prendre dans sa garde-

I robe et dont sa mère devait se couvrir afin d'avoir l'air tout au moins d'une ser-

I vante de bonne maison dans le logis de la jolie fille qu'elle avait mise au monde

I et éduquée en vue du métier qu'elle devait faire.

C'était donc presque en mariée (jue la Perle s'était habillée et qu'elle faisait son

) entrée dans ses salons.

} Quoique chevronnée pour ses longs services au régiment de l'amour facile, ) la Perle habillée, pomponnée, blanchie surtout, les fréquents soupers ayant légèrement coloré son teint, la Perle, disons-nous, faisait encore très-bon effet, I surtout au.\ lumières.

) Quand elle entra, elle éveilla un moment quelque chose qui ressemblait à un sentiment d'admiration ; les hommes la trouvèrent très-belle, les femmes n'osèrent pas dire le contraire tout haut.

On dansa toutes sortes de pas à caractères, sans qu'il fût imposé, pour cela, aux caractères de ces danses, une retenue qui en auuait fait diminuer le charme aux yeux des invités mâles, de la femme à la mode.

On but beaucoup, on s'amusa bruyamment ; le coldlon, le souper, ne devant arriver que vers les cinq heures du malin ; la dame du logis s'était fait un devoir d'avertir ses hôles qu'elle avait donné des ordres pour la que clé de la porte extérieure de svtii hôtel lui fùl re;nise, afin qu'il n'y eût de déf"eclion d'aucune sorte; ceux qui étaient entrés chez elle ne devaient pas en sortir avant le grand jour du lendemain.

Ainsi qu'elle l'avait dit, la Perle s'était fait remetti e, par ses valets, la clé de la porte d'entrée, ne laissant de libres, à ses domestiques, que les portes de dégagement pour les besoins du service.

Celte clé, la chose avait été décidée avec de Timor, devait être portée, sur un plat d'argent, en plein salon, au moment où les premiers rayons du soleil viendraient frapper aux vitres du luxueux logis-, et celui ou celle qui en profiterait pour sortir avant tout le monde devait offrir, à tous les invités de la Perle, une fêle aussi joyeuse, aussi brillante, aussi riche que celle qu'elle aurait donnée ce soir-là.

Ces choses avaient été acceptées par acclamalion et la maîtresse de la maison avait déposé, en attendant l'heure à laquelle on devait la lui rapporter, ainsi qu'il est dit plus haut, la fameuse clé sur le marbre de la cheminée de sa chambre à coucher.

Aux environs de trois heure> du matin, au moment où la fête était dans toute ^

A votre sauté, ajoiitai-je en approchant mon verre du sien (page 100).

son ardeur, quand les danses folles avaient enivré les plus calmes, la Fauvette, toujours à son poste, tantôt surveillant les gens qui arrivaient pour le service de la fête, tantôt le visage de sa fille qui maintenant rougissait avec une outrageante rapidité et jurait avec sa toilette toute blanche, la Fauvette, disons-nous, qui, ce soir-là, avait copieusement dîné, surtout largement arrosé ce qu'elle avait mangé, avait la tête lourde et brûlante ; il lui semblait qu'elle y voyait trouble ; parfois même tout tournait autour d'elle, et elle croyait voir des nuages s'amonceler au devant de ses yeux.

Elle ne vouait pourtant pas être prise en faute, comptant se faire payer très-

29me LIVRAISON

l\c production formellement interdite

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cher la panle qu'elle inonlait celle imil-là ; aussi mullipliail-clle, «ians le pclilhoudoir (]ui lui servait d'observaloire, les lumières de toutes sortes, les lampes ci les l)(iu};ies ; mais, plus elle eu allumail, moinselle y voyait, celle jiauvrc vieille Fauvette !

l'ar exemple, u.ie chose qu'elle n'oubliait pas, c'était de passer à roffice pour se restaurer et se désaltérer ; jamais encore depuis de longues années l'horrible femme n'avait eu une pareille soif ; elle buvait sans presque s'en apercevoir, ce qui |)rètaitlorl à rire aux domestiques (jui, la voyant tituber, se disaient entre eux : — Elle va bien, la Fauvette, elle va bien ! si elle ne chaule pas clair, ce ne sera pas fa'ite de s'être joliment rincé le gosier.

Mais, eomuic on la sa\aiL asbCii inoUeiisive, on la laissait faire, pensant que, lorsqu'elle aurait son compte, elle irait tranquillcmenl s'endormir dans quelque coMi du logis.

En cela les valets avaient tort ; la Fauvette n'était pas aussi douce, ni d'humeur aussi accommodante qu'on voulait bien le croire.

A un moment donné, la vieille femme ayant absorbé en fait d'alcool beaucoup plus de verres petits et grands qu'il n'en aurait fallu pour mettre à mai une télé plus solide que ne l'était la sienne, s'accroupit dans le cabinet, d'où elle pouvait voir ce qui se passait dans les salons, et, une fois là, elle prit sa léte dans ses mains et se mit à réfléchir, autant que le pent faire une femme soûle comme une grive.

