A. CLÉRY
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Le thermo-ballon de Santos-Dümont
Santos-Dumont a procédé récemment aux essais préliminaires de son nouveau ballon, le Santos-Dumont XIII, essais malheureusement interrompus presque tout de suite par un incident de gonflement que nous relaterons. À l'heure où paraitront ces lignes, le dommage sera sans doute entièrement réparé et le célèbre aéronaute aura pu continuer ses travaux.
Dans cette série d'expériences, la propulsion et la dirigeabilité passent au second plan. Le célèbre aéronaute se préoccupe avant tout d'obtenir la stabilité d'altitude sans perte de lest ou de gaz, quelles que soient les causes qui tendent à rompre l'équilibre. Santos-Dumont cherche à créer ainsi un type de ballon longcourrier, capable d’un séjour très prolongé dans l'atmosphère.
L’enveloppe de l’aérostat proprement dit est en coton renforcé par des bandes de soie ; elle affecte une forme ovoïde très ramassée et mesure 19 mètres de long pour un diamètre de 14 m. 50 au maïître-couple, et un volume de 1.902 mètres cules. Une ralingue placée un peu au-dessous de l'équateur, de part et d'autre du ballon, donne attache aux pattes d’oie terminées par des suspentes qui supportent une vergue horizontale rigide évidée en son milieu, à laquelle sera ultérieurement accrochée la nacelle. Le ballon est muni d'une soupape supérieure de manœuvre, de deux panneaux de déchirure et d’une soupape équatoriale automatique, pouvant également être actionnée à la main. a
À la partie centrale et inférieure de l’aérostat proprement dit, se trouve greffé, pour ainsi dire, un second ballon qui vient s'insérer, par en bas. sur les bords de l’'évidement de la poutre rigide dont il épouse la forme. Aïinsr se trouve déterminé un espace entièrement clos d’une capacité de 171 mètres cubes, et qui ne contiendra que de l'air. Cet air pourra être porté à la température voulue, au moyen d’une sorte de réchaud à pétrole constitué par deux brûleurs. On a ainsi une poche à air chaud, une véritable montgolfière capable de procurer, à volonté,
le supplément de force ascensionnelle nécessaire, à un moment donné, pour maintenir la stabilité verticale.
Le réchaud est placé à 7? mètres au-dessous de l'enveloppe de l’aérostat proprement dit, pour obvier aux risques d'incendie.
Cet appareil se compose de deux serpentins enroulés en forme de cylindre, et dont chaque extrémité aboulit au centre au bec proprement dit du brüleur. Dans ces deux serpentins, placés côte à côte, circule le pétrole provenant d'un réservoir qui contient 12 litres. Pour amorcer le réchaud, on enflamme à l'intérieur de l'espace annulaire, circonscrit par les spires des serpentins, quelques
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Santo:-Dumont essayant le réchaud à pétrole de son n° XHHI.
gouttes d'alcool. Le pétrole, ainsi réchauffé, se vaporise et vient brüler, en flamme de chalumeau, à l'orifice de chacun des deux becs. Cette mise en train préalable ne nécessite pas plus de cinq minutes.
Le réchaud est encapuchonné dans une chemise de toile métallique emprisonnée ‘elle-même dans une sorte de cheminée en tôle percée de trous, destinée à mieux diffuser les filets d'air chaud dans la masse d'air que contient la montgolfière.
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La nacelle sera spécialement aménagée pour permettre à l’aéronaute un long séjour dans l'atmosphère, sans trop de fatigue. Santos-Dumont se propose de compléter ultérieurement son ballon iong-cour
Cliché d'Arts el Sports Le Santos-Dunont XIII sous le hangar de l'Aéro-Club.
rier par un système moto-propulseur composé d’un moteur de puissance modeste actionnant une hélice tractive de 4 mètres de diamètre, placée à l'avant. Cette hélice formée d’une armature rigide recouverte d'étoffe, pourra être orientée à volonté et servira ainsi à la direction du ballon. La vitesse propre prévue est faible ( 3 à 4 mètres par seconde), mais suffisante pour assurer la direction en air
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à peu près calme, et une très appréciable déviation de la ligne du vent quand celui-là fraichira.
