LE GYROSCOPE ET L'AVIATION
Au cours de l’allocution prononcée par M. Regnard, le 26 mars 1903, devant la Société Française de Navigation Aérienne, en prenant possession du fauteuil de la présidence de cette Société, il présenta à ses collègues diverses réflexions et idées personnelles qu’il qualifiait d’embryon d'invention.
11 parla notamment, du gyroscope et du parti qu'il serait possible de tirer de ce curieux appareil, d’abord pour assurer l’invariabilité azimutale d’un appareil photographique, dans la prise des clichés en ballon. 11 indiquait aussi le parti qu’il lui semblait possible de tirer du gyroscope pour se procurer un point d'appui dans l'air, en vue de provoquer l’évolution d’un aérostat autour d’un axe vertical, par exemple.
En avançant dès lors qu'on pouvait et que l'on devait s’attendre pour l’ère actuelle à de nouvelles merveilles de la science, et à de colossales surprises, M. Regnard était bon prophète, sans s’en attribuer, d’ailleurs, aucun mérite, et les progrès infiniment rapides accomplis, depuis lors, par les ballons dirigeables et les appareils d'aviation, le portent à revenir sur cette question du gvroscope.
C'est à l’année 1874, qu'il semble qu’on puisse faire remonter la première idée d’une application pratique, importante, du gyroscope, celle du maintien de la direction des torpilles. De nombreux brevets visant l'emploi de cet instrument, soit pour s’opposer au roulis des navires, soit pour procurer un horizon artificiel au sextant ou à d’autres appareils, soit encore pour remplacer ou suppléer la boussole, ont été pris depuis cette époque Il faudrait d’assez longues recherches pour les énumérer tous ; il ne sera cependant pas sans intérêt de citer une application des plus curieuses faite par un ingénieur anglais, à un chemin de fer monorail. D'autres brevets indiquent différents moyens de fournir au gyroscope, d’une manière continue et régulière, la force relativement minime d'ailleurs, nécessaire à l’obtention et au maintien de sa rotation rapide : eau sous pression, air comprimé, électricité. On a proposé aussi le placement du gyroscope dans une chambre close où serait fait le vide en vue d’annuler la résistance de l'air.
Si l’on imagine un gyroscope, dont le poids n'aurait pas besoin d’être considérable, animé d’un mouvement de rotation très rapide autour d'un axe vertical par une petite dynamo actionnée, soit par des accumulateurs, soit par une dynamo génératrice, commandée elle-même, par le moteur de l’hélice et qu’on installe, sur un aéroplane, ce gyroscope dont l’axe serait monté dans une double suspension à la Cardan, il est évident que quelles que soient les variations d’inclinaison, en long ou e:1 travers, de l’aéroplane, par rapport à la verticale, l’axe du gyroscope restera mathénatiquement vertical. Si donc nous prenons sur lui un point d'appui en suspendant momentanément la liberté de sa suspension à la Cardan, nous aurons réalisé un moyen de faire varier l’inclinaison de l’aéroplane, soit dans le sens longitudinal, en vue de modifier la montée ou la descente, soit dans le sens transversal pour résister au chavirement que tendent à produire les virages.
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Un autre mode d'emploi pourrait être proposé, consistant à faire agir automatiquement le gyroscope pour la mise en mouvement des gouvernails de profondeur aussi bien que des gouvernails de direction et même pour la commande du gauchissement des ailes.
Pour obtenir ce résultat, le gyroscope, dont le poids pourrait alors être plus réduit, bornerait sa fonction à établir des contacts électriques réalisant l'embrayage d’un mouvement de commande des cäbles de manœuvre des gouvernails ou de ceux produisant le gauchissement des ailes.
La facilité de régler de semblables contacts à volonté et de donner une grande sensibilité à leur action, et par suite, aux mouvements d'orientation et d’ascension d’un aéroplane, permettrait d’agir par exemple, pour le redressement transversal, bien avant que soit atteint l'angle dangereux signalé récemment dans le savant mémoire de M. Bertin, (Voir Aérophile du 1* février 1909) et de maintenir entre telles limites, qu’on voudrait fixer, l’angle d'attaque dans le sens de la marche, soit pour monter, soit pour planer, soit pour atterrir. Ce serait en quelque sorte, un appareil automatique, remplissant, au profit de l’aviateur, au dire de M. Regnard, la fonction que remplit, chez l’oiseau, son instinct.