Elle suivait, d'un œil envieux et malveillant, toutes ces femmes jeunes et parées, auprès desquelles étaient les iionimes qui les pressaient et les conviaient d'amour et, tout bas, elle murmurait, entre les lèvres flétries de sa bouche édentée:

Mais il n'y a plus que ces femmes jeunes, dans le monde ; elles le sont

toutes !. . . c'est moi qui porte la commune vieillesse qui devrait être également partagée ; je l'ai toute ! à moi seule !•.. J'ai, de Ujème, toutes les rides au visao-e ; je voudrais mordre et je n'ai plus de dents ; elles sont riches, elles sont belles, ces femmes-là ; elles peuvent faire la noce tout à leur aise; il n'y a que moi que l'on met dans un coin, comme une vieille paire de savates dont on n'a plus que faire.

Attendez, mes belles petites, altendez !... puisque c'est maintenant ainsi qu'on vous appelle; je veux être de la fêle, moi aussi. Pourquoi donc n'en seraisje pns ? Je m'appelle la Fauvette ; aucune de vous n'a été baptisée d'un aussi joli nom ; aucune, entendez-vous, n'a été ni plus jeune ni plus belle que je l'ai été ! Aujourd'hui tout est parti, tout !• . . les bons morceaux, les riches toilettes, les hommes qui donnaient tout cela ; oui, tout, tout s'en est allé en fumée I. . .

Ah ! vous avez dit que j'étais vieille, que j'étais laide, qu'il fallait me faire manger' à la cuisine, pour que mon visage n'elTarouchât pas les amours que vous portez blotties dans les dentelles de vos corsages!

Attendez ! je vais vous empêcher de devenir vieilles et laides, moi ! je vais vous éviter aussi de regretter jamais les beaux jours que vous auriez perdus.

Et, tout en maugréant, en trébuchant, la vieille femme allait parle logis, désert à cette heure, car tout le monde était dans les salons, et les valets, empressés à leur service, couraient de l'office au buffet pour combler les vides que la faim et la soif des convives y faisaient abondants et larges.

La vieille femme marchait toujours, ricanant et buvant à même une boulôille de kummel qu'elle avait mise sous son bras ; elle prenait, une à une, les lampes 4. les bougies qu'elle avait allumées tout à l'heure et, sous chaque tenture, sous ^

és^^

chaque meuble capitonné, partout, enfin, elle apportait la flamme qui gagnait de proche en proche et se communiquait atout l'hôtel; car la Fauvette, au milieu de l'inconscience qu'elle avait puisée dans l'alcool, avait conservé assez d'intelligence pour faire habilement le mal.

Nous l'avons dit, elle allait de pièce en pièce, marchant parfois à reculons pour contempler son œuvre ; si bien que le dernier foyer de l'incendie qu'elle venait d'allumer se trouvait être dans l'escalier, dans le grand escalier d'honneur, par lequel les invités étaient accourus, par lequel ils allaient essayer de fuir, bien plus vivement encore, dans quelques instants.

Pour faire un feu de joie qui fut à la hauteur de son idée mauvaise et meurtrière, la vieille femme avait amoncelé, justement au bas des marches recouvertes de tapis, les banquettes, les sièges de bois sculpté, et, folle de joie, elle renversait l'huile des lampes sur l'incendie qui se répandait déjà en gerbes menaçantes, tout en continuant sa chanson, avec la ténacité q.ie les ivrognes apportent à répéter toujours la même chose :

— Attendez, les belles petites, je vais vous empêcher de devenir vieilles, moi ! Elcommela chaleur se communiquait, avec une ardeur, uneprestesseeffrayante,

la Fauvdtte avait gagné une des portes de service qui se trouvait à l'un des angles de la cour et elle était sortie par là, la refermant sur elle.

Il ne faut pas qu'elles s'en aillent, disait-elle, en prenant la clé ; si elles partaient, le temps leur mettrait des rides au front. Non, non ! c'est affreux d'avoir des rides et de la vieillesse ! . . . je ne le sais que trop.

Dans l'hôtel, l'alarme venait d'être donnée.

— Au feu ! au feu ! s'étaient écriés les valets, que la fumée avait pris à la gorge en attendant que la flamme vînt les envelopper de toutes parts : Au feu ! au feu !.. .

La panique fut horrible; chacun tentait de gagner la porte, sans pitié pour ceux ou pour celles qui se trouvaient dans le chemiu qu'on voulait prendre.

Quelques hommes, perdant moins facilement la tête que le reste de ce troupeau humain qui courait, se heurtait affolé de terreurs, quelques hoaimcs s'écrièrent leur voix dominant le bruit de la foule :

— La clé de la grande porte ! ouvrez toutes les issues ! nous sauverons les femmes ! . . .