Le gonflement du Santos-Dumont XIII a commencé le 28 décembre 1904, au parc de l’Aéro-Ciub. Il était entièrement achevé ‘et les ouvriers procédaient au réglage de la suspension, lorsque le 31 décembre, au moment le plus délicat de l'opération, une forte rafale s'engouffrait soudainement sous le hangar du Parc. Le ballon n'étant maintenu que par une partie des suspentes, subissait sous l'effort du vent un puissant effet de torsion et brusquement se déchirait, laissant fuir son gaz par une plaie béante. Il est possible que l'enveloppe, sous cette pression anormale s'exerçant à faux ait été éraillée par l'extrémité d’un des bâtonnetscabillots passés dans les boutonnières de la ralingue et donnant attache aux suspentes.
Dans tous les cas, cet incident malencontreux n'a rien à démêler avec la valeur de l'appareil lui-même. Les dégäts sont d’ailleurs purement matériels et réparables.
Dans les expériences qui se poursuivront, il s'agira d’abord d'étudier les conditions de bon fonctionnement et de sécurité de l'appareil thermique, son action sur les tissus avoisinants. Les ascensions libres ne pourraient avoir lieu que si ces essais préliminaires donnent toute satisfaction.
Comme on le voit, Santos-Dumont reprend, avec les perfectionnements et les moyens d'action de la science moderne, les recherches entreprises par Pilâtre de Rozier aux temps héroïques de l’aérostation. On peut penser qu'il y avait là une idée intéressante, parfois reprise, comme dans la {hermosphère d'Eémmanuel Aimé (voir l’Aérophile de juin 189 et suivants) ; aussi, tous les aéronautes suivront avec le plus vif intérêt l'application que va en faire Santos-Dumont, et ils connaissent assez l'énergie el la ténacité avec laquelle il poursuit ses entreprises pour espérer voir élucider avant peu et dans un sens favorable, espérons-le, une question qui leur tient à cœur.
GEORGES BLANCHET
Tour du Monde aérien
Distinctions honorifiques. — Parmi les récentes distinctions honorifiques promulguées à l’occasion de la nouvelle année, signalons quelques nominalions qui intéressent plus particulièrement le monde des aéronautes.
Dans l’ordre de la Légion d'honneur, sont promus chevaliers : MM. le capitaine Ferber et Louis Pillet, tous deux membres de l’Aéro-Club de France.
Le capitaine Ferber fut le preïaier et longtemps le seul à praliquer en France les expériences de « vol plané » instaurées par Lilienthal. C’est un des maîtres les plus autorisés de l’école française d'aviation. M. Louis Pillet, ingénieur de talent, est l'auteur, en collaboralion avec M. Robert, du très intéressant « aéronat mixte » décrit dans l’Aérophile de février 1904 et dont la partie mécanique est déjà construite ; il poursuit d'ailleurs très activement aussi des recherches intéressantes d'aviation.
Nous apprenons d'autre part que M. Georges Juchmès, l'excellent aéronaute du Lebaudy, vient d'être nommé officier d'Académie. Cest là une distinction à laquelle applaudiront tous ceux qui ont pu apprécier la remarquable science aéronautique et le brillant courage dont M. Juchmès a donné tant de preuves au cours des deux années d’expériences de dirigeabilité exécutées par lui à bord du grand aéronat de Moisson. PL
M. Eugène Maas, un des membres fondateurs de l’Aéro-Cluo de France, est également nommé oificier d'Académie.
Notons encore, dans l'Ordre du Mérite agricole, la promotion au grade d'officier de M. Gustave Rives, commissaire général de l'Exposition de l'Automobile et des Sports, membre du Comité de l’Aéro-Club de France. M. Georges Bans, chef du secrétariat de l'Aéro-Club est nommé chevalier du Mérite agricole. C’est au titre de secrétaire du « Nouveau Paris » et d'organisateur de la jolie fête du « Concours des fenêtres et balcons fleuris » que notre sympathique et distingué confrère recoit cette distinction.
Toutes nos félicitations aux nouveaux promus.
Epilogue de l’accident du « Touriste ». — L'enquête ouverte par M. Leydet, juge d'instruction à la suite de l’accident survenu le 12 mai 1904, lors de l'atterrissage du ballon le 1Zouriste, rue Edouard-Robert, a établi que l'explosion fut provoquée par une flamme allumée dans un des appartements avoisinants.
La responsabilité des aéronautes se trouve complètement dégagée et l'enquête se clôt, comme nous l’avions toujours espéré, par une ordonnance de non-lieu.
