Le Précurseur de Jullien
Le Précurseur justifie pleinement le nom que son inventeur lui avait donné.
Pierre Jullien était un humble horloger de Villejuif; cet homme modeste et presque inconnu a, dans ses conceptions aéronautiques, approché le génie. Après avoir étudié, par ses seuls moyens, de la façon la plus méthodique et la plus scientifique les propulseurs aériens et les formes de meiUeure pénétration des enveloppes de ballons, il construisit et essaya, en 1850, à l'Hippodrome, un premier modèle de ballon allongé, propulsé par deux hélices mues par un mouvement d'horlogerie. Malgré le succès de l'expérience, Jullien connut des déboires et des déceptions. Encouragé cependant par Arnault. le directeur de l'Hippodrome, il commença, en 1851. la construction en grand du Précurseur, qm ne put malheureusement jamais être terminé. Ce ballon, réalisé actuellement, donnerait sans aucun doute, d'excellents résultats : Jullien était arrivé à une conception telle, que, à part quelques détails dans la suspension et le maintien de la permanence de la forme, on retrouve tous les éléments de son Précurseur dans les dirigeables les plus modernes : forme de l'enveloppe, disposition des hélices, des gouvernails verticaux et horizontaux formant engrenage, etc. Henri Gififard disait lui-même avoir grandement profité des enseignements de Jullien, qui mourut à Paris en 1878, après avoir encore produit un petit aéroplane et un moteur électrique d'une légèreté exceptionnelle.
Dans le même ordre de recherches, on peut citer, après Jullien, les essais méthodiques suivis depuis 1859, par le mécanicien Camille Vert, qui fit de nombreuses et intéressantes démonstrations avec un petit ballon dirigeable portant une machine à vapeur actionnant deux hélices, et qui comprenait deux gouvernails de profondeur et un gouvernail de direction.
Musée de l'Aéronautique, à Chalais-Meudon.
61. — Le premier projet de ballon dirigeable à vapeur de Henri Giiîard (1851).
Henri Giffard. né en 1825, mort en 1882, est un des plus grands mécaniciens qui aient existé. Inventeur de l'injecteur pour machines à vapeur qui porte son nom, il a consacré une grande partie de son génie aux recherches d'aérostation et il conservera toujours la gloire d'avoir été le premier qui ait appliqué un moteur mécanique à un aérostat. Après avoir travaillé avec le D' Le Berrier, Gififard
s'initia à raérostation en accomplissant en 1851 une série d'ascensions libres à l'Hippodrome, sous la direction d'Eugène Godard. C'est en 1851 encore qu'il prit son célèbre brevet sous le titre : Application de la vapeur à la navigation aérienne, brevet dans lequel il pose complètement le problème et les moyens de l'exécuter, calculant scientifiquement la forme et les éléments constitutifs du ballon, de la suspension, du propulseur et de la machine à vapeur légère destinée à l'actionner.
L'année suivante, il mettait à exécution son projet et exécutait la première « locomotive aérienne » établie, comme il a été dit, avec le plus grand soin et montée par lui-même dans la grande expérience du 24 septembre 1852. Parti de l'Hippodrome, à jour fixe, Giffard ne put songer à lutter contre le vent, mais il opéra avec succès des mouvements circulaires et des déviations latérales : « L'action du gouvernail se faisait parfaitement sentir, écrivait-il le lendemain, et à peine avais-je tiré légèrement une des deux cordes de manœuvre, que je voyais immédiatement l'horizon tournoyer autour de moi... »
L'atterrissage se fît sans incident à Elancourt, près de Trappes.
Le ballon mesurait 44 mètres de long sur 12 de diamètre, et avait un volume de 2.500 mètres cubes. La machine à vapeur, de 3 chevaux, pesait 160 kilos.
En 1855, il renouvelait avec un autre dirigeable sa tentative, qui faillit, cete fois, se terminer tragiquement. Après avoir étudié plusieurs projets de dirigeables plus importants et essayé d'intéressants procédés de fabrication de l'hydrogène, Henri Giffard établit plusieurs ballons captifs d'exploitation, constructions aérostatiques considérables, qui figurèrent aux expositions de Paris, en 1867 et 1878, et de Londres, en 1868.
Musée de V Aéronautique, à Chalais-Meudon.