CHAPITRE VII
Benjamin Jacob et Mme Hélène
Le jeune homme et sa femme étaient partis, ainsi que nous l'avons vu, dès la réception de lettres tellement pressantes qu'Ambroise Beaupuy lui-même avait été le premier à engager les jeunes gens à faire le voyage sans plus tarder.
Hélène était ravie, cette fugue vers les pays du soleil en compagnie de Benjamin lui plaisait énormément ; avant de partir, elle s'en était fait une fête et, une fois en route, chose rare pour les joies de ce monde ! elle n'avait pas éprouvé la moindre désillusion.
C'était avec une joie d'enfant qu'elle regardait les paysages succéder aux paysages, changeant d'aspect d'heure en heure.
Mais quand elle eut dépassé Bordeaux, ce fut encore bien autre chose, et, quand elle descendit du train à Hendaye,elle était émue, tremblante et souriante comme une enfant en vacances ; ses beaux yeux étaient remplis de douces larmes, elle ne pouvait se lasser de contempler les eaux bleues du golfe, le beau ciel,4e- ces pays et cette côte d'Espagne, si douce et si charmante au regard.
Benjamin était heureux du bonheur de sa femme, heureux en artiste, heureux comme un homme, et, à part lui, il bénissait les braves gens qui lui avaient fourni l'occasion de donner une pareille joie à Mme Hélène.
Les deux jeunes gens s'enquérirent tout d'abord d'un hôtel, afin de savoir^ après avoir dépensé la fin de la journée en promenades sur la côte, où ils pourraient aller dîner et coucher.
Après avoir regardélongtemps les gens d'Hendaye, les douaniers, les pêcheurs, ceux qui dormaient étendus tout de leur long sur le sable, le corps au soleil la tête abritée par un vaste chapeau de paille ; après avoir considéré, en artiste, en amante du beau, ces types méridionaux si parfaits de formes et d'allures, Mme Hélène dit à son mari :
— Si nous allions voir votre église? pendant que nous sommes tout seuls; il me semble. Benjamin, que vous la comprendriez mieux si vous la regardiez pendant qu'il n'y aurait que votre amie à côté de vous.
Demain, vous verrez M. de Lanesan et M. le curé ; aujourd'hui, nous faisons l'école buissonnière, nous nous appartenons entièrement, nous nous laissons aller à nos inspirations, et la vôtre, ô mon peintre ! serait, me semble-t-il d'autant plus grande et meilleure qu'il n'y aurait qu'elle et moi à vos côtés.
Et moi je ne l'effarouche pas, n'est-ce pas, Benjamin ?
— C'est vous qui la faites vivre, ma chère adorée, reprit le jeune homme ; sans vous, aurais-je du talent, aurais-je même le courage de tenir un pinceau ? Non, ma
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3H4 LAnjii/rKiii-: kt i/amouh
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bien-aîin('>(\ non, sans vous je nr serais rien ! vous seule me donnez mon inspiralion; comtnonl poiirrioz-votis rdlaroiiclier?
Kl les deux jeunes gens sedirigènnl, tcndicment appuyés l'un près de i'aulrr. jusqu'à l'église.
Oiieifiues rares lldiles y étaient itiims ; le^ jours de semaine, les gens (imont le temps d'aller prier sont peu nombreux et ceux qui se rendent à l'église alors que tout le monde est au travail ou •dwjorniente^ qui est encore un travail |)resqiie indis|»onsal)le pour les méridionaux, ceux qui vont .'i l'église sont des êtres à part: des àmcs |)lu^> tendres, plus poétiques, plus exaltées que ne le sont les autres, et qui parconséquenlonl l)esoin d'allectiou plus élliérée, émanant déplus haut, de confidents qui soient au-dessus de tout ce qui les entoure.
Voilà pourquoi ils s'adressent à Dieu, à la Vierge, aux bienheureux, et, quoique le paradis en soit assez encombré, si on ajoute foi à l'interminable litanie des saints qui nous est donnée dans les livres pieux, ces bonnes gens ne trouvent pas encore qu'il y en ait assez dès qu'il s'agit de leur l'aire obtenir tout ce qu'ils demandent.
A ces âmes pieuses qui viennent s'enfermer dans l'ombre de l'église pour demander, pour demander encore et toujours, se joignent ceux des habitants qui ont quelqu'un de malade parmi ceux qu'ils aiment; ceux-là ont fait dos promesses, des vm'UX et portent un modeste luminaire devant l'autel du saint qu'ils ont invoqué ; mais en dehors de ces gens-là, loulle monde est aux champs, à la pèche ou au jeu, car cette race, encore française quoiqu'elle soit, par l'allure et pas mal aussi par le lan'^Mge, à moitié espagnole, emploie une partie de ses heures à se distraire, quand ce n'est pas à se reposer du travail que font les autres.
L'é^^lise était donc à peu de chose près déserte lorsque Benjamin Jacob et sa femme y entrèrent. Elle était vraiment misérable et il y avait, ainsi que l'avait dit le curé* de grandes murailles toutes nues; on ne pouvait pas appeler des ornemenls quelques misérables tableaux du chemin de la croix grossièrement enluminés, qui* se couraient les uns après les autres, de loin en loin, pour arriver difficilement à faire le tour de l'église.
L(. cuié avait raison, disait tout bas Benjamin Jacob à sa femme: son église
n'est pas riebe. le brave homme ne doit pas Tèire beaucoup non plus.
J'aime les églises pauvres, répondait Hélène à son mari ; je trouve que j'y prie
mieux: Dieu est moins loin de moi; alors ce n'est plus le Dieu terrible, le Dieu si fort entouré de pompe, de richesses et d'éclat que les grands pontifes peuvent seuls approcher, couverts de leur vêtement d'or et de soie. Ici, c'est le Dieu des malheureux, des abandonnés ; il me semble encore qu'il a l'àme plus près de la nôtre et que son cœur doit déliorder de charitable amour pour tous ceux qui s'adressent à lui, dans un si pauvre temple.
Yqus avez raison, Hélène, reprenait Benjamin Jacob, c'est un Dieu d'amour
et de charité, ainsi que vous le dites, qu'on doit représenter ici ; un Dieu trop rayonnant ferait peur aux pauvres gens qui viendraient le prier, et le curé aurait manqué son but en éloignant ses ouailles de son autel.
Hélène et son mari restèrent là longtemps ; ils s'y trouvaient bien, car tout était calme en dedans et aux environs ; le soleil couchant dorait les trop modestes vitraux et, comme s'il avait eu regret devoir la maison du Seigneur si pauvrement close si misérablement parée, il mettait, avec ses dernières caresses^ des dia
Je veux, je vcu:^ aller chez cet homme (page 302),
raants, des rubis et des émeraudes aux vitres vulgaires, au travers desquelles la lumière passait pour venir éclairer le tabernacle.
Le soleil, à cette heure dernière du jour qui s'en allait, parait la demeure du Dieu qui l'avait créé si splendidement éblouissant.
Benjamin Jacob et sa femme quittèrent l'église au moment où, les rayons devenant plus courts, le soleil, s'abaissant, allait la laisser dans l'ombre.