La « Ville de Paris ». — Transporté comme nous l’avons dit (Aérophile de mai), à l’aérodrome de Sartrouville, le grand ballon automobile de M. Henry Deutsch de la Meurthe, la Ville de Paris, construit sur les plans de l'ingénieur Tatin a fait, au cours de ces dernières semaines, plusieurs expériences préliminaires.
Au cours de ces essais à la corde qui ont eu lieu dans les terrains attenant au hangar, en présence de M. Tatin et du pilote du ballon, M. A. Nicolleau, la résistance et la rigidité de
la suspension ont élé éprouvées en faisant prendre à l’aéronat des inclinaisons qui ont atteint jusqu'à 15 0/0. DA A LA DER EP : É À La poutre-armée reposant à terre et l'hélice, siluée à l'arrière, élant placée au-dessus d'une dépression de terrain de façon à pouvoir tourner librement, on à mis le moteur en marche : il wa pas fallu moins de trente hommes s'employant à fond pour maïntenir l’aéronat en place et 1 empêcher de foncer en avant. La parue de la poulre-armée a élé renforcée pour lui conférer loule la solidité nécessitée par une puissance propulsive aussi énergique. Notons un regrettable accident qui s'est produit le 9 octobre, au cours d'un dégonflement. Un ouvrier nommé Marchand, qui se trouvait dans une encoignure du hangar, subit un commencement d'asphyxie dû à une fuite d'hydrogène. Quelques jour après, le malheureux ouvrier, dont l’état n'avait pas paru très grave tout d'abord, mourait à l'hôpital Laennec, et l’'autopsie démontra quil avait été empoisonné par les impuretés de l'hydrogène. L'enquête ouverte établit d’ailleurs que toutes les précautions usuelles avaient été soigneusement prises. M. Tatin, ingénieur de la Ville de Paris, se chargea des obsèques de la victime de ce triste accident qui appelle à nouveau l'attention sur la redoutable toxicité de l'hydrogène à ballons. ; | + Il semble d’ailleurs que l’aéronat de Sartrouville soit poursuivi par la malchance. Il y a quelques jours, en le réinlégrant sous son abri un clou de charpentier qui faisait saillie de plusieurs centimètres, fit dans l'enveloppe une éraflure de plusieurs centimètres, immédiatement obstruée par une pièce collée. Malheureusement, sans doute par l'effet d’une longue période de journées humides, la pièce se détacha et la déchirure gagna brusquement, de proche en proche, sous l'effort de la pression intérieure, jusqu'aux extrémités du ballon, causant la perte totale du gaz «e gontflement. Cet incident tout fortuit, qui n’a rien à voir avec la valeur de l’appareil lui-même, n’en oblige pas moins à ajourner les essais définitifs qui devaient suivre les épreuves à la corde.
Nécrologie. — On annonce la mort récente, à Meslin, près Lamballe (Côles-du-Nord\, d'un aéronaute du siège de Paris, M. Chapelain.
M. Chapelain était parti de Paris le 2 décembre 1870, à bord du ballon le Volta. Il emmenait avec lui un passager qui n'élail autre que M. Janssen, l'éminent astronome. Chargé d'une mission scientifique, M. Janssen avait refusé, par fierté palriotique, le sauf-conduit que lui faisait offrir M. de Bismarck, préférant courir les risques d'une évasion aérienne, risques singulièrement aggravés par la présence, sur une grande parlie du territoire, d'un ennemi qui ne parlait de rien moins que de traiter en espions les aéronautes capturés, c'està-dire de les fusiller.
Le voyage s'opéra lrès heureusement, le Volla déposa ses voyageurs à Savenay (Loire- Imférieure), hors des atteintes des Allemands. Bien que l’atlerrissage eût été un peu dur, aucun des fragiles instruments emportés ne souffrit, et M. Janssen put accomplir sa mission. -
— Nous apprenons avec regret la mort de M. Louis Béreau, très connu du monde aéronautique comme collectionneur de curiosités relatives à l’aérostation.
Jardinier de la Ville de Paris, Louis Béreau, qui avait d’ailleurs fait plusieurs ascensions, avait su réunir, avec de modestes ressources, grâce à son flair et à des recherches passionnées, nombre de pièces qui garnirent les vitrines de la section aéronautique de l'Exposition Universelle de 1900, et dont certaines pourraient figurer dans les plus belles collections de ce genre, telles que celle de M. Paul Tissandier, du colonel Renard, du Musée Carnavalet (don Nadaÿ).