DÉLÉGUÉS
Allemagne, 12 voix. — Professeur Busley, Eschenbach, colonel Mœdebeck. capitaine Hildebrandt, Wurmback, Hicdemann, D' Stade, Clouth, Mans, Herrman, Schütz, Oeslereich.
Autriche, 1 voix, — Pas représentée
Belgique, 9 voix. — MM. Jacobs, de La Haut, baron van Zuylen. ,
Espagne, 5 Voix. Colonel Vives Y Vich, capilaine Kindelan. :
Etats-Unis, 2 voix. — Représentés par M. Wallare, IG 1
France, 12 voix. — MM. le comte de La Vaulx, li
comte de Castillon de Saint-Victor, capitaine Ferba Paul Rousseau, Ernest Zens. . ù
Grande-Bretagne, 10 voix. — Colonel Capper, professeur Huntinglon, MM. Ker-Seymer, Pollock, Hon, FE. 3uclenall, vice-admiral Sir Ch. Campbell, M. Dale, Hon, Rolls, Moore-Brabazon, Viscount Royston.
66 1 Février 1909
Italie, 4 voix. — Pas représentée.
Suède, 1 voix. — Pas représentée.
Suisse, 1 voix. — Colonel Schaeck. :
\u sujet de l'Aéro-Cluh d'Odessa, qui demande son admission, la Fédération décide de faire une enquête sur la situalion de ce Club.
Le comte de La Vaulx, président, expose la nature de la réclamation au sujet de la Coupe Gordon-Bennelu et donne la parole au réclamant qui est l'Angleterre.
Mr. Ker-Seymer (Angleterre) tient avant tout à rendre justice à l'admirable ténacité du colonel Srhaecx, qui à accompli une si brillante performance. (Aplaudissements.) Cependant, il lui semble que dans l'esprit de tous les concurrents, et surtout de ceux qui avaient assisté à la première Conférence de Londres, dont étail le colonel Schaeck, il existait la persuasion que les descentes en mer étaient interdites. Cela était, d'ailleurs, si vrai, que les organisateurs n'ont pas manqué de le répéter de vive voix et par écrit à tous les concurrents au moment du départ. On a donc été très surpris en Angleterre de voir le Club organisateur donner le prix au colonel Schaeck.
M. Ker-Seymer fait observer, en outre, que dans la course Gordon-Bennett, ce ne sont pas les individus qui courent, mais les Clubs. A Londres, tous les Clubs étaient présents, et dans leurs délibérations, ils pouvaient ajouter ou retrancher tout ce qu'ils voulaient. Pendant la discussion, il était dans l'esprit de tous qu'à cause du grand danger des descentes en mer, il fallait à lout prix les empêcher et le plus tôt possible.
Enfin. il se demande pourquoi le Club organisateur classe le colonel Schaeck et ne classe pas le Saint-Louis qui est également tombé en mer.
Le comte de La Vaulx, président, donne la parole au défendeur, qui est la Suisse.
Le colonel Schaeck (Suisse) remercie la Fédération de la sympathie qu'elle lui témoigne pour son voyage. Il croit que, pour répondre, il doit revenir sur la manière dont ce voyage a été effectué, Il est vrai que Île colonel Mœdebeck est venu lui dire qu'il ne fallait pas descendre en mer ; mais il n’a recu aucune note écrite, Lorsque, après avoir voyagé d'abord au sud-ouest, puis au nord-est, son compagnon et lui furent engagés sur la mer ; lorsqu'après avoir passé de cette manière toute la journée du mardi et la nuit, ils crurent, le mercredi matin, par 5.300 m. d'altitude, apercevoir une terre, ils commirent la faute de vouloir descendre afin de mieux pouvoir examiner cette terre et ces deux chaines de montagnes qu'ils voyaient de loin.
