V. CABALZAR
TSI S PE EAMEARS
RELATIFS À L'AÉRONAUTIQUE ET AUX SCIENCES QUI S'Y RATTACHENT DEMANDES EN FRANCE Du 12 Septembre au 4 Novembre 1898
281.310. — 12 Septembre 1898. — Dupuis : Direction des aérostats par la combinaison du plus lourd et du plus léger que l'air, au moyen d'un appareil indépendant tournant sur pivot, dénommé aéronef- Gabriel Dupuis.
281.425. — 16 Septembre 1898. — Heinitz Simpson : Perfectionnements dans les thermomètres à maxima.
281.090. — 8 Octobre 1898. — Marfaing : La chronométrie, nouveau moyen graphique de procéder pour tous indicateurs.
282.255. — 13 Octobre 1898. — Bretton : Nouveau système d'enregistreur pour appareils de météorologie.
282.353. — 22 Octobre 1898. — Czarniakowski : Hélice pneumatique destinée à résoudre le problème de la navigation aérienne.
823.163. — 4 Novembre 1898. — Gardner : Perfectionnements aux procédés pour
effectuer des ascensions aériennes captives.
(1) Communication de MM. Marillier et Robelet, Office International pour l’obtention des brevets d'invention en France et à l'étranger, 42, boulevard Bonne-Nouvelle, Paris.
} PSC PAUL E Directeurs : GEORGES BESANCON et WiLrRiD DE FONVIELLE
7e Année — N° 2 Février 1899
PORTRAITS D'AÉRONAUTES CONTEMPORAINS
M. A.-LAWRENCE ROTCH
Abbott-Lawrence Rotch naquit le 6 janvier 1861 à Boston, où il entra à l'École polytechnique. Il en sortait avec le brevet d'ingénieur en 1884 et, un an plus tard, il fondait à Blue Hill, la colline la plus élevée des environs, un observatoire devenu, grâce à ses talents et à son activité, populaire dans le monde entier.
En 1885, M. Rotch entreprenait un voyage en Europe pour visiter les observatoires de montagne. Ses impressions de touriste scientifique furent publiées dans l'American meteorological journal, feuille qu'il rédigeait avec M. Harrington, awourd'hui directeur du service météorologique américain. ÏT participa ensuite à trois expéditions scientifiques, afin de mesurer l'intensité du refroidissement produit dans l'atmosphère terrestre par les éclipses totales
ï} FÉVRIER 1899
de soleil. Dans ce but intéressant, pour lequel les ballons rendraiïent de si essentiels services, il se rendit en 1887 en Russie, en 1889 en Californie et en 1893 au Chili. En 1890, il accompagnait M. Teisserenc de Bort dans une exploration météorolozique exécutés dans le Sahara. M. Rotch fut nommé membre du jury de l'exposition de 1889, où il représenta le gouvernement des États-Unis dans les congrès de météorologie et de climatologi®. En reconnaissance de ses services dans cette solennelle occasion, le gouvernement français le nommait chevalier de l'ordre de la Légion d'honneur. En 1890 et 1892, il collabora aux travaux météorologiques exécutés par M. Vallot dans le massif du Mont-Blanc.
En 1891, il prenait part aux délibérations de la conférence météorologique de Munich et en 1894 à celle d'Upsal qui, deux ans plus tard, publiait grâce au concours de M. Teisserenc de Bort, un atlas des nuages.
En 1896, lorsqu'il représentait le gouvernement américain à la conférence de Paris, il exposa pour la première fois en Europe, sa méthode d'exploration de l'atmosphère à l'aide des cerfs-volants. A la suite de cette remarquable communication, il fut nommé membre de la Commission aéronautique internationale qui venait d'être organisée.
Il était déjà familier avec les questions aérostatiques, car il avait exécuté en 1889 deux ascensions montées à Paris, et une troisième en 1391, à Berlin, avec M. Berson. Cette dernière ascension avait pour but de comparer les indications du thermomètre fronde, avec celles du thermomètre à ventilation de M. Assmann.
En 1808, M. Rotch se rendait à Strasbourg pour prendre part aux travaux de la Conférence internationale des ballons-sondes et le mémoire qu'il a présenté a été publié 7 extenso dans le volume du protocole de cette session.
