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UN CRITERIUM DE LA NAVIGATION AÉRIENNE

Organisé par le VÉLO

Grâce au précieux concours de M. Arthur Porte, directeur du Jardin d’acclimatation, M. Pierre Giffard a établi un criterium de la navigation aérienne dans le grand établissement si justement célèbre. Par suite de cette création, ou pour parler plus exactement de cette superbe récréation offerte au public, des belles et grandioses expériences d’aérostation scientifique qui n'ont plus lieu actuellement qu'en Allemagne et en Russie, s'acclimateront promptement à Paris. En effet, elles y seraient restées populaires comme elles l'étaient il y a 50 ans, si les Pouvoirs publics n'étaient trop absorbés par des soins aussi intelligents que la préparation de poudres qui partent toutes scules et sont plus dangereuses pour les citoyens que pour l'ennemi.

Les inscriptions pour le criterium des ballons sont reçues dès maintenant au Vélo et au Jardin d'acclimatation, sans aucune espèce de droit d'entrée. La liste ne sera close que le 31 août prochain. Les expériences commenceront sur la grande pelouse le 17 septembre.

Les frais de gaz resteront naturellement à la charge des concurrents, chacun payant sa consommation d'hydrogène, comme dans les criterium de voitures automobiles il paiera celle de pétrole ou d'électricité.

Mais le gaz d'éclairage ne coûtera que 135 centimes par suite du prix de faveur que l'administration du Jardin a obtenu de la Compagnie parisienne. Quant aux prix de l'hydrogène pur, il sera réglé par la nature des installations que M. Porte fera établir pour sa fabrication, et nul doute qu'il n'emploie les procédés les plus perfectionnés.

Trois prix 1,0c0, 300 et 200 francs, ont été créés par MM. Pierre Giffard et Arthur Porte en faveur des concurrents qui auront le plus complètement répondu aux conditions du programme.

Déjà cinq inventeurs figurent sur le registre ouvert en mars.

Ce sont MM. René Boureau, pour un aéronef avec moteur à pétrole de trois chevaux; Hague Dever, à Villers-Cotterets, pour un appareil auquel il donne le nom d’Aile-Cycle; Préteux de Voët, à Alfortville; de Santos-Daumont : aéronef avec moteur à pétrole, et Jules Rey, à Paris.

Nous en connaissons d’autres qui se préparent à entrer en ligne et dont nous ne voulons pas trahir prématurément l'incognito.

Les succès obtenus par M. Pierre Giffard dans son criterium des automobiles sont si grands qu'on peut en conclure que le criterium desballons, malgré la complication plus grande de la question, ne produira pas de moins heureux résultats.

Le public qui aime les ballons, en dépit des dédains de l'administration, saura un gré infini aux hommes intelligents et entreprenants qui font de grands sacrifices

pour lui donner un spectacle qui engendre des préoccupations d'une nature réellement intéressante. Une foule sympathique, fatiguée des inepties débitées par une presse politique tombée dans un radotage sénile, viendra admirer le courage de l'inventeur énergique luttant, comme M. de Santos-Dumont au péril de sa vie, avec le plus indomptable des éléments !

L'ouverture de ces arènes aériennes arrive bien, au moment où l’on procède aux préparatifs de l'Exposition de 1900. C'est la protestation du bois de Boulogne contre la résolution de reléguer les ballons près d'un donjon complètement démodé.

Quelles seront les règles du criterium? Quelles seront les épreuves préalables imposées aux concurrents? Quelles seront les méthodes éliminatoires et les mesures de sécurité ? Il est clair que les organisateurs ne les feront connaître d’une façon définitive qu'après le 31 août, alors que tous les concurrents seront inscrits. Mais il n’est pas trop tôt pour s'en préoccuper dans un journal spécial comme l’Aéropluile.

Nous engageons donc nos lecteurs à nous faire confidence des idées que leur expérience peut leur suggérer pour contribuer à l'éclat d'une manifestation à la fois si utile et si opportune.

Wilfrid MONNIOT.

Les Ballons dans la Littérature

(Suite)

Parmi les romans les plus récents dans lesquels les ballons ont joué un rôle, il nous faut encore citer un volume d’'étrennes ayant pris pour titre : Au pôle Sud en ballon, lequel a été publié par la société d'éditions qui a déjà lancé les ouvrages de M. Paul d’'Ivoi : Lavarède et sa famille, dont nous avons déjà parlé.

L'auteur de ce volume, un illustre inconnu, s’est visiblement inspiré du projet d'Andrée pour décrire un voyage au guiderope au-dessus des régions antarctiques du globe. Les aventures des personnages mis en scène ne diffèrent pas sensiblement de celles résultant de pérégrinations au pays des ours blancs, et, au point de vue aérostatique, nous rencontrons encore de telles erreurs qu’il nous est permis de supposer que l'écrivain n’a jamais aperçu un ballon autrement qu'en imagination.