Etant arrivés vers 2.500 m.. ils arrêtèrent un peu la chute, puis, apercevant à un kilomètre de là un hateau, ils se laissèrent descendre jusqu'à l'eau, le guiderope spécia: flottant sur l'eau. On comprend que pouvant. après de si longues heures, avoir été poussés non seulement vers la Norvège, mais aussi vers l'Ecosse, ils étaient curieux de savoir ce qui en était. Ce fut une grave faute, car, d'un côté, le vent portait parallèlement à la terre et, de l’autre, le capitaine du bateau, interrogé en allemand et en anglais, ne comprit aucun mot... Il s'empara, malgré les aéronautes, du guiderope et prit le ballon à la remorque. Comme preuve qu'à ce moment, ils n'étaient pas en danger, ils avaient en dehors de la nacelle un second cordage portant un matelas, et ce matelas était loin de toucher la mer. Le capitaine du bateau a dit que les aéronautes avaient arboré le drapeau « Nothflache », signalant le grand danger ; mais on n'avait à bord que le drapeau national suisse que peut-être le capitaine a pris pour un Grapeau d'alarme, n'étant pas habitué à voir flolter ce pavillon sur la mer du Nord. (Sourires.) On a objecté qu'il fallait couper le guiderope ; mais il semble qu'un article du règlement prescrit de rentrer avec tous ses agrès : cela aurait donc été une autre faute que de le couper. Enfin, le ballon s'étant dégonilé. la nacelle vint à toucher l'eau, puis, après un remorquage d'environ deux heures, le ballon vint à la côte où il fut dégonilé régulièrement.
Le colonel insiste sur ce que toute modification à un contrat entre nombreuses parties doit être publiée et cela ne l’a pas été, puisqu'on vient seulement de faire à l'instant la distribution du procès-verbal de la Conférence de Londres.
Le colonel insiste sur un second point qui est aussi inscrit dans le droit de loutes les nations civilisées une loi n'a pas d'effet rétroactif, Or. les engagements pour la Coupe Gordon-Bennett étaient clos quatre mois
avant la Conférence de Londres, elle devait done se courir sous le règlement antérieur.
Le comte de La Vault, président, demande au colonel Schaeck pourquoi, croyant que le règlement étail l'ancien règlement, ii n'a pas protesté lorsque le colonel Mœdebeck est venu lui interdire les descentes en mer.
Le colonel Schaecli (Suisse), répond que, occupé par les préparatifs du départ, il n'a pas songé à protester. mais M. de Beauclair a protesté.
Le colonel Mædebeclk (Allemagne) confirme le fait.
M. Eschenbach (Allemagne). — La Fédération allemande qui organisait le concours a dû se préoccupe: de se mettre d'accord avec le droit allemand. Dans un contrat, une partie ne peut modilier quelque chose, sans le faire connaître à l’autre partie. Il ne peut d'ailleurs, d’avoir d'effet rétroactif quand cela n’a pas été spécilié. Ces principes sont, d'ailleurs, les mêmes dans le droit de tous les pays. Il est vrai que le colone! Mœædebeck a prévenu le concurrent : mais il à fait cela en son nom personnel et non officiellement. Il ne portait, d'ailleurs, pas le brassard réglementaire.
Le colonel Mædebeck (Allemagne) confirme, en effet. qu'il n'avait pas de mandat officiel et qu'il a fait lu recommandation en question sur la suggestion du comte Castillon de Saint-Victor qui y tenait beaucoup. Pourtant, interrogé par un concurrent sur la possibilité de traverser la mer, il a répondu que cela se pouvait sous la responsabilté entière du pilote.
Le comte de Castillon de Saint-Victor (France) confirme le fait et avoue qu'il a commis une erreur d'appréciation que beaucoup ont commise.
M. Ker-Seymer (Angleterre) déplore cette manière de faire et s'étonre que le cclonel Schaeck ait conser ri par devers lui ce secret que, seul, l’ancien règlement s'appliquait, alors que tous ses concurrents croyaient que c'était le nouveau. 1[ trouve que cela n’est 1 spôrtit. ni juste.