Après l'avoir vue un moment si baignée de lumière, l'artiste aurait été assombri depuis l'esprit jusqu'au cœur d'avoir à la regarder encore au moment où ^4^ elle redevenait triste et nue, ce qu'elle était en réalité. j^
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lOme sKRiE
Do rclour h l'Iiotel, les deux jeunes gens se promirent d'aller voir le curé le lendemain malin.
I.îi lettre du brave homme était si pleine de modestie et de prières qu'elle leur avait {^agn»^ l'âme.
Le lendemain donc, Benjamin Jacob et Mme llélùne attendirent que le curé eût ilil sa messe ; après qinti, ils se firent enseif^ner le presbytère qui était plus que modeste, |Miis ils s'en lurent frapjx'r à la porte de celui qui y habitait.
Benjamin Jacob avait fait passer sa carte, alin que le prôtre fût prévenu de la visite qui lui arrivait.
Le brave homme était au moment de se mettre à table ; sa vieille gouvernante lui servait le déjeuner; mais, pour recevoir cet étranger qui se présentait avec une jeune femme, le prêtre passa dans une petite pièce attenante à celle dans laquelle il avait l'habitude de prendre ses repas et, après avoir dit qu'on introduisît les visiteurs, il fut au devant d'eux, leur demandant d'une voix affable et bienveillante :
— Monsieur, Madame, qu'est-ce qui me vaut l'honneur de votre visite ?
Puis leur ayant lui-môme approché deux chaises rustiques, il prit place en face d'eux, attendant qu'ils voulussent bien s'expliquer.
— Voici ce qui motive mon arrivée chez vous, dit aussitôt le jeune peintre en sortant de sa poche la lettre qu'il avait reçue du curé d'Hendaye.
Le prêtre la prit, l'ouvrit, la lut ; puis, après l'avoir repliée, il la rendit au jeune homme en ajoutant: . •
— Je regrette profondément, Monsieur, de ne vous avoir jamais adressé une missive pareille, et cela parce que je ne me suis jamais, non plus, trouvé en position de le faire.
Ce n'est pas moi, Monsieur, qui vous ai écrit : quoiqu'il y ait de grandes vérités dans cette lettre, quand ce ne serait que la confession de ma pauvreté, celle de mon église et le profond regret que j'ai de ne pas la voir mieux parée qu'elle ne l'est.
— Ainsi, reprit Benjamin, ce n'est point vous, Monsieur, qui m'avez adressé
cette lettre?
— Non, absolument non! Alors celle-ci, ajoutait le jeune homme, a ijeaucoup de raison pour n'être
pas plus authentique que celle dont je vous croyais l'auteur.
Et Benjamin Jacob faisait passer, à nouveau, au prêtre qui le regardait trèsstupéfait de ce qui venait de lui arriver, la deuxième missive qui lui avait été adressée et qui portait la signature du marquis de Lanesan.
Absolument comme il l'avait fait la première fois, le prêtre déplia la lettre et
la lut.
Tout en en poursuivant la lecture, il poussait de gros soupirs, comme si après avoir fait un rêve, un bien beau rêve!... la réalité brutale qu'amène le réveil était venue lui démontrer que plus rien ne restait de toutes les belles choses
qu'il avait vues, -o Certainement M. le marquis de Lanesan était assez riche pour faire
don à l'église de peintures murales qui auraient éternisé son souvenir dans l'âme de tous les descendants de la population d'Hendaye et des environs.
Mais, comme de ce que contenait cette lettre rien n'avait été dit au curé, il avait de bonnes raisons pour redouter qu'elle ne fût autant apocryphe que l'était celle qui avait la prétention d'émaner de lui, celle que le jeune homme venait de remettre dans sa poche.
Pour Benjamin Jacob, tout n'était pas dit avec l'explication que venait de lui donner le prêtre.
Il s'agissait maintenant de savoir quel était ou quels étaient les mauvais plaisants qui lui avaient joué le tour de l'éloigner de Paris, de ses travaux, de son intérieur pour le l'aire courir après une commande qui n'avait jamais existé.
— J'ai bien peur que la lettre du marquis ne vienne pas plus de lui que celle que vous avez là ne vient de moi, reprenait doucement le vieux prêtre ; mais nous allons être fixés tout de suite, ajoutait-il en se retournant, pour regarder par une des fenêtres de la pièce où il se trouvait avec ses deux hôtes, sur le chemin tortui ux et raboteux qui conduisait à sa maison.
Nous allons avant peu avoir l'explication de tout cela; j'aperçois M. le marquis de Lanesan qui se dirige par ici ; très-probablement, il vient me demander de lui offrir à déjeuner. J'ai des sardines fraîches ! c'est le jour où nos braves pêcheurs font hommage à leur vieux prêtre des primeurs de leur pêche, et le marquis ne manque jamais de venir prendre son repas matinal en ma compagnie, ce jour-là.
— Au reste^ continuait le brave homme, M. de Lanesan est tellement secourable aux pêcheurs du golfe que tous ceux qui ramassent la sardine s'empressent de déposer chez moi à son intention les plus brillantes et les plus larges de celles qui se prennent dans leurs filets.
Le marquis est un homme très-bon, et dans le pays aucun de ceux qui se sont adressés à lui n'a manqué d'être secouru.
Les pêcheurs qui perdent leurs filets ou leurs barques, quand le gros temps se meta rencontre de leur pêche, n'ont pas davantage à se plaindre de lui, aucun n'ayant frappé en vain à la porte de son castel, quand de lui-même il n'a pas su le désastre assez tôt pour venir en aide aux malheureux avant qu'ils aient eu le temps de s'adresser à lui.
Un homme de soixante-douze à soixante-treize ans, mais qui ne paraissait pas en avoir plus de cinquante-sept à cinquante-huit, frappait à la porte du presbytère, où il entrait d'un pas alerte et relevé; de ce pas particulier au montagnard.
D'une voix gutturale, ferme et sonore il s'écriait, après avoir poussé la porte de la pièce où se tenait le prêtre :
— Eh bien! mon cher curé, les sardines sont-elles belles cette semaine? Nous mettons-nous à table et avez-vous, pour me répondre, un appétit de l'ampleur de celui que je vous apporte du haut de la montagne ?
— J'ai très-faim aussi, disait à demi-voix le curé; le vent souffle du large et rien n'ouvre mieux l'appétit.
Les sardines sont en train de griller, il me semble même que l'odeur m'en vient trouver jusqu'ici ; qu'en pensez-vous, marquis?
Après avoir achevé cette phrase qui lui était partie tout à la fois du cœur et
l/Al)lII/rKllK KT l/AM(UJIl
do l'osloinnc, le ciin'' ropronnit tout h couji, rappelé h l'ordre par la présence de Monjaiiiiii Jacoh cl ilr Miiu! Ht'lî'iH' :
— \oici, mon clior marquis, un iliuslrc peintre, uii homme liien cbarmanl et Irès-courlois qui est venu dans notre pauvre pays, en compagnie de sa jeune IVmme, sur la foi de lettres qui, tout en paraissant (^Ire émanées de hoik, n'ont jamais élé écrites pas plus par vous (jue par moi.
