ALES D
L'Ascension d'altitude italienne
Les aéronautes italiens racontent eux-mêmes leur voyage
Le départ eu lieu le 9 août, à l'usine à gaz « Consumatori », à Turin : notre ballon l’Albatros, un très bon 2.280 m°, en coton-percale, de la maison Astra, de Paris, presque neuf, fut gonflé avec 1.200 m° de gaz d'’éclairage. Nous avons cherché à avoir du gaz de fin de dis-
MM. Guido Piacenza (en haut) et Luigi Mina (en bas), qui montaient l'Albatros, dans la grande ascension d'altitude italienne,
üllation, très riche en hydrogène, comme on sait. Le reste de notre matériel {à part l'enveloppe et le filet) était emprunté à un ballon de 1.200 m°, le Pegaso et ne
pesait, en ordre de marche, que 390 kilogs, auxquels il faut ajouter :
CurlrdTeboceoogcocoencococooeede Kgs. 23.500 Cylindre’ d'oxygène.................... 30.000 Instruments, vivres, pardessus......... 17.500 Pois des 2 aéronautes.................. 150.500
Soit au total : 610 kilogs 500. Nous n'avions m ancre, ni agrès de fer.
Nous avions mis de côté dans la nacelle, 50 kilos de lest de sûreté, réservés pour notre descente, 110 kilos de lest étaient dans nos sacs, suspendus au cercle du ballon avec une cordelette que nous pouvions couper pour décharger le sable en dehors de la nacelle. Nous avions à bord 3 cylindres contenant 900 litres d'un mélange d'oxygène et d'acide carbonique, suivant une formule que nous avait donnée le professeur Agazotti, de l'Institut physiologique de Turin. Ces cylindres étaient garnis de tuyaux en caoutchouc et de masques, pour la respiration du mélange,
Nos instruments élaient : 2 barographes Richard, qui n'allaient qu'à 5.000 mètres, faute d'un barographe de 12.000 mètres que nous avions déjà commandé à la maison Richard, mais qui n'était pas encore arrivé. Nous emportions encore 2 anéroïdes, ? thermomètres, et une bouteille « Thermos » de café bouillant. Le départ s’effeclua à 16 h. 10’. Pression à terre 744 (765 à 0 et à la mer). Température, 27°.
Le calque du diagramme indique d'une façon presque complète comment se réalhsa l'ascension. Après avoir atteint en 40 min. la hauteur de 5.000 mètres, nous dûmes mettre l'aiguille des barographes à zéro. Cette opération nous fut très utile, mais on nous l’a reprochée, en disant que nous avions ainsi altéré complètement le réglage de nos instruments. Cela est vrai, mais il nous suffisait d’avoir des indications relatives et non absolues, et pour nos calculs, il nous suffisait d’enregistrer les différences de pression. Nos barographes, avec l'aiguille rapportée au zéro, pouvaient très bien nous servir pour Cela. Nous eûmes ainsi des instruments qui nous permirent, après l'ascension, de voir ce que nous avions fait. En effet, nous avions soumis nos barographes à la machine pneumatique, et nous nous sommes aperçus qu'ils foncfionnaient aussi bien au-delà de 5.000 m. que jusqu'à cette altitude, en donnant des déplacements angulaires constants, pour d'égaux changements de pression, calculés en millimètres de mercure.
En déplaçant les aiguilles, nous avons mis le système en bonne condition de fonctionnement pour les pressions au-dessus de 5.000 mètres. Et si les barographes avaient mal fonctionné, ce ne pouvait être qu’au détriment de la hauteur maxima indiquée, et jamais à notre avantage. La température minima fut 32°.
Nous commençâmes à respirer l'oxygène à 5.000 mètres. Ensuite nous ne pûmes plus abandonner nos masques sans effets presque instantanés d’évanouissement.
Le ballon commença sa chute à 18 h. 10’. Nous n'avions que 50 k1los de lest. La chute fut très rapide, à une vitesse de 6 mètres à la seconde : en une demi-heure, nous étions près de terre. À 500 mètres, nous lançâmes nos 50 kilos de lest : cela eut un effet admirable, en arrétant notre ballon et en nous empêchant de heurter rudement le sol.
Nous n’eûmes pas de trainage et le guide rope fut saisi par des paysans qui nous ont amené à terre. Nous étions descendus à Albairate, à 17 kilomètres de Milan, après avoir parcouru en 2 h. 1/2, 105 kilomètres (1).
