‹ L'adultère et l'amourChapitre 27 sur 35 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Tout est bon à prendre

Pierrille, après avoir suivi toute la soirée et même une bonne partie de la nuit les gens que nous savons et après les avoir entendus faire des projets pour arriver à faire sortir Goup-de-Vent de prison, s'était dit :

— Je sais où demeure le capitaine, je sais où est le retlrado du chevalier Barbairès, je sais aussi que le rendez-vous de prédilection de tous ces gens-là est au cabaret de la Pendue ; maintenant, il s'agit de savoir où ils se nichent pour de bon, car enfin ils ne sont pas toujours au cabaret ou dehors.

Et tout en disant ces choses à part lui, Pierrille avait emboîté le pas derrière Pince-sans-Rire et le Décapité.

Karll avait été prévenu par lui qu'il y aurait probablement ce soir-là non-seulement des gens à attendre et à suivre, mais encore qu'ils ne seraient pas trop de deux pour se séparer dans le cas où les gredins, après avoir quitté la maison de M. François, ne continueraient pas à marcher de compagnie.

C'est ainsi que, en suivant à distance par derrière lesdeux hommes qui venaient de racoler Philippe pour en faire, momentanément du moins, un aide pour tendre la perche à Coup-de-Vent à propos de son évasion, ils arrivèrent jusqu'à la route de la Révolte et qu'ils virent entrer \ts soldats de de Morbras dans la turne à Bibi.

— De cabaret en cabaret, disait Pierrille à Karll, cela peut durer longtemps mais pas toujours ; il faut bien que ces gens-là s'étendent quelque part, ne fût-ce que quelques heures, et c'est justement l'endroit où ils se rendent pour se reposer que je veux connaître.

— J'ai une idée, fit Karll ; passe-moi ton bignou, retourne ta veste, mets ton chapeau dans ta poche et entre là dedans pour voir si nos hommes y sont, mais surtout s'ils y restent; songe que cette maison pourrait très-bien ne leur servir que de passage pour aller ailleurs; donc, pendant que nous les attendrions ici, ils seraient fort capables de se reposer tranquillement et de ne plus venir du tout par ici.

Moi, ajouta Karll, je n'ose pas entrer; le gars qu'on a baptisé l'Enragé et qui affirme m'avoir reconnu le jour de la bataille, pourrait encore me reconnaître et ameuter les gens de son entourage après moi, si bien que nous aurions pris beaucoup de mal en pure perte, puisque nous aurions maladroitement échoué au port ; la chose n'est pas douteuse, nous sommes à deux pas du but.

Tout en prêtant l'oreille à ce que lui disait Karll, Pierrille s'était occupé de sa transformation, et il l'avait opérée plus entière encore que ne le lui avait dit son compagnon.

Pas plus qiK» son cainarado, il ne voulait ^\ni re(;oniiii; rien ih; l'aurait autant rxas|)«''H' (|iK! df se laisser il/'couvrir par ces {^'ens-là et de leur laisser deviner la (liasse qu'un leur faisait en leur permettant de reeonnallrc les personnages qui s'y appliquaioiil.

— Je l'attends ici, dit Karll, en s»' nirllanl un peu à l'écart pour que ceux qu' ciilraiiMit et sortaient de la tiiriH^ h \ViW\ ne fussent pas appelés à se demander: Oiicl est cet homme et que fait-il en cet endroit?

— Non, reprit Pierrille, pas là; colle-loi plul(')t le long de celle grande porte cochére, là derrière; vois-tu, j'ai idée qu'il doit y avoir une grande cour ; et celle maison toute fermée qui est là en angle, moitié sur la cour, moitié sur la rue, ne me dit absolument rien de bon.

Knlin, mets-loi par là et prèle l'oreille au moindre bruit.

— C'est bien, entre dans le cabaret^ répéta Karll ; moi, je vais l'attendre tout contre cette maison, tout près de cette grande porte.

Ainsi qu'il avait été dilil fut fait, et Picrrille disparut dans la turne à Hibi quelques instants après Pince-Sans-Rire et l'Enragé.

Pierrille vil les deux hommes à la recherche desquels il était, mais ni l'un ni l'autre, ne s'étaient assis. Pince-Sans-Hire était au fond du cabaret pendant que l'Enragé s'appuyail du coude au comptoir, en échangeant tout bas quelques mots avec l'homme qui donnait à boire aux gens qui garnissaient les tables de son logis : c'était le chef de la maison.

