M. ABEL COROT
Abel Corot est né à Paris le 11 juin 1847. La mort de son père, ingénieur distingué, le surprit très jeune, au milieu d’études commencées au lycée Charlemagne, il dut alors renoncer à terminer ses classiques pour se préparer pour les Arts-et-Métiers. Trois ans après il sortait médaillé de l’école d'Angers. Dés sa sortie de l'école il entra comme dessinateur chez Flaud, avenue de Suffren, qui avait encore, à cette époque, le monopole de la fabrication des injecteurs Giffard : de là ses relations avec l'illustre ingénieur, et la cause de sa vocation aéronautique.
Le ballon captif de 1867 fut installé sur les terrains de l'avenue de Suffren dépendant de ladite usine, Corot prit une part active à sa construction et à son installation, et eut de ce fait la double bonne fortune de faire sa première ascension captive et de connaître Gabriel Yon.
L'année suivante lui fournit l’occasion d'appliquer ses nouvelle connais-
sances, dans l'étude et la construction du ballon captif de Londres, et dans les études autrement difficiles et intéressantes d'un appareil à production d'hydrogène pur, par la voie sèche, qu'imagina Giffard ; la guerre de 1870 vint interrompre ces travaux. Corot faisait partie des bataillons de mobile, formés par le maréchal Niel, et de celui envoyé à Châlons, qui fut rappelé à Paris par Trochu. Il termina le siège de Paris, en garnison à Saint-Denis, après avoir fait tout son devoir au combat du Bourget.
Il vint ensuite reprendre sa place à l'usine Flaud, et terminer la construction de l'appareil Giffard, qui fournit le gaz nécessaire à sa première ascension libre, exécutée en compagnie de Gaston Tissandier et de Jules Godard. Voilà Corot aéronaute ; trois ans plus tard il est ingénieur de la maison Flaud et conduit, en cette qualité, les études et la construction de l'appareil à gaz hydrogène par voie humide qui servit de type, pour l'établissement du grand appareil à gaz, construit pour le ballon captif de 1878, de Henry Giffard, et qui fournissait en 25 heures, le gaz nécessaire au remplissage de ce gigantesque vaisseau aérien |
Lorsqu'en 1879, le captif fut réinstallé, il en dirigea l'exploitation, avec Gabriel Yon, Eugène et Jules Godard et Camille Dartois.
Jusqu'en 1884, Corot continue ses études et travaux techniques au service de la Société lyonnaise, devenue le successeur de M. Flaud.
A cette époque, les puissances étrangères songèrent à imiter la France en munissant leurs armées d’un matériel du genre de celui que le capitaine Renard avait créé pour nos compagnies aérostières. L'art de l'ingénieur militaire était doté d'une branche nouvelle grâce aux travaux de nos savants officiers. Gabriel Yon fut chargé d'établir un parc militaire pour le gouvernement italien et pria Corot d'en faire les études au point de vue mécanique et chimique.
Depuis lors, citer tous les travaux dus à la collaboration partielle ou totale de Corot, en aérostation, consisterait a établir une liste à peu près complète de tout ce qui a été fait d'intéressant en cette industrie nouvelle.
En 1866, Corot reçut la médaille du travail, récompense bien minime de ses trente années d’un travail acharné au service d'une même maison.
Nous venons de raconter, bien succintement du reste, la carrière, encore pleine de promesses d'un travailleur érudit et infatigable pourtant, à peine connu du public : c’est qu'en aérostation, la renommée ne s'est pas encore habituée, a mettre en lumière le savoir réel : celui ayant pour seules bases le raisonnement et la science !
On peut dire de Corot, qu'il est comparable à ces maisons de réputation sûre, s'appuyant avec plus de tranquilité sur la perfection de leurs produits, que sur une éphémère et tapageuse réclame, qui ne détourne pas le véritable amateur, sachant à quelle porte il faut frapper pour avoir la pièce de choix. Corot travaille avec recueillement derrière cette porte; et nous sommes quelques-uns qui avons le privilège d'y pouvoir frapper avec succès, quand un encouragement ou un conseil sûr, nous sont utiles. Nous avons la bonne fortune d'y trouver plus précieux encore : la franche et bonne poignée de
main de l'ami, au sourire toujours bienveillant! Edouard SURCOUF,
L'AÉROPHILE SI