‹ L'Aérophile (volume 3)Chapitre 244 sur 698 · EN FRANCE | = ET À L'ÉTRANGER · texte numérisé non relu

EN FRANCE | = ET À L'ÉTRANGER

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XIV J’Aérophile du 1° Mai 1909

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… Ainsi, bien que la pièce Krupp. étudiée réalise de grands progrès, nous ne pensons pas que les ballons libres ou dirigeables se trouvent, en campagne, sérieusement menacés par le canon ; ils devront seulement se garder de certains points, comme les places fortes, où des pièces spéciales installées à poste fixe leur interdiront un rayon plus ou moins étendu.

Le véritable ennemi du ballon, à notre avis, est le dirigeable. Le capitaine Castagneris (1) distingue 4 périodes dans le développement des dirigeables militaires. Dans la première, le dirigeable est utilisé pour les simples reconnaissances autour des places fortes, spécialement aux frontières.

La 2° période apporte deux types de dirigeables, l’un à grand rayon pour l’exploration stratégique, l'autre plus faible pour l'examen tactique de la situation sur le champ de bataille. Dans la 3° période, des flottilles de dirigeables remplaceront les organes acluels d’exploration en évitant le combat.

La 4° seulement nous amènera les luttes aériennes entre les flottilles.

Canon Krupp contre ballon (55 m/m, L/35), sur afTüt, pour voiture automobile (vitesse initiale : 650 m.)

Cette division en périodes sera peut-être utile pour instruire les futures générations d'aéronautes dans les écoles militaires de l’avenir ; elle nous paraît bien théorique en face des éventualités pratiques d’une guerre franco-allemande. Que se passera-t-il en fait? Le premier dirigeable qui inspectera du haut des airs les colonnes ennemies y jettera un trouble profond. Il suffit d'avoir marché en manœuvres avec un régiment d’infanterie pour connaître l’énervement produit par l’apparition de cavaliers adverses sur un flanc. Le moindre troupier a aussitôt l'impression que tous ses faits ‘et gestes sont connus du général ennemi. « À quoi bon aller ici ou là? L’ennemi le sait et fera échouer la manœuvre. Et puis, comment a-t-on laissé ces gens-là approcher la colonne de si près? Les chefs sont donc des incapables. Et notre cavalerie, que fait-elle ? N’aurait-elle pas dû nous couvrir ? »

Supposez maintenant qu'au lieu de 2 ou 3 cavaliers aperçus sur une crête, au coin d'un bois, ne voyant qu'un morceau de colonne, ne disposant que d’une maigre haridelle pour porter leurs renseignements, apparaisse dans les airs un dirigeable dominant le terrain, fouillant les vallées, surveillant les routes jusqu'aux limites d’un horizon reculé, doué d’une vitesse de 50 kilomètres à l'heure. L'effet ne sera-t-il pas incomparablement plus puissant ? La seule appréhension de son arrivée fera porter des regards inquiets aux quatre coins du £iel. Son approche sera signalée par une rumeur grandissante. Le désordre, engendrant les lenteurs et la fatigue, se mettra dans la colonne; des hommes lèveront la tête pour mesurer le danger, d’autres chercheront de l'œil un abri pour s'y réfugier. Si le dirigeable, pourvu d'armes auxquelles on ne peut répondre, ouvre le feu, ce sera débandade. S'il en est dépourvu, il aura néanmoins jeté un trouble et une dépression nerveuse très sensibles. Et ce sera, non plus dans un régiment, mais dans un corps d'armée, dans une armée entière, le même cri contre les chefs, le même appel à un secours : « Nos chefs n'auraient-ils pas dû empêcher cela ? Et nos dirigeables ne peuvent-ils donc pas arrêter ceux de l'ennemi? »

Le soldat juge de ces choses avec simplirité : contre un fusil, il demande un fusil ; le sabre doit lutter contre

1) « Dirigibili militari e loro impiego in guerra » (Bolletino della Societa acronaulica italiana).

le sabre, le canon s'opposer au canon: contre un dirigeable, seul un dirigeable pourra le rassurer en lui montrant que « l'on est à deux de jeu» et que « l'ennemi trouve à qui parler »:

