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LES DIRIGEABLES ET LA GUERRE

Les Expériences du « Lebaudy »

On connaît la méthode progressive et rationnelle employée à Moisson depuis le commencement des expériences du Lebaudy, en octobre 1902. Après avoir éprouvé, au repos, les conditions de résistance et de sécurité de l'appareil, notamment au point de vue des risques d'incendie, MM. Paul et Pierre Lebaudy et Henri Julliot, font une première série d'essais à la corde molle de 500 m. de longueur pour se faire une idée sommaire de la stabilité, de la puissance de propulsion et de l’action des organes de direction.

Les ascensions libres ne commencent qu'après et, sans que les caractères essentiels du modèle soient changés, des modifications de forme, des améliorations d'organes, de dispositifs et de matières premières même, sont successivement apportées, tant au ballon qu'aux divers services qui en dépendent, au fur et à mesure des enseignements de l'expérience et des besoins nouveaux qu'elle vient à révéler.

A la fin de l’année dernière, au 22 décembre 1904 le Lebaudy avait exécuté en 6 campagnes d'essais, 63 ascensions. Membres de l’équipage ou simples passagers, 26 personnes : M. et Mme Paul Lebaudy, M. et Mme Pierre Lebaudy, MM. l'amiral Capello, Georges Besançon, Farman, Wimille, Juchmès, Rey. Henri Julliot, Ed.

Surcouf, Dey, Gourier, Dubuc, Visard, Danet, Marcel Juliiot, Baudry, Eberlé, Chauffourier, Bélorgaz, Léodogras. Dabrin, Landrin et Gérard. avaient pris place à bord. La plupart de ces personnes ayant ascensionné plusieurs fois, c’est un total de 195 voyageurs que le Lebaudy avait emporté librement dansl’atmosphère,sans le moindre accident.

Parmi les plus remarquables des 63 ascensions exécutées, rappelons les suivantes : 8 mai 1903, Moisson- Mantes, Limay. Moisson, 37 kil. en À h. 36: 24 juin 1903, 98 kil. en évolutions sur la presqu'île de Moisson en 2 h. 46, record mondial de durée pour aéronats : 12 novembre 1903, Moisson-Galerie des Machines à Paris, 52 kil. Communiqué par M. Juchmès à vol d'oiseau en 1 h. 41.

En 1904, après les modifi- Le campement du Lebaudy au camp de Châlons cations que nous avons dé- (Vue de face) crites en leur temps (Voir Aérophile, numéros 8-9 de 1904), MM. Lebaudy et Julliot, s’attachèrent avec succès à démontrer que leur ballon était capable d'applications sportives et comme l’établissent les chiffres précédents relatifs au nombre de voyageurs enlevés, le Lebaudy, conformément au programme de ses créateurs, faisait, pour la première fois à bord d’un dirigable, du transport en commun de voyageurs étrangers à l'équipage, prouvant à merveille ses aptitudes à une navigation de plaisance d’un genre tout nouveau, à une sorte de yachting automobile aérien.

En 1905, les expérimentateurs de Moisson auraient pu continuer dans cette voie et y

progresser, lorsque s’offrit à eux la possibilité d'exécuter, sous le contrôle du Ministère de la Guerre, une série d'expériences d’un intérêt pratique encore plus immédiat, relatives aux applications militaires de leur appareil. Conscients des qualités de leur œuvre, ils n’hésitèrent pas et c’est ainsi que trois de nos plus savants officiers spécialistes, MM. le commandant Bouttiaux, directeur de l'Etablissement central du matériel de l’Aérostation militaire à Chalais-Meudôn, le capitaine Voyer, sous-directeur du même Etablissement, le commandant Viard, du Laboratoire des recherches relatives à l’Aérostation militaire, délégués par le Ministère de la Guerre, élaborèrent, de concert avec M. Henri Julliot, l’'éminent ingénieur du Lebaudy, un programme d'essais militaires pour 1905. ;

Dans cet ordre d'applications, le premier point à assurer élait de conférer au ballon un rayon d'action étendu, aussi bien dans le temps que dans l’espace, et pour cela, tout en augmentant sa capacité de transport, de lui donner la robustesse nécessaire aux engins de guerre, de le délivrer de l'obligation de regagner, après chaque sortie, son port d'attache ou