Il profita de son voyage en France pour commander à M. Gaumont, directeur du Comptoir général de photographie, un appareil analogue à celui. de M. Cailletet, mais qui ne fonctionne que lorsque le cerf-volant atteint une altitude déterminée à l'avance. Cet appareil, d'une délicatesse merveilleuse, ne pèse que 3 kilogs.
e retour à Boston, M. Rotch a été invité à donner une série de six conférences sur l'exploration de l'atmosphère; pour ces six leçons on lui a payé une somme de 4,500 francs, générosité à laquelle les savants français sont bien loin d'être accoutumés, car généralement on ne leur donne qu'un verre d'eau sucrée.
M. Rotch est, depuis longtemps, membre de la Société météorologique de France et membre honoraire du Club alpin français. Il est membre étranger de la Société de médecine publique de Belgique, et membre correspondant de la Société météorologique allemande, ainsi que de l'Association britannique pour l'avancement des sciences.
L'observatoire que ce savant dirige depuis sa fondation, est aujourd'hui un établissement de premier ordre, ayant un budget de 20,000 francs fournis par les pouvoirs publics. M. Rotch n'a pas moins de trois assistants soldés à l'année.
Grâce aux documents qu'il a mis à la disposition de la rédaction, il nous
L'AÉROPHILE I
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sera possible de compléter ultérieurement les renseignements que nous avons déjà donnés sur cette remarquable création.
Nos lecteurs auront alors sous les yeux non seulement une biographie complète de l'auteur, mais un résumé non moins exact des résultats obtenus depuis 1894, époque où la méthode des cerfs-volants a été inaugurée jusqu'à la date de notre publication. C’est la première fois que cet ensemble sera mis sous les yeux du public européen, nous le donnerons dans notre prochain numéro.
Wilfrid de FONVIELLE,
Les Ballons dans la Littérature
Pour intéresser et émouvoir le lecteur, les romanciers ont fait appel à toutes les ressources de leur imagination. Après le roman historique, est venu le roman de cape et d'épée, puis, mettant en scène les innombrables découvertes de la science moderne, les écrivains ont imaginé le roman scientifique, d'aventures et de voyages, où la fiction est plus ou moins habilement dissimulée sous l'apparence de la vérité.
Tour à tour, toutes les inventions, même celle à l'état de germe hypothétique, toutes les applications du génie humain ont été utilisées dans ce genre de littérature qui caractérise bien cette fin de siècle. Bateaux sous-marins, scaphandres, automobiles, ballons, ont été employés par les écrivains comme des moyens de développer des situations nouvelles et du plus vif intérêt. On a écrit des romans géographiques, cosmographiques, astronomiques, chimiques, et les sciences les plus ardues ont servi de base ou de cadre à une action dramatique plus ou moins bien combinée. Mais le malheur est que, la plupart du temps, ces notions scientifiques sont dénaturées, défigurées, torturées pour les besoins de la cause, c'est-à-dire du roman, et que ce genre d’écrit fausse le jugement et les notions de ceux qui les lisent et ne connaissent pas exactement la science traitée, — ou plutôt maltraitée dans ces livres.
Je ne m'occuperai ici que de l'usage qui a été fait des ballons dans de nombreux romans, et montrerai quelles erreurs, quelles bourdes souvent grossières, ont été commises par les écrivains qui se sont servis de l’aérostation comme d’un puissant ressort d'intérêt, erreurs et fautes qu'il eût cependant été fort aisé d'éviter en prenant la peine de puiser ses renseignements à une source sûre.
A tout seigneur tout honneur, parlons donc, en premier lieu, des ouvrages du créateur du genre « roman scientifique », Jules Verne, dont le talent de littérateur n'est pas en cause, je m'empresse de le répéter, pour éviter tout malentendu.
Les ouvrages du maître écrivain sont universellement connus et ont fait la joie de plusieurs générations de lecteurs. Que d'impossibilités, d'invraisemblances et d'erreurs de tous genres sont cependant contenues dans chacun de ces romans, dont l'action dramatique est souvent si heureusement conduite! En ce qui concerne l'aérostation, que d’'assertions erronnées dans Cing semaines en ballon, Un drame dans les airs, Robur-le-Conquérant, Les naufragés de l'air. Jules Verne, malgré son immense talent, montre dans ces récits une ignorance absolue de la constitution et de la manœuvre des ballons, et, si un maitre incontesté comme lui a considéré comme inutile le souci d’être exact, on peut penser combien ses émules ou ses
imitateurs ont pu négliger à leur tour ce soin, pour tomber dans la stupidité pure.
