MER MÉDITERRANÉE
Grand Prix de l'Aéro-Club de France. — Carte des alterrissages.
phie tout tranquillement, tandis qu'à bout de forces, je descends péniblement de mon arbre
le long du seul bout de filin qui nous reste. 7 s Ur « Nous sommes à Kirchdrauf (Hongrie), ayant effectué l’un des trois plus longs voyages
aériens du monde entier. Le Grand Prix de l’Aéro-Club de France est à nous. »
Il était en effet diflicile de le conquérir de façon plus magistrale.
Quant au voyage de M. Duro, classé second dans le Grand Prix, il est à peu près semblable à celui de M. jacques Faure. Comme lui, l'excellent pilote espagnol s'est maintenu à des altiltudes élevées. El Cierzo fut également pris dans un arbre et lacéré. Peut-être l'excellent aéronaute espagnol et son courageux el habile compagnon, M. le lieutenant Herrera, auraient-ils pu inquiéter le champion français, car ils avaient encore beaucoup de lest lorsqu'une violente tourmente de neige les obligea à sacrifier en quelques minutes cette précieuse réserve et à abréger leur voyage. Néanmoins, M. J. F. Duro se trouve dès maintenant rangé parmi nos meilleurs pilotes. Le succès du promoteur du mouvement aéronautique actuel en Espagne a élé accueilli chez nous, avec la plus cordiale sympathie. I1 sera encore plus chaleureusement applaudi de l'autre côté des Pyrénées el le Real Aereo-Club de España saura fêter dignement celui qui délendit si glorieusement ses couleurs, dans cetle grande compétition internationale.
En résumé, un atterrissage en Hongrie, un en Moravie, d'autres sur les frontières de Bohême et d'Autriche, une pluie de ballons sur la Bavière et les provinces Rhénanes, tout cela sans aucun accident, avec à peine quelques avaries matérielles, inévitables dans des circonstances atmosphériques aussi contraires, tel est le magnifique bilan sportif du premier Grand Prix de l'Aéro-Club de France. Les initiés seuls pourront apprécier à leur valeur les trésors d'énergie, d'endurance, d’audacieux sang-froid et d'habiieté technique, prodigués par les pilotes, au cours de cette lutte extraordinairement pénible contre les éléments déchaînés. Tout le monde, cependant, sans se rendre aussi pleinement compte des difficultés vaincues, applaudira unanimement les résultats obtenus, qui suffisent à montrer les incontestables progrès accomplis dans la construction des ballons et dans l’art de les conduire.
Il importe aussi de rendre hommage au dévouement et à la fermeté éclairée des commissaires sportifs MM. Georges Besancon, le comte de La Vaulx, Edouard Surcouf, bien secondés par M. Maurice Mallet, chef du gonflement et MM. Emile Carton, Georges Dubois et le capitaine Ferber. Grâce à eux, les opéralions de gonflement et de départ, extrêmement difficiles sous une pareille tempête, ont pu s'effectuer sans encombre, avec des relards il est vrai, mais avec une perfection d'exéculion qui a été admirée par tout le monde. Il y a eu là un véritable tour de force qui méritait d'être signalé avec éloges.
Si le service d'ordre laissa un peu à désirer, cela tient heureusement à ce que les plus optimistes n'auraient jamais osé escompter une pareille afiluence et un pareil succès. Malgré cette insuffisance, qui permit à beaucoup de spectateurs des places populaires de passer au pesage, sans bourse délier, la réussite financière de la fête a dépassé toutes les espérances. L’Aéro-Club de France a eu la salisfaction profonde de pouvoir faire tenir à l'ambassade d'Italie la somme de 6.000 francs, bénéfice net de la journée, destinés aux sinistrés de la Calabre. Si l'on veut bien tenir compte du prix minime des entrées (2 fr. et 1 fr.) et d'autre part, de l'importance des frais d'organisation, il est certain qu'il n'y a point d'exagération, à évaluer à plus de 25.000 le nombre des spectateurs. L'aérostation n’est donc point, comme on l’a prétendu, le simple passe-temps de quelques privilégiés. Elle intéresse tout le monde, ces chiffres, l'élablissent. Phénomène rare chez nous, le ballon a réussi à devenir populaire dans son pays d'origine.
AÉROPHILE
AN
Noûvelles Expériences des frères Duüufaux
Essais d’un aéroplane à moteur
Au moment où le Lebaudy vient de démontrer, sous un rigoureux contrôle officiel, la possibilité des applications pratiques du « plus léger que l'air », les aviateurs enregistrent à leur tour un nouveau succès.
