SUR LA QUATRIÈME CONFÉRENCE
de la Commission internationale pour L'Aérostation scientifique
La Société météorologique de France a entendu avec intérêt un résumé des. principaux travaux présentés à cette réunion à laquelle assistaient un très grand nombre de météorologistes et d’aéronautes. Pour la première fois, en effet, par suite des démarches faites par le gouvernement russe, la plupart des Etats étaient représentés officiellement. Les séances de la conférence ont été tenues, du 29 août au 3 septembre 1904, dans le palais de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg ; l'ouverture el la clôture de la conférence ont eu lieu sous la présidence de- S. A. I. le grand-duc Constantin, président de l'Académie des sciences. C'est dire toute l'importance que le gouvernement russe attachait aux travaux de cette conférence. Les divers établissements scientifiques de Russie ont rivalisé de bonne: gràce pour nous recevoir, et nous n'avons eu qu'un regret, c'est que notre temps fût tellement pris par les commissions et les réunions plénières, que nous n'avons pu voir Saint-Pétersbourg que très imparfaitement.
La conférence avait à examiner plusieurs questions relatives à la centralisation. el à la publication des observations de sondages recueillies chaque mois. L'examen de ces questions, comme tout ce qui touche à la pratique, à pris beaucoup «de temps, je ne m'étendrai pas sur ce sujet, me bornant à indiquer que l'on s'est mis d'accord sur les meilleurs movens d'assurer l’uniformité des documents recueillis et la publication intégrale de ces documents. Le dépouillement des courbes produit un très grand nombre de chiffres, occupant un espace considérable et par conséquent nécessitant des frais d'impression élevés. Pour parer à cet inconvénient, on a proposé d'indiquer seulement tous les points où les courbes. présentent un changement d’allure, par exemple le moment et la température, au début d'une inversion, au moment du maximum, à la fin, puis les limites entre lesquelles la décroissance de température reste à peu près uniforme ; en sonne, on à proposé de faire une analyse très serrée des caractères de la marche de là température, de l'humidité, ete., etc. Ce système abrégé va être mis en expérience prochainement.
Pour unifier les observations, on s’est aussi occupé des meilleurs instruments enregistreurs ; jusqu'ici deux instruments se trouvent en présence, le thermomètre bi-métallique circulaire, construit pour la première fois, par M. Raymond, à Trappes, qui est en usage en France, en Espagne, en Angleterre, en Autriche en Russie ; le thermomètre en forme de tube, d’après le système de M. Hergesell, qui est employé à Strasbourg, en Suisse et aussi en Italie.
À Berlin et à Saint-Pétersbourg, on a employé, soit les instruments du modèle de Trappes, soit d'autres enregistreurs, dont le thermomètre est analogue. Les comparaisons qui ont été faites entre le thermomètre à tube et le thermomètre bi-métallique de Trappes, n’ont pas donné jusqu'ici un avantage marqué à l'un ou l’autre instrument, le thermomètre à tube paraît un peu plus sensible dans les hautes régions, mais il indique les inversions en les atténuant. La conférence à décidé de renvoyer à une réunion ultérieure, toute décision sur le type d'instrument à recommander, afin de laisser le temps d'étudier et de perfectionner les instruments en usage. La comparabilité existe d’ailleurs à l'heure actuelle, à un degré près en moyenne et un degré et demi dans les extrêmes, ceci pour la périoce : ascensionnelle du ballon, qui est celle qu'on prend en considération, pour la discussion.
La conférence s’est aussi occupée de développer les observations sur les courants de l'atmosphère destinées à étudier, avec plus d'exactitude, la situation météorologique, le jour des ascensions internationales. Elle a entendu à ce sujet une étude critique de M. le D' de Quervin, sur la manière dont sont notées les observations des nuages dans les différentes stations ; il à insisté sur la nécessité d'employer partout la herse Berson.
La conférence a émis le vœu que l’atlas des nuages, dont l'édition est épuisée, soit de nouveau édilé ; on espère réunir prochainement le nombre de souscripteurs nécessaire.
Parmi les communications d'un caractère purement scientifique, nous devons signaler comme particulièrement important, l'exposé des résultats de la croisière faite cet été par S. A. S. le prince de Monaco, sur son yacht La princesse Alice. avec le concours de M. le professeur Hergesell. Dans cette campagne on s’est préoccupé de réaliser, au moins partiellement, la proposition de M. Rotch, d'étudier par des lancers de cerfs-volants le régime des vents alizés.
Les observations faites entre les Açores et les îles du Cap-Vert, c’est-à-dire, en somme, au nord du Tropique, ont montré que la décroissance de température jusqu’à l'altitude d'environ 4.000 mètres (on a même atteint une fois 5.000 mètres), présentait les caractères suivants : décroissance de température, depuis la surface de la mer jusqu'à l'altitude de 5 à 600 mètres ; puis à partir de ce niveau, inversion de température, et zone isotherme de plus de 1.000 mètres d'épaisseur, après laquelle la température se remet à décroître très rapidement, suivant la loi adiabatique. M. Berson a fait remarquer, à ce propos, que ce caracère de distribution de température dans la verticale, ressemblait beaucoup à celui qu'on observe dans nos régions au-dessus des maxima barométriques, et a cité les exemples qui ont été donnés dans les Wissenschaftliche Lufjlfarhten.