Un volume ne suffirait pas à relever ces innombrables bourdes qui fourmillent dans tous les romans où les ballons interviennent. Citons-en quelques-unes seulement à titre d'exemple.
Dans Les grimbeurs de rochers, le capitaine Mayne-Reid nous dépeint une montgolfière en peaux d'anguilles, d'au moins dix mètres cubes de capacité, devant enlever un aéronaute. Elle ne s'enlève pas, il est vrai, mais l’auteur donne comme explication la raréfaction de l'air, le lieu du départ étant situé à 4,000 mètres d'altitude dans l'Himalaya.
Les montgolfières, dont on connaît la faible puissance ascensionnelle spécifique, ontété mises à profit par plusieurs romanciers, tels que Louis Noir (Le lion du Soudan), Boussenard {Aventures d'un héritier autour du monde) et bien d’autres, et chaque fois l'auteur fait trainer à ces modestes globes des poids formidables.
Au milieu des romans sortant de la plume des gens connaissant bien les ballons et ayant même voyagé dans les nuages, comme le capitaine Driant, on trouve des lapsus inexplicables. Dans la Guerre en ballons, l'auteur, après avoir décrit un ballon-cigare contenant une carcasse intérieure rigide, oublie cette rigidité et décrit ensuite le gonflement de ce dirigeable tout comme s'il ne comportait aucun arceau interne. Oubli ou négligence ?.….
Quand il s'agit de navigation aérienne, d'appareils volants, l'imagination vagabonde des auteurs se donne libre carrière, et invente des appareils fantaisistes, plus qu'étranges, et ne reposant que sur des données invraisemblables. Tel le navire aérien, à la fois ballon et oiseau, en forme de sabot, composé de plaques de liège et pourvu de deux ailes de 800 mètres carrés, à l’aide duquel M. Brown, dans la Conquête de l'air, fait accomplir le tour du monde en quarante jours à ses personnages. Ce voyage ne sera bientôt plus un tour de force et n’exigera pas l’intervention d'un ballon plus où moins dirigeable, car en 1900, après l'achèvement du chemin de fer transsibérien, le tour de la terre pourra être effectué en trente-six jours au plus.
Calvet (Dans maille ans), Robida (Le vingtième siècle) nous ont décrit des navires aériens plus ou moins extraordinaires, mais on sait que ces étranges véhicules sont des créations fantaisistes et le spirituel dessinateur ne nous donne pas ses chars aériens comme des choses possibles, ainsi que font beaucoup de romanciers scientifiques, qui oublient constamment au cours de leur roman les circonstances particulières dans lesquelles ils ont disposé leurs personnages. M. Andrée Laurie, entre autres, dans un roman intitulé le Rubis du grand lama, nous décrit un aéroplane mesurant plus d'un hectare de superficie et qui glisse sur les couches d'air avec une rapidité de 200 kilomètres à l'heure. Cependant, malgré cette vitesse fantastique, les cordages descendant du bord pendent verticalement comme le guiderope d'un aérostat par un temps calme. Jules Verne, plus consciencieux, n’a pas, lui, négligé de rappeler les effets de la chasse d'air résultant de la grande vitesse de marche, et il les a exactement décrits dans Robur le Conquévant.
Avec Robida, le spirituel dessinateur, la science perd ses droits et seule la fantaisie la plus ingénieuse souvent préside à la conception de ses dessins. Inutile de rappeler les bombardes aériennes et les aérostats blindés des Aventures de Saturnin Farandoul, les aéronefs pour gendarmes et policiers du Vingtième siècle: tout le monde connaît ces amusantes et humoristiques compositions et nous n’insisterons pas.
Dépassant hardiment la sphère de notre mondicule, des romanciers ont envoyé des aéronautes se promener dans la Lune, Sans remonter à Cyrano de Bergerac et
à Goodwin (L'homme dans la Lune), nous reconnaitrons que le satellite de la Terre a été souvent choisi comme but de promenade par des rêveurs s'imaginant que l’aérostat léger pouvait s'élever jusqu'à ce disque brillant, ce monde nouveau et sans doute si différent du nôtre.
