‹ L'Aérophile (volume 3)Chapitre 437 sur 698 · HENRI FARMAN ET SES ÉLÈVES · texte numérisé non relu

HENRI FARMAN ET SES ÉLÈVES

Le 22 juillet, Henry Farman fait un premier vol de 17 minutes. Puis, s'étant arrêté, il accroche un lampion à son appareil, fait un tour de piste, puis vole à 30 mètres de hauteur, pendant plusieurs minutes dans la direction de Suippes.

Cockburn vole 11 kil. à 8 mètres de haut.

Sommer bat son propre record et de 7 h. 55 m. à 8h. 20 m. 30 s., vole 1 h. 5 m. 305.

Sommer bat officieusement les records français. — Le 27 juillet, Roger Sommer tient l'atmosphère pendant 1 h. 23 m. 30 s., de 7 h. 18 du soir à 8 h. 21 m. 30 s., évoluant autour de l'aérodrome, puis, à deux reprises, virant à un kilomètre plus loin que Vadenay, à une hauleur de 6 à 40 mètres.

Le même jour, Cockburn fait plusieurs vols de 10 minules.

Les recerds battus de nouveau. — [Le 1" août, parti à 4 h. 48 du matin, Roger Sommer atterrit à 6 h. 38 m. 30 s. ayant tenu l'atmosphère pendant 1 h. 50 m. 30 s. à une hauteur variant entre 15 à 30 mètres. Il bat donc officieusement les records français de durée.

De Bouy à £uippes. — Le ? août, Roger Sommer s'enlève de l'aérodrome à 30 mètres du sol, évolue audessus du camp de Chàlons el va atterrir à Suippes, village situé au Nord-Est du camp, ayant couvert 14 kilomèlres en ligne droile.

Nouveaux vols. — Lo 3 août, de 8 h. ? à 8 h. 50, Henry Farman vole 48 minutes ; Roger Sommer, 18 minutes, Cockburn fait deux tours de circuit.

Magnifique performance de Sommer, — [Le # août, Sommer s'élève à 7 h. 34 du soir. Il n’atterrit qu'à 9 h. 44 ayant donc tenu l'atmosphère pendant & h. 10 dans la nuit, effectuant ainsi une performance magnifique approchant de 10 minutes le record mondial de durée détenu par Wright.

{Le 6 août, sur le soir, Sommer effectue trois fois consécutives le kilomètre bouclé, contrôlé par M. Levavasseur, faisant ainsi gagner à son professeur Henry Farman le prix de « formation des pilotes » (1.000 fr.) de la Ligue Nationäle Aérienne.

Sommer bat le record du monde

Continuant son admirable et foudroyante série de succès, Roger Sommer atteignait enfin le but de sa noble ambition de sportsman et de Français. Le 7 août 1909, il battait le record du monde du vol mécanique détenu depuis le 31 décembre 1908 par Wilbur Wright.

Le 7 août 1909, Roger Sommer prenait son vol dans la nuit finissante, à 3 h. 14 m. du matin, par brise légère, devant MM. Léo Monjardet, vice-président du Camping-Club de France, les mécaniciens Marchand et Brugneaux, nos confrères Robert Guérin, du Matin, el Moreaux, de Châlons. Le futur recordman gagnait tout de suite une hauteur de 10 à 15 mètres. Un instant, on le vit baïsser, on craignit l'arrêt ; la toile de renforcement du plan inférieur s'était un peu décollée par suite de l'humidité et formait une poche où l'air s’engouffrait, augmentant la résistance à lavancement. Heureusement, l'hélice eut tôt fait de cisaiiler et de détacher le malencontreux laibeau de tissu qui s'enfuit dans le sillage de l'appareil; l’'aéroplane se relève avant de toucher le sol et continue son vol sans autre incident. Sommer ne s'arréta qu'à 5 h. 41 m. 15 s., ayant épuisé les 44 litres d'essence de son réservoir. Son vol avait duré 2 h. 27 m. 15 5. ; il battait donc de 6 m. 52 s. le record mondial de W. Wright établi le 31 décembre 1908 au camp d'Auvours par 2 h. 20 m. 23 s. (Voir Aérophile du 15 janvier 1909.) Un procès-verbal de la performance à élé établi et signé par les spectateurs dont le nombre s'élait accru, et qui féêtèrent cette victoire éclatante en portant en triomphe Roger Sommer.

Après avoir vidé une coupe de champagne, le brillant avialeur se dérobait aux ovations et regagnait en automobile, comme il le fait tous les jours, sa manufacture de Mouzon.

C'était la 1$° expérience de M. Roger Sommer sur son biplan Henry Farman, avec lequel il faisait du premier coup son premier vol le 4 juillet Z:rnier. En se repor-

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Roger Sommer à l'essor.

tant aux deux derniers numéros de l’Aérophile, nos lecteurs pourront suivre la triomphale progression de Roger Sommer. Il n’en est pas de plus rapide dans les annales de l'aviation, et aucune mésaventure, si légère soit-elle, n’en a interrompu le cours.