— De quoi s'a}.,'il-il? demanda le marquis de Lanesan après avoir salué en grand seigneur qu'il était le peintre et Mme Hélène.
Le marquis avait pris les deux lettres que Benjamin Jacob VLMiait de lui faire passer sur la prière que lui en avait adressée le digne curé.
Le marquis avait bravement sorti ses lunettes de sa poche afin de pouvoir éclair cir le cas qui se présentait ; il avait pris les deux missives, et après s'être approché de la fenêtre, pour y mieux voir, il s'était mis à les lire attentivement.
La lettre attribuée au euré, par laquelle il avait commencé, lui paraissait déjà fort extraordinaire en elle-même; et, après en avoir fait la lecture, il questionnait tout à la fois le prêtre et le peintre.
Mais ceux-ci n'avaient garde dédire un mot; ils voulaient laissera M. de Lanesan la surprise tout entière, en même temps que le devoir d'apporter quelque lumière au milieu de cet imbroglio.
Le marquis venait donc d'ouvrir la seconde lettre qui ne laissait pas que de l'étonner beaucoup, puisque, après en avoir pris connaissance jusqu'au dernier mot, il regarda le jeune homme, auquel cette missive avait été adressée, et le curé dont il était question, puis il leur demanda :
— Qu'est-ce que tout cela peut bien vouloir dire?
— Je n'en sais vraiment rien, répondit le curé.
Benjamin Jacob reprenait:
— Je serais fort empêché d'en dire plus long que M. le curé. Pourtant il me semble que, puisque pas plus l'une que l'autre de ces deux lettres n'a élé écrite par les personnes dont elle porte la signature, c'est que quelqu'un voulant m'être déplaisant s'est appliqué à la confection de cette chose monstrueuse qu'on appelle une lettre anonyme ; si je dis anonyme c'est que portant des signatures qui ne sont pas de voire fait, Messieurs, ces deux lettres restent sans auteur avoué et les personnes qui les ont écrites sont, à mon avis, des nnsérables de la pire
espèce.
De plus, il est très-probable que les gens dont il est question avaient un grand intérêt à m'éloigner vivement de Paris ; vous voudrez bien comprendre, n'est-ce pas? Messieurs, qu'on n'envoie pas à Hendaye un homme aussi occupé que je le suis et dont les afTaires et les travaux ont Paris pour centre, sans avoir l'intention de lui nuire.
De quelle façon veut-on me faire du tort? je n'en sais encore rien ; l'avenir seul peut me l'apprendre; mais quand on expédie un homme aussi loin de son atelier et de son intérieur, c'est qu'on a l'intention de commettre à son endroit des actions dont sa présence entraverait l'exécution, et qu'on veut profiler de son absence pour faire des choses auxquelles très-probablement il s'opposerait s'il était présent.
Je suis entièrement de votre avis, répondit, avec sa vivacité de méridional,
le marquis de Lanesan.
Le curé reprenait, à demi-voix, en hochant le chef, absolument comme s'il avait été en face d'une grave question très-ditficile à résoudre:
— Je me range absolument de votre opinion et je commence à craindre que les personnes qui se sont permis de mettre en avant un grand seigneur comme M. de Lanesan et un pauvre brave homme comme moi n'aient eu de méchants desseins à accomplir pendant que vous ne seriez pas là.
Mme Hélène, après avoir écouté tout ce qui venait de se dire entre les trois hommes, se rangeait absolument de l'opinion du curé; aussi commençait-elle à craindre qu'il ne se passât quelque chose de redoutable à Thôtel Beaupuy, dont on s'était appliqué à éloigner son mari et elle-même.
— Benjamin, dit-elle vivement en appuyant sa main sur le bras du jeune homme, je crains qu'il ne se passe chez nous des scènes affligeantes. Ne perdez pas (le vue, mon ami, que monparrain est un vieillard, très-capable encore, ainsi qu'il le sera jusqu'à sa dernière heure, de mener à bien des travaux intellectuels, mais tout à fait impropre à se défendre d'attaques brutales et matérielles.
Rappelez-vous qu'à un momentdonné de mon existence, lorsque j'avais confié à mon parrain certains papiers précieux pour moi, on a attaqué sa demeure, menacé sa personne et que ce n'est grâce qu'à son courage, à son énergie qu'il a pu sortir à son avantage de la lulte horrible qu'on avait entreprise à son encontre, et tout cela pour lui dérober les pièces que je lui avais confiées et qui étaient pour moi tellement précieuses que mon honneur, par conséquent plus que ma vie, en dépendait.
— Ne craignez rien de semblable, Hélène, disait Benjamin en essayant de rassurer sa femme; la position n'est pas la môme du tout qu'autrefois ; il n'y a pas le moindre rapport entre les heures passées et le moment actuel; donc, mon amie, n'ayant rien à redouter, ne vous effrayez pas non plus ; que voulez-vous, au reste, qu'il arrive à M. Beaupuy que nous avons laissé entouré de nos fidèles et vaillants amis ?
— Je ne sais pas, dit-elle, je ne sais absolument pas; néanmoins j'ai peur.
Le vieux curé venait de se rapprocher de la jeune femme, il cherchait à la rassurer, répétant, avec les variantes d'une âme simple et d'un esprit plié à verser des consolations, les douces paroles qu'il adressait à tous les affligés, qu'ils le fussent en réalité ou que le cerveau seul leur démontrât dans ses exagérations des douleurs imaginaires.
Et Mme Hélène, qui était forcée de reconnaître, ainsi que le lui disait Benjamin, que rien de semblable au passé n'existait actuellement, Mme Hélène, disonsnous, se rassurait à moitié et, pour s'excuser du moment de grande frayeur auquel elle s'était laissée aller, elle disait de sa voix douce et charmante :
— Pardonnez-moi, je vous prie !... mais j'ai tant et si longtemps souffert que la moindre des choses m'effraie, et, quoique entourée de ceux qui m'aiment et me sont bienveillants, je crains les agissements des gens nuisibles et mauvais,
— Croyez en Dieu, mon enfant, croyez en Diei^i, reprenait le brave prêtre ; lui seul est le refuge par excellence de ceux qui craignent, de- même qu'il est pour tous la protection sans pareille.
I/ADUI/rKIlK KT l/AMOUIl
— J'y crois, répondit IIiM^no ; aussi je ne veux plus me laisser aller à l'amiclioii ; jo ne m'en reconnais vraiment pas le droit.
Mil disant ces dernières paroles, elle enveloppait son mari d'un re^'ard afTcctiieux et caressant, (jui disait en même temps la conliance qu'elle avait dans un avenir qui reposait aux mains de cet homme si entièrement adcctueux, si entièrement aimé.
il venait, du côté de la cuisine, des parfums qui mettaient l'estomac en éveil et auquel le brave curé ne savait pas résister ; les sardines fraîches atteignaient le dernier coup de feu qui leur était nécessaire, ce coup de feu après lequel elles ne conservent plus la moindre vertu pour les palais délicats.