Pierrille s'assit sans faire grand bruit, tournant le dos à la porte d'entrée pour mieux surveiller l'iiomme qui était en face de lui, là-bas tout au fond, et pour ne pas perdre de vue davantage le compagnon qui appuyait le coude sur le plomb du comptoir.

Hientôt, l'un apVès l'autre, les compagnons de de Morbras disparurent.

Pierrille prétait l'oreille afin de se rendre compte, parle bruit de leurs pas, du chemin qu'ils suivaient et du côté vers lequel ils allaient tourner.

Ce fut à gauche qu'on eut l'air de se diriger ; une lourde porte extérieure s'ouvrait, cela se comprenait au bruit de la ferraille qui servait de gonds et de fermeture; le bruit en était aigre, comme lorsque ces chosessonl restées longtemps en contact immédiat avec le soleil, la pluie, l'humidité et qu'on n'a pas songé à les rendre muets en y mettant un peu d'huile.

La lourde porte fut refermée en rendant le même bruit que lorsqu'elle s'était ouverte, et-cctle fois-ci il n'y avait plus de doute dans l'esprit du montagnard : c'était bien sur la gauche, un peu au fond, qu'une porte venait de s'ouvrir et de se refermer.

A gauche, cela devait communiquer avec la maison que Pierrille avait désignée à Karll et devant laqui'llc C(;lui-ei était en train de monter la garde.

Il crut qu'il était temps de l'aller rejoindre. L'Enragé et Pince-Sans-Rire n'étant plus dans la turne à Bibi, il fallait s'occuper d'eux d'un autre côté, car on n'avait pas été si loin et si avant dans les secrets de ces gens-la sans être bien disposé à en apprendre davantage.

Pierrille, semblable à un ouvrier égaré qui est entré dans un cabaret de celte sorte tout à fait par hasard et simplement parce qu'il avait besoin de prendre un verre de vin; Pierrille, sans avoir l'air de trouver quoique ce soit d'extraordinaire aux gens au milieu desquels il s'était momentanément assis, venait de payer sa consommation et reprenait la porte.

Une fois dehors, il allait se mettre àcourirpourrejoindreKarlletluifairepartde cequ'il avait vu et deviné; mais Karll, delà main, lui faisait signe de marcher tout doucement, pendant que lui-môme, l'oreille collée contre le grand portail, il écoulait les bruits qui se faisaient derrière, du côté de la cour, ainsi que les paroles qui s'y échangeaient.

Pierrille ne s'était pas trompé ; il y avait bien une porte qui communiquait de la turne à Bibi dans la cour de la maison à quelques pas de laquelle les montagnards venaient de se mettre à l'affût.

Karll avait eu le regard attiré parune lumièreque l'on devait porter dans lacour et qui projetait une bande de vive lueur sous la porte cochère.

Il faisait nuit depuis longtemps déjà ; aussi, la lune n'étant pas dans sa période lumineuse, la clarté qui s'échappait de la maison suspecte apparaissait-elle d'autant plus vive et plus nette à ceux qui en suivaient les évolutions.

Karll avait aussi entendu parler les gens qui étaient dans la cour, et, lorsque Pierrille vint se joindre à lui, il lui dit :

— Toi qui as entendu, plus souvent que je n'ai été appelé à le faire, les gens qui se réunissent chez M. François, prête l'oreille et vois si tu ne reconnais rien que tu n'aies déjà entendu.

— Mais si ce sont eux, dit le jeune homme au bout d'un moment, ils font des projets ; mais ils parlent bas, attends!... je crois qu'ils vont se rapprocher d'ici; j'entends leurs pas plus distinctement que tout à l'heure.

Ce sont les gens de de Morbras ;, nous avons eu du flair en les suivant jusqu'ici; j'ai tout lieu de croire que nous tenons leur tannière ; ils viennent par ici ; il y a une femme avec eux, je l'entends parler.

— Que dit-elle ? demanda Karll en appliquant à son tour l'oreille tout contre les légères fentes du grand portail. '^

— Attends, dit Pierrille, qui reprit presque aussitôt :

Elle donne des conseils pour charger une voiture ; elle parle d'objets d'art, de linge, d'argenterie; on prononce aussi le mot de peintre... On doit aller porter toutes ces choses chez un brocanteur-receleur qui, après les avoir achetées, les revendra à d'autres gens de sa sorte.