Si l’on peut adresser aux romanciers cette critique concernant l’inexactitude de leurs descriptions, que dire de l'ignorance des illustrateurs de ces œuvres de pure imagination? Pourquoi, puisque l’image doit compléter le texte, ne pas prendre la peine de se documenter afin de donner la représentation fidèle, et non par à peu près de la scène imaginée par le conteur? Ce n’est pas, il faut le reconnaitre, le souci des dessinateurs qui cherchent plutôt l'effet par la composition du sujet que par la réalité des détails.

Aussi, que résulte-t-il de cette façon de procéder, de cette négligence en ce qu concerne la documentation de l'artiste? C’est que l'illustration aide encore au texte pour fausser l'imagination du lecteur au lieu de le corriger, et l'image ajoute son inexactitude à celle du texte pour égarer complètement les idées du public, quand il serait si simple de lui donner la représentation exacte de l'appareil décrit. Cette critique s'adresse à la plupart des dessinateurs ; surtout à ceux des journaux illustrés,

4) Voir l'Aérophile, 1.9 2, f{vrier 1899.

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dont les compositions sont bien souvent risibles en raison des proportions démesurées qui sont données des divers organes aérostatiques, nacelles aussi volumineuses que l’aérostat lui-même, filets en câbles de la grosseur du poignet, ancres fantaisistes, etc., etc., etc. Nous retrouverons ces défauts, provenant du peu de souci de l'artiste, dans un grand nombre de romans scientifiques à ballons.

Avec M. Léo Dex, nous abandonnons les régions peu hospitalières de la glace et des aurores polaires, pour revenir au pays du simoun, déjà entrevu dans Cing semaines en ballon. Dans cet ouvrage intitulé Du Tchad au Dahomey en ballon, tout n’est pas fiction ; au contraire, l'auteur a développé, sous forme de roman, un projet très sérieux et qui pourrait fort bien être mis à exécution avec grandes chances de succès.

Ancien élève de l'Ecole polytechnique, M. Dex a étudié la possibilité de traverser l'Afrique, comme Fergusson, le héros de Jules Verne, en utilisant l'aérostat moderne comme engin de locomotion, et il s'est convaincu que la chose était parfaitement possible, à la condition d'avoir un ballon de très grand volume, bien imperméable, et de naviguer le plus possible au guiderope. Un projet d'expédition a même été ébauché; le lieutenant Hourst, dont on se rappelle le magnifique voyage d'exploration dans le centre de l'Afrique, devait prendre le commandement de la caravane aérienne; il ne manquait plus que la chose principale : l'argent, les trois cent mille francs de la construction du ballon, et comme cette somme n’a pu être réunie jusqu'à présent, la traversée aérienne du Sahara demeure à l’état de projet séduisant, assez séduisant pour que son principal promoteur en ait déduit tout un roman aux péripéties intéressantes et au moins vraisemblables.

Avec Un héritage dans les airs, de M. Théodore Cahu, nous retombons dans le roman d'aventures genre Louis Noir, et l’auteur se préoccupe fort peu de décrire un appareil dirigeable possible, et pourtant, dans cet ouvrage comme dans Le corsaire aérien, de M. Brown, le ballon constitue le moyen d'intérêt principal, la charnière du drame, et il n'en eût pas beaucoup coûté à l'auteur d'éviter certaines erreurs par trop grossières et dont la répétition enlève tout intérêt à l’action. Et l'illustration ne sauve pas le texte, malheureusement.

Tels sont les principaux romans scientifiques, publiés depuis la guerre, et dans lesquels les auteurs ont cru bon d'utiliser, comme un nouveau moyen d'intérêt, les conquêtes de la science, et, parmi elles, les ballons qui paraissent pouvoir se prêter à tous les caprices de l'imagination, aux traversées les plus inouïes, aux aventures les plus extraordinaires. Hélas! comme la vérité est loin de cette agréable fiction î

Certes, rien de mieux pour un littérateur que de s'efforcer, par tous les moyens en son pouvoir, de susciter l'intérêt du public et tenir le lecteur haletant sur les péripéties d'un voyage plus ou moins invraisemblable. C'est le droit de tout écrivain de chercher, partout où il croit le trouver, le procédé nouveau, le #rus, si l'on veut, qui peut accroître l'émotion de son œuvre. La seule chose que nous dépiorons, après avoir parcouru tous les écrits de ce genre, est le dédain des auteurs et de leurs collaborateurs pour l'agencement et la représentation d'appareils qui existent, dont on connaît jusqu'au tréfond aujourd'hui les plus délicates conditions de fonctionnement. C'est beau l'imagination, mais le souci de la vérits est plus beau encore et surtout plus utile, et jamais on n'eût songé à adresser au roman scientifique le reproche de fausser le jugement de ses innombrables amateurs, si les chefs de ce genre de littérature contemporaine avaient daigné se renseigner avant d'écrire et se conformer aux lois inflexibles de la raison et de l'expérience.

Henry de GRAFFIGNY,

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