PHOTOGRAPHIE INDUSTRIELLE
=— Paul HEYMANN —
1, rue LIAiOUuville, Asmières
| DOCUMENTS PHOTOGRAPHIQUES
sur r "Aviation et les Dir ‘ire ables. ll
RÉROPLANES T AGLESSOIRES
A. DE PISCHOP & P. RECHUIN | Gomsscos
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HÉLIUES DE
d Téléphone 6839-15 25, RUE DE VANVES
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dionale Aérienne fera détruire par ie feu. Les cotes de niveau extrêmes sont 60 mètres et 63 mètres ; il y a donc moins de 3 mètres de dénivellation sur cette immense solitude, dont la superficie atteint 3.500 hectares.
La Ligue Méridionale Aérienne a acquis environ 700 hectares, soit sept millions de mètres carrés, et agrandira ce domaine au fur et à mesure de ses besoins. Les aviateurs pourront, d’ailleurs voler sur tout l’ensemble de ces terrains et un circuit de 25 kilomètres y sera jalonné. ;
A vol d'oiseau, l'aérodrome commence à 15 kilomètres
‘: de Bordeaux. La gare de Croix-d’'Hins est à 24 kilomè-
tres de la gare de Bordeaux-Saint-Jean. Par la route d’Argachon, il y a 19 kilomètres depuis Bordeaux.
La Ligue Méridionale Aérienne va transformer une partie de ces terrains en pelouses absolument nivelées, qui seront d’idéales plates-formes de départ pour les aéroplanes à roues, et en pistes de roulement, droites ou circulaires.
La caravane, après un trajet de quatre kilomètres environ, revient à la route d'Arcachon, par « un parefeu » de quarante mètres de largeur, bordé de grands pins et qui a reçu déjà le nom d'«Avenue Wilbur Wright ». Ce pare-feu, long de 1.200 mètres, complètement protégé du vent, sera transformé en laboratoire aérodynamique : une voie ferrée, en ligne droite, y permettra de faire les essais d’hélices autrement qu’au point fixé et les essais pratiques de résistance et de sustentation des surfaces.
A midi un quart, la caravane atteint la route d’Arcachon, et les invités quittent leurs véhicules pittoresques pour gagner, en auto, le domaine de M. Saulière, où le déjeuner était servi.
Ce ne fut pas l’un des moindres étonnements des invités de la Ligue Méridionale Aérienne que de trouver, après ce voyage en plein désert, un déjeuner comme nos amis de Bordeaux savent les offrir. Sous une grande tente, des tables fleuries portaient une centaine de couverts. Le déjeuner, servi par le café de Bordeaux, était accompagné de grands vins de la Gironde. Il fut naturellement fort gai, et M. C. F. Baudry, président de l'Aéro-Club du Sud-Ouest et de la Ligue Méridionale Aérienne, reçut les félicitations de tous les invités.
Chacun donna son avis sur les terrains qu'il venait de visiter : tous trouvèrent absolument grandiose le futur aérodrome. Quand aux travaux d'aménagement à y faire, les uns demandèrent plus, les autres moins ; mais M. Baudry affirma que les plus difficiles seraient satisfaits. Tous les aviateurs d’ailleurs, promirent leur concours à une œuvre aussi digne d'encouragement.
A 3 h. 1/2, les autos se remirent en route. Mais avant l’arrivée à Bordeaux, une station fut faite au château Haut-Brion, le premier des grands crus bordelais, et une visite avec dégustation fut consacrée aux chais et au vignoble.
Le dîner de l’Aéro-Clüb du S.-O.
Le soir, c'était au tour de l’Aéro-Club du Sud-Ouest de recevoir les aviateurs.
