‹ L'Aérophile (volume 3)Chapitre 535 sur 698 · AUDE · texte numérisé non relu

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l’Aérophile 435

La “ Demoiselle ” de Santos-Dunon

Nouveaux essais de Santos-Dumont.

8 kilomèlres en 5 minutes. — Santos-Dumont, le sympathique spsrtsman, semblait, depuis quelque temps, s'être retiré de la mêlée. Celui qui exécuta en Europe le premier vol mécanique, allait-1l donc ainsi abandonner la lutte et se désintéresser d’une science dont il avait été le plus ardent promoteur ? ie

Que non pas ! Santos-Dumont travaillait dans le calme et le recueillement. Il faisait construire par Darracq un moteur 30 HP, à 2 cylindres horizontaux de 130x126, ne pesant pas plus de 45 kilos en ordre de

La- Demoiselle de Santos-Dumont, le plus réauit, le plus léger des aéroplanes ayant volé. (Photo Rol.)

marche, moleur qu'il morita sur sa Demoiselle. L'appareil pesait ainsi 118 kilog., sans le pilote !

Seul le manque de temps avait empêché l’aviateur brésilien de prendre part au meeling de Reims.

Il y a quelques mois, Santos-Dumont, qui s’entraîne à Saint-Cyr et Maurice Guffrov, installé à l'aérodrom® d’Esnault-Pellerie, à Buc, avaient convenu que le premie” qui irait rendre visite à l’autre par la voie aérienn>, toucherait 1.000 francs de son rival.

Le 13 septembre donc, profitant du temps calme, sans aveir fait part à personne de son intention, Santos se mettait en mesure de gagner le fameux pari, s'enlevait de Saint-Cyr et frarchissunt arbres, routes, vallons, voiss ferrées. à 80 mètr2s de hauteur, filait sur Bue. Cinq minutes après, il atterrissait près du Trou-Salé,

sant done couvert les 8 kilomètres, à plus de 90 à ‘heure.!

Guffroy, qui mettait au point un monoplan, n'eut qu'à verser à son ami le montant de la gageure, ce qu'il lit de grand cœur.

Quant z Santos-Dumont, qui esi décidément un sportsmaäan dans toute l’äcception du mot, il a eu !a jolis vensée de déclarer qu'il ne prendrait aucun brevet pour son appareil, et que pouvait s’en inspirer quiconque le désirerait. Le sympathique Brésilien accordaïf loutefcis à la maison Clément-Bayard le droit de meltre en vente des appareils semblables en les désignant sous le nom de Sanlos-Dumont et en les munissant d'un moteur construit par elle.

Le record du décollage. — Mais Santos-Dumont, qui avait remarqué l'extrême facilité de démarrage et d'essor de son moteur, résolut de battre le record du « décollage », étébli par Curtiss, à Rrescia, avec SQ mètres.

e 16 il convoquait don: les commissaires de l'Aéro- Club de France, MM Lécn Barthou, Jacques Balsan, René Gasnier, et de Kergariou, qui jalonnaient soigneusement la piste de lancée.

A un premier essai, la Demoiselle s'enlevait, après 10 mètres de lancée, mais retombait quelques mètres plus loin, ce qui annulait la performance. Le second essai, jar contre, fut concluant : après avoir roulé 70 mètres chronométrés en 6 s. 1/4, le petit monoplan se décollait nettement. Le record de l'Américain était donc battu. Les 3.000 spectateurs qui assistaient à l’expérience, ovationnèrent chaleureusement le nouveau recordman. La promptitude et le peu de lancée pour l’essor sont, en effet, parmi les plus désirables progrès de l'aviation pratique.

Amusante équipée. — Le 17, nouveaux essais. Parii à 4 h. 1/2, l’aviateur s'envole vers Rocquencour!, passe par Neauphle-le-Château et Montfort-l'Amaury ; à deux kilemètres de Neauphle, oblique sur la droite, dans la direction de Plaisir Grignon et regagne son hangar.

Comme le temps est très beau, Sanlos décide une nouvelle excursion ; a 5 h. 1/2 il s’enlève, monte à 70 mètres de hauteur et, avec une aimable fantaisie, part droit devans lui.