— Madame, dit tout à coup le vieux prêtre, qui voulait sauvegarder tout à la fois les convenances et les sardines, dont le parfum trop actif lui donnait des craintes pour l'iieure du déjeuner, Madame, voulez-vous me faire le plaisir et l'honneur de déjeuner dans une modeste cure avec M. votre mari ? C'est fête, aujourd'hui, chez moi, puisque M. le marquis de Lanesan a bien voulu partager mon modeste repas.
— Modeste, modeste !... dos sardines comme on n'en mange qu'ici ! Ah ! mon brave curé, c'est vous qui dépassez les limites de la modestie.
Acceptez, Madame, croyez-moi, et, lorsque vous rentrerez à Paris, vous pourrez vous vanter d'avoir mangé, au moins une fois dans votre vie, du poisson comme on n'en saurait trouver nulle autre part.
Le vieux prêtre s'était approché de Benjamin Jacob, auquel il renouvelait son invitation dans les termes les plus courtois, quoique les plus simples et les plus empressés.
La gouvernante était accourue, toute rouge, d'un air effaré, pour dire à M, le
curé :
— Le déjeuner est sur la table I
Son entrée venait de lever les dernières hésitations.
Pour ne pas apporter du retard à un repas si activement attendu et si choyé du côté de celle qui le confectionnait, Benjamin Jacob et Mme Hélène s'empressèrent d'accepter l'olTre courtoise qui leur était faite.
Les pêcheurs du golfe de Gascogne avaient apporté au curé d'Hendaye la fameuse corbeille de sardines dont il a été déjà p?rlé, et ces poissons à la chrir savoureuse , aux écailles brillantes, faisaient, tout à la fois, le mets de choix et le plat de résistance du déjeuner.
La gouvernante y avait ajouté des œufs à la coque, que les poules de sa bassecour avaient pondus le matin môme, et le domestique de M. de Lanesan, qui était arrivé quelques instants après son maître, était entré à la cure avec un panier fort bondé de provisions solides, car, si M. de Lanesan était passionné des sardines d'Hendaye, il ne tenait pas non plus en mince estime les pâtés de venaison, les volailles grasses et les confits de porc ou d'oie ; aussi, chaque semaine, en venant partager les sardines du curé, le marquis arrivait-il inévitablement précédé ou suivi d'un chargement de victuailles dont les reliefs garnissaient le buffet du prêtre pour le reste de la semaine.
Grâce à tout cela, Benjamin Jacob et Mme Hélène, de même que le prêtre et le
marquis, déjeunèrent princièrement; d'autant plus que ce qui avait été dit le matin était l'exacte vérité : le vent soufflait du large et il activait l'appétit de tout le monde d'une très-consciencieuse façon.
Benjamin se consolait de ce qu'un autre aurait appelé sa mésaventure, en songeant à la joie qu'avait éprouvée sa femme au cours de ce voyage au pays du soleil.
La jeune femme ne disait plus, du moins elle n'osait plus dire ce qui se passait en elle, pas plus que les idées qui assaillaient son esprit à propos de son parrain, ne voulant point attrister les gens avec lesquels elle se trouvait ; elle faisait donc beau visage en dépit des craintes qu'elle ne pouvait chasser.
Néanmoins elle se demandait à part elle : — Pourquoi a-t-on si fort tenu à nous éloigner de Paris, Benjamin et moi. Pour nous faire partir on n'a pas craint d'employer le mensonge et de mettre en avant les braves gens qui sont là ; si on n'avait pas eu à commettre je ne sais quelle action qui doit nous nuire, peut-être en atteignant Ambroise Beaupuy, on n'aurait certes pas pris un soin si actif de nous éloigner.
A part lui, mais tout à fait en vain, Benjamin cherchait aussi quel pouvait être l'auteur d'une si mauvaise plaisanterie et quel en était le but ; il ne poussait pas les choses au tragique ainsi que le faisait Mme Hélène dans le secret de son âme et ne se doutait pas le moins du monde de ce qui arrivait chez lui ; de ce qui atteignait le vieillard qu'on avait laissé entouré de si nombreux et de si fidèles serviteurs.
Les premiers moments de ce repas furent silencieux : chacun s'appliquait à manger avec plaisir, presque avec recueillement un mets qu'on trouvait excellent; mais lorsque, après les sardines, la gouvernante eut apporté un potage au cerfeuil, dans la confection duquel elle excellait, le marquis de Lanesan poussa un léger cri de satisfaction.
— Ah ! Germaine, fit-il, vous me gâtez; c'est bien ce que vous faites là, ma fille; vous êtes une brave créature; rien ne pouvait m'être plus agréable que ce potagelà, surtout quand c'est vous qui le faites ; chez moi, personne ne le réussit aussi bien que vous.
Germaine, après avoir posé la soupière sur la table d'an air conquérant, se retirait toute rouge et satisfaite; les compliments que venait de lui adresser M. le marquis l'avaient flattée aii bon coin de sa vanité de cuisinière.
Le fait est que Germaine excellait à la confection du potage au cerfeuil.
Lorsque la première faim fut apaisée, et cet apaisement arrive tôt chez les gens du Midi qui, généralement sont aussi petits mangeurs que gourmets, Benjamin Jacob dit d'une voix calme et grave, en s'adressant au curé :
— Les vilaines gens qui ont cru me jouer un mauvais tour en m'envoyant jusqu'ici se sont grandement trompés ; j'ai goiité à ce voyage une grandejoie, et le déjeuner auquel vous m'avez si gracieusement convié me procure une satisfaction de plus.
J'espère, monsieur le curé, que vous voudrez bien me permettre, en mémoire du bon accueil que j'ai rencontré à Hendaye, de faire un cadeau à votre église; pour parer le maître-autel je ferai, si vous le voulez bien, sur tel sujet religieux qu'il vous plaira choisir, une peinture murale qui rappellera à vos braves paroissiens le passage de Benjamin Jacob chez eux ; quant à Benjamin Jacob, son voyage et — séjour ici ne s'effaceront jamais de sa mémoire.
gSr 39i LAUVl.lVAW. Kl L AMOUll V^)
I.e bravo praire avait les yeux pleins dn douces larmes ; qui aurait jamais dit au pauvre bonliuinine que pareil boiiInMir lui adviendrait ?
Il re^'arda tuul à lu luis le jeune |>cinlre et le nianiuis, se demandant à part lui si, celte fois-ci, il ne rêvait pas encore ; et, n'y pouvant plus tenir, il apf^ela sa gouvernante d'une voix que l'émotion rendait tremblante et lui dit :
— (lermainc, ce Monsieur que tu vois là va nous faire un grand bon Dieu tout neuf, pour noire éj^lise !
— Je le savais, répliqua la vieille femme d'un air calme, ce qui ne l'empôcbail pas de prendre le e(jin de son tablier de toile bise pour essuyer ses yeux qui se remplissaienl de viais pleurt;, tant son éniolion était grande.
Dame ! la gouvernante du curé, c'est un peu comme le curé lui-même, et l'église est aussi de son domaine.
— Comment le savais-tu, demandait le curé assez stupéfait de s'être tant pressé pour annoncer une nouvelle (juc l'on savait déjà ?
