I. \!n II i;in i i i/amuuu
— S'iHoniirr, ri'niarqutT, CDiislalcr que. j<; suis uni; Icmme hors lifçnc, pcrmellcz, monsieur de HIeulz, c'est i»nc gaUnlerie du quartier des Madeleines, qui ne me tdiielie pas le moins i\\\ monde.
Kt, tout en parlant, elle fiisail un lé^'er mouvement d'épaules qui laisail fîlisscr la lumière sur elle et sur les diamants dont elle était couverte.
— M. de IMeulz, dil-elli\ ji; viens de passer la soiré»; dans un salon ou, grAees h vous, j'ai été présenl(''e par une dame excessivement respeclîihie ; n'avez- Vûus pas eu peur qu'il ne me prenne l'envie d'ôlre respectée, à mon tour? Ces choses-là se p^aji^nent, croyez-moi, comme uno maladie contapjieuse ; je vous assure que, pour ce (jue vous attendez de moi, il était peut-être dangereux de me montrer le paradis que je viens de quitter.
— Non, ma chère enfant, répondit M. de HIeulz, en mettant dans sa voix beaucoup fdiis dedouceur qu'il non déployait d'habitude en face do qui que ce l'ùt ; non, je n'ai pas la moindre crainte à ce sujet, je vous sais bien trop intelligente pour redouter quoi que ce soit.
Voyons, chère beauté, contiuua-l-il, où en ètes-vous?
— Je ne sais pas bien exai-tement où je puis en élre, répondit-elle; mais, si vous demandez où en est M. Uichard Derock, je pourrais vous dire : il a dépassé Its dernières limites de l'admiration.
— C'est un pas de fait, mais ce n'est encore que le premier, ajoutait de Bleutz.
— Timor a été bien sage, reprenait Lia, en riant et en appelant près d'elle le jeune homme qui s'empressa de quitter la causeuse où il était resté assis et de s'approcher de la petite main qu'on lui tendait ; il m'a traitée si fort en étrangère qu'il ne m'a point regardée une seule fois ; cela mérite un b^n point.
Par exemple, tout le monde m'a fait fête, à commencer par le maître de la maison; il m'a fait une telle part de reine que Mme Derock avait des plis soucieux plein le front; oui, tout le monde s'estempressé de me faire grand accueil, excepté de Timor.
— Je ne vous demande pas tout cela, reprit M. de Bleutz, vous glissez au travers de ce que l'on vous demande comme une anguille dans les herbes qui sont au fond de l'eau ; il n'y a pas moyen de causer sérieusement avec vous.
— Vous vous tromptz, Monsieur, répliquait Lia ; en quelques mots il est facile de vous faire le compte-rendu de ma soirée ; est-ce que vous voulez ?
— Parfaitement, dit Henri de Bleutz, en s'inelinant. Lia poursuivait :
— Quand je suis arrivée, j'ai produit une grande sensation ; dès le principe, je ne savais trop de quelle nature elle était, cela se comprend ; ne connaissant pas tous les mondes, ainsi que le fait M. de Bleiitz. il m'aurait été difficile déclasser, de prime saut, l'effet que je produisais ; pourtant, si j'en crois le sentiment que les femmes et les animaux possèdent au même degré et qu'on appelle l'instinct, il y avait, dans les regards de tous ceux qui étaient là, plus de bienveillance que de dépit jaloux à mon endroit, même du coté des femmes ; pourlant, les hommes ne dissimulaient pas du tout qu'ils me trouvaient fort belle.
Pas une femme n'avait l'air de me dire, par son allure : Allez-vous-en ! on vous regarde trop, ça me fait oublier, ea m'éclipse ! et j'en ai été fort étonnée, tant je suis habituée à voir autre chose dans les maisons des femmes à la mode chez lesquelles je vais avec ma mère.
Celte lois M. de Bleutz ne fie point remarquer à Lia qu'elle s'éloignait du sujet qu'il voulait traiter avec elle.