Nos lecteurs n’ont pas oublié les sensationnelles expériences de l'hélicoptère des frères
Dufaux exécutées en mai 1905 au Parc de M3E l'Aéro-Club de France. C'était là, comme nous l'écrivions à ce moment, le premier système dhélices aériennes qui eût réussi à quitter le sol en emportant non seulement son moteur de 3 chx 1/i0 et tout ce qui était nécessaire à la prolongation de son ascension, mais encore un poids utile de 6 kilog. 500 alors que l'appareil lui-même ne pesait pas plus de 17 kilog.
l'hélicoptère Dufaux n'était d’ailleurs comme nous l’expliquions en détail dans l'Aérophile de mai, qu'une partie d'une machine volante complète ans laquelle le déplacement latéral devait s’obtenir par l’adjonction d’un aéro-
plane. Cet aéroplane {voir fig. et texte, pages 101, et suiv. de l'Aérophile de maï 1905), devait se composer, on le sait, de deux systèmes de surfaces portantes situées à l'extrémité de deux bras de leviers inégaux, les unes en avant, les autres en arrière de l'hélicoptère expérimenté, auquel elles seraient réunies de telle facon que les positions relatives de ces plans sustenseurs et de l'axe des hélices pussent varier. L'action de la résistance de l'air sur ces plans porteurs, pendant la progression déterminée par l’action des hélices convenablement orientées. devait faire prendre aux surfaces, en raison de l'inégalité des bras de leviers sur lesquels elles étaient montées, l'incidence la plus favorable et assurer automatiquement la stabilité.
Encouragés par les résullats remarquables oblenus par la parti: propulsive de la machine ainsi décrite, partie propulsive constituée par leur hélicoptère pouvant fonctionner à volonté comme hélices tractives, MM. Henri el Armand Dufaux se sont attelés à la construction et à la mise au point de la partie aéroplane.
Dans ce but, ils installèrent un hangar à Corsier, à 8 kil. de Genève où ils habitent. Le dispositif d'expériences adopté fut le suivant : deux câbles supportés par trois mâts (selon le croquis ci-contre), disposés de telle sorte que l’une des extrémités d'un câble est fixée directement sur un mât et que l’autre extrémité est fixée au milieu du second câble reliant les deux autres mâtls. L'appareil est suspendu par un chariot courant sur le câble dans le sens de la flèche ; un déclanchement permet de rendre l’appareil libre à un point quelconque de sa course.
Ce dispositif a permis d'étudier la marche de l'appareil et de le mettre au point. On à fait d'abord une quantité d'essais sans abandonner l’appareil à lüi-méme et le samedi, 28 octobre, à midi 40, tout semblant parfaitement au point, on décida de faire un essai en liberté.
Après le déclanchement à l'extrémité du câble, l'appareil s’est maintenu presque horizontalement en s'élevant cependant légèrement ; mais, par suite d'une petite erreur des frères Dufaux, la manette d'avance à l'allumage n'étant pas à frottement suffisamment dur et, d'autre part, la rotation du disque de distribution tendant à faive revenir la manette à son minimum, l'avance à l'allumage diminua peu à peu et, le moteur ralentissant, l'appareil descendit et se posa sans à-coup sur ses deux patins.
La distance parcourue a été de 150 mètres, ce qui paraîtra certainement peu. mais l'essentiel était de se rendre compte de l'équilibre de l’appareil. Or, ce parcours à été plus que suflisant pour apprécier d’une façon très certaine cet équilibre : l'appareil s'est, en effet, maintenu sans aucun tangage, malgré une légère brise le prenant de côté qui n'a eu pour eltet que de faire dévier faiblement sa marche.
Sans vouloir exagérer l'importance de ces résullats, ils sont cependant des plus intéressants et 1l semble que la durée du trajet ne dépend plus que de la marche du moteur.
Plusieurs modifications de détails seront apportées à l'appareil et les essais recommenceront prochainement.
Comme on le voit, MM. Henri et Armand Dufaux semblent en bonne voie vers la solution de la deuxième partie du problème qu'ils s'étaient posé. Ils n’ont pas encore abordé sa difficulté dernière qui consiste, ainsi qu'ils se le sont proposé, dans l'enlèvement direct et sans artifice de lancement, de tout l'appareil par les hélices aériennes agissant d’abord comme hélices élévatrices pour devenir ensuite, par une orientation convenable, hélices propulsives et déterminer alors, avec le secours des pians suslenseurs, la progression du système sur l'horizontale,
Cette manœuvre des hélices, nécessitant la présence d’un expérimentaleur, l'expérience ne pourra se faire qu'avec le grand modèle projeté muni d'un moteur de 100 chevaux. Il ne s'agit encore pour le moment que d'un appareil d'études, de dimensions réduites, appropriées à celles de l'hélicoptère qui a fonctionné à Paris au mois de mai.
