‹ L'adultère et l'amourChapitre 3 sur 35 · X.* M I. Altl II l.lll. I I I AM'M i; -Kj-s · texte numérisé non relu

X.* M I. Altl II l.lll. I I I AM'M i; -Kj-s

larmes de son nioiiclMtir do hatisle, f^'arDi de dctilullcs que j'avais pay<^es, et de quel prix î elle caressait doiieemcnl mon tVout, eoriime [)()iir en ^doigner toute idée qui n'aurait pas eu rapport h elle cl, dans mon esprit, quand sans en avoir dit un mot j'admettais déjà l'horrihle compromis rpii m'cîail otTerf. la l'erle murmurait à mon oreille :

— Voyons, mon petit, ne le désole pas ; je ne suis pas aussi méchante que jVn ai l'air; maisseulement, je te l'avoue, j'ai, de la misère, «ne frayeur noire, et, pour la fuir, je quitterais tout et chacun, môme loi.

— Marier ma so'ur, c'est hientôt dit, murmurai-jc à demi-voix, comme si j'avais soupesé, dans le creux de ina main, la somme à prendre, à l'aide de mon futur heau-frére, sur ce qui était à vous, pour le donner k la Perle qui l'attendait avec impatience, absolument comme si ca lui avait appartenu de droit.

Do Hloutz n'attendait que de me voir dans l'état d'indécision où je venais de \

tomber pour dire, de l'air qui lui est particulier, de cet aii* moitié sérieux, moitié )

goguenard, qui lui permet de tàler tous les terrains avant de s'y av<'nturer |

entièrement: certes oui, il faut la marier. )

Ce lut encore de Bleutz qui se pencha vers moi pour me dire tout bas : j

— Oui, Mlle Hélène de Tremples est une bien jolie personne, et je voudrais être, ) je ne vous le cache pas, Gaclan, le beau-frère chargé de vous remettre la moitié de sa dot. j

Hélène venait d'api)uyer son front sur une de ses mains ; elle regardait fiactan )

de Tremples d'un regard dur et sec: maintenant qu'on parlait des douleurs qui j

lui avaient été imposées, elle ne se souvenait plus que d'une chose : de ce qu'elle ; avait soulTerl, de ce qu'elle soulTrait encore, et l'on comprendra facilement qu'elle

avait le droit d'être sans pitié pour ses bourreaux. j

Cependant dactan de Tremples continuait : |

— Oh ! celte fois-ci, Hélène, je ne m'j^xcuse plus ; je dois vous avouer que je

} comprenais parfaitement que, si vous épousiez cet homme, vous ne seriez pas j ) heureuse ; j'en étais arrivé à ne pas vouloir qualilîer, môme en face de moi, l'ac- ; i tion à laquelle je me laissais entraîner ; mais je n'avais ni la force de résister, | ( ni le courage de dire un mot, pour me soustraire à l'influence mauvaise qui pesait \ I sur moi.

j Pour le moment, la Perle me souriait ; elle était là, tout près de moi, sa main i touchant la mienne, et néanmoins je la sentais prèle à m'échapper, selon que je j prêterais plus ou moins aveuglément les mains à la conclusion d'un mariage qui I avait été résolu d'avance, entre elle et son complice.

Ce mariage devait vous livrer à de Bleutz, pendant qu'une moitié de la fortune qui vous appartenait devait passer, des mains de votre mari dans les mains de la Perle qui, à ce même prix, consentait à ne pas se séparer de moi.

Les lèvres entr'ouvertes d'Hélène laissèrent échapper un long soupir ; mais elle n'ajouta pas un mot; à quoi bon discuter à propos du passé? A quoi lui aurait servi de récriminer à propos d'un fait accompli, sous le poids duquel elle était et restait écrasée!

— C'était infâme, je le sais-, poursuivait Gaétan, dont la poitrine se soulevait avec peine pour laisser sortir les paroles d'accusation qu'il portait contre lui ; c'était infâme ! je le reconnais ; mais j'aimais tant cette femme que, même en sachant que l'action que j'accomplissais était hideuse, repoussante, ignoble à tous les titres, je prêtais les mains à son accomplissement et j'oubliais tout,

L tout!... votre malheur et ma honte, quand elle voulait bien me tendre la main; ^

L'ADULTÈRE F:T L'AMOLU

Quand partons-nous, demanda t-il lout à coup ? (page 22).

aussitôt qji'c^le me faisait raumône d'un sourir-e ; lorsqu'elle daignait me dire : Je Laime !

— Oui ! reprit Hélène, c'est vrai, vous m'avez brisée sans pitié, sans respect pour l'affection qui nous unissait, et cela pour arriver à me faire épouser cet homme !