Une pareille constance et une si grande promptitude dans le succès ne sauraient être attribuées à cette entité commode mais bien vague, qu'on appelle le hasard ou la chance. Elles soulignent tout simplement la vaillance, l’habileté et la méthode d’un sportsman remarquable et la haute valeur du nouvel appareil qu'Henry Farman mit au jour après son long mais fécond et laborieux recueil lement de cet hiver.

Nous saluons donc avec joie cette nouvelle victoire parce que c’est une des plus glorieuses que nous ayons pu souhaiter.

L'aéroplane « Henri Farman »

Henri Farman qui n'avait guère fait parler de lui durant de longs mois, s'est glorieusement rappelé, ces temps-ci, au souvenir de ceux qui auraient pu oublier sa magnifique campagne de 1907-1908. Longtemps on n'a voulu voir en lui qu'un exécutant fort habile, un conducteur de premier ordre, une sorte de grand jockey de l'aviation.

Henri Farman laissait dire, mais il s'était promis de profiter de sa longue expérience pour construire à son tour des appareils d'aviation. Pendant tout l'hiver, installé à Bouy (camp de Châlons) où il avait fait édilier un hangar-garage, bientôt flanqué d’un atelier de construction, il mit sur pied un, deux, trois aéroplanes de sa conception personnelle. Dès que le temps le permit, il expérimentait le nouvel engin avec sa méthode prudente, progressive, raisonnée, modifiant l'appareil, changeant le moteur, les hélices et leur mode d’entrainenent, etc... jusqu'à ce que les résultats pratiques lui donnassent satisfaction. Aussi nous sommes-nous abstenus jusqu'à présent de donner une description détaillée du modèle Henri Farman ; elle eût fort risqué, elle risquerait même encore, au moment de sa parulion, de ne plus correspondre à la réalité.

Voici cependant les caractéristiques de l'aéroplane Henri Farman que pilotait Roger Sommer le 7 août, lorsqu'il conquit le record mondial de durée et de dislance.

Aéroplane à deux surfaces portantes superposées de 10 mètres d'envergure, 2 mètres de profondeur, 2 mètres d’écartement vertical, entoilées de tissu caoutchouté Continental. Pas de cloisons verticales.

A 6 mètres en arrière, queue stabilisatrice cellulaire à 2 plans porteurs de 2 x 2 m. chacun.

A l'avant des surfaces portantes, gouvernail de profondeur monoplan de 4 mètres d'envergure, commandé par levier. En arrière des surfaces portantes et à leur extrémité extérieure, ailerons de stabilisation, 2 en haut, 2 en bas, soit 2 du côté gauche, 2 du côté droit, inversement inclinables sur l'horizontale par commande à levier ou simultanément inclinables. Gouvernail de direction réparti en deux panneaux verticaux mobiles entre les deux plans horizontaux de la queue cellulaire.

Moteur Vivinus 35-40 chevaux, 4 cylindres, refroïdis-

sement par eau, reposant sur le milieu de la surface porteuse inférieure et actionnant directement une hélice Intégrale de Lucien Chauvière, de 2 m. 60 de diamètre el 1 m. 15 de pas, tournant à 1.200 tours en arrière de la surface inférieure dans une échancrure ménagée à cet effet. Le pilote est assis en avant au moteur.

L'appareil repose sur un train porteur comportant sous les plans principaux un système de patins et de roues que notre photo dispense de décrire, ce qui en cas d'atterrissage sur mauvais terrain, permet un arrêt prompt ou au besoin le passage de petits fossés sans accidents sérieux. Sous la cellule arrière, trois petits galets orientables de roulement et de contact au sol.

Surface portante : 40 m°. Poids total monté en ordre de marche pour une heure : 550 kgr.

L'appareil personnel d'Henri Farman est muni d’un moteur Gnôme rotatif à 7 cylindres.

Henri Farman a commencé ses expériences au mois de mars, Ses clients et élèves Cockburn et Roger Sommer beaucoup plus tard. Nos lecteurs connaissent les premières performances du maitre et des disciples, si ron peut appeler disciples des gens qui ont volé longuement dès leurs premiers essais, montrant ainsi la facilité de manœuvre de leurs engins. (Voir Aérophile des 15 juillet et 1* août 1909.)

Les élèves de Voisin. — Le 3 août, Jean Gobron vole 14 minutes sur un biplan Voisin.

Nouveaux vols d'entraînement, le 7 août.

Le même jour, Alexandre Anzani, constructeur du fameux moteur du Blériot, fait pour ses débuts d’aviateur quelques petits vols sur le biplan Voisin d’apprentissage. Anzani est inscrit pour le circuit de Brescia. Ses connaissances mécaniques, sa légendaire audace d’ancien champion motocycliste, feront de lui, avant peu, un des aviateurs les plus renommés.

Bunau-Varilla vole 1/4 d'heure. Le 5 août à 6 h. 1/2 du matin, le jeune aviateur Etienne Bunau- Varilla a effectué une envolée avec le biplan Voisin muni d’un 8-cyl. E. N. V. de M. de Caters. Il a établi une performance peu banale, puisque le samedi l’appareil était encore à l'usine non monté, et que le mercredi suivant, il effectuait un vol d’un quart d'heure — 15 m. ?0 s. exactement — à 15 mètres de hauteur, pour sa première sortie de mise au point.

