LE DROIT AÉRIEN AU CONGRÈS AÉRONAUTIQUE DE NANCY
ET LA
Convention aéronautique internationale
La vicloire récente que l'homme vient de remporter sur le dernier élément de la nature resté encore indo:mpté met en question la suprématie du domäinv aérien. Déjà l'on se préoccupe, sans doute, dans cerlaines chancelleries diplomaliques. à qui appartiendra la souveraineté de l'espace. Problème ardu s'il en fut et bien digne de tenter quelques-uns des vautours politiques qui dominent, irop souvent encore, hélas ! dais les Conseils des gouvernemenls, surloul au loin, VGrs l'Orient. Heureusement ces oiseaux de proie se font äv jour en jour plus rares et par ces temps d’ententes cordiales et d'accords internationaux, l'on peut dire que leur rece tend à disparaitre. Espérons que la conquête de l'ai: leur donnera le coup de grâce. s
Il est incontestable que la lente évolution de l'esprit humain tend chaque jour davantage vers des idées paciliques, de plus en plus larges et généreuses, pleines de sentiments de cordialité, imprégnées de solidarité humaine.
La mentalité des hommes de gouvernement perd chaque jour de sa férocité ct de sa soif sanguinuwure de conquêtes et d'autorité absolue. a
Tous les esprits attentifs aux événements politiques qui se sont déroulés dans ces dernières années ont pu constater que cette évolution s'effectue très rapidement et l’on peut dire que bientôt les derniers vestiges de barbarie auront disparu et que l'exemple des pays vraiment civilisés s'imposera à ceux encore aveuglés par un reste d’atavisme ancestral et que partout règnera un jour le respect de la vie et du bien d'autrui. Le branle est déjà donné. La solidarité internationale entrera dans les mœurs des nations comme elle a déjà commencé à pénétrer dans l'esprit des individus d’une luême race où d’un même pays.
La facilité des communications a déjà beaucoup fait pour la paix du monde par la pénétration réciproque des peuples. Comme le disait le célèbre homme d'Etat Gladstone, en se servant d'une image des plus heureuses, les lrains de chemins de fer, en traversant les frontières, Lissent la trame de la paix entre les nations voisines.
Aux trains, parcourant péniblement le sol, Sont ve-
nus s'ajouter les ballons, franchissant aisément l’espace, par-dessus les plus hautes montagnes. Partout les voyageurs aériens ont été généralement accueillis comnie des messagers célestes et traités en frères. Une inexplicable éclipse est venue, il est vrai, obscurcir, depuis quelque temps, le clair et radieux ciel de la France hospitalière, mais {ous les hommes de progrès ont le ferme espoir de voir, sous peu, se lever de nouveau une ère de libéralisme plus complet et le soleil de liberté et de fraternité redevenir plus brillant encore et plus radieux qu'avant l'éclipse.
.Aux ballons sphériques et dirigeables viendront s'ajouter les aéroplanes et autres appareils plus lourds que l'air, mais plus légers que les oiseaux et plus rapides que les flèches.
eur trame aérienne, plus légère et plus lumineuse que celle tissée par les trains-vers de terre, viendra bientôt confirmer, à son tour, d'une manière éclatante, la prophétique image du grand penseur et homme d'État anglais, rendu plus grand encore par son cœur que par son génie.
Avant que les hommes d'Etat n'aient encore décrété, dans chaque pays, des lois et des règlements prohibilifs — véritables carcans de la liberté — il serait urgent que les peuples, souveramement maitres de leurs destinées, viennent dans des comices internationaux, tels que sont les Congrès, discuter et jeter les bases des accords dont les termes seront plus tard élaborés dans les chancelleries et les conférences diplomatiques. La volonté souveraine des peuples doit, en effet, Simposer aux gouvernements par les organes aulorisés de l'opinion publique et cette volonté n'aspire qu à un seul but: la liberté par la fraternité |
La tache sera aisée car, bien qu'il n'y ait guère plus d'un demi-siècle, tout au plus, que des accords internationaux soient conclus — le premier date de 1856 et avait pour objet dassurer el de faciliter la libre navigation du Danube — on peut dire qu'il ne se passe pas d'année, et même de mois, sans que des ententes ou conventions, accords ou traités, soient conclus entre les multiples Etats du globe. L'accord intime, la communion de pensée et de mentalité des grandes nations du monde ont rendu de jour en jour plus facile la conclusion de traités et convenuons de toutes sortes. S'il en est, dans le nombre, qui ne répondent pas d’une manière complète aux desiderata des intéressés, c’est que souvent ils ont été élaborés dans le secret par trop absolu des secrétairies d'Etat, sans l'intervention ou la consultation des principaux intéressés par un appel à un refcrendum ou par les discussions dun Congrès. Dans ces sortes de questions l'exemple de la Suisse, pays de la liberté et de la souveraineté nationale, devrait être suivi et la solution qui s'impose, quant à la locomotion aérienne, est un vaste Congrès ou un referendum pour bien connaître les vœux et les besoins de la communauté internationale en matière de droit aérien.
Le Congrès aéronautique international qui doit s'ouvrir à Nancy, le 18 septembre prochain, sous les auspices de la C. P. I. A., offre une occasion exceptionnelle en présence de délégués de divers gouvernements pour poser et discuter les bases d'une entente ou Uruun internationale. C’est ainsi, du reste, que fut fondée, à Berne, en 1883 et en 1886, l'Union de la Propriété intellectuelle.