Edgar Poë, dans son petit roman le Voyage à la Lune, a donné un modèle du genre et bien de ses successeurs n’ont eu d'autre peine que de le copier. Edgard Poë était en effet assez instruit et d’un esprit suffisamment déductif pour n’'oublier dans son récit aucun des phénomènes réels auxquels pourraient assister un aéronaute franchissant un pareil trajet qui laisse, loin derrière lui, même le grand voyage de 24 heures de Louis Godard.
Mais bien des auteurs récents n'ont pas imité Poë en ce que ses descriptions peuvent présenter d’exactitude et de vérité chaque fois qu'il s’agit d'une chose existante ou déjà observée. Parmi ceux-ci, on peut placer M. Georgës Le Faure, mon collaborateur dans l'ouvrage de vulgarisation astronomique les Aventures d'un savant Russe, où se trouve, entre parenthèses, un aéroplane à vapeur çoncu suivant des données relativement exactes. M. Le Faure, littérateur, a publié un in-8° illustré ayant pour titre les Robinsons lunaïres. Dans ce roman d'aventures interlunaires, le morceau principal, l'engin de locomotion employé est un ballon fusiforme en aluminium, avec soufflet extensible en son milieu et un moteur à aspiration et refoulement du vide ! Relever les erreurs, les bourdes formidables, les âneries dont fourmille cet indigeste volume, qui ne se sauve même pas par l'intérêt et la trame même du récit, est d’ailleurs inutile. C'est de l’insanité pure, heureusement le public n'est pas si inintelligent qu'on le fait : les Robrnsons lunaires et leur ballon sont passés discrètement sans appeler l'attention sur eux autrement que pour provoquer dès leur deuxième page des haussements d'épaules du lecteur le plus illettré. Paix à leurs cendres!
Un autre écrivain, qui s’est adonné à un genre de romans qui rappelle ceux de Verne, mais avec d’autres qualités et aussi d’autres défauts, c'est M. Paul d'Ivoi, qui a publié les C2ng sous de Lavarède, et le Cousin de Lavarède, en in-18 ordinaire et in-8° illustré, à l’ancienne libraire Furne.
Dans les Cing sous de Lavarède, au milieu des périls sans cesse renaissants que le principal personnage doit traverser, ce qui nous intéresse plus particulièrement, c'est une traversée aérostatique de Pékin au Thibet dans un ballon qui se trouve là à point nommé pour sauver une fois de plus l'intrépide Lavarède. Tout est prodigieusement invraisemblable dans ces aventures inouïes et sans arrêt, les descriptions, autant que nous en avons pu juger, sont en grande partie inexactes, mais au total c'est intéressant et se lit d'un bout à l'autre en raison de la verve réelle dépensée par l’auteur qui n’a qu'un tort, avec la brillante imagination dont il fait preuve : celui de ne pas se documenter avec plus de soin.
Dans le Cousin de Lavarède, dont la charpente mélodramatique est un peu faiblarde, nous trouvons un aéroplane-oiseau, conduit par un équipage de fous, intervenant providentiellement pour sauver le principal personnage, sa fiancée, son ami l’astronome Astéras (un nom bien choisi pour un astronome) et même le traître indispensable à tout roman qui se respecte. Cet aéroplane ne descend jamais à terre sauf au pôle Nord où sont ses réserves et son port d'attache, et Lavarède ne parvient à s’en évader ainsi que ses compagnons au nombre de huit, qu'en s'abandonnant aux caprices d’un immense parachute découvert dans la cale.
Le romancier, père de Lavarède, nous paraît doublé d'un ingénieur, mais il ne semble connaitre les aéroplanes que par oui-dire. Bien qu'il s'agisse, la encore, d'une œuvre d'imagination pure, il n'en coûterait pas beaucoup de se renseigner exactement, et si M. Paul d’'Ivoi avait consulté quelques instants les remarquables
mémoires récemment publiés sur la Navigation aérienne et les machines volantes par l'ingénieur Rodolphe Soreau, il n'eût pas décrit un appareil de tout point incapable de seulement quitter le sol.
(A suivre). Henry de GRAFFIGNY.