— Mais c'est bien simple, fit ricrmaine ; j'ai vu bier au soir ce Monsieur et celte Dame dans l'église, et, comme ils ne sont pas du pays, je rac suis arrêtée un brin pour voir, ce qu'ils faisaient là ; alors j'ai remarqué que le Monsieur regardait les murs avec un air de si grande pitié que je me suis dit aussitôt :
Ces murs-là lui semblent bien trop grands pour n'avoir rien dessus; et, jour de Dieu ! si c'est un artiste, un de ces grands esprits de la ville qui font de si belles images qu'on croirait que c'est Dieu lui-même qui s'est amusé à les créer; pour sûr que si c'est un de ceux-là, et il en a, ma foi, tout l'air, il ne partira pas de chez nous sans nous avoir fait une bonne Vierge ou M. son lils pour notre église.
— Elle a raison, Germaine, reprit le curé; elle y a vu du premier coup plus clair que moi; Dieu fait parfois cette gr.ice aux gens simples, dont le cœur est honnête, de leur montrer la vérité avant qu'elle soit connue des autres.
Et, pendant que la gouvernante retournait à sa cuisine donner un dernier coup d'œil aux beignets qu'elle devait servir pour le dessert, le vieux prêtre ajoutait :
— Vous le voyez, monsieur le marquis. Dieu fait encore des miracles !... Il nous amène jusqu'ici, par des voies détournées, le grand peintre qu'on appelle Benjamin Jacob et il éclaire l'esprit borné de ma pauvre Ciermaine jusqu'à lui faire trouver tout naturel qu'un homme d'un pareil talent arrive ici tout exprès pour parer le maitre-autel de ma pauvre église.
Ilendaye est un pays merveilleux et charmant tout à la fois, dont on n'oublie jamais l'aspect ni les gens quand, une fois seulement, on a été appelé à les voir.
Il y a, tout au bout du pays, car c'est un tout petit pays, une maison modeste habitée par des artistes qui. tout en n'étant ni moines ni bénédictins, n'en confectionnent pas moins cette liqueur à nulle autre pareille qui porte le nom de son lieu de naissance.
La maison de ces fabricants-artistes est tout au bout de la rue, c'est la dernière ; au bout de cette rue se trouvent quelques marches qui conduisent jusqu'au bord de l'eau, de cette eau bleue, chatoyante et merveilleuse qui s'appelle le golfe de Gascogne.
M. do Moibrnb, travesti en Iiolien, anivu dans l'atelier (pageblG).
Le soir, sur le sable, au pied de ces e. caliers rustiques, entre la dernière marche et l'eau, sur une langue de sable, les jeunes gens du pays et les pêcheurs auxquels se mêlent quelques Espagnols, qui ont commencé leurs cigarettes de l'autre côté du sable pour la venir achever ici, se réunissent pour jouer aux palets, aux quilles, à la balle et pour chanter et danser.
Pendant que cette jeunesse prend ses ébats, il s'élève de la maison de M. Barbier (c'est M. Barbier que s'appelle l'inventeur de la liqueur d'IIendaye) des chants graves et rêveurs qu'un orgue accompagne.
Sur ces côtes enchantées, sous ce ciel bleu, on fait de la musique, on compose ^ des cantiques et des romances, on vit de l'existence des arts, pendant que les ^
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10"' PÉRIH
LAIJIILTKHK KT LAMULU
plantes c)(lo;iférantes (jui mucùrcnl dans de grandes jarrc'^ ajjporlenl leurs parfums pôntHrants et subtils jusque sur la côte.
I.e pays est petit, avons-nous dit, cela pcrmollra de comprendre qu'en In-spen de temps la nouvelle de l'arrivée des deux étrangers avait été colportée, et cela avec une telle prestesse que tout le monde savait déjà que le jeune homme et la jeune femme déjeunaient chez M. le curé en compagnie de M. do Lanesan,
M. Marhicr savait que le bulTel du prêtre n'était jamais bij'u abondamment fourni, surtout en cordiaux, le brave homme ayant pour habitude de donner à ses pauvres et à ses malades absolument tout ce qu'il possédait chez lui.
Il est une chose vrainif-nt remarquable, c'est que les pauvres ne diminuent jamais ; quel que soit le pays, qu'il ail une vaste étendue ou qu'il en ait une petite, il y a toujours même nombre de malheureux et ceux qui s'applicjuent à les soulager ont constamment aussi beaucoup à faire.
M. Harbier accourait donc avec de jolis flacons ; il apportait le dessert dans cette maison du bon Dieu.
En entrant, il déposait son oll'rande entre les mains de Germaine; mais le curé avait entendu la voix de son voisin et ami, et il s'était levé pour courir à l'office chercher le nouveau visiteur.
— Entrez donc, monsieur Barbier, entrez donc ; il nous arnve un grand bonheur et je ne saurais le faire partager à trop de monde.
Après avoir conduit M. Barbier jusqu'à la salle à mringer et l'avoir présenté à ses hôtes, le curé s'empressait d'ajouter :
— Nous allons avoir une belle peinture chez nous ; c'est Monsieur qui veut bien nous en faire cadeau.
Et là-dessus le vieillard de raconter son histoire avec des attendrissements qui prouvaient l'excès de son bonheur.
Le marquis de Lanesan ne disait rien, depuis un moment déjà, mais il avait l'air si fort absorbé qu'il n'était pas douteux qu'il avait aussi quelque surprise à faire et que son esprit en était tout absorbé.
— Si vous le voulez bien, reprenait Benjamin Jacob, quelques instants après, je pourrais représenter le Dieu des pauvres : c'est celui qui éloigne le moins les malheureux qui viennent !e prier.
En disant ces quelques paroles. Benjamin regardait si tendrement Mme Hélène qu'il était facile de comprendre que l'idée venait d'elle et qu'à l'aide de son regard affectueux le jeune homme lui rapportait tout le mérite de celte charitable pensée.
Benjamin poursuivait :
— Jésus marchant sur les eaux, entouré des pêcheurs, me semble être de circonstance chez vous et d'à-propos dans votre église. Qu'en pensez-vous? monsieur le curé ?
— Je reconnais avec joie que vous avez entièrement raison et je reconnais que c'est Dieu qui vous a pris par la main pour vous conduire lui-même jusque dans ma modeste demeure.
Oh! mes braves pêcheurs, vont-ils être heureux devoir le doux Jésus marcher ;4^ sur les eaux du golfe pour aborder chez nous I
— Pas plus tard que demain je me mettrai à l'œuvre, reprit le jeune homme qui venait d'être payé au centuple, non-seulement de ses bonnes paroles, mais encore de sa généreuse action par un regard, par un serrement de main bien affectueux et bien tendre que lui adressait sa femme.
En effet, le lendemain matin, à la première heure, Benjamin était dans l'église surveillant la construction des échafaudages qui devaient lui permettre de faire l'œuvre qu'il avait promis de mener à bien avant de retourner à Paris.
Mme Hélène, pendant que son rnari travaillait, restait sur la plage, buvant l'air vivifiant à pleins poumons et repaissant son œil et sa pensée des beautés de la nature qui n'est, en aucun endroit, plus belle qu'en ce petit coin du monde.