Burgeat et son « Antoinette ». — Continuant la mise au point de son Antoinette, le capitaine Burgeat vole quelques minutes le 22 juillet.

A Port-Aviation

Les essais de M. Gaudart. — La Ligue Nationale Aérienne a confié un biplan Voisin au moniteur de son école de pilotes, un jeune ingénieur, M. Gaudart. Le nouvel aviateur réussit son premier vol, le 13 juillet, 500 mètres à 6 mètres de hauteur. Le lendemain matin, nouveau vol sur deux tours de piste, 3 kil., à 20 mètres de haut.

Le 18 juillet, M. Gaudart couvre trois tours complets à une trentaine de mètres de haut. Le 21 juillet, l'aviateur exécute deux vols : le premier sur un tour de piste, 1.500 mètres, à 10 mètres de haut ; le second sur 2 kil. à 20 mètres de hauteur.

A Port-Aviation. — Le 24, Gaudart continue ses lecons aux élèves-pilotes de la Ligue. Dans son biplan Voisin, il emmène successivement deux débutants, puis, à 8 h. 1/2 du soir, couvre un tour d’aérodrome à 20 mètres de hauteur.

Le 27, à 6 heures du soir, il vole trois tours d’aérodrome (7 kil.) à 40 mètres de hauteur.

Le 28, Gaudart couvre 10 kil. à 50 mètres de hauteur.

Le 29, vol de 5 kilomètres à 50 mètres du sol.

Le 1" août, au cours de la réunion en l'honneur de Blériot, Gaudart effectue trois tours de piste, couvrant 5 kilomètres en 7 m. 14 s., gagnant ainsi le prix Ernest de Fontaines. Le premier tour avait été effectué à 30 mètres de hauteur, le second à 50 mètres, le troisième à 80 mètres, au-dessus des tribunes !

364 15 Août 1909

Gaudart, dans son biplan Voisin, vole à 80 mètres de haut à Port-Aviation, 1er août 1909. (Photo Rapid.)

Débuts de M. de Cournet. — Le 28 juillet, un aviateur russe, le comte Jarl Heldberg de Cournet — qui, l’on s’en souvient, avait brisé le biplan de Delagrange à un premier essai — effectue une seconde sortie avec

l'appareil réparé. Après avoir roulé quelques kilomètres, il s’enlève et couvre deux tours de piste avec son biplan Voisin qui se comporte remarquablement.

Les « Wright » à Juvisy. — Le 3 juillet, Tissandier expérimentant son biplan Wright, à l'aérodrome de Port-Aviation, fait deux faux départs et casse ses patins.

Le 5 juillet, M. de Lambert, plus heureux. exécute deux petits vols en compagnie de son fils, puis, seul, un tour de piste, 3 kil. à 15 mètres d'altitude.

Le 14 juillet, Tissandier sort à nouveau et couvre deux tours et demi, 5 kil. environ, à 6 mètres d'altitude.

A Issy-les-Moulineaux

Blériot et ses élèves. — Blériot ne s'endort point sur ses lauriers. Le 3 août, il expérimentait à Issy le premier monoplan de la série type « traversée du Channel » destiné à Alfred Leblanc, faisait un beau vol au crépuscule à 5 mètres du sol, mais, trompé par l'obscurité, efle£tuait un mauvais atterrissage.

Le lendemain, 4 août, Leblanc fait ses débuts d’aviateur avec le même appareil, débuts brillants puisqu'il réussit des vols de 50 et 120 mètres, dans cette première séance.

Le 5 août, Blériot pour mettre au point le monoplan, vole 500 mètres, à 2 mètres du sol, exécutant un virage très court absolument impeccable.

Les vols de Gaudart. — Au début du mois, Gaudart était venu s'installer à Issy-les-Moulineaux avec un biplan Voisin, le Daumont-[ appartenant à une Société d’'exhibitions. Le 3 août, il réussit plusieurs petits vols. Le #4 août, trois vols de 800, 250 et 700 mètres, à 4 mètres de hauteur. Le lendemain, l'appareil était expédié à Gand.

Première sortie du « Jerme ». Le 4 août, première sortie de mise au point du biplan Jerme.

Le Jerme est un biplan de 12 mètres d'envergure, (ailerons stabilisateurs aux plans supérieurs). Gouvernail biplan de profondeur à l’avant, gouvernail biplan de direction à l'arrière. Hélice propulsive de 3 m. 20 de diamètre. Poids : 400 kilos. Moteur Anzani 50 HP, 3 cyl. de 135 x 150.

la quinzaine de Dunkerque

A la suite du succès du concours de Douai, un groupe de sportsmen dunkerquois, à la tête desquels se trouvaient les dirigeants du Club Aérostatique, décida d'organiser en cette ville un meeting d'aviation.

Débuts d'Alfred Leblanc, à 1ssy, dans son aéroplane type Blériot XI (Photo Rol.)

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