— Il n'y aurait rien d'étonnant à ce que l'on parlât de nos affaires, dit doucement Karll.

— Ma foi ! ce serait étrange, mais point impossible, que nous ayons découvert en même temps que les voleurs les objets qui nous ont été dérobés, répondit Pier rille, qui ajouta quelques secondes après :

Qu'allons-nous faire en face de ce que nous avons appris ?

— Nous laisser guider par les événements, répondit Karll ; dop^c, continuer à prêter l'oreille aux discours que tiennent ces gens-là et apprendre a^p'^i d'euxmêmes ce qu'ils projettent, afin de nous conduire d'après ce qu-'ils auron; résolu d'accomplir.

— Chut! fit Pierrille en mettant un doigt sur ses lèvres pour imposer siicnce à son compagnon; ils sont là, juste de l'autre côté du portai' ; il me semble qu'ils le touchent.

Pendant un moment, les deux hommes n'échangèrent plus un mot, mais ils prêtaient leur attention aux discours qui se tenaient dans la cour de la maison v^ occupée par les gens de de Morbras.

I/ADULTKIIK KT F/AMOUFl

Les explications devenaient plus clairos, plus nettes : elles étaient aussi plus concises.

Kooulc, (lisait rKiiraj^é en s'adressaut à Terrciir-dc-(^lioiicroutc, il nous

faut cluirj^cr aujuurd'iuii aliii que; nous n'ayons plus qu'à enlever lestement tout cela; moins longtemps nous resterons dehors, mieux cela vaudra pour nous.

I/hoinme est prévcMiu ; c'est un riche vieillard avec lequel Terrcur-de-Choueroule a longleiups parlé en allemaïul pour faire les prix elles conditions; donc, nous pouvons compter sur lui et nous lier à sa parole; il ne nous vendra pas, puisqu'il a besoin de nous; seulement, nous sommes forcés de lui porter nos marchandises à nos risques et périls jusqu'à l'endroit dési{<né, qui se trouve du côté de la plaine Sainl-Uenis, tout auprès du pied des buttes Montmartre; il doit se rendre là, entre minuit et une heure, demain dans la nuit.

— J'aimerais mieux que ce fût tout de suite, reprit Pince-sans-Hire ; ce serait plus tôt terminé et, ma foi ! j'aimerais mieux tenir l'argent que tous ces objets-là.

— Tu n'es pas dégoûté, toi, ajoutait le Décapité ; moi aussi je préférerais les picaillons aux raretés dont nous remplissons la voiture ; mais, quand on ne peut pas faire autrement, il faut savoir prendre patience : sois tranquille, l'argent viendra : vingt-quatre heures plus tôt, vingt-quatre heures plus tard, on arrive encore.

— Terreur-de-Choucroute a raison, lit le Kouleur; il s'agit, pour nous, de charger la voiture de telle sorte qu'elle puisse être déchargée en un rien de temps; j'aime mieux être ici que dans la plaine avec tout cela; aussi, pour simplifier notre besogne, faut-il nous y employer tous ; mieux nous ferons les choses ici, plus vite elles seront défaites là-bas.

■ — Allons, à la besogne, dit à son tour KathDurlh ; le Rouleur est un homme de bon conseil, agissons ainsi qu'il le dit; mettons les bronzes, les pendules, les rouleaux de tapisserie, les caisses d'argenterie, enfin lout ce qui est lourd, en dessous; on recouvrira tous ces objets avec le linge, les cachemires, les choses de luxe les plus légères, car je suis sûre que, en dehors de l'or et des billets de banque qu'on a ramassés chez le vieux, ces bibelots-là valent encore beaucoup d'argent et qu'on nous les paiera relativement très-cher ; les choses fragiles seraient tout à fait en haut ; en nous organisant ainsi, c'est le seul moyen de ne rien perdre.

— G est cela, à l'œuvre ! reprirent les hommes, pendant que Kath ajoutait :

— Le fiacre ne sera jamais assez grand pour transporter tout ce que nous avons ici ; il r- " faut donc prendre le fourgon pour èlre débarrassés de tout à la fois; l^ vr.uiuL que nous allons faire est trop dangereux pour s'amuser à le recommf i'^' p'^f \: fois si Ton peut faire autrement.