Elle était la femme du peintre, la bien-aimée et l'amie de celui qui était venu faire de belles choses dans leur église ; aussi chacun sur la plage, dans le chemin^ s'empressait-il autour d'elle ; on lui apportait des fleurs, des fruits, du poisson, tout ce qu'il y avait de plus beau ; ainsi qu'à une reine de droit divin, on s'empressait de lui rendre hommage, dans la mesure des forces de tous.
Cette vie douce et calme faisait à la jeune femme un bonheur de plus à ajouter à toutes les joies sereines et recueillies qu'elle avait goûtées depuis son mariage avec Benjamin Jacob et dont elle était redevable à l'amour de son mari.
Comme s'il était écrit en tête du chapitre de toutes les existences qu'il ne doit pas y avoir de bonheur parfait sur la terre, même dans les vies les plus simples, dans celles qui comptent au nombre des jours heureux ceux qui sont marqués par l'absence du mal, le quatrième jour de l'arrivée des jeunes gens à Hendaye^ Mme Hélène recevait une lettre de son parrain.
Le vieillard lui racontait, en atténuant beaucoup la vérité, à propos de ce qui s'était passé, l'attaque que l'hôtel avait supporté et les mauvais traitements qui lui avaient été infligés à lui-même.
— Quand je vous disais, Benjamin, s'écriait Mme Hélène, dont le désespoir était aussi actif que profond ; quand je vous disais, mon ami, que, pour nous atteindre vous et moi, c'était à mon parrain que l'on s'attaquerait ; vous le voyez, je n'avais malheureusement que trop raison ; le pressentiment des choses qui se passaient là-bas me venait troubler jusqu'ici .
— Mais non, ma chère, affirmait Benjamin, ce n'est pas plus à votre parrain qu'à nous qu'on en voulait, mais bien à notre argent ; c'est tout simplement un vol qu'on voulait accomplir dans de bonnes conditions pour les voleurs; si l'on a attaché et bâillonné M. Beaupuy, ce n'était qu'avec l'idée préconçue de le mettre dans l'impuissance de s'opposer, par lui ou à l'aide des gens qu'il aurait pu appeler à son secours, à l'acte qu'on voulait commettre à rencontre de ce que nous possédions.
Ne perdez pas de vue, chère, que les voleurs n'ont d'autre objectif que de s'emparer de ce qui appartient à autrui et, pour faire cela, ils commencent par réduire à l'impuissance ceux qui voudraient les empêcher de faire leurs petites affaires, ceux qu'ils peuvent rencontrer dans les maisons qu'ils ont résolu de mettre au pillage.
Benjamin avait beau dire tout ce qu'il pouvait imaginer pour arriver à rassurer sa femme, il ne pouvait y parvenir.
Mme Hélène ne songeait plus qu'à regagner Paris le plus vivement possible i)
I/ADLLTKKK KT I/AMOCU
afin de retrouver son parrnin qu'elle croyait fort en danger par le neul fait de son
abscnct».
lionjamiu, en voyant sa remnu^ si proroiidément désolée un in«rne temps que di'sireuse de revenir à Paris, léh^^'rapliiaà M. hcaupuy pour lui fairt part de l'état dans le(juel se trouvait sa feinine el pour lui dcniandtr s'il lallail «^uiUit liendave tout de suite.
Mais le vieillard, qui tenait avant tout à ce que Mme Hélène prolilàt de son voyage pour l'aire provision de force et de santé, répondit aussitôt el du la même layon :
u (,)u'llclrne ne quille pas Hendaye; si je lui ai raconté tout ce qui s'est passé ici, c'est qu'il n'entre pas clans nos habitudes de nous cacher quoi que ce soit de ce qui traverse nos existences, gaiement ou tristement. Mais maintenant que tout csl calme, (juctout est rentre dans l'ordre et que je me porte bien, il serait déraisonnable de rentrer.
» Karll et Rosalie montent une garde vigilante absolument comme si, après avoir emporté tout ce qui pouvait l'élre chez nous, nos voleurs allaient prendre la peine de revenir, pour nous donner, à nous autres, la satisfaction de les faire pincer.
» Mais, lors même que la maison ne serait pas aussi activement gardée, elle ne risque plus rien ; donc qu'Hélène se rassure et se soigne; pour cela faire, qu'elle reste là-bas; c'est moi qui l'en prie el, au besoin, je le lui ordonne.
» Au reste, pour la rassurer entièrement, tous les jours elle aura de mes nouvelles ; absolument comme je vous prie de me faire tenir des vôtres à tous les deux. Ainsi nous aurons les uns et les autres l'esprit et le cœur plus en repos. »
Hélène fut forcée de se rendre à l'évidence : la maison pillée ne pouvait, en effet, attirer les voleurs ; quant à ce qui était de la santé de son parrain et des mauvais traitements qu'il avait subis, elle s'en rapportait absolument à ce que lui avait dit son mari ; si on s'était attaqué au vieillard, c'était tout simplement pour le mettre dans l'impossibilité d'entraver les exercices de MM. les gredins.
Personne ne pouvait lui en vouloir pas plus qu'à eux; au reste, ils vivaient si seuls, si retirés ; ils étaient si parfaitement inolTensifs pour tous, enveloppant le monde entier d'une si complète indilï'érence pour ne s'occuper que d'eux, qu'elle était forcée de se dire que personne au monde n'était en droit de vouloir, nonseulement leur faire du mal, mais même leur être déplaisant.
A la suite de tout cela, il fut donc bien résolu que Benjamin et sa femme resteraient à Heiidaye jusqu'à la fin du mois, afin que le peintre put achever sa décoration du maiire-autel qu'il avait entreprise dès le premier jour ainsi, qu'il avait promis de le faire.
Benjamin Jacob, pas plus qu'Hélène, ne crut devoir dire à M. Beaupuy que les lettres reçues d'Hendaye n'émanaient ni du curé ni du marquis de Lanesan ; cela aurait pu l'inquiéter, et en raison de son âge et surtout de sa santé qui n'avait pu faire autrement que d'être grandement ébranlée à la suite de l'attaque qu'il avait subie de la part des misérables qui avaient fait irruption dans son hôtel.
Benjamin se réservait de rechercher lui-même les auteurs de cette déplorable plaisanterie, et cela aussitôt qu'il serait de retour à Paris.
Mais jusque-la il avait été convenu avec Mme Hélène qu'ils garderaient secrète (6j cette partie des aventures qui leur avaient été ménagées. ^
Depuis que le curé disait sa messe à l'un des petits autels de son église pour en abandonner entièrement le chœur au peintre et à ses échafaudages, le brave homme entassait distractions sur distractions à l'heure de ses prières : le beau Jésus qui s'avançait d'un pas calme et ferme sur les eaux transparentes du golfe attirait sans cesse ses regards et retenait sa pensée.
Il regardait avec admiration ce que chaque jour apportait à ce tableau, et, si la messe n'était pas dite avec la même attention, l'action de grâces dont il la terminait était capable de racheter beaucoup de péchés véniels, car elle était faite d'un cœur si plein d'allégresse et de reconnaissance que le bon Dieu devait en être satisfait.