A huit heures, on se mettait à table dans la salle Louis XVI du café de Bordeaux : M. C.-F. Baudry présidait, ayant à ses côtés M. Léon Barthou, vice-président de l’Aé. C. F., arrivé dans la soirée, et le comte de Castillon de Saint-Victor. Il y avait quatre-vingts convives. Voici le menu :
Crème Régence Turbot de la Côte d'Argent sauce crevetle Aiguillettes de caneton nantais bigarade Selle de pré-salé Rachel Sorbet au cherry-brandy Poulardes du Mans à la Nérac Salade Belle Hélène Haricots verts Maître d'Hôtel Mousseline à la crème Caissettes café de Bordeaux Desserts
Les vins furent admirables
Château Doisy 1904 — Chäteau Grand-Poujeau 1900 — Chäleau Evangile Pomerol 1900 — Chäteau Mouton-Rothschild 1870 — Champagne Louis Roederer.
Au champagne, M. C.-F. Baudry excusa MM. le président Cailletet et G. Besançon, puis il dit : « C’est la
« première fois, depuis la création de l’Aéro-Club du Sud-Ouest, que manque à mes côtés, un jour de fête, un ami bien cher, j'ai nommé Henry de la Vaulx. Certainement je serai votre interprète à tous en buvant tout d’abord à son entier et prochain rétablissement. »
M. Baudry souhaita ensuite la bienvenue aux aviateurs et aux aéronautes et leur demanda de ne pas oublier le chemin de Bordeaux et la route de l’aérodrome de Croix-d'Hins.
Il but à l’Aéro-Club de France à son vice-président Léon Barthou « qui rend chaque jour de si précieux « services à l'idée aérienne », aux sociétés affiliées et aux prochains succès des aviateurs à l'aérodrome de Croix-d'Hins.
M. Léon Barthou prononça la plus spirituelle des improvisations. Nous ne résistons pas au plaisir de la reproduire :
Mon cher Président, Messieurs,
Je ne vous dissimulerai pas que j'éprouve, pour la première fois, un sentiment des plus blâmables, celui de l’envie. Comme je voudrais être à la place de mes camarades de l'Aéro-Club de France qui ne sont pas obligés de prendre la parole après un pareil diner! Non pas qu'il m'en coûle, — au contraire, certes ! — de vous dire notre reconnaissance pour l'accueil si affeclueusement cordial que nous recevons à Bordeaux. C’est pour moi un grand honneur, et pour mes collègues de Paris un vif plaisir de vous adresser nos remerciements. À l'Aéro-Club de France, nous ne sommes pas de ceux qui, pour atleindre un but, jettent par-dessus bord, comme du lest, leurs sentiments de gratitude. Notre affection, vous le savez, est aussi ancienne que forte. Pour vos qualités exceptionnelles, vous méritez tout notre attachement, fidèle et profond. Vos réceptions sont légendaires. Vous êles d'excellents organisateurs de concours et des mailres de maison incomparables. Si j'enviais tout à d'heure mes camarades de l’Aéro Club de France, c’est qu'ils peuvent goûler dans le silence, — leur silence du moins ! — le recueillement voluplueux qui devrait suivre ce üiner délicieux. Ils ne s'en étonnent point et je n’en suis pas surpris.
J'avais souvent entendu parler de vos réceptions par un homme qui se serait distingué dans le genre qui assura la réputation de Brillat-Savarin, s’il ne lui avait pas convenu de se faire, dans la litléralture aéronautique un nom illustre : vous avez nommé François Peyrey. C'est avec lui, en 1904, au cours d'une ascension, que j'ai vu pour la première fois, votre futur aérodrome.
Nous passämes, en effet, sur les landes de Croix d'Hinx, que je regrette d’avoir été empêché de visiter ce matin. Je sais par l'éminent président de notre Commission d’aviation, que ces terrains sont magnifiques. M. Soreau vous dira son sentiment. Ecoutez-le avec confiance. À une époque où tant d'autres ne pensaient guère à l'aviation, il faisait, sans pédantisme, avec une lumineuse simplicité, œuvre de savant.
S'il vous parle des aéroplanes, n’attendez pas qu'il vous annonce la disparition prochaine des réseaux de chemins de fer ou qu’il vous fasse parcourir, à la vitesse de 400 à l’heure, de fabuleuses distances. M. Soreau n'aime pas l’exagéralion.
Ce mot me rappelle qu'un membre important d’un groupement qui n’est pas méridional disait, ces jours derniers, en parlant de vos projets: « A Bordeaux, ils exagèrent ! »
Laissez dire. N'y a-t-il pas, d’ailleurs, des personnes qui ne mettent d’exagéralion que dans leurs défauts ?