Lia continuait donc, sans avoir été interrompue :
— Mme Richard Derock est une petite femme pétrie de grâces, depuis le bout de sa bottine jusqu'au peigne qui rattache ses cheveux ; elle est d'uwe distinction rare et, ce soir, elle a eu pour Lia l'accueil dont elle aurait pu faire largesse à la vraie veuve du millionnaire hollandais.
J'aime cette confiance en son estime personnelle et dans celle que les autres doivent en avoir; cette femme me plaît et je crois que je ne lui déplais pas non plus.
Voilà, Monsieur, où j'en suis de ce côté-là.
— Vous êtes charman'e, reprit M. de Bleulz, et je me sens des envies folles de vous faire la cour pour tout de bon.
— Inutile, Monsieur, tout à fait inutile; vous n'êtes plus d'âge à avoir du temps à perdre et je suis d'humeur à en faire perdre beaucoup à ceux qui auront la prétention de s'occuper de moi.
— Alors, continuez, méchante, soupirait M. de Bleulz.
— Richard Derock, disait encore Lia, sans se donner la peine de relever l'adjectif qu'on venait de lui lancer en souriant, Richard Derock est un homme qui a de grandes manières ; celui-là sait faire la cour aux femmes sans le dire et sans crier gare ! il cause d'une manière attrayante, avec esprit et finesse, mais il écoule avec plus de finesse et plus d'esprit encore tout ce qu'on veut bien lui dire ; c'est un homme aimable qui mérite d'être aimé. Il doit l'être...
Néanmoins l'amour qu'il porte à sa femme ne l'a pas empêché d'être, en face de moi, comme vis-à-vis d'un hiéroglyphe dont il voudrait avoir l'explication ; il sentait qu'il y aurait un livre à faire avec ce que je puis bien être^ et il s'y acharnait, comme s'il avait été à la poursuite d'une étude psychologique.
Nous avons beaucoup causé ; depuis quelques jours j'ai lu une grande partie de ses ouvrages ; j'ai donc pu l'en entretenir... ça l'a flatté.
Enfin Richard Di-rock, après avoir été xxa moment étonné, s'est trouvé profondément touché à l'endroit de sa vanité, en entendant une étrangère lui parler de ses œuvres, lui citer ses héros, comme si elle avait vécu avec eux dans les pays où il les a fait se mouvoir et dont il a donné la description.
J'ai poussé la chose très-loin ; je lui ai avoué que j'avais souri, pleuré, souffert et aimé, avec toutes les créations de son imagination ; je me suis, pour ainsi dire, mise moralement dans sa main ; n'était-ce pas lui dire : — Vous par qui j'ai vécu, faites-moi vivre encore?
Pas un homme n'est capable, ajoutait Lia, d'échapper à cette naïve demande^
Quoi que ce soit qu'on puisse dire, la femme prendra toujours une grande place dans le cœur de l'homme, quand elle aura eu le bon esprit de lui montrer, nonseulement qu'elle l'admire, mais encore qu'elle attendait de lui la vie de l'âme, du cœur et le réveil de toutes ses sensations.
Il aime sa femme, mais, à dater de ce soir, cet homme serait désespéré si je ne m'occupais plus de lui et si je ne lui permettais pas de s'occuper de moi.
De ce côté, Monsieur, voilà où nous en sommes.
— Terrible fillette, s'écriait M. de Bleutz ; avoir tout ensemble la grâce, la beauté, l'esprit, tout ce qu'il faut pour réussir dix fois au lieu d'une et se servir de toutes ces choses pour martyriser ses amis!
Lia tournait la tête, à demi, vers M. de Bleulz, le regardant d'un air étonné ; mais elle ne répondait toujours pas.
de Bleutz reprenait, charmé de cette enfant magnifique et charmante :
i/Auri/n Kl': i r (, wini.u ^ ^^
Vous avLV. lie l'espril comme nu démon cl vous i-lcs douée d'uu talent j
d'observation qui vous conduira trés-loin ; mais pourquoi ôlcs-vous acerbe el )
blessniilo pour moi ; vous .-ivc/ tort ; je vous afiirme «jue vous Irouvcre/ rare- l
ment quelqu'un «jui soit, .lulanl que moi, l'ami de votre petite |«Tsonue. {
— Des amis ! des amis ! dit la Perle en riant ; ab ! mon pauvre de Bleutz, > depuis (piclque temps vous iHrs vraiment l'ami do tout le monde ; c'est un acbe- } mincnienl pour que vous de\(Miii / bicnlôl l'amoureux des (rentc-six mille vierges. ;
— Kniln, demandait encore Lia, le chemin que j'ai fait dans ma première soi- ] rée vous coiitenlo-t-il ? Et faut-il que j'achève de mettre à mal l'Iiomme le plus cbaimanl (ju'il m'ait été donné de rencontrer jusqu'à présent ?