Communiqué par la Vie au Grand Air

Le Lebaudy échoué sur les arbres, au camp de Chälons (Manœuvres de déblaiement)

même une installation quelconque de garage fixe, préparée à l’avance, de le rendre propre enfin à suivre des opérations militaires. On pourrait ainsi accomplir le grand voyage par escales qui fut décidé. Ce voyage avait pour but final nos places fortes de l'Est, Toul et Verdun, après un séjour assez prolongé au camp de Châlons qui se prêtait à l'étude de questions militaires de détail, telles que l'instruction des hommes pour les manœuvres de départ, d'atterrissage et de campement en plein air, le ravitaillement en gaz et en essence dans les mêmes conditions, etc. 2

Pour satisfaire aux sévères conditions du nouveau problème qui lui était posé, M. Henri Julliot améliora encore ce qu'il a appelé (Voir Aérophile d'août 1904, page 182) « les qualités de fond » de son appareil. Le Lebaudy 1905 diffère du 1904 en ce que, sans que Sa longueur soit modifiée, ses dimensions transversales sont augmentées de 5 % ; il en est de même de la surface du ballon et des inconvénients qu'elle présente ; d'autre part le maitre-couple et la résistance à l’avancement se trouvent augmentés de 11 %, mais, en même :! temps, le cube se trouve aussi augmenté de 11 % et cette augmenfation a permis de renforcer le moteur de 25 %, ce qui accroîtra un peu la vitesse et d'augmenter de 75 % l'essence el le lest disponibles, c'est-à-dire la durée possible des voyages. Dans ces conditions ‘ la capacité de l'enveloppe passe donc de 2.666 m° à 2.960 m° environ ;: le maître-couple, de 9 m: 80

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à 10 m. 88 ; la puissance du moteur qui reste le même, mais dont la cylindrée a été augmentée par un alésage convenable, passe de 40 ch. à 50 ch.

En même temps, M. Henri Julliot étudiait avec le commandant Bouttiaux et le capitaine Voyer installés à Moisson, un système d’amarrage et de campement en plein champ présentant une solidité et une sécurité suffisantes. La partie principale du dispositif adopté est une corde à chevelure servant également de corde d'arrêt et qui vient s'insérer, par des digitations successives, en différents points des parties antérieures du ballon, lui permettant de s'orienter de lui-même face au vent, comme un drachen-ballon, et de se mettre, ainsi, en position de campement. Des amarres latérales convenablement disposées et fixées à des pieux de fer enfouis dans le sol, d'autres cordages maintenant le ballon par l'extrémité infépee É Rnuse d'atterrissage, achèvent de donner au ballon campé une assiette absoument solide.

Le gonflement du Lebaudy s'effectua dans les derniers jours de mai.

Le 5 juin avait lieu la première sortie de l’année 1905. Après une série d'évolutions audessus de la plaine de Moisson, le ballon revenait atterrir, comme à l'habitude, devant son hangar. Etaient à bord : l'aéronaute Juehmès, qui pilota tant de fois et si magistralement le grand croiseur aérien, l'excellent mécanicien Rey, le commandant Bouttiaux et le capitaine Voyer ; au total, 5 personnes en nacelle.

Malgré le temps orageux, nouveaux essais le 11 juin, en trois ascensions libres. Dans la première qui dura de 5 h. 55 du matin à 7 h. 10, l'altitude maxima fut de 100 m. Etaient à bord : MM. le commandant Bouttiaux, Juchmès, Rey et Dubuc. La deuxième ascension dura de 8 h. 5 à 8 h. 40. L'altitude atteinte sans inconvénient dans la troisième fut de 300 m. départ à 9 h. 10, retour à 9 h. 45. Les expériences avaient eu lieu aux heures précises indiquées par le commandant Bouttiaux.