Vous, mon frère ! vous avez si parfaitement préparé les embûches dans

lesquelles je devais tomber que vous m'avez mise dans l'impossibilité de refuser

ma main à ce misérable. Je sais que ma raison, après un pareil choc, a été un

moment ébranlée ; du moins on me l'a dit et a on voulu me le faire croire ; mais je

(^ me souviens parfaitement de tout ce qui s'est passé et je vous le dis aujourd'hui : ^

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l""* SBRIF,

-éM^^.

LAULLIKIlh II LAMOI il

j l•lal^ cirasci' sous le poids de l'infamie de ceux qui m'entouraient; aussi, rien ne in'u tt'happr, je me souviens de luiil, (iai-lan ! je me rap|)elle U\ jour de la l)éuùdielion saerilù{,'e de eettc union maudite cl, depuis ce moment, clhKjue heure de mon cxistenee est restée giavée là, co:r.M:" si clic y avait été marquée avec un fer i'0Ut,'e.

Va la jeune femme appuyait liésieusement la main sur son cn-ur.

— Des hontes, des misères, des souIVranees de toutes sortes, tel a été mon lot ; j'ai tout supporté quoi(iu'on m'eùl fait la|)arl horriblement lourde I moi Hélène de Tremples, j'en ai été réduite à épouser un homme qui |)orte un nom (|ui n'est pas le sien ; je suis attachée, par des liens indissolubles, à un être mé|>risable entre les plus méprisables ; je sais aussi que, chaque jour, ce nom de comédie dont on m'a jeté la moitié comme un manteau à l'aide duquel je devais couvrir ma iionle, je sais que ce nom peut être traîné de la police correctionnelle aux assises, des assises au bagne, peut-être môme encore plus loin !...

Et ces choses, vous les savez aussi bien que moi, Oaëtan ; peut-être les savezvous mieux encore : Henri de BIcutz a volé tout ce qu'il possède, depuis le nom (ju'il affiche jusqu'à la femme qu'il a prise de force ! et sa main qui a touché à tant de fanges, qui vous dit qu'elle n'a pas aussi été mêlée à des crimes ! et moi, moi, celle llélène qui était si profondément respectée, si tendrement aimée par Emmanuel, dans quel milieu ne m'a-t-il pas fallu vivre et quelle position ne m'at-oii pas imposée !...

— C'est horrible ; c'est horrible ! murmurait (iaëtan de Tremples, sans oser arrêter son regard sur le visage désespéré de sa sœur.

— Diles, Gaélan, n'avez-vous pas vu voire sœur être traitée, par cet homme, comme une fille perdue ! Ne sait-il pas que je suis son ennemie, et ne me rend-il pas en douleur et en haine tout ce que je lui ai donné en mépris?

Oui, je le hais, reprenait la jeune femme, en raison de toute la boue qu'il a jetée au visage de la fiancée d'Emmanuel; au milieu de mes souffrances, en dépit de l'horrible vie qu'il m'a faite, vous le savez, Gaétan, j'ai toujours porté haut, superbe et fier, ce front sur lequel reposait tout l'amour de mon bien-aimé.

— Hélas ? reprit Gaétan, je ne sais que trop, Hélène, l'immensité du mal que je vous ai fait.

— La Perle sait-elle que vous êtes ici, dans ce bouge, sur ce grabat? reprit Mme de Bleutz.

— Oui, llélène, elle le sait; n'est-ce pas elle qui a voulu que je sois recueilli par sa mère, lorsque ruiné, malade, sans famille, sans amis, sans un toit pour abriter ma tête, maudit et perdu, je me suis trouvé sans force pour chercher un coin où il me serait permis de mourir en paix ; oui, elle sait que je suis ici, elle a voulu que j'y vienne ; de Hleutz lui aura dit, j'en suis persuadé, de veiller sur la cassette qui contenait des papiers compromettants pour lui, et la Perle s'est

) déchargée de cette besogne sur la P'auvelle.

( — Celte femme viendra, dit alors Hélène, et je suis aujourd'hui, comme j'étais [ autrefois, ainsi que je crains de l'être toujours, à la merci de cette misérable ; si elle venait, Gaétan, vous lui diriez que la cassette est vide et que c'est moi qui ( possède les papiers qu'elle contenait.

j — Xon, je ne le dirai pas. répondit M. de Tremples ; au reste, elle ne j viendra pas, elle ne veut pas me voir : je n'ai plus de fortune, j'ai les cheveux î blancs, je ne puis donc lui être bon à rien !... 4. Un sinistre éclat de rire sortait, semblable à un râle, de ses lèvres crispées |

#AJà t^^f^

ses bras se raidirent, sa tête se rejeta en arrière et il eut encore la force de gémir sur son amour perdu.