— Certes oui, mon enfant, répliqua M. de Uleutz; souleraent, il faut vous ! dépêcher ; il vous faut arriver très-vile à conquérir vos droits d'intimité dans ) cette maison-là ; il faut qu'avant (juelques jours vous arriviez à en savoir tous les secrets sur le bout de vos jolis iloigls. ^
Mme Derock est seule, sans amie depuis quelques jours, et si ce soir elle était )
triste et soucieuse, demain elle aura besoin d'une confidenle affectueuse à laquelle j
elle pourra raconter celle foule de riens qui encombre l'esprit des femmes heu- >
reuses et tiennent en elles la place des chagrins qu'elles n'ont pas. ;
Il faut que vous soyez celle amie ; la seule difiicullé, c'est que nous n'avons ; pas de temps à perdre et que vous devez conquérir celle situation délicate ain'^i
qu'on enlève une place forte d'assaut. ■
Une fois que vous en serez arrivée à ce degré d'inliinité, il ne vous sera pas •
difficile de pénétrer les secrets plus sérieux qu'il pourrait y avoir dans cet } intérieur.
— Après ? demanda Lia qui écoulait la le^on qui lui était faite avec intention, mais néanmoins avec une superbe inditTérence apparente.
Rien de particulier, rien de personnel, rien dans ses sentiments ni dans ses goûts ne la portait à faire le triste métier auquel on la façonnait ; rien non plus, par exemple, ne la faisait reculer devant le manège honteux qu'on lui faisait accomplir ; elle allait indill'éremment devant elle, sans s'inquiéter du chemin qu'elle suivait ; il y avait, attachée à la réussite de son entreprise, une certaine somme qui avait été disculée el arrêtée ; cette somme représentait un total de luxe, de bien-être, de dépenses qui lui étaient nécessaires ; aussi accomplissaitelle, sans atlraclion comme sans répulsion, ce qu'elle avait promis d'exécuter.
— Après ? venait-elle de dire à M. de Bleutz. Celui-ci continuait donc :
— Pendant que vous vous appliquerez à gagner la confiance et l'amiiié de Mme Derock, il faut que vous ameniez son mari à ne plus pouvoir vivre sans vous ; il est urgent que les visites qu'il aura obtenu de faire à Lia Rhinland absorbent entièrement son temps et lui-même de telle sorte qu'il devienne tout à fait nul et qu'il soit incapable d'être contre nous dans la lutte que nous entreprenons.
Il faut aussi que l'on n'ait pas de secrets pour vous.
— C'est bien, dit Lia ; est-ce tout ce que vous avez à me dire ?
— Entièrement, pour aujourd'hui du moins, répondit M. de Bleutz. Ûu moment où j'ai le mot d'ordre, je puis m'en aller. Adieu ! fit la jeune
fille. Et elle prit immédiatement congé de la Perle el de M. de Bleutz.
Si vous le voulez bien, je vais vous déposer à votre porte, dit le marquis
de Timor; je pars, moi aussi
Sais-tu, Heori que tu n'es pas du tout gentil pour moi'? (page 15).
— Vous, mon cher marquis, lâchez de faire traîner votre affaire en longueur, ajouta de Bleutz; nous nous connaissons à peine, du moins pour la galerie; je ne puis donc vous servir de témoin ; qui choisirez-vous ?
— Une de mes connaissances du club, un homme cheval dans l'acception du terme, qui fait et surtout qui veut avoir l'air de faire des armes d'une manière remarquable ; aussi, pour être toujours à cheval sur quelque chose, chevauche-t-il, au travers de la vie, à califourchon sur le point d'honneur.
