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G. HERMITE

Le Tour dû Monde Aérien

Escale recommandée. — L'Aéro-Cluh de France vient dêtre saisi d’une originale proposilion de M. Charles de Bigaull de Granrul, membre de cetle société el maître de verreries, qui offre de verser à la caisse du club, pour constituer un nouveau prix annuel, la somme de cinquante francs, chaque fois qu'un aéronaute viendra, atterrir dans sa propriété de Loivre (Marne), ou dans un périmètre à fixer autour de ce point. M. Ch. de Bigaull de Granrut s'engage d’ailleurs à installer sur la pelouse principale, tous les agrès utiles à une escale, tels que piquets, cordages, sacs à lest, etc.

La proposition de ce véritable ami des ballons servira d'exemple et sera vraisemblablement suivie de beaucoup d’autres. En altendant le jour où l’on pourra dresser une carte des « escales recommandées ». M. de Bigault de Granrut désirerait avoir pendant un an le privilège de son initiative. On pourra ensuite arriver peut-être à dresser une liste indiquant aussi en rouge les « descentes dangereuses » du Nord et de l'Est de la banlieue parisienne où les aéronautes ont parfois élé reçus à coups de bâlon et les tournants de certaines forêts où les chasseurs ont la mauvaise habitude de décharger en l'air leurs fusils pour saluer, disent-ils, le passage des ballons.

IL y à là une idée très intéressante et très sportive dont il faut féliciter M. de Granrul, el qui sera, sans nul doute, accueillie avec plaisir par l’Aéro-Club de France.

La prochaine éclipse et les ballons. — M. Wilfrid de Fonvielle appelait récemment l'attention de la Commission d'aérostation scientifique de l'Aéro-Club de France sur l'intérêt qu'il y aurait à organiser, lors de la prochaine éclipse de soleil, le 30 août prochain, des ascensions en ballons montés et des observations par ballons-sondes et par cerfs-volants, exéculées simultanément dans les régions où l'éclipse sera totale, et dans celles où le phénomène restera incomplet. On pourrait ainsi se renseigner sur la décroissance de lempérature causée par la disparition totale ou partielle du soleil, les modifications produiles dans l’état du ciel et des nuages, et reconnaître si les changements de la forme et de la couronne, souvent signalés, ne sont pas dûs à de simples illusions d'optique, causées par un abaissement de température de l'air, qui peut atteindre de 4 à 6 degrés.

La zone d'ombre commence vers l'Alaska, traverse le Labrador, l'Atlantique, l'Algérie et, la Tunisie de Philippeville à Sfax, la Tripolitaine, la haute Egypte, la mer Rouge, l'Arabie, le golfe Persique en l’espace de 4 heures. Cetle bande a une largeur de 20 à 30 milles.

Le capitaine d'aérosliers espagnols Vives y Vich se propose de faire le 30 août, en compagnie d'un météorologiste à désigner, une ascension à Burgos, qui se lrouve dans la bande l’éclipse lotale. Nous pourrions faire de même à Balna, qui se trouve dans la même condi-

tion, surtout si le gouvernement français voulait .1en venir en aide aux aéronautes et aux savants. La ville est éclairée à l'électricité et dépourvue d'usine à gaz: mais on pourrait employer de l'hydrogène fabriqué sur place ou apporté dans des tubes de compression. La motion de M. de Fonvielle avait élé vivement appuyée à l’Aéro-Club par MM. G. Eïffel et de La Baume-Pluvinel, astronome à l'observatoire de Meudon.

Poursuivant sa campagne, M. Wilfrid de Fonvielle émettait la même idée à Londres, le 2 décembre, devant les membres de la Société Aéronautique de Grande-Bretagne, en faisant remarquer que la haute Egypte, placée sous le protectorat anglais, serait un point d’observation excellent. L'assemblée, présidée par le major Baden-Powell, à paru vivement approuver l’idée de notre éminent confrère.

L’aérostation en Espagne. — On sail qu'à côlé de l’aérostalion militaire très bien organisée en Espagne, et qui compte des personnalités scientifiques fort distinguées telles que le capitaine d'aérostaliers Vivès y Vich, l’aérostation civile était insuffisamment développée.

Grâce à l'initiative de cerlains sporitsmen espagnols, à la lête desquels il faut citer M. Duro, membre de l’Aéro-Club de France, qui expérimentait récemment le fume-cigare pour aéronaules de son invention, dont nous avons parlé. M. Duro a déjà fait plusieurs ascensions et conquis autour de lui, à Madrid, de nouveaux adeptes à l’aérostation ; il vient de commander au constructeur Mallet, en outre de son ballon El Alcoltan, un nouveau sphérique de 400 m° destiné aux petites ascensions.