Cependant, à Paris, il se passait des choses d'un autre ordre ; nous avons assisté à une grande partie de celles qui s'y étaient accomplies ; nous allons de même nous appliquer à suivre les autres.
Nous avons vu non-seulement le vol de l'hôtel Beaupuy, mais encore la revanche que Karll, Pierrille et Poigne-d'Acier avaient prise à ce propos.
Nous les avons laissés sur la route, revenant bon train vers l'hôtel de M. Beaupuy, ramenant le fourgon aussi plein que pesamment chargé ; la chose n'était pas douteuse, elle se voyait, du reste, bien facilement à l'allure des chevaux qui tiraient à plein collier.
On comprendra que, à pareille heure, en semblable équipage, Karll était pressé de se mettre à l'abri des regards curieux et de se retrouver derrière les murailles qui servaient d'enclos à la cour de l'hôtel Beaupuy.
Pour ne réveiller personne dans le logis, Rosalie avait eu la précaution de prendre une des clés extérieures, une de celles qui ouvraient le gran'd portail ; îussi, à peine l'eurent-ils atteint qu'elle sautait prestement à terre et faisait tourner la clé dans la lourde serrure ; puis elle poussait le portail qui roulait sur ses gonds, si bien que le fourgon put entrer sans stationner même une seconde dans la rue.
Derrière lui, Rosalie s'était empressée de refermer la porte; on était dans la cour et la cour était close ; c'était un grand point d'obtenu ; aussi, nos trois amis poussèrent-ils un grand soupir de soulagement et de satisfaction.
— Ça y est tout de même, fit Karll; ça n'a pas été sans peine, je suis forcé de le reconnaître; mais tout est bien qui finit bien.
— La voiture était si fort chargée, ajoutait Pierrille en s'essuyant énergiquement le front, que j'en suis à la nage ; je portais ma part de charge avec les chevaux, tant je craignais de nous voir rester en chemin. Ouf !... enfin, nous y voilà, je puis respirer !
— Dis donc, Karll, reprenait Rosalie, qui venait aussi de témoigner sa satisfaction d'être arrivée sans accident, si nous faisions uue surprise au maître ?
— Laquelle? demandèrent ensemble les deux hommes.
— Si, pendant qu'il est encore au lit, nous remettions tout en place dans la maison, sa chambre exceptée; à nous trois, nous sommes bien capables d'opérer ce remménagement sans nous faire aider par personne.
— La bonne idée ! s'écria Pierrille ; au reste, Rosalie n'en a jamais d'autres; j'en suis, moi, de l'installation ; le plaisir que j'y vais prendre me dédommagera j quelque peu de tout le mal que nous ont donné les gredins que nous avons si j bien ficelés. j
Sans s'attarder davantage en des discours inutiles, et du moment où tout le ^
LADULTKIIK KT LAMOUR
monde était d'accord, Rosalie courut ouvrir les remises, sous lesquelles on fll enlPLM' la voilure et les chevaux pour pouvoir opérer le travail dont il était question sans éveiller les valets, sans donner matière h leur curiosité, ce qui allait bientôt être à craindre, car les uns et les autres, vu l'heure qui s'avançait, ne devaient pas tarder à ouvrir les fenêtres et les portes pour se mettre à leur beso- ^Mie quotidienne.
Dans les remises dont Karll et Uosalie seuls avaient les cl(''S, le déchargement pouvait s'accomplir aussi secrètement qu'il était nécessaire qu'il fût fait pour que la surprise qu'ils ménageaient à M. Iteaupuy ne perdît rien de son mérite, du fait de quelque iiidiscrélion de la part des domestiques.
Uosalie défaisait les paquets ; elle sortait de leurs enveloppes les statues, les cofTrets, les pendules, les candélabres, les objets d'art, tout ce qui avait été dérobé de lourd et de volumineux, pendant que les deux hommes s'empressaient de tout emporter pour aller le remettre juste à la place que cela avait occupé avant que les hommes de de Morbras en eussent décidé autrement.
Quand il n'y eut plus que les bibelots de Mme Hélène à mettre en ordre, ce fut Poigne-d'Acier qui se chargea de ce soin ; personne aussi bien qu'elle ne savait comment arranger tout cela pour que, au retour de la maîtresse, rien n'eût l'air d'avoir été touché. Cet emménagement fut si lestement accompli que tout était terminé lorsque les domestiques, relevés de la garde qu'ils avaient montée toute la nuit auprès du vieillard, demandèrent à Karll s'ils pouvaient se mettre à leur besogne de tous les jours.
Quelques instants après, M. Beaupuy sonnait et, derrière le valet de chambre qui apportait à son maître ses journaux et ses lettres, Karll apparaissait.
— Ah çà ! lui demandait M. Beaupuy en souriant, quelles nouvelles escapades avez-vous encore pu faire pour que, depuis hier soir, on ne m'ait pas quitté de Vœ'û, absolument comme si vous aviez redouté qu'on vînt m'enlever ?
— Nous n'avons rien fait d'extraordinaire, absolument rien, disait Karll à M. Beaupuy, en prenant une allure modeste et tranquille ; rien, je vous assure.
— Ton rien est gros de réticences, ajoutait le vieillard, et je ne m'y laisse pas prendre ; mais, enfin, je découvre dans ton œil un éclair de bonne humeur, dans le coin de tes lèvres quelque chose qui a tout à fait les allures d'un sourire, et je m'en contente ; avec la physionomie de mon ami Karll, je me plais à croire que ce qui s'est passé n'est pas bien tragique ni malheureux pour nous.
— Pas le moins du monde, répondit le beau Karll.
Rosalie entrait dans la chambre du vieillard, et son air de bonne humeur achevait de persuader M. Beaupuy que, s'il s'était passé quelque chose pendant la nuit qui venait de s'écouler, ce n'était point au désavantage de sa maison; Rosalie n'était point femme à sourire de si bon cœur s'il était arrivé quoi que ce fût dont Mme Hélène et sa famille n'auraient pas eu à se réjouir.
M. Beaupuy avait parcouru les journaux, lu les lettres, et Rosalie était entrée juste au bon moment pour Tavertir que son premier déjeuner l'attendait dans son cabinet de travail, où il avait l'habitude de le prendre tous les matins.
Pour que rien ne retardât M. Beaupuy, elle ouvrait elle-même les portes devant lui.
Le vieillard, en entrant dans cette pièce que, depuis quelques jourS', il avait vue si nue, si entièrement dépouillée de ce qui était de ses vieux bronzes et de
fefe-
tous les objets de luxe dont, depuis plus d'un demi-siècle, il s'était plu à le parer, sans compter tous les objets précieux qu'il avait recueillis après la mort de ses parents, toutes choses auxquelles il tenait plus encore, en souvenir du passé et des heures vécues, en les regardant qu'en raison de leur valeur réelle, le vieillard, disons-nous, ne put retenir un cri de surprise et de manifester son étonnément.
Il n'avait pas encore eu le temps d*être vraiment aussi joyeux que le méritait ce qui lui arrivait ; il en était encore à se rendre compte de ce qu'il voyait.