— C'est à merveille ; et l'autre témoin, où le prendrez-vous ?
— L'autre, ce sera toujours une connaissance du club ; c'est un homme qui habite Paris six mois de l'année et qui a le bon esprit d'y être en ce moment ; il À)
Reproduction formellement interdite
H) I/AIM I 1 ' "I l.f I.WK.I H
n (les ôpauk's d Aiivrr^u.ii, iiiic vuiiilc dt; |iiiiviMiii, le loul solidcineiiL doublé de qii('!(|ii(vs millions, bien assis on (erres au soleil dans les Flamlrcii /'/•a/irais/'s, ainsi <|u'il se plail à le dire avec cmplla^e.
Dans ces fameuses Flandres françaises, il passe pour être un charmant mauvais sujet, un cerveau iMÙlé, le crâne des (Tànes, le duel sans cesse aux lèvres, absolument comme d'autres ont toujours l'épce à la main.
Du moment où je l'aurai prié d'ôlrc mm second, soyez persuada'*, mon cher de iUeul/, qu'il se tiendra pour beaucoup plus otlVnsé que moi et, en toute occasion, il sera superbe.
— Voilà certainement les deux hommes qu'il vous fallait.
— Parfaitement, répondit de Timor.
— D'un autre côté, iU M. de Hleutz, l'argent est tout à la fois une c;hose indispensable et raagoitique ; mais, j)Our qu'il soit réellement ce quil doit être, il en faut beaucoup ; nous avons, mon cher de Timor, des appétits immenses et le gousset vide ; il est donc nécessaire que nous remplissions l'un pour donner satisfaction aux autres; commcneons^ si vous le voulez bien, par ne pas perdre notre temps, qui est la première mise de fonds que nous puissions faire ; pour le moment, il nous serait même difficile d'en faire une autre, pécuniairement parlant.
Donc, en rentrant chez vous et après avoir prévenu vos témoins, trouvez un biais quelconque pour faire remettre la partie au moins à <jnarante-huit heures ; d'ici-là. Lia saura ce qui se passe chez Richard DtMOck, et, je ne sais pourquoi, je me figure que c'est par là que les papiers qui nous sont indispensables demanderont un asile.
Pour gagner du temps, cherchez, parmi vos proches, quelque vieux parent dont il est indispensable que vous alliez fermer les yeux. Ces actes de religion familiale ne se remettent jamais, même en face d'un duel; comprenez, de Timor, qu'on ne peut arrêter le trépas de ceux qui nous sont chers, taudis qu'on a toujours le temps de se battre ; basez-vous là-dessus et arrangez les choses en conséquence.
Quand vous reviendrez du voyage indispensable, vous aurez fait mettre un crêpe à votre chapeau ; vous prendrez un air profondément aflligé, et vous serez entouré des sympathies de tout le monde.
— Un crêpe au chapeau, cela ra-pporte beaucoup plus qu'une décoration vaillamment conquise, disait Lia d'und voix narquoise, en s'enveloppant plus étroitement encore dans le cachemire rouge qui dissimulait une partie de son visage; un crêpe ! cela n'amoncelle pas sur une tête innocente les dangers d'une décoration fantaisiste à la boutonnière et l'on ne vous traîne pas, Messieurs, devant les tribunaux pour port illégal de crêpe au chapeau.
Et la fillette riait, se moquant un peu de ceux qui l'écoutaient. Elle ajoutait :
— Puisque vous voilà devenu si intéressant tout d'un coup, jeune héritier pour rire, partons.
Puis se retournant vers la Perle :
— Bonsoir, Madame, fiL-elle en mettant le pied hors de l'appartement. La jeune visiteuse partie, la Perle vint retrouver M. de Bleutz qui était encore j
dans le petit salon. j
- — Elle est réellement fort aimable, cette jeune fille, lui dit-elle ; elle a de ^
l'esprit, de l'à-propos, beaucoup de jugement, et je vous pardonne à demi de l'avoir amenée chez moi.