— I\'enons ic tourgon, ajouta Terreur-de-Choucroute qui se mit à courir vers la remise.

Bientôt un brait de roues se fit entendre.

— Ce sont bien nos voleurs, dit enfin Karll, la chose n'est pas douteuse, et, puisqu'ils ont pris le soin de nous en informer eux-mêmes, nous avons du temps devant nous, puisque ce n'est que demain qu'ils doivent accomplir leur déménagement.

^ — Attendons encore un peu, répondit Pierrille. Si par hasard il leur prenait ^

fantaisie de meltre à exécution ce soir même leur projet de vente, nous serions rudement attrapés en arrivant ici la nuit prochaine.

— Attendons encore un peu, ditKarll; mais je n'ai pas idée qu'ils s'en aillent aujourd'hui, le receleur ne les attend que demain, et je doute fort qu'ils fassent sortir ce qu'ils appellent leurs marchandises avant d'être bien sûrs que l'homme les attend pour leur payer ce qu'ils vont leur vendre; restons de même encore quelques instants, ajouta Pierrille; ils sont, si fourbes et si fins, ces gens-là, que je me méfie de ce qu'ils disent, même en se croyant seuls.

Nos montagnards attendirent très-longtemps, car, en raison des précautions que les voleurs prenaient, la voiture se chargeait lentement.

Mais à la longue ce travail finit par prendre fin ; après quoi les hommes se remirent en devoir, les uns de tirer par les brancards, les autres de pousser le fourgon par derrière afin de le conduire jusque sous la remise ; on l'entendit, cette fois, rouler plus lourdement à cause des choses dont il était garni; puis quelques instants après le bruit des roues s'étant arrêté, les portes de la remise se refermaient sur la voiture non sans faire un peu de bruit, quoiqu'il fût facile de deviner qu'on avait pris de minutieuses précautions pour ne pas se faire entendre du dehors.

Le fourgon rentré, les portes closes, les hommes de de Morbras firent encore quelques tours dans les dépendances du logis ; quelques-uns allaient à l'écurie, probablement pour donner à manger aux chevaux, car on entendit ces derniers hennir et piaffer ainsi que le font presque toujours les bêtes bien traitées et bien nourries quand elles sentent arriver dans l'écurie les gens qui ont l'habitude de s'occuper d'elles.

Les portes furent refermées sur les chevaux comme il avait été fait de celle de la remise.

Puis, peu à peu les hommes et la femme rentrèrent dans la maison dont ils fermèrent la porte, mais cette fois-ci sans aucun mystère, sans la moindre précaution ; là, ils étaient chez eux, et, aussi pauvres routeurs de foires que l'on puisse être on a bien le droit de rentrer dans son logis et d'aller se coucher, surtout quand l'heure en est venue, et Dieu sait si le moment en était arrivé pour des gens qui avaient la prétention de travailler tan-t que durait le jour et se croyaient par conséquent le droit de dormir la nuit.

Karll et Pierrille restèrent encore quelques minutes aux écoutes, mais, à la longue, ils furent forcés de reconnaître que ces gens-là étaient chez eux et que très-probablement ils dormaient en conscience et en pleine confiance.

— Pour ce soir, nous savons tout ce qu'il était possible d'apprendre ; je crois donc que nous pouvons rentrer, dit Karll. ' '"

— Moi aussi, répondit le jeune montagnard. 7'.^^' " Alors les deux hommes, faisant leurs pas légers jusqu'à ce qaT»» idssent assez

éloignés de la maison des voleurs et la turne à Bibi pour n'attirer l'attention de personne, s'éloigèrent vivement afin de regagner des pays un peu plus civilisés, espérant encore trouver quelque cocher rôdeur qui, moyennant un' prix plus élevé que celui du tarif, voudrait bien reprendre le chemin du faubourg Saint-Germain pour les y ramener.

Toujours marchant du côté de chez eux, pour le cas où la malchance ne leur ferait pas trouver le véhicule qu'ils cherchaient, nos montagnards finirent par ^ atteindre des quartiers plus sortables ; après avoir hélé un cocher qui s'en allait

i/AUi;i;n:iu. i;i i;am(Uiii

l'alun caha, nr pressant pas sa bric qui avail loute une journée de fatigue dans les janiln's, ils purlcnioulùreiit avec lui.