Le moteur ronflait superbement ; le cie! était pur et l'oiseau filait à 80 à l'heure. Santos-Dumont se laissa entraîner si bien, que lorsqu'il voulut prendre le chemin du retour, il ne savait plus où il se trouvait. Comme il cherchait à s'orienter et songeait à atterrir, le moteur ayant eu quelques ratés, il aperçut, avant une forêt redoutable, qui se révélait à l’horizon, une magnifique pelouse dans une propriélé privée. Santos-Dumont, bien inspiré, descendit sur cette pelouse, dans le pare du château de Widevilie, près de Davron, à 17 kil. de Versailles environ. Le propriétaire du château, le comte de Galard, était absent, mais Mme de Galard et sa famille se firent une joie d'offrir à cet hôte inattendu ia plus aimable hospitalité.

Cependant, les amis de l’aviateur attendaient, près de son hangar, le retour de la Demoiselle disparue à l’horizon, et, comme Santos se trouvait dans l'impossibilité de donner de ses nouvelles, l'on demeura, à Paris, toute la nuit, dans une cruelle anxiété. Ce fut le lendemain seuiement que l'on eut la nouvelle de l’amusante fugue.

Ce jour-là, d’ailleurs, ayant ramené son appareil en automobile au champ d'expériences, l'aviateur évolua pendant cinq minutes, à 70 mètres de hauteur, écartant les bras, en plein vol, afin de prouver la parfaite maniabilité de l'appareil el sa remarquabl? stabilité.

Le lendemain 19 élait un dirnanche, mais Santos-D:mont ne se repose pas.

Devant plus de 5 C00 Parisiens, veaus à Saint-Cyr, certains qu'ils étaient de voir de beaux vols, Santos-Dumont fit deux envolées, l’une de 7 à 8 min., l’autre de 3 min. Des retours au carburateur s'étant produits, avaient fait jugé prudent à l’aviateur d'écourter ses is. I avait eu le temps cependant d'abandonner ses commandes et de tenir ses bras écartés.

Dès sa rentrée au hangar, l'appareil fut démonté, au grand dam du prince royal de Suëde venu, trop tard, en compagnie du prince et de la princesse Murat, et de l'ambassadeur de Portugai en Angleterre, pour assister au vol de la Libellule.

Le moteur a élé ramené à Neuilly, pour êlre réglé.

Telles sont les intéressantes performances accomplies au cours de la dernière quinzaine par M. Santos-Dumont, après une longue période de Silence : ce vétéran

436 1% Octobre 1909

Détails de la Demoiselte de Santos-Dumont, montrant le nouveau moteur ? cylindres, l'hélice «Intégra'e » Chauvière, les radiateurs appliqués sous les ailes, le réservoir d'essence coniqne en bas, duquel l'essence est envoyée sons pression dans un denxiéme réservoir de même forme, plus petit en charge, au-dessus du moteur. (/’hoto Ro’.)

de l'aviation nous à d'ailleurs habilués à ces réveils sensalicnnels.

Lorsqu'il ne remplit point la presse entière du bruil de ses exploits, n'est-ce point, d'ailleurs, parce que le sympathique avialeur poursuit quelque progrès nou: veau.?

Avec son esprit précis el pralique, il a senti le moment arrivé de chercher laéroplane usuel, c’est-à-dire le moins encombrant et le moins cher possible, aussi facile à melltre en roule qu'à garer, tout en lui conservant, sous un encombrement réduit, les mêmes quali de vitesse, en les accroissant même. Son nouveau modèle constitue un progrès intéressant dans la voie de Paviation usuelle.

EDMOXD POILLOT

Delagrange en Danemark.

Au début du mois de seplombre, Delagrange nous quillait encore une fois pour aller faire à Aarhuus (Danemark), des expériences sur un monoplan Blériot.

Le 11, l'aviateur français a exécuté trois vols magnifiques, à 40 mètres de hauteur, au-dessus de la campagne danoise.

Le 13. en présence d'une foule énorme qui accueillit celte splendide performance par des acclamations frénétiques, Delagrange évolue pendant un quart d'heur2.

Le 15, à 6 heures du soir, Delagrange exécute une envolée de 10 min. à grande hauteur, en présence du roi Frédéric, de la reine et de deux princesses royales. Puis, à 7 heures, l’aviateur, qui a l'intention d'effectuer la traversée du Kattégat, et, pour ce, a fait construire un hangar au bord de la mer, effectue un déménagement. aérien, gagnant son nouveau nid, dislant de 1? kilomètres, en volant au-dessus des bois, roules, vil-

lages, et alterrissant à la nuit tombante, au milieu des paysans danois enthousiasmés.