D'un autre côté, le colonel Schaeck pouvait couper le guiderope ; rien ne sv oppose dans les règlements.
Entin, le capitaine du bateau est formel, les aéronautes ont réclamé son secours. Au sujet du contrat, il fait observer qu'il n'était pas fait par des individus. mais par des clubs entre eux. Les ciubs ont changé de contrat entre eux, à l'unanimité ; il n’y avait pas besoin de publication ; la chose a été faite par les clubs et pour les clubs.
En conclusion, — ou le colonel Schaeck est fautif — ou c’est le club organisateur, car pourquoi attribue-t-il ie prix au colonel, tandis qu'il disqualifie dans l'épreuve de durée des concurrents tombés en mer comme lui ?
Le colonel Mædebeck dit que le Club d'Allemagne a déclassé ces concurrents là parce que leurs points d’atterrissage n'étaient pas suffisamment établis.
Le colonel Schaeck (Suisse) tient à faire justice de l'insinuation de M. Ker-Seymer qu'il aurait gardé jalousement un secret qui lui donnait la supériorité sur ses adversaires. Mais il n'avait pas de secret — la chose lui paraissait tellement claire, tellement sûre qu'il n’a pas songé à s'informer. Il ne s’est pas cru plus intelligent que les autres ! Déjà une fois, à Bruxelles, la question de la rétroactivits s'était posés. Eh oien, — en toutes lettres dans le procès-verbal, on peut lire que la Fédérat'on a décidé que ses prescriptions ne pouvaient pas avoir d'effet rélroactif — pour hu, la question ne =+ posait même pas !
Quant au capitaine du bateau, il doit être suspect. D'abord, il ne pouvait pas € inprendre les aéronaules, et ensuite, il avait intérèt à considérer le ballon comme une épave pour être indemnisé suivant les règles du droit maritime. En fait, les aéronautes ont été en procès avec lui.
Enfin, le colonel Schaeck attaque le concurrent anglais et déposcrait contre lui une réclamation s'il était classé, car il sait que son livre de bord était mal tenu sl a été puni d'une amende de 150 francs pour ce ait.
Le comie de La Vaulx, président, fait observer que le concurrent Ltomhé en mer qui à été disqualifié avait perdu son livre de bord. De plus, il est trop tard pour faire une nouvelle réclamation au sujet du livre de bord du concurrent anglais : les délais sont passés.
Le colonel Vivès Y Vich (Espagne) confirme, au sujel des publications, qu'à la Conférence de Londres, l'Espagne était absente ; mais que pourtant, les Espagnols
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ayant pris part à la Coupe, savaient qu'il ne fallait pas tomber en mer et ne s’attendaient pas à être classés.
M. Jacobs (Belgique) résume la question. Au point de vue strict du droit. l'effet rétroacti! du règ'ement décida à la Conférence de Londres 1908, ne se présume pas.
D'autre part, la ligne de conduite des divers concurrents arrivés face à la mer, était gravement influencée par les recommandations faites à tous les pilotes avant le départ.
Le somte de La Vaulx, président, lit une letire d2 M. Leblanc où il parle de l'interdiction de descendre en mer faite avant le départ. Confirmation donnée également par M. Carton.
D'un autre côté, le voyage du colonel finit réglementairement 15 minutes apres le moment où le bateau a pris la remorque. Le colonel Schaeck reconnait le fait. — En résumé, il s’agit simplement de savoir si la rétroactivité en ce qui concerne les descentes en mer s'applique ou ne s'applique pas.
M. Eschenbach (Allemagne) considérant qu'il y a doute, en raison de l'intervention du col5nel Mœdebeck, propose d'annuler la course et de la faire courir une seconde fois, celte année, en Allemagne. (Mouvament.)
M. Ker-Seymer (Angleterre) est opposé à cette manière de voir.
M. Paul Rousseau (France) voit de nombreux inconvénients à cette manière de faire qui crée un fâcheux précédent.
Le comile de Castillon de Saint-Viclor (France) pose une question sur le gaz à rayer de nouveau.
