L'AÉROPLANE MILITAIRE
Conditions qu'il devra remplir
L'aviation vient de faire, en quelques mois, des progrès si prodigieux, qu’il est permis aujourd'hui d'envisager l’emploi des aéroplanes aux armées. Certes, on ne trouverait dans aucun des vols accomplis jusqu'ici par l’homme, l'équivalent de ce que devrait être la plus simple des opérations militaires, exécutées avec des appareils de ce genre, et pourtant on entrevoit la possibilité prochaine de pareilles opérations.
Quelles conditions doit remplir un aéroplane militaire? Celles que l’on pourrait énoncer aujourd’hui, paraîtraient bien insuffisantes dans quelques années. Les qualités qu'on exige de nos navires de guerre ne sont pas les mêmes qu'il y a vingt ans. Mieux vaut se demander quelles conditions doit remplir un aéroplane pour commencer à être utilisable comme engin militaire. Ainsi s’est posée la question pour les: automobiles et pour les dirigeables: on à songé à les employer aux besoins de la guerre dès qu'ils ont paru capables de rendre des services, mais on leur impose, chaque année, des épreuves de plus en plus dures; c’est la loi du progrès.
Ce qu'on peut aujourd'hui, semble-t-il, demander de plus rationnel à un aéroplane, comme service de guerre, c'est d’exécuter une reconnaissance sur le front d’une armée. On a pensé aussi à l’employer pour transmettre des ordres; mais on possède déjà tant d’autres agents de transmission : estafettes, cyclistes, motocyclistes, télégraphistes avec ou sans fil, etc.! Sans doute, dans certaines circonstances exceptionnelles, l’aviateur pourra être utilisé à cet effet; mais ce ne sera jamais là qu’un rôle secondaire et qui ne justifierait pas à lui seul son introduction dans l’armée.
Supposons done un aéroplane chargé d’une reconnaissance, et cherchons les conditions à réaliser dans cette opération.
Tout d’abord, le départ doit s'effectuer aussi simplement que possible; un appareil qui peut s'élever par ses propres moyens sera plus avantageux que celui qui exige des organes spéciaux de lancement. Encore faut-il que le départ ne demande pas un sol exceptionnel, mais qu’il puisse se faire à peu près sur n'importe quel terrain, pourvu que celui-ci soit suffisamment dégagé.
Ensuite, il est indispensable que l’aéroplane enlève deux hommes, Il semble impossible, en effet, dans l’état actuel de l'aviation, qu'une seule et même personne dirige l’appareil et fasse la reconnaissance. Si
bien douée qu’on la suppose, cette personne serait trop absorbée par la manœuvre pour conserver la liberté d’esprit nécessaire à l’observation. Celle-ci sera d’ailleurs, très difficile à bord d'un aéroplane, en raison de la grande vitesse de translation : elle devra ètre effectuée par un officier très exercé, bien au courant de la situation tactique et qui sache à l’avance sur quels points porter son attention. Ainsi, pilote et observateur sont tous deux nécessaires, l'habileté de l'un laissant libre cours à la perspicacité de l’autre.
L'aéroplane, une fois parti, montera tout de suite à une hauteur convenable pour être bien dégagé des obstacles et pour les franchir sans difficulté. Puis, arrivé dans la zone d'observation, il devra s'élever à une altitude suffisante pour que l'observateur puisse fouiller le terrain et découvrir les troupes dissimulées derrière les abris. Cette altitude devra être d'autant plus grande que le pays sera plus ecevert et plus accidenté: elle ne sera généralement pas inférieure à 100 mètres et sera comprise, si possible, entre 200 et 300 mètres.
Ce n’est pas qu'à 100 mètres, ni même à 200, on puisse se croire à l'abri des projectiles ennemis; mais l’aéroplane, grâce à son extrême mobilité, sera dhffcile à atteindre, et, d’ailleurs, quelques balles dans sa voilure ne lui feront sans doute pas grand mal. Quant à l’artillerie, elle aura fort à faire pour régler son tir sur un but aussi rapide et aussi fugace. D'autre part, il n’est pas nécessaire de s’avancer jusqu'au-dessus de l’ennemi pour le reconnaître ; l’cbservation est possible à plusieurs kilomètres de distance, à la condition de monter assez haut.
Le terrain se déroulera vite sous les yeux de l'observateur, trop vite parfois, et, malheureusement, l’aéroplane ne peut ralentir sa marche à volonté. Lors done qu’il sera utile de prolonger l'observation sur un point particulièrement intéressant, l’aviateur décrira des orbes à l'instar des oiseaux planeurs.
Quant à la durée de la reconnaissance, elle sera évidemment très variable, suivant les circonstances et le but à atteindre; mais, si l’on songe qu’un aéroplane marche généralement à une vitesse d’environ 60 kilomètres à l’heure, il semble que deux heures lui suffiront le plus souvent pour remplir la mission qui lui sera confiée, si cette mission ne dépasse pas le cadre d’une reconnaissance tactique.
Voilà ce dont doit être capable un aéroglane militaire: est-il besoin d’ajouter qu’il devra fonctionner dans des conditions de stabilité, de régularité et de sécurité aussi parfaites que possible? Semblable :ppareil existe-t-il aujourd’hui? Non, sans doute; mais il ne’ semble pas téméraire d'affirmer qu’il peut être construit demain.
Qu’avons-nous vu, en effet, dans les essais de ces derniers mois? Farman, le premier, a osé quitter son
l'Aérophile du 15 Février 1909 Ill
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