Lui Mina eb GUIDO PIACENZA
— De ce qui précède, il résulte que MM. Mina et Piacenza ont atteint un peu plus de 9,200 mètres et non pas 11.800 mètres comme on l'a annoncé par erreur ; 9.200 m. d'altitude, c’est déjà un résultat splendide pour un ballon de coton de 2.280 m° gonflé au gaz d’éclairage et les deux courageux aéronautes italiens ont le droit d'être fiers d’une pareille performance.
Le record français est, on le sait, de 8.850 m° (Jacques Balsan, dans le Saint-Louis de 3.000 m° au gaz d'éclairage). Le record italien est également dépassé. Le record du monde 10.500 mètres par Berson et Suring dans le Preussen de 10.000 m’', à l'hydrogène (31 juillet 1900) reste debout.
Toutefois, le record de l'Albatros ne peut être homo-
(1) Nous publierons prochainement, avec le diagramme, les calculs de contrôle des aéronautes ilaliens.
logué, le contrôle prescrit par les règlements n'ayant pu s'effectuer dans les conditions imposées. — N° D:L.'R:
ms
Les Alpes en ballon. — Edward Spelterini, le célèbre aéronaute suisse, qui s’est si brillamment spécialisé dans les ascensions aéroslatiques par-dessus la chaine des Alpes (V. Aérophile du 1° juillet 1909, article ct illustrations) a tenté de passer au-dessus du mont Blanc,
1 montait le ballon Sirius (2.000 m°) superbe aérostat, construit par Franz Clouth, de Cologne, dont l’étoffe caoutchoutée double est également fabriquée par la même maison. Spelterini était accompagné de trois voyageurs : MM. J. Otlo Dunker, de Brême; le comte de Châteaubriand, membre de l’Aéro-Club de France ; Frantz Reichel, notre excellent confrère du Figaro.
Le Sirius partit le S août à midi 45, de Chamonix, avec 620 kgr. de lest et 250 kgr. de bagages et vivres. Empêché par les vents locaux de passer sur le mont Blanc lui-même, le Sirius suivit l'itinéraire suivant : 1 h. 50, 3.000 mètres en face du Brévent; 2 h. 40, à 4.000 mètres vers le Chardonnet ; 3 h. 20, 4.600 mètres au-dessus du Weisshorn : 5 h. 20. 5.600 mètres, au sud du Simplon ; 5 h. 55 à 3100 mètres en face de Domo d’Ossola ; de nouveau à 5.000 mètres au-dessus de la frontière helvéto-italienne. Att. à 7 h. 30, au Pizzo di Ruscada, à 1.700 mètres d'altitude dans le Tessin, près du lac Majeur. Distance : 150 kil. Durée : 6 h. 45. Altitude maxima : 5.700 m. Séjour de plus de 2 h. au-dessus de 5.000 mètres. Les aéronautes durent marcher plusieurs heures avant de gagner Locarno et de pouvoir donner de leurs nouvelles. M. DEcouL
LES CARTES AÉRONAUTIQUES
Le développement pris par la locomotion aérienne depuis quelque temps, et les espoirs que laissent entrevoir les dernières expériences d'aviation, permettent d'assurer comme de toute nécessité l’établissement de cartes aéronautiques.
La Fédération Aéronautique Internationale s’est déj préoccupée de la question sur la demande du distingué aéronaute allemand, le lt-c! Moedebeck, en nommant une commission dont il est le président. Par une circulaire adressée à toutes les sociétés aéronautiques, en décembre 1907, M. Moedebeck les invitait à collaborer à son œuvre en dressant des caites des régions dans lesquelles elles fonctionnent.
En France, M. Boulade, président de l’Aéro-Club d1 Rhône, à relevé les canalisations électriques d'une partie de la région sud-est de la France, et M Besançon, secrétaire général de l’Aéro-Club de France, vient de terminer une carte des environs de Paris sur un rayon de 150 kilomètres.
De notre côté, à l'Aéronautique-Club, nous nous sommes occupé des réseaux électriques, de l'éclairage et des signaux sonores du littoral et des usines à gaz.
Le programme de M. Moedebeck divise les signaux ca trois catégories concérnant :
1° L'orientation des ballons pendant la nuit;