Le mauvais temps, le vent, et la pluie empêchent malheureusement Delagrange de donner suite à son audacieux projet de la traversée du Kattégat, et pressé par un engagement, l'aviateur a quitté Aarhuus le 17 septembre.

Roger Sommer a Nancy.

Le lundi 6 septembre, Roger Sommer poursuit à laërcdrome de Jarville, près Nancy, la série de ses expériences.

A 6 heures du malin, trois vols très réussis : le premier, de 35 minutes sur 12 tours de piste, environ 40 kilomètres ; le second, avec Mme Spire, sur 5 kimètres ; le troisième avec le peintre Emile Friant. L'avialeur a promené longuement ses hôtes au-dessus de la Meurthe, rivière qu'il a passé plus de dix fois.

Le soir, à 6 h. 1/2, un tour de piste, 4 kil. en #4 min. devant 5.000 personnes.

Le lendemain malin, maigré le vent qui soufflait avec force, nouveaux vols, mais après un mauvais dépari, retour au hangar en roulant.

Le soir, à 6 h. 1/4, vol de longue durée devant plus de 3.000 personnes.

Le 8 septembre. à 6 heures du soir, Sommer fail {rois vols : un de 10 min., un de 6 min. et un de 5 min. Sormer a décrit des «huit», des arabesques et tourne autour des arbres qui se trouvent dans la prairie.

Le 9 septembre, au soir, trois vols magnifiques : à 6 heures, un de trois Lours de piste, soit S kilomèlres en 10 minutes ; un deuxième de trois tours, 8 kil. en 10 min. 1/2, et un troisième de six tours, 16 kil. en 20 minutes.

Le 10 septembre, à 9 h. 10 du malin, Sommer fail ure envolée superbe, trois tours de piste, 10 kil. environ, à 10 mètres de hauteur.

L'aviateur couvre ensuile un tour de piste, 4 kil. environ, en 4 min. avec sa belle-sœur. À 9 h. 1/2 nouveau tour de piste, avec Mile Marvingt.

Le 11 seplembre, Sommer accomplit une performance originale, passant une revue mililaire.. en aéroplare.!

A 9 heures du malin, après avoir couvert cinq tours de piste, il s'éloigne de l'aérodrome, à 50 mètres de hauleur, passe au-dessus de la Meurthe, du village d'Art-sur-Meurthe, du plateau de Lenoncourt et atterrit dans une plaine.

A 10 h. 40, au moment du défilé, Sommer s’enlève à nouveau et à 30 mètres de hauteur, passe au-dessus des troupes massées sur le terram. L’aéroplane longe es bois, passe au-dessus des chasseurs cyclistes, frôle les lances des dragons et va lourrer sur ! mamelon assis à la sortie d’Art-sur-Meurthe. Enfin, virant au-dessus des arbres. il se dirige vers son hangar de Jarville, en suivant la vallée de la Meurthe, poursuivi par les applaudissements.

Le lendemain, à 9 h. 1/2 du matin, Sommer fait un vol, seul, atterrit, prend avec lui Mlle Larmoyer el exécule un tour complet, à une dizaine de mètres &ü: hauteur. Au troisième vol, il emmène M. Friant sur un tour complet. L'après-midi, à 4 h. 1/2, Sommer exécut: un vo! de 30 m. 50 s. Au deuxième vol, l'aviateur emmène son fils et exécute deux tours de piste ; au troisième vol, il prend à nord M. Thiry, vice-président (lc AMIE

Le 13, enfin, Somnier ciôturait dignement sa série dexhibitions par plusieurs vols magnifiques. MM. Bellieni, Munier, Thiry ; Mmes Thiry, Larmoyer el Sommer prennent place successivement à bord.

A Tournai.

Le 7 septembre, pluie et vent. À 6 h. 50 du soir, Paulhan fait un essai, s’enlève, manque son virage, redescend et patine dans la boue. En raison de l’exiguité du terrain, des arbres ont été abattus, qui ouvrent une trouée de 70 mètres vers la campagne.

Le 8 septembre, par un temps superbe et en présence d'un nombreux public, Paulhan, à 3 h. 35. fail un vol d'essai de 12 min. et tourne nuit fois au-dessus de la plaine, à une hauteur de 15 mètres, prenant aisément ses virages, malgré l’étroitesse du terrain disponible. A 4 h. 25, il fait encore un tour, mais le vent augmente el laviateur alterrit.

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