AUGUSTE NICOLLEAU
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Le rallie-ballons automobile de Madrid
À l’occasion de la visite officielle de M. le Président de la République française, la Correspondencia de España, important organe madrilène dirigé par M. Leopoldo Romeo, avait institué un grand rallie-ballons automobile dont l'organisation technique fut confiée au Real Aereo-Club de España.
L'épreuve réservée aux aéronautes espagnols et français consistait en un concours de distance sans escales, couru par catégories, comme suit : 1° catégorie : ballons au-dessous de 600 m°; 2° catégorie : ballons de 600 à 900 m°; 3° catégorie : ballons de 900 à
à 1.200 m°:; 4° catégorie : ballons de 1.200 à 1.600 n°; 5° catégorie : ballons de 1.600 à 2.000 m:. ; ; : :
La poursuite par automobiles avait pour but de venir en aide aux aéronautes atterris en des régions écartées. Je |
Le gaz, le personnel et le matériel nécessaires au gonflement étaient fournis gratuitement aux pilotes étrangers et français. Les concurrents français recevaient en outre une indemnité de déplacement de 500 pesetas. Ne | ,
Le départ devait avoir lieu le 26 novembre 1905. Mais en raison du mauvais temps il ne s’effectua que le lendemain, au Parc du Real Aereo-Club de España, devant une assistance nombreuse composée de l'élite de la haute société madrilène. Le temps était radieux, le ciel ensoleillé, sans un nuage, le vent très faible.
Cette belle manifestation aéronautique se déroula avec un succès complet. Bien que les avaries survenues à certains ballons du Grand Prix de l’Aéro-Club de France aient empêché plusieurs aéronautes français de participer à l'épreuve, onze aérostats, chiffre fort respectable, disputèrent cependant l'épreuve el s'élevèrent dans l’ordre suivant :
Jupiter (900 m'), pilote : le capitaine Gordejuala ; aide-pilote : M. Magdalena. — Aëro- Club-Il (1.200 im‘), pilote : M. J.-F. Duro ; aide-pilote : M. Guisasola. — Alfonso-Xlll {1.600 m‘), pilote : le capitaine Kindelan ; aide-pilote : M. Rugama, secrétaire du Real Aereo-Club de España. — Urano (800 m°), pilote : le lieutenant Rodriguez. — Marle (800 m'), pilote : le capitaine Maldonado ; aide-pilote : M. Liniers. — Avion (450 m), pilote : le lieutenant Herrera. — ['Elfe (1.800 m‘), pilote : le comte de La Vaulx ; aide-pilote : M. Paul Tissandier. — Vencejo (1.200 m°), pilote : le lieutenant Castilla ; aide-pilote : M. Claver. — Fugilif (800 m'), pilote : M. Emile Carton. — Alcotan (1.000 m'), pilote : Ie lieutenant Milero : aide-pilote : M. Arias. — Mercurio (650 m°), pilote : le lieutenant Pinto.
Le comte de La Vaulx, vice-président de l’Aéro-Club de France, et M. Emile Carton, membre du même Club étaient les représentants français. Une ovation des plus sympathiques leur fut faite en cette qualité par l'assistance hautement courtoise, comme on sait l'être en Espagne.
D'une terrasse du Palais, le Roi qui a donné déjà aux aéronautes espagnols, comme il daigna le faire le 2 juin aux aéronautes français, maintes preuves de son bienveillant intérêt, suivait avec grand plaisir l'envolée des ballons. Bientôt, n'y tenant plus, il monlait en automobile et partait à la poursuite des ballons, courant le rallye en grand sportsman qu'il est. Sa potürsuite ne fut pas vaine, car il capturait à 5 h. le ballon Aéro- Club-I1, au moment où le pilote, M. J.-F. Duro atterrissait près de l’Escurial, Le royal poursuivant, dans sa hâte, n’hésita pas à parcourir à la course, plusieurs centaines de mètres à travers champs, de peur d’être devancé par un autre concurrent du rallye. Aussi était-il un peu essoufflé en rejoignant le pilote, malaise lout naturel, transformé par certains informateurs trop zélés, en une syncope causée par le gaz pendant le dégonflement.
