LEE
| Len | Prendre le tramtvay à la Madeleine pour Asnières f À 5 | | et descendre Place des Bourguignons à Asnières | : | =— AGOURNAY DE o9-2279.
l’Aérophile 231
Dramatique atte:rissage sous le mistral
Le 1% mai, à 9 h. 30 du s., le ballon Au Fil-du-Vent (200 m°) quillait le parc de l'Aéro-Club de France. Il élait monté par MM. Léon Barthou et le comte Henry de La Vaulx. M. Léon Barthou s'était inscrit pour la Coupe d’Arlandes, coupe acrostatique récemment créée par l'Aéro-Club et dont il devient d'ailleurs le premier tenant par la distance de 608 kilometres qui sépare Saint-Cloud des Baux, arrondissement d'Arles (Bouches- «du-Rhône).
Poussés d'abord vers le Sud-Est par un vent modéré, les aéronaules arrivaient le lendemain matin au-dessus de la vallée de la Saône et dominaient Mâcon, le 2 mai, à 2 h. 30 du m. Là, la direction changeait, devenait nettement Nord-Sud el les aéronaues sengageaient dans le long couloir constitué par la-vallée du Rhône, où grondait ce jour-là un mistral furieux. MM. Léon Barthou et de [a Vaulx étaient trop expérimentés pour ne pas connaître les dangers sérieux que peut faire courir souvent, aux aéronautes, le terrible vent provençal. Ils connaissaient aussi les difficultés d'un atterrissage dans celle région rhodanienne, au sol inégal et rocailleux, couverte d’un inextricable réseau de câbles éleclriques à haule tension. Mais ils disputaient une épreuve «le distance et le vent servait leurs projets : ils résolurent de pousser jusqu'au delia du Rhône et décidèrent, très judicieusement, d'effectuer leur atterrissage au delà des Alpines, abrilés derrière cet éperan rocheux qui coupe lransversalement la vallée.
Vers midi et demi les aéronaules guideropaient sur les crètes piérreuses des iontagneltes célébrées par Daudet et commencaient à descendre le versant Sud, lorsqu'un coup de rabat subit précipita la nacelle au sol. \I. Léon Barthou qui atteignait à ce moment un sac de lest au fond de la nacelle fut étourdi par le choc. Quant au comte de La Vaulx qui regardait en avant, se préparant à l'atterrissage prochain, il n'eut pas le temps ‘le s'accrocher aux suspentes ou de fléchir les jarrets et le choc encaissé directement lui cassa la jambe gauche. Surmontant héroïquement l'atroce douleur, il eut encore la force d'ouvrir le panneau de déchirure et d’atterrir, empéchant un trainage mortel, car, il importe de le préciser, malgré la dramatique difficulté de la situation, l'atterrissage proprement dit, s’est fait normalement ; l'accident fut causé par le coup de rabat qui le précéda de quelques instants.
Quand M. Léon Barthou revint à lui, la nacelle gisait renversée auprès du ballon vide, à quelques kilomètres du château des Baux dont le site sauvage de rochers ‘brupts et fantastiques est célèbre dans le monde entier. \près avoir erré 2 heures dans un pays désert et sinistre, M. Léon Barthou découvrit enfin une ferme où il put faire transporter son compagnon qui reçut les preiniers soins. Dans la soirée les docteurs Bec et Durbesson arrivaient d'Avignon et le comle de La Vaulx était lransporté à Avignon, à 1 h. du m. aux lanternes, dans la clinique du docteur Durbesson, où il reçut les soins les plus élairés. La fracture du tibia et du péroné put être iéluite et la robuste constitution du blessé achève de donner la cerlitude d'une prompte guérison. Malgré l'ardent désir du comte de La Vaulx, pour éviter toute complication, son (ransport à Paris, n’a pu s'effectuer qu'une dizaine de jours après. Ces longues journées d’atlente se sont trouvées adoucies par les innombrables manifestations de sympathie et d'admiration que valut au comle de La Vaulx sa magnifique conduite.
M. Léon Barthou moins grièvement atteint, malgré dé douloureuses contusions à la face, au bras droit et une légère entorse du pied gauche, à pu rentrer le % mai à Paris, el rassurer lui-même ses nombreux amis.
Ainsi se termine une ascension qui eût pu avoir avec «les aéronautes moins expérimentés des suites plus terribles encore. L'horaire suivant copié sur le libre de bord de M. Barthou donnera une idée de la violence du coup de mistral, exceptionnel, au dire même des habitants du pays, qui emportait les aéronaules en fin d’ascension. Départ : parc de lAéro-Club, 1° mai 9 h. 30 du s.; Montereau, minuit 20: Sens 1 h. 20: Mâcon 9 h. 30: Lu Voulle 11h. : Montélimar, midi : Pierrelatte, midi 14; Les Baux, midi 1/2. On voit qu'en 3 h. le ballon a franchi les 285 kil qui séparent Mâcon des Baux ; le trajet Montélimar-Les-Baux (92 kil.), a été fait en une demiheure, soit à raison de 184 kilomètres à l'heure !
Rappelons que les rares aéronautes parisiens emportés vers le litloral méditerranéen ont presque lous eu des allerrissages difficiles. En septembre 1899, Termile
et Maurice Farman allerrissent près du golfe de Fos et Hermite se démet l'épaule. Plus tard, Jacques Balsan et Antonio Mélandri subissent de terribles coups de vent dans la Crau.