Les cerfs-volants, dans ces sondages, n’ont pas atteint l'altitude où se produit le contre-alizé ; ce fait est assez étonnant lorsque l'on se rappelle que les divers savants qui ont stationné au pic de Tayde ont observé le contre-alizé en haut dé la montagne, c’est-à-dire vers 3.000 mètres d'altitude. M. Hergesell ajoute que les observations des nuages élevés ont bien indiqué la présence du contre-alizé.
M. Rotch a rappelé, à ce propos, que son programme d'études des alizés comprend aussi l'étude de la région tropicale et de l’alizé de l'hémisphère sud ; il espère qu'il lui sera possible ultérieurement de poursuivre ces études.
Le professeur Asmann a présenté, sous forme de courbes, les résultats des
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sondages par cerfs-volants et ballons cerfs-volants qui sont faits tous les jours auprès de Berlin, à l'observatoire de Tegel. Tous les matins, entre huit heures et onze heures, on procède à un sondage à l'atmosphère ; les altitudes atteintes ave les cerfs-volants sont souvent de 3.000 mètres, et l'on a pu depuis le mois de novembre 1902, suivre ainsi quotidiennement les variations de l'atmosphère audessus de la région de Berlin.
M. Teisserenc de Bort a présenté une étude sur le caractère de la décroissaner de température dans la verticale, et particulièrement au-dessus de 10 kilomètres à il à rappelé les divers points que les sondages faits à Trappes, avaient permis d'élucider, et fait passer sous les yeux des membres de la conférence, les diagrammes qui, pour la première fois, permettent d'étudier les variations quotidiennes de l'atmosphère, pendant une série de 8 ou 10 jours consécutifs, jusqu à l'altitude de 14 kilomètres.
Contrairement à ce qu'on avait pu penser, la variation de température d'un jour à l’autre est encore très importante à l'altitude de 12 et 14 kilomètres ; dans bien des cas, si on compare la variation de température auprès du sol et celle que l’on remarque au point culminant atteint par les ballons, on s'aperçoit que cette variation est égale et souvent même supérieure à celle du sol, dans les hautes régions. Pour l'expliquer, on ne peut pas invoquer les effets d’insolation el du rayonnement sur la terre, il est probable que ces changements de température dans la haute atmosphère sont dûs presque exclusivement à des phénomènes dynamiques ; pour sa part, M. Teisserenc de Bort pense que l'air qui s'élève au-dessus des dépressions et se déverse vers les hautes pressions, se refroidissant par la détente, atteint les basses températures que l’on remarque au-dessus des maxima barométriques. À partir de l'altitude maximum atteinte par l'air, le mouvement de descente qui se produit dans les maxima a pour effet d'élever la température, et dans la zone d'altitude moyenne vers 6 kilomètres, l'air est ordinairement plus chaud dans les maxima barométriques que dans les dépressions.
Le professeur Hergesell à présenté un travail sur les propriétés élastiques des tubes de Bourdon, employés dans les enregistreurs de ballons sondes ; il montre que l'élasticité des tubes changeant avec la température, les baromètres dont on a calculé et vérifié la graduation aux températures ordinaires, par exemple aux environs de 15°, sont en erreur quand la température descend notablement au-dessous de 0°. Il est vrai que dans la plupart des cas on a pris la précaution de compenser les baromètres de la température, c’est-à-dire qu’à pression constante le baromètre ne varie pas avec la température, mais cette compensation qui a trait seulement à la dilatation du métal, ne corrige pas les variations des propriétés élastiques du tube avec la chaleur ; il faut pour cela, ou bien établir des corrections en partant d’un certain nombre de données physiques, observées sur le tube, ou réaliser la compensation par tâtonnements en laissant plus ou moins d'air dans le tube. On corrige ainsi les effets du changement de coefficient d'élasticité. M. Hergesell pense qu'avec des instruments ainsi compensés, on évitera des erreurs qui peuvent atteindre plus de mille mètres sur la hauteur calculée pour le ballon.
La conférence a entendu aussi des communications de M. Pedro-Vivès-y-Vich, sur les ascensions internationales, faites en Espagne, au parc militaire d’aérostation de Guadalajara ; ces ascensions comprennent des lancers de ballons sondes et des ascensions de ballon montés. M. le professeur Palazzo a donné quelques renseisnements sur la participation de l'Italie aux ascensions internationales. M. le général Rykachew a exposé l’organisation du service de sondage aérien à l’observatoire Pawlosk. Ce service dirigé par M. Kousnousow, indépendamment des ascensions internationales proprement dites, fait des lancers de cerfs-volants toutes les fois que le vent le permet, mais comme les cerfs-volants employés sont très
légers et que l'atmosphère est d’ailleurs assez agitée à Saïint-Pétersbourg, on peut faire environ 3 äscersions sur # jours. Les ascensions qui comprennent déjà plus d'une année ont permis de calculer la décroissance de température et M. Rykachew montre des courhes qui résultent de ces ascensions.
Les membres de la conférence ont visité, avec le plus grand intérêt, l'observatoire de Pawlosk et ses annexes : nous ne pouvons mentionner ici toutes les communications qui ont été faites, un certain nombre se rapportent d’ailleurs à laérostation pure.