CHAPITRE VI
Un Conciliabule chez la Perle
Pendant que des émotions si diverses agitaient les amis de Mme Hélène, la Perle avait aussi réuni ses intimes ; ils étaient en très-petit nombre, parce qu'on devait causer d'affaires tout à fait secrètes.
Le marquis de Timor était des familiers de la Perle.
M. de Bleutz était le centre de ce petit cercle, dans lequel il était aisé de voir qu'on attendait encore quelqu'un, si on en jugeait par les regards tantôt curieux, tantôt impatients, qui se dirigeaient vers la porte, au moindre bruit qui se faisait entendre dans la maison.
Henri de Bleutz et le marquis de Timor fumaient sans échanger un mot.
A diverses reprises ils secouaient, avec une sage lenteur, la cendre de leurs cigares, tout en gardant le silence le plus absolu.
— Henri ! demanda tout à coup la Perle, à quoi donc pensez-vous ? vous êtes d'un mutisme révoltant.
— Je ne pense pas, ma chère, je fume, répondit M. de Bleutz tranquillement, comme s'il venait de dire la chose la plus naturelle du monde.
— C'est vraiment gentil, poursuivait la Perle ; vous êtes là, tous les deux, depuis je ne sais combien de temps et vous n'avez encore rien trouvé à nous dire, pas un pauvre petit mot gracieux !
— Rien d'étonnant à cela, ma fille, nous fumons !... Pendant que le marquis de Timor se contentait d'appuyer le dire de M. de
Bleutz d'un éloquent signe de tête, la Perle, montrant toutes ses dents blanches et fines, faisait entendre un long, un sonore bâillement : c'était la réponse à ce que venait de dire M. de Bleutz.
— Ah ! que je m'ennuie ! fit-elle, pendant qu'elle laissait tomber sa tête dans sa main, comme un point à sa phrase ; oh ! que je m'ennuie !
Elle n'avait pas encore achevé cette phrase qu'un bruit de porte se lit entendre.
Une jeune femme, en splendide toilette de bal, s'arrêtait sur le seuil ; elle y restait un moment, atui de se bien laisser voir par tous ceux qui étaient dans le petit salon de la Perle.
— Ah I ah I fit Henri de Bleutz, en se levant vivement pour aller au devant de la nouvelle venue, et, tout en lui prenant la main, il lui adressait un compliment.
— Savez-vous, disait-il, que vous êtes magnifique? et, se penchant à son oreille, il ajoutait : Vous-êtes belle à faire perdre la tête aux plus sages.
— Qui ne sont pas toujours les plus vieux, répondit avec un sourire mutin la jeune femme, qui n'était autre que Lia Rhinland que nous avons déjà vue dans les salons de Mme Blanche Derock.
— Et de l'esprit! continuait M. de Bleutz ; vrai, ma chère, dans aucun monde, moi qui les connais tous, je puis en parler savamment ; dans aucun monde, je vous l'affirme, on ne rencontrerait une aussi séduisante personne que vous, une
(^ plus parfaite grande dame que Lia Rhinland.