L'AVIATION
Mais j'ai hâte d'arriver à l'aviation. Elle n'a pas été seulement la reine de l’année, on peut dire que le vol mécanique est, en ce moment, l'universelle préoccupation du monde civilisé.
Ses progrës se mesurent du kilomètre en boucle, effectué par Farman le 13 janvier 1908, à Issy-les-Moulineaux, dans l’aéroplane que lui construisirent les frères Voisin, aux 124 kilomètres 700 de Wright au camp d'Auvours, le 31 décembre dernier.
Il m'est impossible de vous rappeler ici toutes les péripéties émouvantes que nous valut cette année l’essor triomphal de l'aviation.
A peine pourrai-je mentionner brièvement la belle série d'expériences de Léon Delagrange, qui menaça longiemps Farman, lui ravit la Coupe Archdeacon qu'il detient encore depuis le 11 avril, par 3.925 mètres el tit apprécier en Italie, dans une campagne d’expériences publiques, les progrès de la science française.
De son côté, Henri Farman exécula une série d'essais pubiics à Gand, en mai dernier ; il réussit à enlever sur un parcours de 1.240 mètres. Archdeacon, l'ardent apôtre de l'aviation. Le 6 juillet, il conquiert Dé prix Artengaud jeune par plus de 20 minutes de vol.
Il poursuit le cours de ses succès en accomplissant, le 30 octobre dernier, de Bouy à Reims, le premier voyage à travers pays qu'eût exécuté un aéroplane. Aux nome de Delagrange et de Farman s'associe indissoluklement celui des frères Voisin, qui étudièrent et corstruisirent les appareils des deux champions.
De son coté, Louis Blériol, qui achève, avec un acharnement méritoire et des résultats dignes de la plus grande attention, la mise au point de l’aéroplane monoplan, réussissait, le 6 juillet également, à Issy, le plus 1ong vol exécuté avec un aéroplane de ce genre, par huit minutes, sans arrêt.
Le 31 octobre, ayant abandonné le terrain de manœuvres d’Issy-les-Moulineaux, trop étroit pour les évolutions d'un engin à marche aussi rapide, Louis Blériot avait l'honneur d'exécuter le premier voyage en circuit fermé avec escales, à travers champs, de ‘Toury à Artenay et retour.
Auparavant, Delagrange, le 17 mars, Blériot, le 29 juin, puis le monoplan Esnault-Pelterie, celui de la Société Antoinette, avaient conquis les prix des 200 mètres créés par votre Commission d'aviation. Il y a quelques heures à peine, les deux premiers élèves de Wright, Paul Tissandier et le comte de Lambert, dont nous suivons passionnément la marche merveilleuse, s'ultribuaient deux ues prix des 250 mètres tout dernicrement créés.
L'arrivée de Wilbur Wright en France, au mois de mai, le mystère qui avait longtemps enveloppé ses expériences, et les discussions passionnées auxquelles elles avaient donné lieu, ont concentré longtemps sur Le Mans, où l’aviateur americain s'élait installé, la majeure partie de l'attention publique, au cours de l'année écoulée.
A vrai dire, il n'y eut aucune déception, même pour les plus optimistes. Les débuts impressionnants de Wright, la nouveauté de son système, ses progrès successifs, la durée sans cesse accrue de ses parcours, ses voyages prolongés plus d'une heure, avec un passager, ses promenades aventureuses à 100 mètres du sol, ont puissamment aidé à faire de l'aviation la question scientifique la plus populaire de notre époque. La magnifique campagne d'essais de Wright se trouve jalonnée par la conquete de nombreux prix que lAéro- Club de France, ou certains de ses membres, dont on ne saurait trop louer l'intelligente libéralité, avaient mis à la disposition des avialcurs.
Le 30 septembre, avec 48 kilomètres 120 mètres, Wright s'attribue les 5.000 francs du prix créé par votre Commission d'aviation. Le 30 novembre, il gagne le premier des prix de la hauteur créé par de généreux souscripteurs et le partage avec Henri Farman qui avait également satisfait aux conditions de l'épreuve.
Enfin, le 31 décembre, par 5° au-dessous de zéro, il s'adjuge de haute lutte, avec un parcours de 123 kilomètres 200 mètres, le prix Michelin d'aviation pour 1908 : il établit dans le même voyage, par 124 kilomètres 700, le record du monde de distance en vol mécanique, encore debout à l'heure actuelle, et par ? h. ?» le record mondial de durée.
Cela, c’est de l'histoire, celle qui restera le plus dans la mémoire des générations futures, parce qu'elle marque les étapes successives d’une des plus belles et des plus pacifiques conquêtes que l'esprit humain ait jamais r'évée.
Associons donc dans un même hommage les aviateurs qui, en France, après la première expérience de Santos-Dumont, ce glorieux initiateur, sont partis sur sa trace et ont défendu dans le monde le bon renom de l’école française d'aviation : les Tatin, les Soreau, les Ferber, ces pionniers de la première heure, Farman, Delagrange, les frères Voisin, Robert Esnault-Pelterie, Louis Blériot, et tant d’autres impatients de les dépasser : la Société Antoinette, Louis Bréguet, de Pischoff, Goupy, Guffroy, Lejeune, Moore-Brabazon, et j'en oublie.. tous ceux enfin. dont les efforts sont en train de nous préparer un monde nouveau et meilleur.
Je vous ai énuméré au cours de cet exposé, la plupart des prix offerts aux aviateurs par l’Aéro-Club de France, du moins. ceux qui ont été gagnés jusqu'à ce jour ; il est de toute équité de mentionner aussi le concours d'indicateur d’horizontale ; s'il n’a pas pleinement atteint son but, il a permis tout au moins de donner à l'effort de certains chercheurs, une récompense appréciable. 9 |
L'Aéro-Club de Fran£e a continué, par ailleurs, tout son appui, tout son concours, aux audacieux et aux dévoués qui frayent pour nous les routes de l'espace. Il a réussi à créer à Issy-les-Moulineaux, après entente avec les autorités militaires, un parc d’aviation. Cet aérodrome, s'il ne répond pas à tous les
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desiderala des aviateurs, demeure néanmoins, par sa facilité d'accès, sa proximité des usines, un terrain d'entraînement commode, tout au moins pour les essais de mise au point. La meilleure preuve, c’est qu'il est encore largement mis à contribution par de nomhreux inventeurs désireux d’éprouver la valeur de leurs conceptions.
Enfin, comme il avait créé les premiers brevets de pilotes-aéronautes, titre envié aujourd'hui de tous ceux qui pratiquent le sport aérostatique, l'Aéro-Club de France à eu la satisfaction de décerner dès maintenant, à huit aviateurs qui sont parmi ses sociétaires, les premiers brevets de pilotes-aviateurs.
De même encore, en célébrant en des manifestations publiques que voulurent bien honorer de leur présence les plus hautes personnalités politiques, techniques et sportives, l’Aéro-Club de krance a tenu à entretenir autour de l'aviation une agitation sympathique, à étendre le milieu favorable qu'il avait réussi à créer en France et dont l’action, pour être un peu obscure et dissimulée, n'en à pas moins eu, sur le développement de la science aéronautique, dans notre pays, la plus puissante et la plus heureuse influence. .