M. Paul Rousseau parle des engagements déjà faits et montre qu'avec celte solution, beaucoup de détails seront difficiles à régler.
La séance est suspendue pour un échange de vues.
A la reprise de la séance, M. Ker-Seymer introduit une proposition de l'Angleterre. M. Dunville serait classé premier et partagerait la prime avec le colonel Schaeck. (Mouvement d attention.)
Le colonel Schaz:k (Suisse) refuse d'abord, puis, après une hésitalion, dit qu'il accepterait, s'il était classé. (Mouvement d'élonnement.)
Le colonel Vivès Y Vich trouve qu'il n’est pas sportif de faire un tel partage.
M. Wallace (Etats-Unis) pense qu’il faut prendre une décision ferme.
L'Allemagne s'en tient à l'annulation proposée,
La séance est suspendue, la proposilion anglaise ayant introduit un fait nouveau.
A la reprise, les delégués français présentent l’ordre du jour suivant :
« La Conférence Aéronautique Internationale réunie pour décider au sujel de l'attribution de la Coupe Gordon-Bennett 1908, après avoir pris connaissance du procès-verbal de l’Allemugne déclarant le colonel Schaeck premier, en S'appuyant exclusivement sur un pou:l de droil juridique :
« Considérant les dijiérents ordres du jour qui onl élé déposés, les uns tendant à l'annulation de l'épreuve, les uulres voulant attribuer le première place à M. Dunville en mellant hors de course le colonel Schaeck ;
« Regrellz que linlerprétation cbligaloire des règlzments ne puisse pas donner force de rélroacilvilé à la décision du 27 mai 19
« Regretle également d'avoir constaté qu'après l'énoncé de l’ordre du jour déposé par l'Angleterre dans un excellent espril de concilialion sporlive, le colonel Schaeck ait émis une opinion pur laquelle il se ralliait à l'attribution du priv au concurrent qui réclamait contre lui, sous la seule condilion que le prir soit partagé ;
« Déplore celle attitude, ay:prouve le classement dr: l'Allemagne cl passe à l’ordre du jour. »
. Le comte de La Vaulx, président, relit cet ordre du jour plusieurs fois, pour qu'il soit bien compris.
Le colonel Schaeck (Suisse) proteste sur les mots : « Sous la seule condition que », qui ont l'air de faire croire qu'il voulait transiger pour de l'argent. Il n'a pas dit cela, il a dit qu'il acceplerait « s'il était classé ».
,M. Paul Rousseau (France) répond alors qu’il suffit d'écrire mot à mot comment les choses se sont passées, ce qui donne :
« Regrelle d’avoir constaté que le colonel Schaeck ait émis une opinion par laquelle il se ralliait à l'attrtbulion du premier prix au concurrent qui réclamaii
contre lui, demandant seulement & être classé et acceptant de partager avec M. John Dunvile les 12.500 francs du prit. » Re
Le colonel Schaeck (Suisse) est d'accord sur le fait. -
M. Jacobs (Belgique) se rallie à cet ordre du jour.
M. Busley (Allemagne), rec:vant satisfaction par cel ordre du jour, retire celui primitivement déposé par l'Allemagne en faveur de j'arnulation.
M. Ker-Seymer (Angleterre) n'accepte pas l’ordre du jour français, maintient celui qui classe premier M. Duuville en partageant la prine avec le colonel Schaeïk après avoir pris les frais d'une seconde réplique de l'objet d'art à remettre au colonel Schaeck. À
Le comte de La Vaulr, président, met aux voix la priorité des ordres du jour. Par 39 voix contre 13, la priorité est accorde à l’ordre du jour français.
Par 38 voix contre 13, l'ordre du jour français est adopté.
La séance est levée à 6 h. 1/2 après que le colonel Vives .Y Vich eut adressé, au nom des membres de la Fédéralion, des remerciements au comte de La Vaulx pour la façon imparliale dont il à Girigé les üébuis sur une matère si célicate.