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CHAPITRE II

Le Triomphe de l'Amour

Cinq ans s'étaient écoulés depuis qu'Hélène de Tremples avait été acquittée et qu'Henri de Bleutz s'était pendu dans sa prison.

La jeune femme n'avait jamais voulu quitter la maison d'Ambroise Beaupuy ; il lui semblait que seulement en cet endroit elle se reposait des douleurs qui Tavaient accablée?.,.

Benjamin Jacob n'avait pas laissé passer une seule joarnée sans la venir voir, et, peu à peu, l'amitié des premiers jours avait été remplacée dans le cœur de Mme Hélène par un sentiment plus tendre.

Quand le jeune homme arrivait quelques minutes en retard, elle était inquiète ; et, comme son existence n'avait été jusqu'à ce jour qu'un tissu de misères et de souffrances, elle se prenait à trembler et ne se rassurait que lorsqu'elle avait vu Benjamin lui sourire et prendre place à ses côtés.

Benjamin aimait Mme Hélène d'autre sorte que d'amitié ; son amour n'avait jamais été un secret pour lui-même, mais il n'en avait fait la confidence et ne lui avait permis de se montrer au grand jour qu'à dater du moment où la jeune femme avait été libre tout à fait.

Peu à peu, dans l'esprit d'Hélène, le souvenir d'Emmanuel de Ghampreux s'était, non point effacé, mais transformé; l'image de l'ami d'enfance était restée dans son cœur et dans son esprit comme un souvenir affectueux et doux; la mort, les souffrances, les années, avaient passé sur lui, si bien que tout ce qui était des heures charmantes d'autrefois était devenu quelque chose comme la religion de la jeunesse.

En pensant à Emmanuel de Ghampreux, ce n'est plus le fiancé qu'elle évoquait, c'était l'ami d'autrefois; et le passé ne mettait pas d'ombre au sentiment nouveau qui s'éveillait en elle.

Benjamin Jacob s'est affirmé comme caractère et comme talent ; c'est un homme maintenant, c'est un homme illustre.

La constance de son amour, l'énergie qu'il a déployée pour la défendre, les soins constants et la protection dont il l'entoure continuellement, ont conquis le cœur de cette femme qui croyait ne plus jamais avoir d'affection; maintenant elle est forcée de le reconnaître, elle aime Benjamin Jacob du plus entier, du plus noble des amours.

Le peintre ne s'est pas découragé ; chaque jour, en embrassant les mains de son amie, au moment de Ja quitter, il lui disait sous une forme ou sous une autre, mais toujours avec une immense tendresse :

— Ne trouvez-vous pas, Hélène, qu'il est bien triste de se séparer lorsqu'on s'aime profondément? Pourquoi me renvoyez-vous? Pourquoi ne voulez-vous pas

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