UN TABLEAU AÉRONAUTIQUE
Nous connaissons déjà l'affiche d'art, entre autres celles de Couturier et de Misti, magnifiant la noble science d’Aérostation, mais voici un tableau, dû à un peintre de rare talent, synthétisant d'une façon originale et profonde la gloire du voyage aérien.
Ce tableau se trouve au Salon du Champ-de-Mars, dans la salle 11 de la Société nationale des Beaux-Arts. Il est dàù à M. Friant.
D'un symbolisme clair, il représente la lutte éternelle de l'Homme fuyant le choc tragique des puissances élémentaires. L'aéronaute, dans le frêle osier appendu à la bulle subtile, par l’artifice du lest, s'évade des sombres Nuées filles de Donner le Dieu, clamant l'appel de la Foudre. Les vapeurs sont
douées d’une vie étrange et frissonnante et se revêtent de mystères. Mais déjà le ballon plane dans le ciel limpide du soir revétu de soies roses et émeraudes, il s'élève, il plane, ce que sous lui, sillonnées de blêmes éclairs, grondent encore les Nuées.
Et ce tableau est beau, d'un sentiment panthéiste et wagnérien, suggérant l'évolution continue de la vie universelle, traité avec un art discret et une puissance concentrée tout à fait remarquables.
ES
INFORMATIONS
M. Gcorges Besançon, l'un de nos directeurs, a été victime d'un accident de motocycle assez grave.
Le 29 mai, à 3 heures après-midi, il passait rue Alphonse-de-Neuville à tricycle à pétrole auquel était attelée une remorque où se trouvait son frère. A l'angle du boulevard Berthier, le motocycle versa et il fut violemment projeté sur le sol. Son frère, qui n'avait que quelques contusions sans gravité, le conduisit aussitôt à l'hôpital Beaujon où l’interne de service constata une fracture comminutive et compliquée de l'avant-bras gauche.
Après avoir reçu les premiers soins, M. Besançon fut reconduit à son domicile où M. le docteur Guinard lui prodigua ses soins éclairés.
La rédaction de l’Aérophile tient à remercier les nombreux amis qui ont envoyé à M. Georges Besançon des preuves d'intérêt, en apprenant l'accident dont il a été victime. Nous sommes heureux d'ajouter que M. Besançon est en voie de parfait rétablissement.
ASCENSION DU Véga A WIESBADEN (13 mai). — Par suite de modifications apportées au voyage de l’empereur, arrivé seulement à 3 heures du soir, et de la pression insuffisante de gaz, le Véga, du capitaine Spelterini, retarda jusqu'à 9 heures du soir son départ, qui eut lieu du jardin du Casino de Wiesbaden, salué des acclamations de milliers de spectateurs. Les passagers accompagnant le capitaine, à l'azur sombre du ciel nocturne, étaient MM. Forster, dentiste à Wiesbaden et Hcer, de Zurich. Le Rhin et le Main brillaient dans les feux du couchant. Le feu d'artifice de Wiesbaden était visible et l’on apercevait les cent mille lumières des villes de Wiesbaden, Mayence, Cassel, Darmstadt, Hochst et Francfort, sur laquelle plana trois fois le Véga dans son voyage nocturne. Jusqu'à minuit le croissant de la lune fut visible à l'Ouest, après ce fut un voyage sous un merveilleux dôme d'étoiles, sous lequel le Véga géant demeurait visible, ainsi que le témoignent les appels qui s'élevaient des villages. Durant des heures, l’aérostat frôla les cimes du Taunus et des forêts doucement bruissantes. Les passagers entendaient le gibier nocturne courir à travers les fourrés. La nuit était si calme que M. Heer put sommeiller commodément trois heures en nacelle. A trois heures, les aéronautes quittaient le Taunus pour les paysages enchanteurs de forêts et de collines de la Hesse supérieure. Des bois de hètres où broutaient cerfs et chevreuils apparurent merveilleux dans les premiers feux du jour. Un incomparable lever de soleil illumina de ses rayons de flammes la ville de Giessen, des quantités de petites villes romantiques, des villages, les pittoresques châteaux d'Altenburg et de Filsburg, les campagnes fertiles et les bois à l'infini. Les trains matinaux saluaient de leur sifflet à travers l'azur. Le soleil prit le