Cet homme allait remiser cl il n'était pas plus désireux pour sa bélcque pour lui (le r(>preiulre le collirr de inis(''re (lu'on appelle le service du public.

Mais Karll fut lelleninil ('lofiucnl (pi'il arriva à lecunvyincro pour se faire contluiie jus(ju\\son Ioj^ms.

Au reste le prix de la courte et le taux du pourboire qui lui avaient été accordés de bonne grâce n'avaienl pas été étrangers à la décision que le cocher venait de prendre.

— En route! Coco, dit-il à sa béte, en accompagnant cette invitation d'un énergique coup de foucl; en route, mon pauvre vieux, quoique ce ne soit pas sur le clieniin de l'écurie.

(h\ aurait vraiment pu croire que la malheureuse bote comprenait ce que lui disait son maître, à voir la façon dont elle se retournait sur place pour se remettre en roule.

Karll ul Picrrille se communiquèrent, une fois qu'ils furent assis dans la voiture si heureusement rencontrée, la satisfaction qu'ils éprouvaient, aussi bien l'un et l'autre, à se reposer quelque peu.

Le fait est qu'ils avaient beaucoup de chemin dans les jambes, non-seulement depuis la veille, mais aussi depuis les jours précédents ; enfin ce soir-là ils s'avouèrent qu'ils ne tenaient plus debout et, pour des montagnards, ils étaient forcés de reconnaître que cela ne leur arrivait pas souvent. Picrrille affirmait même que, du plus loin qu'il pouvait se rappeler, il n'avait pas souvenance d'une chose pai-eille.

Pendant la journée que ces deux hommes venaient de passer à suivre, à écouter, à surveiller, de loules les façons et parlons les chemins, de Morbras et ses gens, Poigne-d'Acicr n'avait pas non plus perdu son temps.

Elle avait entendu son mari lui raconter que de Morbras avait des ramifications avec des gens étranges, qu'il menait tfne curieuse exislence; il lui avait enfin dit, à propos de cet homme, une foule de choses qui avaient amené Rosalie à penser que, étant l'amant de Salomé qui avait posé pour le peintre, il ne devait pas être tout à fait étranger à ce qui s'était passé dans l'alelier de Benjamin pendant la nuit où rhôlcl avait été dépouillé.

Plus elle y songeait, plus elle eii était troublée jusqu'au fond de son âme ; aussi se demandait-elle avec anxiélc comment on allait s'y prendro pour avertir Benjamin Jacob auquel jusqiVà présent ou n'avait osé rien faire savoir du massacre dont son atelier avait été le théâtre.

Bosalie avait été invitée par Salomé à relourner chez elle chaque fois qu'elle aurait de bonnes occasions à lui proposer et Poigne-d'Acier,qui voulait entièrement savoir à quoi s'en tenir à propos de l'iconoclasle, revint chez la juive portant plusieurs objets en ivoire sculptée devant servir à la toilette féminine, et, sous prétexte de lui vendre ces choses, Rosalie entra jusque dans le boudoir qu'elle connaissait déjà, la femme de chambre de la juive ayant reçu l'ordre de conduire jusqu'auprès de sa maîtresse toutes les pei'sonncs qui auraient à lui vendre des objets de valeur à bon marché.

Quant à les acquérir pour la vingtième partie de ce qu'ils valaient en réalité, quelquefois même au-dessus, c'était affaire à elle.

11 toiiib;i à deux gmioux devant la jeune l'emme (l'uge 260).

Cette fois-ci comme la première, Rosalie se heiirla à Céleste ; celle m;ircliaiule faisait sa tournée quolidienne, et pour rien au monde elle n'aurait manqué de passer chez une des femmes qui avaient coutume de lui acheter, lanhM une chose tantôt une autre.

Cette ancienne servante avait toujours élé fort âpre au gain, mais depuis qu'elle avait épousé M. Baptiste, depuis qu'elle avait enfoui ses économies dans un magasin qui lui rendait fort peu de choses apiès avoir avalé beaucoup, depuis surtout que son époux ne voulait absolument plus travailler, ce qui ne l'empêchait pas de ( (^^ vouloir être bien servi, lîncment nourri et luxueusement vè!u, depuis celle époque ^^ç^

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