Hélène le contemplait avec une tristesse profonde; elle parcourut du regard le bouge hideux, la retraite ignoble dans laquelle la Perle avait conduit son frère ; cette misère qui portait le stigmate du vice, en tout endroit et sur toutes ses lèpres, cette vieille femme qu'on appelait la Fauvette et qui était roulée sur des haillons sordides ; cette femme qui avait été une Perle aussi, dans son temps ; cette misérable créature qui avait désolé et ruiné des familles : tout cela lui fît horreur et la fît se redresser et plus grande et plus forte.

Alors, relevant la tête, elle murmura entre ses lèvres pâles: A nous deux, la Perle ! à nous deux, vampire vêtu de dentelles et de satin, auquel on a sacrifié la vie de mon fiancé, mon honneur, mon bonheur et mon frère tout entier, corps et conscience ; à nous deux !...

A ce moment la tête de GaC^tan retomba lourdement sur l'oreiller.

— Un prêtre! demanda vivement Hélène, en secouant, du bout de .sa bottine, le tas de chiffons sur lequel dormait la Fauvette ; un prêtre ! bien vite, courez en chercher un. Gaétan se meurt, Gaétan va mourir.

— Pourquoi faire? demanda la vieille femme en se frottant les yeux, sans ' quitter la place où elle était accroupie avec le vieux chat à côté du chien galeux, j

— Courez chercher un prêtre, répétait impérieusement Hélène ; allez, vous ) dis-je ! (

— Je suis assez sortie, pour une nuit, répondit la Fauvette ; est-ce que c'est i une existence de faire courir le monde comme ça, à l'heure qu'il est ! et puis, ' e?t-ce que je sais, moi ! où l'on peut trouver un prêtre ! Ces choses-là ne sont J pas mon affaire ; au fait, aljez-y vous-même, pour peu que cela vous amuse.

Et la vieille femme se retourna, essayant de se recoucher, sans tenir aucun ]

compte de ce que lui avait dit Hélène. >

— Voulez-vous mon autre boucle d'oreille, pour aller où je vous envoie? !

— On peut toujours bien essayer, dit encore la Fauvette, en tendant la main j vers le bijou qu'elle convoitait. )

— Je ne paie pas les services qu'on me demande avant qu'on me les ait j rendus, et, si vous ne faites qu'essayer, je ne vous devrai rien, dit Hélène ; ramenez : un prêtre, ce bijou est à vous. \

La jeune femme le détachait de son oreille pour le mettre sur l'angle de la ,(

chaise, près de la chandelle, dont la flamme indécise fît scintiller le brillant. 'i

L'oeil de la Fauvette se dilata ; la convoitise alluma son regard d'étranges reflets, !

pendant qu'elle murmurait : j

— Un prêtre, un prêtre ! en voilà des idées ! Enfîn puisque cela vous fait ' plaisir, je puis toujours bien essayer d'en trouver un. Puis elle gagna le corridor i sombre qui conduisait à la rue. )

Au moment où la Fauvette longeait le couloir, s'appuyant, de l'épaule et du j

coude, à la muraille humide, un bruit de pas, légers et hardis, se faisait entendre )

sur les premières marches de l'escalier ; c'était une femme, une femme encore j

jeune et belle, qui montait. La Fauvette la croisa à mi-chemin. • }

— Où vas-tu, la vieille ? lui demanda la femme qui montait. j

— Chercher un curé, répondit la Fauvette. )

— Ce n'est donc pas fîni ?... Il me semble que ça dure bien longtemps, ^ reprit la plus jeune. jL

i/ADi i.ii.iii; i;r i/ammi n

— Tu es bien prnss<5p, dis donf , \n Perln, {^rof^na la Fauvette ; pour un peu, lu ni' lui (lountîrais pas le trnips (j'îiclnn'cr de mourir, k cel Injuiinc.

— Pounjuoi vas-lu chercher du monde ? Un pnHre ou tout autre ce peut-être un témoin pMianl pour nous ; reviens c'est inutile, ji» ne veux [)as que lu amènes quehju'un hi-haul.

— Ah rà ! liis donc, princesse du lalhahi^, reprit la vicdh; ; lais tes allaires à ta guise, je ne l'en empcciie pas ; mais laisse-moi lain; les miennes comme hon me semble. L'autre est là-haul, elle me paie pour que j'aille lui chercher un curé et j'y vais ; il ne faut jaina's dire non quand c'est [tour f^aj^nier de l'argent.