— Que vous me pardonniez, je le comprends ; mais^ moi, je ne vous pardonnerai jamais la façon maladroite dont vous m'avez secondé à plusieurs reprises; notamment ce soir, je vous ai vue prête à dire des choses non-seulement déplacées, mais encore fort déplaisantes; je ne sais vraiment quel mauvais esprit vous guide et vous mène depuis un certain temps.
— C'est bon, reprit la Perle, n'allez pas plus loin ; si c'est pour me sermonner que vous restez chez moi après tout le monde, c'est tout à fait inutile ; j'ai vraiment trop sommeil pour vous écouter patiemment ; je suis dans un tel état d'esprit que je perdrais entièrement le fruit de votre bienveillant entretien.
Bonsoir, mon cher et, si vous voulez m'en croire, tâchez de vous réveiller, demain matin, plus gracieux que vous ne l'étiez aujourd'hui et d'humeur moins revêche aussi.
Là-dessus, la Perle sonna sa femme de chambre et quitta le salon.
— Bonsoir, dit brusquement M. de Bleutz, qui prit son chapeau et sortit en ) tirant brusquement sur lui la porte extérieure de l'appartement. j
Aussitôt que la Perle fut seule chez elle, elle s'approcha tout doucement de ) la porte, y colla son oreille et suivit, pendant quelques instants, le bruit des pas j de M. de Bleutz qui allaient en s'éloignant. \
Quand la porte de la rue en se refermant eut rassuré la jeune femme à propos ) d'une surprise qu'aui'ait pu lui faire cet ami si difficile à vivre depuis quelque temps, elle rentra chez elle. j
— Maintenant, dit-elle à sa femme de chambre, nous sommes chez nous; ce | n'est vraiment pas trop tôt ! Dis à la vieille qu'elle peut venir me trouver dans j ma chambre. )
La Fauvette s'était jusque-là dissimulée dans un coin sombre de la cuisine; j
elle vint étaler ses haillons sur les meubles de lampas de sa fille. )
La vieille femme se disait, en regardant la Perle : {
— Si on m'a fait venir, c'est qu'on a besoin de moi ; on m'a bien fait souper; | on m'a fait me cacher afin que pas plus les gens qui étaient ici que M. de Bleutz i ne pussent me voir ; il y a donc quelque anguille sous roche. Ah ! ma chère fille ! va me payer tout cela plus cher qu'au marché. )
Et, tout en s'adonnant à ces réflexions, l'affreuse petite vieille s'étendait dans le meuble capitonné qu'occupait tout à l'heure la splendide Lia Rbinland. j
— Ah çà ! causons, lui dit vivement la Perle. Que dirais-tu, la mère, si on t'annonçait là, brusquement, que je suis, pour
mon malheur, entre les mains d'un homme qui peut m'ôter. du jour au lendemain, tout ce que je possède, tout ce qui te flatte en moi : — réputation de beauté, fortune, toilettes, entourage; tout, tout! et peut-être quelque chose encore.
— Je dirais, reprit la Fauvette tranquilleoieut, que ce n'est pas possible.
— Si, c'est possible puisque je te le dis et puisque je tremble à cette seule idée.
— Ça me semblerait bien fort ! Enfin...
— Il y a un homme, reprit la Perle, qui est aussi rusé et aussi fort que s'il avait fait un pacte avec le diable; cet homme a découvert une femme, bien plus jeune que je ne le suis, bien plus belle que je ne l'ai jamais été.
De Bleutz s'est mis sur un bon pied avec cette fille ; il la pousse dans le monde, il la surveille et la soigne comme si elle était la prunelle de ses yeux ; En outre, il se méfie de moi.
LAi)ii/n:m: i;t lamouh
Il faut prendre garde h cela, dit la FaiivcUe, en allongeant ses pieds près du feu ; mais eiilin c'est Ion alVaire î...
— Je sais bien (|iifc c'est mon alVaire, mais c'estia tienne aussi, et voilà pourquoi je t'ai fait venir; il faut que tu m'aides.