En effet, la flamme n'ayant point encore atteint les salons, ceux qui n'avaient pas aussi facilement perdu toute présence d'esprit arrachaient les tentures, les rideaux, les tapis, pour en envelopper les femtnes, si fort décolletées qu'elles étaient à demi nues ; ils les chargeaient sur leur épaules et prenaient, en courant le chemin du grand escalier.

Ils avaient crié : Ouvrez la grande porte, débarrassez toutes les voies ; mais rien n'avait été accompli de ces choses.

Folle de terreur, la Perle, qu'on interrogeait pour savoir ce qu'elle avait fait de cette clé, précieuse comme la vie, la Perle répondait sans savoir ce qu'elle disait, pendant qu'elle s'arrachait les cheveux de désespoir.

La clé, la clé ! je ne me rappelle plus ; la clé !... demandez à la Fauvette !...

— Où esïf la clé ? vieille sorcière ! s'écria-t-elle enfin en ouvrant une des fenêtres qui donnaient sur la cour, afin de pouvoir respirer. La flamme faisant son œuvre, les salons se remplissaient d'une fumée noire, épaisse, qui empêchait de reprendre haleine et qui, bientôt, eut éteint toutes les lumières.

De la rue, un éclat de rire strident répondit seul à l'immense cri qui s'élevait de cette foule sur laquelle la mort déployait ses ailes.

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LADlLTrilK I T I/AMOL'K

Les plus osés s'élanc^rciil, cliargt's des femmes qui avaient perdu connaissance, en emportant d'autres qui criaient en se cramponnant à eux, comme s'ils avaient élc le salut; comme si, h celle heure, il y avait un salut jiour qui que ce fût dans cette maison licrméli(iuement close, au centre de laquelle les flamuies faisaient activement leur n-uvre.

Les plus hardis, ceux (jui s'étaient engagés dans l'escalier malgré la fumée, les étincelles et la flamme qui, {)ar moment, venait lécher les parvis de stuc, espérant n'avoir que quelques marches cruelles à franchir pour se trouver tout à coup dans la cour, au grand air et, delà, pouvoir gagner la rue, s'étaient jetés en avant.

Ils espéraient sauver ainsi non-seulement les femmes qu'ils emportaient, mais se sauver eux-mêmes ; aussi allaient-ils bravement, se brûlant le visage et les mains, étoulVanl, perdant haleine; mais renchevèlrement des bancs, des chaises, des banquettes qui s'affaissaient sous l'action du feu, faisait, tout à coup au devant de leurs pas, une barrière infranchissable ; les premiers qui s'étaient élancés dans cette voie arrivèrent là pour y tomber, pour y mourir I...

Ceux qui venaient à la suite, ayant eu la môme pensée, ayant agi ainsi qu'ils venaient de le voir faire, arrivaient, aveuglés, grossir le tas des cadavres qui s'amoncelaient au bas de cet escalier, dans lequel les branches des arbustes, des plantes vertes, se tordaient en pétillant sous l'action du feu.

Bientôt il s'éleva, de cet hôlel tout à l'heure si joyeux, des clameurs horribles : c'était la grande agonie qui commençait, agonie courte, mais effrayante et bruyante, tant il y avait de cris d'horreur et d'clïVoi dans l'air qui se faisait rare.

Les flammes, en faisant éclater les vitres et en se jetant au dehors, avertirent les voisins et les gens de la rue qu'on se brûlait dans cet hôtel.

Des secours s'organisèrent ; on courut chercher celle pléiade de héros qu'on appelle des pompiers ; les portes furent enfoncées, l'eau jetée à torrents sur ce foyer, qui ressemblait maintenant à une immense fournaise.

Mais les secours étaient venus trop tard ; plus rien ne restait debout de ce palais élevé au plaisir, à l'amour, à la vie facile ; plus rien ne rappelait sa splendeur !...

Seuls, quelques valets mieux avisés que la multitude, ou peut-être parce que le hasard les avait mis, en temps voulu, plus près des portes de service, avaient échappé à la vaste hécatombe ; ils restaient là, sans mouvement, sans idées, contemplant, au milieu de tous ceux que la catastrophe avait attirés sur le théâtre de l'incendie, ce qui restait de ce palais merveilleux.

Quelques pans de murs calcinés, des tas de cadavres carbonisés, dont on entrevoyait de loin à peine la forme; mais de cet océan de flammes éteintes, de ce trou noir et béant, pas un souffle maintenant ne s'échappait.

La Fauvette, que ce spectacle avait à moitié dégrisée, regagnait, en traînant ses savates, la maison de la rue des Gravilliers où elle avait pris gîte.

Elle n'avait point abandonné sa dernière bouteille de kummel, au fond de laquelle restait un peu de liqueur. Au jour qui venait de se lever et grandissait comme s'il avait en hâte d'éclairer l'horrible labeur de la nuit, la vieille femme regardait sa bouteille et murmurait :

— C'est bien ra, il en reste encore un peu ; ça sera pour un autre jour de fête !...

L'ADULTÈRE ET LAMOUU 229 ^' \A

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