Les places frontières de France et d'Allemagne sont assez proches pour qu’un dirigeable aille de l’une à l’autre aisément, dès l'heure actuelle. Il n'y a guère que 55 kilomètres à vol d'oiseau de Verdun à Metz, 40 entre les forts opposés. Les simples reconnaissances autour de l’une de ces places (1* période du capitaine Castagnéris) s'étendront donc aux abords de l’autre, englobant les zones de débarquement et de concentration des anmées de £fampagne : autant dire qu'elles seront de vérilables actes de l'exploration stratégique (2° période). Il n'existe, tant à Verdun qu'à Metz, qu'un seul hangar : il ne peut donc encore être question de flottilles. Mais nous ne voyons guère pourtant cette 3° période d’exploration humanitaire qui éviterait le combat aux organes de reconnaissance aérienne. Pense-t-on que nos aérostiers laisseraient de gaieté de cœur leurs collègues allemands dénombrer nos colonnes? Le pilote d’un Clément-Bayard, remisé à Toul ou à Verdun se résignerait-il à voir un Zeppelin, parti de Metz, explorer la grande voie de l'Est, vers Bar-le-Duc ou Commercy? Non, comme le canon appelle le canon, le dirigeable appellera le dirigeable, et un Zeppelin, aventuré en Lorlaine, verrait accourir du fond de l'horizon, des République et des Ville-de-Paris. Que se passera-t-il alors ? Peut-être l’éclaireur aventuré prendra-t-il la fuite. On verra alors par les airs une chasse acharnée, les adversaires montant ou descendant pour trouver un courant favorable ou éviter le voisinage d’un sol occupé par l'ennemi. Si la rencontre devient inévitable, les adversaires s’élèveront en cherchant à se surpasser. Celui qui passe au-dessus de l’autre échappe à sa vue et à son action : il est maître de crever ou d’enflammer le ballon ennemi. Quelles armes serviront à cet instant décisif ? Peu importe ! L'enveloppe d’un ballon, füût-elle en aluminium, est extrêmement fragile : le moindre objet tranchant ou pointu suffit à la crever, une éltincelle à l'embraser. Un bidon d'essence enflammé, une bombe ou une grenade allumée à la main ou à l’aide d'un cordeau à une certaine distamce sous le ballon : ünée mitrailleuse, dont chaque balle perce deux trous et qui en lance 500 à la minute, pourront servir. Si les armes à feu et l'inflammation d’un ballon, sous soi paraissent dangereuses, peut-être verra-t-on apparaîlre le fusil à vent ou l'antique arbalète. Peut-être se contentera-t-on de laisser tomber sur l'ennemi des lames de faux empennés, des chausse-trappes.…, etc. Le champ est vaste et l'imagination des inventeurs fertiles.

De toutes manières, ce sera pour le vaincu la chute brutäle et irrémédiable, d'autant plus brutale et plus irrémédiable qu'il aura sans doute déjà jeté dans la lutte d'altitude son dernier sac de lest, sa dernière réserve d’essenre, ses cordages, tout ce qui pèse à bord. Le vainqueur, s’il n’est pas d'un échantillon susceptible de s'élever très haut. sera lui-même épuisé par la lutte, et rentrera droit au port, sans s'occuper du vaincu, heureux si l'usure de ses ressources ne le contraint pas à partir à la dérive jusqu'à un territoire ami.

Les armes principales du dirigeable sont la vitesse pour choisir le moment du combat, et la faculté de s'élever haut pour terrasser l'adversaire. Ce sont aussi les conditions d'existence du ballon. Tout dirigeable militaire ou non, est donc apte à la lutte. Et l'existence d'armes proprement dites à bord à peu d'importance puisqu'il faudra peut-être à l'instant critique, les précipiter dans l’espace ; pas de blindage : ce serait un poids mort inutile: un bon ballon, un moteur puissant, et l'encombrement minimum en personnel et en matériel, telles sont les conditions de la victoire

On voit immédiatement que dans la lutte entre deux ballons de même type, le succès est assuré à l'échantillon le plus puissant. Toutes choses égales d’ailleurs, le gros ballon a plus de vitesse et dispose proporlionnellement de plus de lest que le petit. Et ceci va contre la création de ballons de puissance différente selon leur affectation. Une demi-douzaine de ballons de 1.000 m

coûteraient plus cher qu'un seul de 6.000 m°.et ne pourraient à son approche que fuir comme une volée de moineaux devant un faucon. En raison de leur faible

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prix, ces petits ballons existent en plus grand nombre que les gros chez les simples particuliers. Ils seront avantageusement réquisitionnés à la mobilisation pour reconnaître l'ennemi selon leurs moyens. Mais ils ne pourront agir que sous la protection de ballons plus puissants, capables de tenir tête aux gros dirigeables ennemis. L'Elat, qui dispose de moyens financiers imporlants doit les concentrer dans la construction des ballons de combat, propres à voguer vite et haut.

Le cube brut d’un ballon ne saurait pourtant à lui seul décider de sa supériorité. L'utilisation du cube varie beaucoup avec les types de ballon. Les République et les Clément-Bayard ont, à cet égard, un avantage marqué sur les Zeppelin. Il faudrait encore tenir compte de l’imperméabilité des enveloppes, de la pureté de l'hyarogène employé, et d'une foule d’autres considérations que nous ne développerons pas ici. Notre but était de montrer comment peut être soutenue la lutte £ontre les ballons et spécialement les dirigeables ennemis. Nous reprendrons, pour conflure, l'affirmation de la Revue mililaire suisse :

« La poursuite des dirigeables n'est possible que par d’autres dirigeables. »

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