Lettre autographe de Margat
Margat, en plus des ascensions qu'il faisait avec sa première, puis sa seconde femme, était fabricant de petits ballons en baudruche, sphériques ornementés, animaux, qu'il lançait ou tenait captifs dans les fêtes des jardins publics, comme le figure un bois d'affiche placé en tête de l'Introduction.
27. — Lettre autographe de Francisque Arban à Dupuis-Delcourt (1841).
Francisque Arban, artificier et aéronaute, né à Lyon vers 1815, raconte dans cette lettre ses débuts dans la carrière aérostatique. Il suivit Comaschi en Italie, puis se fit aéronaute lui-même et accomplit, avec autant d'habileté que de succès, de nombreuses ascensions en Italie, Autriche, France et Espagne. Il eut, le 8 septembre 1849, la gloire de traverser le premier les Alpes en ballon : parti seul le soir de Marseille, il descendit au bout de huit heures aux environs de Turin, ayant passé le Mont Viso et contemplé, de 5.000 mètres, le Mont Rose. Au cours de l'ascension suivante, exécutée à Barcelone, Arban se perdit dans la Méditerranée, sans qu'aucune trace ait pu être retrouvée de lui. comme, quatre ans plus tôt, son associé Comaschi, parti de Constantinople et disparu dans la Mer Noire!
Collection Paul Tissandier.
28. — Affiche de la première Ascension équestre de Poitevin au Champ de Mars le
7 juillet 1850.
L'aérostation reçut en France, en 1850, un renouveau d'activité considérable, analogue à celui qui s'était produit en Angleterre en 1836. Pendant les années 1850 et 1851, le public parisien ne s'occupa plus que de ballons : l'honneur de ce mouvement revient en grande partie à Arnauld, l'imprésario de l'Hippodrome, alors situé à l'emplacement de l'actuelle avenue Victor-Hugo. Arnauld engagea dans son établissement les aéronautes Poitevin et Godard, qui avaient débuté obscurément en 1847, et dont il lança définitivement la carrière.
Eugène Poitevin, ancien officier de marine, est surtout célèbre par les ascensions acrobatiques qu'il effectua dans presque toute l'Europe : il avait la spécialité des « ascensions équestres », s'élevant monte sur un cheval, ou emmenant sous son ballon, soit une calèche attelée de deux chevaux, soit trois chevaux, montés par sa femme, lui-même et son domestique. Le cheval était quelquefois remplacé par un âne, une autruche, ou un taureau monté par M""' Poitevin, costumée en « Europe ».
Poitevin mourut à Malaga en 1858; sa femme continua sa carrière, effectuant 574 ascensions et 32 descentes avec son magnifique parachute rouge, actuellement encore conservé au Musée de l'Aéronautique à Chalais-Meudon. Elle est morte à Meudon, en 1908, à l'âge de 89 ans.
Poitevin était, d'ailleurs, un homme instruit et un constructeur très soigneux.
Il y a lieu ici de rendre, en dehors des acrobaties qui ont beaucoup nui à l'aérostation, hommage aux aéronautes professionnels qui ont maintenu seuls et difficilement la pratique des ascensions libres et qui les ont répandu dans le monde entier, permettant à de nombreux amateurs de prendre part à des voyages aériens. Ce sont eux qui ont pu également, plus tard, construire les ballons du siège de Pans, en former les pilotes, et qui ont conduit dans les airs à leur début, les savants comme Glaisher, Giffard, Camille Flammarion, Gaston Tissandier, Wilfrid de Fonvielle.
29. — Affiche des ascensions en «ballon incendiaire» de Gale à l'Hippodrome (1850).
Coxwell et Gale, aéronautes anglais, firent, à partir de 1847, des ascensions en Angleterre et sur le continent, avec des ballons emportant, sous une seconde nacelle, une couronne d'artifices, avec bombes de jour ou fusées de nuit.
Gale vint à l'Hippodrome en 1850; il se tua la même année à Bordeaux au cours d'une ascension équestre.
Henry Coxwell (1819-1900) devint un des plus grands aéronautes d'Angleterre; il accomplit plus
de 500 ascensions et conduisit de façon remanjuable la plupart des voyages scientifiques à grande altitude du célètoe astronome James Glaisher, montant notamment, en 1862, à 8.840 mètres.
Collection Paul Tissandier.
30. — Flotille aérostatique d'Eugène Godard. Dessin aquarelle d'Eugène Godard.
Le nom de Godard a été véritablement pendant les cinquante dernières années du siècle, synonyme du mot aéronaute. La « dynastie » des Godard a été fondée par celui qui est resté le plus célèbre : Eugène Godard. Né à BatignoUes en 1827, fils d'un maître-maçon, il travailla Farchitecture et la mécanique, sans se détourner de sa passion pour Faérostation. Il fit, en 1847, sa première ascension à Lille, avec une montgolfière de papier construite par lui-même. En 1850, il est engagé à l'Hippodrome et,' depuis, ne compta plus ses succès. Il fit des tournées d'ascensions dans toute l'Europe, aux Etats-Unis,' au Canada, dans les Antilles, et accomplit plus de 2.000 voyages aériens. Aéronaute attitré de l'Empereur François-Joseph, puis, après la guerre d'Italie, où il prit une certaine part, « aéronaute de l'Empereur Napoléon III», il construisit notamment l'immense montgolfière F Aigle, en 1864, puis une grande partie des ballons-postes du siège de Paris. Eugène Godard est mort à Bruxelles en 1890. Il entraîna dans la carrière aérostatique toute sa famille : ses frères Louis, Jules et Auguste, sa sœur Eugénie, son père Pierre- Edme et son oncle Abel, dit Fanfan, ses cousines Fanny, Léontine et Amélie, puis son neveu, sa nièce et son fils Léon-Eugène.
Louis Godard, né en 1825, mort en 1885, accomplit, de 1848 à 1874, 1.374 ascensions en France, Espagne, Italie, Russie, Egypte, Turquie et notamment le grand voyage du Géant de Nadar, qu'il avait construit; il sortit de Paris pendant le siège, à bord de l'aérostat les Etats-Unis. Son frère Jules (1838- 1885) fit également dans toute l'Europe, environ 1.450 ascensions, montant souvent sur un trapèze. Les frères Godard, renommés pour leur habileté, ont trouvé de dignes continuateurs en leurs fils Louis et Léon-Eugène. Parmi les élèves ou collègues des Godard, il convient de nommer Camille Dartois, Gabriel Yon, Jules Duruof, Gabriel Mangin, Félix Gratien, puis Paul Jovis, François Lhoste.