— Ah î s'écria la l'erle, puisque nous savons maintenant que c'était elle qui arrivait chez sa mère ; ah ! elle est là-haut, l'autre ! et tu ne me le disais pas tout de suite, vieille fée Carabossc ! à quoi pensais-tu doue :'

Et la Perle monta vivement les escaliers, se bâtant de gagner la chambre dans laquelle Oaëlan agonisait. ,

— Comment ea va-t-il ? deiiiaiida la Perle en poussant, toute grande, la porte du taudis.

Le râle de Gaétan répondit seul à sa question, tandis que les yeux du moribond se lixaienl, anxieux et suppliants, sur le visage rose et frais qui lui apparaissait, k sa dernière heure, semblable à l'évocation réalisée de son passé, dont eelte femme avait été le seul mobile.

— Gela ne va donc pas mieux ? demanda encore une fois la Perle, pendant que son regard inquiet fouillait tous les coins du cabinet; elle cherchait quelque chose qu'elle n'apercevait pas encore, elle répétait, d'une voix indifférente et claire : Gela ne va donc pas mieux, puisque j'entends geindre ?

On ne répondit pas davantage.

Au râle succédèrent quelques plaintes qui devinrent plus faibles, de minute en minute ; le jeune homme ne s'était pas tronpé : sa dernière heure était proche.

Le spéciale qui s'olTrait aux yeux de la Perle, l'aspecl tout à la fois pauvre et repoussant des objets qui l'entouraient, émotionnèrent si fort la lille à la mode qu'elle eut un mouvement de dégoût et de frayeur; elle chancela en cherchant, du regard et de la main, ua siège pour s'y appuyer; puis elle se laissa choir sur cet amas de bardes dégoûtantes qui servait de lit à la vieille femme

La Fauvette rentrait; elle s'aperçut aussitôt, non-seulement de l'émotion, mais aussi de la place que la fille à la mode venait de prendre sur son grabat.

— Déjà, s'écria la vieille femme; dis donc, accapareuse, est-ce que tu n'aurais plus de lit chez loi, que lu viennes jusqu'ici pour l'approprier le mien?

Et la hideuse femme s'en fut^ en courant et en riant, arractier sa lille du siège où elle était tombée plutôt qu'elle ne s'y était assise.

— Ole-loi delà, la belle; n'use pas mon duvet ; je ne partage qu'avec la Gocolte (la Gocolte c'était sa chatte) et avec Grognon ' (iroguon c'était son chien j ; va donc sur les édredons et laisse-moi ma place ici.

— Je crois que j'ai eu tort de venir ici, disait, à part elle, la Perle ; ce sont des corvées, que m'impose Henri, qu'il pourrait bien faire à ma place ; au fait, pourquoi ne s'esl-il pas chargé de cette besogne?

Puis, à demi-voix, et après avoir tiré la vieille à l'écart, pour n'être entendue que d'elle seule, elle lui demandait :

— Dis donc, la mère, sais-tu où est la cassette ?

— Pourquoi me fais-tu celle question ? reprit la Fauvette.

— Parce que Henri la veut ; c'est lui qui m'a envoyée jusqu'ici pour l'avoir;

il ne m'a donné qu'une demi-heure pour la trouver, la prendre et la lui rapporter.

— Avant de chercher dans le lit de cet homme, tu attendras peut-être bien qu'il ait achevé de mourir, dit la vieille femme en regardant sa fille d'une étrange façon. Oh! ce sera bientôt fait, la Perle ; sois donc tranquille un brin, tu n'as pas longtemps à attendre.

— Elle est dans son lit, cette boîte ; en es-tu bien sûre ?

— Oui, entièrement !

A ces mots, Gaëtan de Tremples souleva péniblement sa paupière alourdie; puis elle s'agita à plusieurs reprises, pendant qu'un dernier râle, accompagné d'un dernier souffle, s'échappait de ses lèvres; sa main restait abandonnée entre les deux mains de sa sœur ; sa tête reposait plus lourdement à son bras : Hélène de Tremples ne soutenait déjà plus qu'un cadavre.

De ses doigts blancs et délicats elle lui ferma les yeux, réunit ensemble et allongea sur sa poitrine les deux mains de son frère, qu'une dernière crispation avait tordues et contournées ; puis elle se pencha sur son front pour y déposer ce dernier baiser de paix devant lequel toute haine s'efface .

— Dors en paix ! pauvre être tourmenté, lai dit-elle, dors en paix!... Je te pardonne de toute mon âme, pauvre être plus malheureux que coupable. Tu n'as été, je suis forcée de le reconnaître, que l'instrument de mes tortures, c'est par toi qu'elles me sont venues, mais ce sont encore les autres qui me les ont imposées.

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