En raison de la faiblesse du vent, la plupart des concurrents ont dû comme M. Duro, alterrir aux environs de Madrid. C'est ainsi que le Jupiter, piloté par le capitaine Gerdejuala, ayant perdu du gaz, descendit à 9 kil. de la capitale espagnole ; le Vencejo, piloté par le lieutenant Castilla reprit terre par vent nul à %0 kil. du point de départ, etc.
Le vainqueur du concours, le capitaine Kindelan, montant l’Alfonso-XIII (1.600 mm), descendit après 28 heures de voyage au bord de l'Atlantique, à Setubal, au S.-E. de Lisbonne (Portugal, ayant parcouru 500 kil. environ. La vitesse moyenne n'atteint donc pas 18 kil. à l'heure. On voit par ce chiffre ccmbien le vent était faible, Mais la durée de séjour dans l'atmosphère de M. le capitaine Kindelan donne une haute idée de son habileté de:pilote et de son endurance. Ce succès après celui de M. Duro dans le Grand Prix de l'Aéro-Club de France, fait le plus grand honneur à la jeune école espagnote d’aérostation qui fait ainsi des débuts sensalionnels dans les grands concours internationaux.
A bord de son 800 m°, Le Fugilif. très joli sphérique récemment sorti de ses propres ateliers, M. Emile Carton, l'un des directeurs de la maison de construction aérostatique Lachambre accomplit également un voyage des plus remarquables en réussisant à tenir l'atmosphère pendant 27 heures, une heure de moins seulement que le capitaine Kindelan. M. E. Carton avait négligé d'emporter des provisions et la faim seule et l'épuisement, finirent pas avoir raison de son énergie. Moins heureux que l’Alfonso-XII1, le Fugilij erra toute la nuit au-dessus d'une région montagneuse, entraîné tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. L'atterrissage s’effectua à Coria, province de Cacerés, entre la Sierra de Gata. et le Tage.
Parcours : 230 kil environ. M. Carton est second du classement général et premier de sa catégorie.
don général, le comte de La Vaulx, pilotant l'Elje, 1.800 A EE de Chem L'Etfe ne on que . OU à Dlasenei, (province de Cacérès), après 18 h. sue ne si ne EE & pd me Us quantité de lest, mais les aéronautes Re ne De ne S non COST aucun point de repère, furent victimes d'une
IC ptique qui donnent à certaines couches de nuages submergeant à l'infini
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les parties basses, l'aspect absolu de la mer. Ils alterrirent, se croyant en vue de l'océan ce qui démontre que les aéronautes les plus expérimentés ne sont pas à l'abri des mirages atmosphériques.
MM. Carton et de La Vaulx descendus dans des régions écartées, ne purent donner tout de suite de leurs nouvelles et durent se donner beaucoup de mal pour faire transporter leur matériel jusqu'à une voie ferrée. Ils ne rentrèrent à Madrid que le 30 octobre.
Le jury ue l'épreuve réuni au Real Aereo-Club de España à procédé à l'attribution des prix de la façon suivante :
En ce qui concerne les ballons :
Prix d'honneur : l'Aljfonso-XIII, pilote : M. Kindelan. — Prix de la 5° catégorie : objet d'art offert par la marquise de Squilache et 250 pesetas : l’Alfonso-XIII. — Prix de la 2° catégorie : Coupe de la Chambre des députés et 250 pesetas : le Fugilif, pilote : M. Emile Carton. — 1" catégorie : prix de la « Gran Peña » : l’Avion, pilote : M. Herrera. — 3° catégorie : prix de S. A. R. l’Infante dona Isabelle : l'Urano, pilote : M. Maldonado. — Prix de l’Aéro-Club de France : Marte, pilote : M. Rodriguez. — 4° catégorie : prix du Real Automobile-Club de España : Aéro-Club-I11, M. J.-F. Duro.
En outre, tenant compte de ce que les ballons l’Elfe, piloté par le comte de La Vaulx et Mercurio, piloté par le lieutenant Pinto, ont dépassé de beaucoup le parcours minimum fixé par le jury, deux prix extraordinaires, consistant en deux coupes d'argent leur ont été respectivement attribués.
En ce qui concerne les automobilistes :
Coupe de S. M. la Reine et 500 pesetas : M. Dessy. — Coupe de S. A. R. l'Infant den Carlos et 300 pesetas : M. Horga. — Prix du Real Aereo-Club de España :S. M. le Roi. — Médaille de lAéro-Club de France et 500 pesetas : M. Pieltain. — 400 pesetas : M. Rodriguez. — Médaille de l'Automobile-Club de France et 159 pesetas : M. Rodriguez Avial. — Prix offert par M. Lena de Teco et 200 pesetas : le duc de Allaga. — GEORGES BLANCHET