Il se retournait vers Karll, qui le suivait ; il regardait Rosalie qui restait droite contre la porte qu'elle venait do franchir, et son regard était si rempli de questions qu'il n'avait réellement pas besoin de parler pour se faire comprendre.
— Mon Dieu ! oui, reprenait l'ancien contrebandier, les bibelots sont rentrés à peu près tous, du moins je le pense; il est probable, monsieur Beaupuy, que vous les regrettiez fort, ces objets-là ? On n'a pas vécu si longtemps de compagnie sans s'être attaché profondément et sérieusement les uns aux autres ; il est à croire que ces précieuses babioles vous rendaient l'affection que vous leur portiez, puisque les voilà de retour.
— Ah ! mes braves amis, comment êtes-vous arrivés à accomplir un pareil miracle, demandait le vieillard, après s'être assis sur son siège d'habitude pour pouvoir regarder bien à son aise tout ce qui l'environnait, tout ce qui était de retour, ainsi que le disait Karll.
Cependant, l'ancien contrebandier, sans mettre entièrement au courant de ce qui s'était passé M. Beaupuy, qui l'interrogeait aifectueusement, lui racontait, en le prenant du côté comique, afin de ne pas attrister le vieillard, l'aventure de la nuit et comment les voleurs avaient été dépouillés à leur tour, en restituant, bien contre leur gré, par exemple, ce qu'ils s'étaient donné tant de mal pour faire disparaître de l'hôtel.
Pendant que Karll s'appliquait à raconter ce qui s'était passé, avec cet esprit brillant, primesautier et plein d'images qui appartient aux gens du Midi, Rosalie avait été rejoindre Pierrille et, à eux deux, ils installaient vivement dans la chambre de M. Beaupuy ce que les hommes de la troupe de de Morbras en avaient enlevé.
Mais il venait, au cours du déchargement de la voiture, de se produire un fait qui n'était pas sans exciter l'hilarité de Rosalie, qui n'était cependant d'habitude rien moins que bruyante, quand il s'agissait de témoigner sa satisfaction.
Excepté l'or, l'argent monnayé et les billets de banque, tout avait été retrouvé; de même, chaque chose avait été remise en ordre et à la place qu'elle occupait primitivement.
En dehors de cela, il restait encore beaucoup d'objets au fond du fourgon, des amas de choses d'une richesse inouïe et très-précieuses.
— Où diable ces gredins-là avaient-ils bien pu dérober cela ? se demandait Poigne-d'Acier.
Pierrille en faisait autant, sans pouvoir se répondre, mais il ajoutait :
— Cela ne nous appartient pas, par conséquent ils n'ont pas pu le voler chez
400 L'ilDULTEaK LT L AMOUH
Si je le savais, disait eni^ore IMerrille, je m'empresserais de le rendre h qui de droit ; mais, ne le saehant pas, j'en suis fort empoché.
— Laisse faire, répondait Poigne-d'Acierqui, ce matin-là, était d'une humeur charmante, ayant accompli, à son plus grand contentement et au hénédce des gens qu'elle aimait, un de ces tours de force et d'adresse dont autrefois elle était coulumiérc.
Laisse faire, ami Pierrille, j'ai trouvé un moyen de tout arranger et, d'ici à (|uelques heures, je vais m'appliquer à le démontrer.
— Quel est-il, ce moyen, demandait le jeune homme, assez surpris qu'on eut pu trouver un biais pour arriver à rendre à des gens qu'on ne connaissait pas des objets qui leur avaient été volés on ne savait h quelle époque, ni en quel endroit.
— Tu ne devines pas un peu ? demandait Rosalie.
— Non, vraiment, pas du tout, ajoutait Pierrillc.
Eh bien ! écoule : je vais m'en aller directement avec les chevaux et la voiture, dans laquelle nous remettrons ce qui ne nous appartient pas, jusqu'à la préfecture de police; une fois là, je déclarerai que j'ai trouvé tOBt cela errant sur la voie publique sans conducteur, sans personne pour garder les bètes et sans aucune espèce d'indication; car, lu dois voir, ce que je ne manquerai pas de faire remarquer, ce fourgon n'a pas de plaque indicative pour donner le nom et l'adresse de son propriétaire.
Je suis forcé de me rendre, répliquait Pierrille ; vous êtes une femme ingénieuse autant que bonne et solide; sur l'honneur, Karll est un heureux mortel I Je n'aime point le mariage en lui-même, madame Rosalie, vous connaissez mes idées à ce sujet-là; je trouve que c'est un fil qu'on se met bien bénévoiemrnt à la patte ; mais, tout de même, si vous aviez une sœur qui vous ressemblât, Karll et vous, vous pourriez compter sur Pierrille pour augmenter aussitôt votre famille.
Rosalie souriait; le compliment de ce montagnard lui plaisait ; les bonnes amitiés dont pendant si longtemps la pauvre fille avait été sevrée étaient toujours bien accueillies par son cœur loyal et brave.
Lorsqu'elle put croire que les bureaux de la préfecture de police devaient être ouverts, elle dit à Pierrille d'aller rejoindre son mari; puis elle se mit en route pour accompHr ce qu'elle venait de projeter.
Elle ne voulait envoyer faire cette remise à la préfecture par aucun des hommes de son logis, non-seulement dans la crainte de les compromettre, mais redoutant surtout de les désigner à la haine et aux représailles que les chefs de la troupe, si fort malmenés par eux trois pendant la nuit qui venait de s'écouler, ne manqueraient pas de vouloir prendre aussitôt qu'ils en trouveraient l'occasion.
Rosalie raconta, lorsqu'elle eut remis la voilure et les chevaux aux mains des sertrents de ville qui devaient conduire le tout en fourrière, qu'elle était en service chez M. Ambroise Reaupuy, un ancien magistrat; elle espérait que cette qualification sonnerait agréablement aux oreilles des gens de la préfecture et elle ajoutait que c'était en allant faire ses provisions pour le déjeuner des maîtres qu'elle avait trouvé, le long des grilles du Luxen?bourg, la voilure et les chevaux dont elle avait cru devoir venir faire elle-même le dépôt.
La chose parut toute naturelle aux gens de celle administration ; aussi, inscrivirent-ils ce qu'on leur remettait, et, une fois que la chose fut couchée sur ru. leurs livres, ils n'v pensèrent pas davantage-
Le Houleur elle Décaiiilc s'étuii.'Ut empresses d'ouvrir les meubles (page 32i).
Cependant, Rosalie reprenait le chemin de l*iiôtel d'Anibroise Beaupuy ; en rentrant, elle répondit à Karll, qui lui demandait d'où elle venait :
— Le tour est joué, fit-elle, nous n'avons plus rien chez nous de ce qui ne nous appartenait pas : chevaux, voiture, objets volés, je viens de remettre le tout, et moi-même, aux gens de la préfecture de police, qui s'en arrangeront comme bon leur semblera ; seulement, je crains beaucoup que de longtemps les hommes que tu sais ne puissent remettre la main sur leur voiture et sur leurs bêtes.
— Ah ! ma chère Rosalie, s'écriait Karll, tu peux te vanter d'être une
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