— l'^t que puis-je faire ? soupirait la Fauvette ; je le le demande à loi-mT-me, de quelle utilité serais-je en jjareille occasion? Songe donc de quel poids peut t'tre une pauvre femme de ma sorte, là où une belle lille de ton espèce aurait échoué!
De Hleutz a une force de volonté que je n'ai rencontrée que chez lui ; il n'y a pas moyen de lui faire perdre la tète mrme dans les moments où c'est si facile avec les autres. Si par hasard je suis un peu plus gracieuse, un peu j»lus aimable que d'habitude avec lui, il m'arrête net et me dit d'une voix glaciale : — Ne te mets pas en frais, ma fille, c'est inutile, et tu perds ton temps ; dis-moi, tout de suite, ce que tu veux, j'aime mieux cela.
Jamais je n'ai vu Henri se laisser prendre à un moment d'abandon ni de laisseraller pour parler net : il ne se désarme jamais, et, quelle que soit la femme qu'il ait en face de lui, il lu regarde toujours comme une ennemie et se tient sur ses gardes.
— Ah ! c'est bien étrange, reprit la Fauvette en attachant sur sa fille un mauvais regard ; oui, en effet, il n'y a pas grand'chose à faire avec un Monsieur de cette sorte; le plus quitte serait de le lâcher immédiatement.
— Je veux bien le lâcher, dit la Perle; oh! je t'assure que je suis lasse de lui; certes oui, je veux rompre avec cet homme ; mais je ne veux pas que ce soit lui qui me tourne le dos.
— Je comprends ça: la vanité! ah ! c'est une belle vertu pour les femmes, murmurait la Fauvette, en terminant sa phrase par un gros soupir.
— Aussi, disait la Perle, il faut qu'à ton aide je trouve les papiers après lesquels il court avec un si actif acharnement ; il doit y avoir là dedans des choses dangereuses pour lui ; voilà pourquoi je veux les posséder.
Ceux qui posséderont le contenu de cette cassette le tiendront bien muselé !.. ceux-là le feront aller et venir à leur guise, et il faut que ce soit moi.
— Tu as raison, petite, mille fois raison ; mais, tout de même, profite de mes conseils, ils sont bons.
— Eh bien ! si tu veux m'aider, la mère, pendant que de mon côté je ferai largement ma «part de besogne, je te prendrai ici avec moi; tu ne manqueras jamais de rien ; mais, pour gagner tout cela, il faut que tu sois tout à fait de mon côté et que tu ne me trahisses pas, à la première occasion, pour quelques louis que de Bleutz ou d'autres pourraient te donner,
— Je veux bien faire ce marché avec toi, dit la Fauvette, en dissimulant la joie qu'elle éprouvait en face de l'horizon qui s'ouvrait pour elle ; mais qui m'assure que, lorsque je t'aurai donné ce que tu ambitionnes, tu accompliras les engagements que tu viens de prendre vis-à-vis de moi ?
— - Je te donne ma parole !... s'écria la Perle.
— Ta parole ! ce n'est pas assez, ma petite ; je connais la valeur de cette monnaie-là
— Je vais te signer un engagement, puisque tune veux pas croire à mon affection.
— J'aime mieux cela.
Et la vieille femme s'était vivement l;vée ; sans appeler la femme de chambre
^Wh> — ^ — — -i/3%.
,r^ L'ADULTERE ET L'AMOUR
delà Perle, elle avait, elle-même, avancé un guéridon auprès de sa fille, et, làdessus, elle avait mis tout ce qui était nécessaire pour que la jeune femme signât l'engagement qu'elle venait de prendre envers sa mère !...
— Tu n'es pas plus méfiante que cela? Eh bien ! c'est du propre, fit la Perle, en s'apprêtant à écrire ; quelle confiance tu possèdes!
— Les paroles vêlent, les écrits restent, répondit sentencieusement la Fauvette ; que veux-tu ? Les enfants sont si ingrats ! disent quelques personnes ; moi, je les accuse seulement de manquer de mémoire.
Après avoir rempli le billet, la Perle tendit le bout de papier à la Fauvette qui le plia avec précaution, non sans l'avoir lu avec attention ; puis elle le glissa dans sa poche .