Enfin, le 27 juin, à 3 h. 49 du matin, l’aéronat quittait à nouveau son hangar ayant à bord le capitaine Voyer, le pilote Juchmès et le mécanicien Rey. Après pesage définitif en plaine, la mise en route avait lieu à 4 h. 25. Le vent soufflait faiblement de l’ouest. Le ballon exécuta une série d’allées et venues rapides du hangar au clocher de Freneuse, avec circuits au-dessus de la Seine et ne reprenait terre, devant son garage, qu'à 7 h. 36. L’ascension avait duré 3 h. 11, ce qui bat brillamment le record de durée pour aéronats établi par le Lebaudy le 24 juin 1903 par 2 h. 46. La vitesse mesurée entre le hangar et le clocher de Freneuse fut de 18 kil. et de 42 kil. suivant que les aéronautes avaient le vent contre eux ou pour eux. L’atterrissage se fit très facilement, sans user du guiderope, ni du serpent, mais simplement avec la corde d'arrêt à chevelure que nous avons mentionnée et par laquelle les hommes de manœuvre amenèrent l'appareil au sol. 30 kilog. de lest furent employés au départ pour équilibrer le ballon à 130 m. d'altitude. Durant les deux premières heures le ventilateur fut souvent utilisé pour enrayer la « pompée » du soleil. La dépense de lest pendant ces 2 heures, fut de 60 kilog. À 6 h. 45 le soleil se cache derrière un nuage et le ballon qui se trouvait au-dessus de la forêt de Moisson, tend à descendre. 70 kilog. de lest furent nécessaires à partir de ce moment.

Si l’on ne compte que pour une sortie les trois excursions accomplies le 11 juin sans que le ballon fut à chaque fois réintégré dans son hangar, la sortie du 27 juin’était la 66° depuis le commencement des essais, la 3° de 1905.

Au cours de ces trois essais, MM. Juchmès et Rey s'étaient bien remis en mains le maniement du ballon un peu modifié. MM. le commandant Bouttiaux et le capitaine Voyer s'étaient familiarisés par la pratique avec les ascensions en dirigeable.

Entre temps, on avait procédé plusieurs fois aux essais du dispositif d’amarrage et du système de campement en installant le ballon en plein champ et en l’abandonnant de jour et de nuit à lui-même, en procédant en plein air à des ravitaillerments d'essence ou d’hydrosène avec le seul secours des moyens déjà créés dans ce but à l’aérodrome par M. Henri Julliot (Voir Aérophile d'août 190%) et des voitures-tubes venues de Chalais-Meudon avec leur personnel d’aérostiers.

Ces divers essais préliminaires ayant donné toute satisfaction, on décida d'aborder le procramme d'épreuves adopté, comportant, pour commencer, le long voyage par escales doni nous avons parlé.

Dès le 23 juin, dans une note de service reproduite par la presse, le Ministre de la Guerre faisait connaître que le Lebaudy devait accomplir, fin courant, un voyage aérien avec atterrissage probable à Verdun ou Toul, après escale au camp de Châlons. Les autorités militaires de la région, et en particulier celles du génie, furent invités dans la mesure compatible avec les nécessités du service, à prêter leur aide effective à MM. Lebaudy, non Scnerene dans les villes désignées, mais encore dans tout autre lieu où se produirait l’aterrissage.

Le SR 1 juillet, le commandant Bouttiaux et M. Henri Julliot, allaient reconnaître le terrain aux environs de Meaux. Le lieu d'atterrissage désigné fut la grande plaine qui s'étend au-delà de l'usine à gaz, à la sortie du faubourg Saint-Nicolas, à gauche de la route nationale allant à Trilport. Il était ainsi plus facile de trouver, à proximité de la ville, les aides destinés à compléter l’équipe de manœuvre envoyée de Moisson, sous les ordres de Landrin. Quant au lieu de campement, il fut choisi plus rapproché de Trilport, au champ de courses des officiers du 4° hussards, dans le seul vallonnement que présente l'immense plaine, entre le canal de l'Ourcq, la ligne de Paris à Château-Thierry et la route sus-indiquée. Deux voitures-tubes envoyées de Chalais pour le ravitaillement d'hydrogène, furent rermisées à l’usine à gaz de Meaux. Le dimanche, le commandant Bouttiaux donnait l'ordre: de départ pour la nuit suivante. Le lundi matin 3 juillet, à 3 h. 43, le Lebaudy se mettait donc en route pour Meaux. Dans la nacelle se trouvaient le capitaine Voyer, le pilote Juch-

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