Moi, je pense à ves compatrioles: à Montaigne, à Montesquieu qui exagérèrent l’art de penser avec finesse et de bien écrire et, non loin d'ici, aux Lannes et aux Murat qui exagérèrent le courage et l’héroïsme.
Je vous propose de boire au vaillant président Baudry, aux exagéraleurs de la Ligue Méridionale, à nos amis de l'Aéro-Club du Sud-Ouest!
M. Rodolphe Soreau, président de la Commission de l'Aéro-Club de France, prononça ensuite l’allocution suivante, très applaudie :
Messieurs,
Comment ne serais-je pas embarrassé de prendre la parole après l’orateur exquis qu'est M. Léon Barthou ? Mais, puisqu'il m'y convie, en des termes beaucoup trop élogieux, laissez moi vous dire tout d’abord qu'il nous a élé infiniment agréable de répondre à votre cordiale invitation, et de venir applaudir à votre projet d'un vaste aérodrome, en attendant que nous en fêtions le baptème prechain.
Notre pittoresque visite de la matinée a été pour nous
une révélation, À quatre lieues à peine de votre belle cité, et soudée à la grande ligne de Paris-Madrid, la clairière de 700 hectares que vous avez si judicieusement choisie, peut et doit devenir un aérodrome idéal, quand vous aurez fail les aménagements nécessaires. Non seulement les avialeurs viendront sy entrainer et y parfaire l'éducation de leurs réflexes, mais encore ils pourront, de là, s’aventurer audessus des landes de Gascogne, semées d’autres clairières propices aux allerrissages voulus ou fortuils, clairières qui les mèneront, de proche en proche, jusqu'aux portes de Dax ou de Biarritz. Ainsi, votre aérodrome sera prolongé par un champ d'expériences merveilleux pour la préparation indispensable à ces voyages aériens qui sont, depuis tant de siècles, la hantise de l'humanité.
Nous souhailons, Messieurs, que volre nouvelle œuvre contribue puissamment à perfectionner ces jeunes aéroplanes, dont les ailes, encore incerlaines et timides commencent à secouer le joug qui tenait jusqu'ici l’homme obstinément atlaché à la terre. Et ne voyez pas dans ce vœu l'expression courtoise d’un remerciement banal pour votre splendide réception ; je tiens à le répéter ici: l'Aéro-Club de France, qui donne, depuis longtemps, une impulsion si vigoureuse à ce beau mouvement vers l'Avialion, accueille avec joie les initiatives telles que la vôtre; il les suit avec inlérêt, je dirai même avec un soin jaloux, mais jaloux seulement du ‘plus grand renom de l'aviation française.
Et comment ne réussiriez-vous pas ? Vous avez l'énergie, si excellemment personnifiée par votre président Baudry ; vous avez l'enthousiasme, qui est le trait charmant de votre race; vous venez à une heure bénie, à une heure de foi, alors que les quelques précurseurs assis à cette table se rappellent, non sans mélancolie, une époque peu éloignée où le seul projet d’un aérodrome, de dimensions beaucoup plus modestes que le vôtre, n’eût réussi qu'à les faire doter d'un conseil judiciaire.
Aidez-nous donc à maintenir notre pays au premier rang dans l'œuvre grandiose et troublante de la conquête de l'air, Et soyez convaincus que, nulle part autant qu'à notre
notre Aéro-Club, on n'applaudira de plus grand cœur à vos elforts et à vos succès.
Messieurs, au nom de la Commission d'Avialion de l’Aéro-
Club de France, au nom de la Société Française de Navigalion Aérienne, que j'ai aussi l'honneur de représenter à celle belle fête, je bois à la Ligue Méridionale Aérienne et à l’Aéro-Club du Sud-Ouest.
M. Lanneluc-Sanson, président de l’'Aulomobile-Club Bordelais, et nos confrères François Peyrey et Maurice Martin prennent aussi la parole.
À onze heures et demie, les convives se séparaient en . conne rendez-vous au concours de ballons du lendemain.