Ces efforts se trouveront grandement aidés par l'exemple du roi Alphonse XIII lui-même, qui faisail dernièrement une ascension, inaugurant la série des aéronautes royaux.

Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que ces efforts sont sur le point d'aboutir à la fondation de l’Aéro-Club d'Espagne, sous les auspices de l’Aéro-Club de France, sociélé qui groupera dans son comité, autour de M. Duro, les personnalilés espagnoles les plus arislocratiques, telles que MM. de la Maza, Magdalena, Guisasola, Liniers. Ruyama, Cienfugas, Laffitte, etc.

La fête du gaz en Belgique. — Sur l'inilialive de l'Aéro-Club de Belgique, et avec le précieux encouragement de M. le duc d'Arenberg, qui a bien voulu accepter la présidence d'honneur du comité, afin de célébrer la mémoire des trois professeurs de l'Université de Louvain, Minckeleers, Thysbaert et Brander, qui, en 1783, lancèrent dans la propriété du duc d’Arenberg de l'époque le premier aérostal gonflé au gaz, il sera organisé une grande fêle internationale qui comprendra la fête des aéronautes et la fêle des illuminalions avec la participation des gaziers.

La fête se corsera de l'inauguration d’un monument commémoratif, une stèle à élever dans le pare du duc d'Arenberg, à Ileverlé, à l'endroit même où fut lâché le premier ballon gonflé au gaz d'éclairage.

De plus, pour célébrer le %5° anniversaire de l'Indépendance de la Belgique, le collège communal à volé des fêtes avec un crédit de 700.000 francs, sur lesquels 25.000 francs seront altribués à laéroslalion.

Nécrologie. — !6 2? janvier, est mort, à Londres, le Rév. J.-M. Bacon, qui s'était

occupé toute sa vie des questions aéronautiques. Il avait fail lui-même de nombreuses ascensions, notamment pour étudier la question de la transmission des sons entre les aérostats en mouvement et la terre. Il faillit même périr avec sa fille dans une lraversée aérienne du détroit de Bristol. Il fit, en outre, partie de diverses expéditions organisées pour observer des éclipses en Laponie, aux Indes, aux Etats-Unis. Il avait écrit également d'excellents ouvrages de vulgarisation aéronautique. Le Rév. J.-M. Bacon avait 58 ans.

Le « Lebaudy » au concours de Liége. — l'ingénieur du Lebaudy, M. Julliot, et l’'aéronaule Juchmès élaient, le 30 décembre 1904, à Liége, pour étudier les dispositions à prendre en vue de la participation éventuelle du grand aéronat de Moisson au concours de diriseables de Liége en 1905.

Cette épreuve, qui sera un des clous de l'Exposition, comportera un prix de 100.000 fr., réservé au dirigeable qui aura effectué plusieurs fois le trajet Liége-Spa et retour.

MM. Julliot et Juchmès se sont rencontrés à Liége avec MM. Dianeffe, président du comité de l'Exposition ; Paul Forgeur, secrétaire de l'Exposition, et Hadelin d'Oultremont, membre de l’Aéro-Club.

Ils sont allés ensuite à Spa en aulomobile, s'arrêtant à Cointe, pour étudier le moyen d'y aménager un grand hangar d’abri.

Il paraît que le plateau de Cointe, proposé tout d’abord comme port d'attache pour les aéronats et pour les ballons ordinaires, ne remplirait pas toutes les conditions désirables en raison de son exiguité et de sa difficulté d'accès. Le champ de manœuvres situé au nord de Liége semblerait mieux approprié à cette destinalion et sera probablement choisi si les canalisations de gaz suffisantes peuvent y êlre établies.

Les manifestations aéronautiques de l'Exposition de Liége en 1905 comprendront, outre

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le concours d’aéronats, des concours sphériques et un Congrès de l'atmosphère, dont nous donnons le programme. À EE

Nous apprenons que l'emplacement définitif de l'Aérodrome serait le champ de manœuvres. C'est de là que s'élèveront les sphériques, mais il semble se confirmer qu'aucun dirigeable français ne prendra part au concours d'aéronals, en raison de l'insuffisance des moyens d'action mis à leur disposition et de l’incommodité du terrain.

