DE LA NÉCESSITÉ D'UNE FÉDÉRATION UNIVERSELLE
pour Le progrès et la vulgarisation de l’Aéronautique sejentifique et Sportive
L’aéronautique, pendant si longtemps méconnue et reléguée au rang des divertissements forains, vient heureusement, pendant ces dernières années, grâce aux efforts de puissantes sociétés fondées dans toute l'Europe, de sortir triomphalement des ténèbres où l'ignorance des foules l'avait enfouie.
L’aéronautique est universellement reconnue maintenant comme une science et peut-être, comme la plus belle et la plus complète de toutes les sciences, car ne se souciant pas d'elle seule, elle donne aussi son appui, chaque jour plus précieux, aux autres sciences. Les météorologistes, les astronomes, les physiologistes l'ont déjà compris, et ils encouragent, par tous les moyens en leur pouvoir, la vulgarisation de ce mode nouveau et pratique d'investigation dans leurs recherches.
Tous les corps savants constitués de l'Europe et du Nouveau Continent ont ajouté à leur programme l'étude de l'aéronautique et les congrès qui, ces derniers temps, se sont déjà réunis ou doivent tout prochainement se réunir à Paris, à Berlin, à Strasbourg, à Saint-Pétersbourg, à Saint-Louis, à Bruxelles, à Liége, à Milan, à Rome, etc..., en vue de cette question spéciale, prouvent d'une manière éclatante l'importance considérable acquise actuellement par l'aéronautique dans le domaine de la science.
Aux côtés de l'aéronautique scientifique et parallèlement à son action bienfaisante, l'aéronautique sportive a aussi acquis, depuis quelque temps, un développement tellement intense que la création de sociétés spéciales s’est imposée dans tous les centres européens. Pendant que la Fédération des sociétés allemandes et que l’Aéro-Club de France prenaient une extension chaque année plus grande, d’autres groupements se formaient à leur instar et, ces dernières années, l’on vit la fondation des Aéro-clubs d'Autriche, d'Angleterre, de Belgique, de Suisse, de Suède, d'Espagne, de la Société Aéronautique italienne et d’autres encore que j'oublie peut-être. C’est qu’en effet, de tous les sports appelés à développer les qualités physiques et morales des générations futures, il n’en est pas de plus noble, de plus attrayant, de plus hardi, de plus poétique que le sport aéronautique.
Mais plus la science et le sport aéronautiques se développeront, plus nombreuses deviendront les relations des aéronautes entre eux ; les manifestations scientifiques et sportives internationales prendront alors une extension considérable et nécessiteront une réglementation facilitant les rapports des divers groupements.
C'est pour répondre à ce besoin que le récent Congrès Olympique de Bruxelles, dans sa séance du 10 juin, m'a prié, sur l'initiative du major Moedebeck, délégué de la Fédération aéronautique allemande, de formuler le vœu suivant immédiatement ratifié à l'unanimité des voix et en conformité complète de pensée avec tous
les délégués présents des sociétés aéronautiques d'Allemagne, de Belgique, de Suède et de France : 5 NE Fe ï
« Le Congrès, reconnaissant l'importance spéciale de l'aéronautique, exprime « le vœu qu'il se forme, dans chaque pays, une association chargée de réglementer « le sport aéronautique et qu'il soit formé ensuite une Fédération universelle de | « l'aéronautique, unissant toutes les associations nationales en vue de manitesta- « tions diverses et de règlements généraux pour la vulgarisation scientifique et « sportive de l'aéronautique ;
« Invite l'Aéro-Club de France à prendre l'initiative de ces créations. »
Le vœu du Congrès Olympique est donc bien précis. Ce n'est qu'un vœu, il est vrai, mais un vœu pris à l'unanimité d'une assemblée el en présence des délégués de quatre des plus puissantes sociétés aéronautiques d'Europe ; je dois noter que la motion terminant le vœu et invitant l’Aéro-Club de France à prendre l'initiative de ces créations a été ajoutée sur la demande du major Moedebeck, délégué de la grande Fédération allemande, fédération qui comprend actuellement 2.500 membres. ,
Ce vœu, je l'espère, ne demeurera pas un vœu platonique, et l'Aéro-Club de France se fera un honneur de répondre à la confiance que les grandes sociétés aéronautiques européennes lui ont accordée. ani |
Mais en attendant que cette conférence se réunisse à Paris, ne peut-on pas, dès maintenant, examiner quels pourraient être l'utilité et le but d’une telle organisation.
Sans vouloir préjuger de l’avenir et indiquer à mes éminents collègues les points sur lesquels devra se porter leur attention, n'y a-t-il pas certains devoirs bien précis dont l'exécution semble incomber à cette grande Fédération internationale et en constituer pour ainsi dire la raison d'être.
Ces devoirs, à mon avis, sont :
1° Le respect des règlements intérieurs de chaque société, règlements généralement basés sur l'historique de ces sociétés et sur les lois de leurs pays respectifs.
à 20 L'adoption d'un règlement international assurant la bonne exécution des concours internationaux et l'établissement des records mondiaux.
30 La création d'un vocabulaire aéronautique international: pis
4° Les facilités à faire obtenir aux aéronautes, pour eux-mêmes et leur maâtériel, sur tous les modes de transport, particulièrement sur les chemins de fer et les bateaux (facilités à obtenir par voie diplomatique). + 1° (GDS ES
5° Les facilités douanières (même voie diplomatique). °° ) 58Q JASEEHO8
6° Les facilitéset aides à apporter aux aéronautes atterrissant en pays étranger,
7° L'éducation du public pour les soins à apporter aux ballons-sondes tombant en pays étranger et pour leur renvoi à leur pays d’origine. J
8° L'établissement durable de bonnes relations entre tous les membres de la grande fédération, relations permettant à l’un d'eux, voyageant temporairement en un pays étranger, de jouir des avantages aéronautiques de ce pays.
Voici, je pense, quels seraient les points principaux que pourraient envisager ss d'une conférence chargée de jeter les bases d’une Fédération internationale.
Que d’autres aéronautes plus qualifiés donnent à leur tour leur avis. De toute facon, il n’en peut résulter que du bien pour la cause de la locomotion aérienne. :
Comte HENRY DE LA VAULX Vice-président de l'Aéro-Club de France.