72 JUIN 1899 AU AA 2 ES ann 2 ana ie ee RE RAR ue er QU RES ESS
Véga qui s'était maintenu pendant la nuit à une très basse altitude, et le fit monter à 3,800 mètres; la température était de +5 au soleil et de o° à l'ombre. À 6 heures, il se forma sous les voyageurs une épaisse mer de nuages pareille à des glaciers, à des cimes alpestres, à un océan agité. Par les interstices brillaient les villes et villages: sur les vapeurs se jouaient de merveilleux arcs-en-ciel et des effets de lumières. A 7 h.1/2, les passagers atterrirent fort doucement, grâce à la prudence de l'habile capitaine, dans une prairie à côté de la vicille et pittoresque ville de Homberg, près Cassel, à six heures de chemin de fer de Wiesbaden. Ils furent obligeamment secondés pour le dégonflement par les paysans de Holzhausen, qui s'étaient arrachés tout émus aux douceurs du sommeil. Cette ascension nocturne de dix heures est une des plus belles qu’ait accomplies M. Spelterini; elle laissera à ses
voyageurs un souvenir inoubliable.
ACCIDENT A UN BALLON CAPTIF MILITAIRE ITALIEN. — Une bien fâcheuse aventure a contristé la compagnie du génie qui fait les expériences aérostatiques à Monte-Mario, et la population romaine.
Le 13 juin, vers 10 heures du matin, un officier et un caporal étaient dans la nacelle du ballon captif qui devait faire sa manœuvre habituelle. À la suite d’un coup de vent trois cordes se sont cassées et le ballon s'éleva rapidement dans l'air en emportant un soldat qui avait cru pouvoir, par le poids de son corps, contrebalancer la force ascensionnelle. Tout effort pour faire passer le soldat, Oreste Vacca, dans la nacelle fut inutile, et, arrivé à une hauteur de 500 mètres, le malheureux, fatigué, lâcha prise en tombant sur la rive gauche du Tibre, près du pont Milvio.
Le docteur Scipione de Rossi qui se trouvait par hasard à peu de distance accourut immédiatement, mais tout secours était inutile ; le pauvre Vacca était un informe amas de chair et d'os.
Le ballon continua vertigineusement sa course et ne put atterrir qu'a Orte; la descente fut extrêmement périlleuse.
Nous apprenons que le caporalet l'officier se sont jetés du ballon près du pont Salario et que le caporal s’est cassé une jambe.
L’officier semblerait indemne; on dit également qu'un autre militaire qui se trouvait dans la nacelle est sain et sauf.
LE BALLON-SONDE RUSSE. — Une lettre du colonel Kowanko, commandant l'établissement aéronautique d’'Edolkovo-Polie, près de St-Pétersbourg, confirme la découverte du ballon-sonde russe Kobtzik. Ce ballon, lancé le 14 mars, a été découvert au commencement de mai dans le Chendrutz, sur le territoire du village Iogoursky, éloigné de plus de 86 kilomètres de Totma, dans le gouvernement de Vologda, à 800 kilomètres à l’est-sud-est de St-Pétersbourg, direction opposée à celle de tous les autres ballons-sondes.
L'enveloppe était déchirée ainsi que le papier du panier parasoleil disposé suivant le système de MM. Hermite et Besançon. Les instruments et les diagrammes ont cté trouvés intacts et à la date du 20 mai ils étaient entre les mains des fonctionnaires de l'observatoire de physique.
Ce ballon du cube de 400 mètres et du poids de 32 kilogrammes a été construit à Paris avec les fonds de la Société impériale de Géographie de St-Pétersbourg.
Le Direcieur.Gérant : Georges BESANCON.
Directeurs : GEORGES BESANCÇON et WirFriD DE FONVIELLE
fe Année — N° 7 Juillet 1899
PORTRAITS D'AERONAUTES CONTEMPORAINS