Les Norvégiens et les aéronautes du Siège. — Un monument commémoratif vient d'être inauguré en Norvège, à Litzfeld, dans le Télémark, à l'endroit même où. le 25 novembre 1870, le ballon-poste Ville d'Orléans, parti de la gare du Nord venait échouer avec ses pilotes Rolier el Bézier après un dramatique voyage. Nous ne saurions trop remercier nos excellents amis Norvégiens de cette délicate manifestation de sympalhie.

A propos de ce voyage, rappelons que, depuis, un seul ballon parti de Paris a gagné sans escale la péninsule Scandinave : c’est celui que montaient MM. Mallet et de Castillon lors-

qu'ils descendirent en Suède, près de Vestervick. (1.330 kil. en 23 h. 30, les 30 septembre- 1* octobre 1899.)

Distinction honorifique. — Notre excellent confrère, M. Jules Saunière, président de lAéronaulique-Club de France, membre et pilote de l'Aéro-Club de France, a été nommé officier d'Académie, le 13 février dernier.

M. Savignac, le distingué architecte chargé de l'installation de la classe 34 (Aéronautique), à l'Exposition de 1900, vient de recevoir la même distinction.

Toutes nos félicitations aux nouveaux promus.

L'Académie des sportsmen. — Nolre confrère quotidien l'Auto vient d'avoir la curieuse idée de constituer une nouvelle Académie, l'Académie des sportsmen. Il présente à ses lecteurs une liste de cent personnalités choisies parmi les représentants des sports les plus divers.

Parmi ces cent académiciens en puissance, le suffrage des électeurs sportifs désignera les quarante élus effeclifs. La liste ne comporte que des personnalités françaises.

Nous relevons parmi les candidats présentés par l'Auto et appartenant plus particulièrement aux milieux aéronautiques, les noms de MM. Ernest Archdeacon, Georges Besançon, le comte de Castillon de Saint-Victor, le comte Arnold de Contades, Henry Deutsch de la Meurthe, le marquis de Dion, Wilfrid de Fonvielle, Etienne Giraud, comte de La Valette, Robert Lebaudy, Henri Menier, le colonel Renard, le commandant Renard, Ed. Surcouf, Paul Tissandier, le comte Henry de La Vaulx.

L'étude des alizés. —- Dans une récente séance de l’Académie des sciences, il a été donné lecture des recherches méléorologiques sur la haule atmosphère et particulièrement sur les vents alizés entreprises avec le concours de MM. Hergesil et Teisserenc de Bort, par le prince de Monaco, lors des croisières de l’{irondelle et de la Princesse-Alice dans la région des Canaries.

Il a élé constaté au moyen de ballons-sondes et de cerfs-volants météorologiques, que les vents alizés se font sentir jusqu'à une altitude maxima de 400 mètres. À 600 mètres, changement brusque : la température croît pour arriver jusqu’à 30°, alors qu'au niveau de la mer, elle n’est que de 22° ; l'humidité diminue. Cette couche a 1.000 mètres de hauteur et, au-dessus, se trouve une seconde nappe de 400 mètres où souffle un courant contralizé, dirigé en sens contraire, c’est-à-dire du N.-E. au S.-0.

La publicité aérienne. — M. Harold Arnold, directeur du théâtre du « Lyceum » à Londres, avait imaginé, à titre de publicité, de lancer du loit de son théatre, d'énormes dragons en laffetas gommé qui promènent dans les airs deux immenses banderoles longues de 15 mètres et larges de 3 mètres, portant, l’une le mot « Lycéum », et l’autre, cette inscription : « Ce soir, six heures et demie. » Par les jours de grand vent, il faut 7 dragons pour supporter une banderole. Les Londoniens ont d’abord admiré, puis se sont monlrés fort inquiets, les banderoles, très lourdes, risquant de leur tomber sur la tête. sé

Ce mode de publicité aérienne est également pratiqué à Paris. Notons que le procédé employé, lancer de cerfs-volants fantastiques, de sujets grotesques en baudruche, surtout s'ils s'élèvent en nombre, peul donner lieu à un spectacle très pittoresque et il se pourrait que l’Aéro-Club de France s'en servit celte année pour corser le programme d’une de ses fêtes.

« La Conquête de lPAir » à l’Ambigu. — Celte intéressante tentative d'introduction du sport aérien dans le théâtre contemporain n’a point obtenu, disons-le sans hésiter, le succès qu'elle méritait pleinement à tous les points de vue. Elle n’en est point pour cela plus mauvaise !.… re

Les auteurs : MM. Camille Audigier et Paul Géry (ce pseudonyme, vile percé à jour, dissimulait mal la personnalité si vivante, si complexe et si sympathique de M. Brest Archdeacon), pourraient se consoler de cel insuccès immérité par les éloges unanimes que

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