‹ L'Aérophile (volume 3)Chapitre 312 sur 698 · PAR2=DORE · texte numérisé non relu

PAR2=DORE

En aéroplane, votre moteur s'arrête. I1 vous faut atterrir et vous vous efforcez de le faire par les voies les moins rapides en glissant obliquement.

Or, votre hélice qui ne vous propulse plus, apporte un appoint sérieux à la résistance de votre appareil, réduit sa vitesse de translation et accélère votre chute.

Je suppose qu’elle n’est pas calée sur l'arbre du moteur, mais embrayée. Qu’allez-vous faire ? La maintiendrez-vous immobile ou la laisserez-vous tourner comme un moulin à vent sous le flux d’air qui la frappe ?

— Parbleu, dites-vous, ie débraye évidemment. Les branches de mon hélice, fuyant sous le vent debout ne lui opposeront que peu de résistance et n'empêcheront pas mon appareil, qui est un bon planeur de descendre suivant une faible pente.

Consultez d’ailleurs à ce sujet: Victor Tatin « Eléments d'Aviation », Henri de Graffigny « Les Aéroplanes ». Ces auteurs estiment que l’hélice enibrayée constitue un frein énergique qui s'oppose beaucoup plus qu'on ne le pense à la progression de l'appareil, au point de rendre le planement presque impossible et la chute désastreuse. Aussi concluentils à la nécessité d'un dispositif d'enclanchement automatique ou à volonté permettant à l’hélice de devenir folle en cas d'arrêt du moteur.

— Et à bord d’un hélicoptère, que feriez-vous ?

— L'inverse, naturellement, c’est-à-dire que je bloquerais mes hélices de sustentation. Cette résistance qui, tout à l'heure, s'opposait fâcheusement à ma translation, va maintenant ralentir utilement ma descente. Comme une vis qui ne peut se dévisser et qui, violemment tirée dans le sens de son axe, arrache les filets de son écrou, mes hélices immobilisées, laboureront de leurs pales les filets fluides et amortiront ma chute de toute la résistance de leurs surfaces.

Cette précaution se trouvait d’ailleurs déjà prise dans l'hélicoptère que de Ponton d’'Amécourt avait imaginé et qu'il décrivait en 1863 dans « La Conquête de l'air par l'hélice ». De Ponton d'Amécourt munissait en effet ses hélices d’un celiquet qui devait les empêcher de se dévisser dans le sens de la descente.

— Ainsi, à bord d'un aéroplane, quand votre moteur s'arrête, vous débrayez vos hélices de propulsion ; à bord d’un hélicoptere, vous bloquez vos hélices de sustentation ? Kh bien, vous faites tout juste le contraire de ce qu’il faudrait faire.

Accordez-moi deux minutes d'attention :

Lorsque votre hélice est immobilisée, chaque élément de surface de ses pales se comporte, par rapport au vent debout qui le frappe, comme un petit plan incliné sur l'horizon et qui tomberait suivant la verticale sans pouvoir dévier latéralement sous la poussée du vent dû à sa chute ; lorsque votre hélice est folle, comme si ce petit plan tombait obliquement en cédant à l’action combinée de la pesanteur et de la réaction de l'air.

Or, nous savons que dans ce dernier cas, la chute de notre petit plan est bien moins rapide. C’est même pour cela que nous essayons d’atterrir en planant, à la manière maïestueuse des grands oiseaux voiliers et que nous nous gardons avec soin d’imiter, da faucon ou de l’épervier, l’audacieuse et verticale abatée.

Autrement dit, pour une même vitesse de chute mesurée sur la verticale, notre petit plan éprouve une résistance plus grande lorsqu'il lui est permis de dériver sous la pression du vent. É

Par conséquent, la rotation de l’hélice sous l’impulsion du vent debout qui la frappe doit augmenter sa résistance suivant l'axe.

C’est ce que confirme l'expérience.

Laissez tomber verticalement deux hélices légères et identiques guidées par un fil tendu traversant leur moyeu, et empêchez l’une d'elles de tourner. Vous constaterez que l’hélice folle tombe moins vite que l’autre.

Cette preuve expérimentale, la nature elle-même nous la fournit d’ailleurs.

Observez la chute d'une de ces graines de tilleul qui ont donné à l’auteur de « La Conquête de l’air par l’hélice » l’idée de son hélicoptère, « d’une de ces graines, dit-il, que le génie de la nature a munies d’une sorte de parachute pour que la brise qui le: détache de l'arbre aille les porter au loin. »

Ce parachute est constitué par une unique feuille, étroite et longue, véritable branche d'hélice, attachee au pédoncule de la graine.

Or, parmi ces graines, les unes tombent sans tourncyer et arrivent rapidement à terre. Les autres, mieux conformées sans doute, exécutent une valse si rapide, qu'elles paraissent prendre appui sur l'air par une large corolle renversée. Celles-ci tombent ave: lenteur et ce sont elles que la brise emporte au loin.

C'était done bien à tort que de Ponton d'Amécourt munissait les hélices de son hélicoptère d'un cliquet pour les empêcher de se dévisser pendant la descente.

Nous commettrions la même erreur en laissant tourner peudant le planement, après arrêt du moteur, les hélices propulsives de nos aéroplanes.

Puisque nous ne pouvons pas supprimer la résistance nuisible qu'elles opposent lorsqu'elles deviennent des organes passifs, réduisons du moins cette résistance à son minimum et pour cela gardons-nous bien de débrayer nos hélices ; bloquons-les au contraire Capitaine Hayor

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