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M. ERNEST ARCHDEACON

Vice-Président de l’Aëro-Club

Ernest Archdeacon est né à Paris, en 1863, d'une famille riche e influente. Tout en le destinant au barreau, son père lui fit donner une forte éducation scientifique, de sorte qu’il fut à même de comprendre les progrès de la science moderne, de s’y intéresser et d'y participer activement.

Ayant bientôt jeté sa robe aux orties, Archdeacon put apporter dans la grande industrie les qualités les plus précieuses de la finesse, de la hardiesse et de l’ingéniosité.

Il s'adonna d'une façon presque exclusive à la locomotion sous toutes ses formes: il cultiva cette branche capitale de la mécanique appliquée avec entrain et avec courage: exposant à la fois sa personne et ses capitaux, car il n’est pas de l'école de ceux qui croient que les affaires doivent être exclusivement l'argent des autres.

Il devina Serpollet et lui donna les moyens de construire « la voiture sans chevaux de Montmartre », dont chacune des sorties eut pendant plusieurs années le privilège de mettre en rumeur les badauds de Paris. Il créa, toujours de ses deniers, à Suresnes, une fabrique de voitures et de canots automobiles. Une puissante maison de Londres venant joindre ses efforts aux siens, l'usine de Paris-Singer fut fondée.

Si Archdeacon se passionna pour l'automobilisme, ce n'était pas seulement parce qu'il avait l'ambition de se déplacer avec la vitesse du vent sur les chemins trop souvent orniéreux de la terre, c'était surtout avec l’idée de voyager dans le pays des nuages où l'on ne ramasse pas de pelles et où la poussière des routes n'incommode jamais les excursionnistes.

Il y a quarante-huit ans, lorsque Giffard exécutait sa grande expérience de direction aériennne, sa machine de trois chevaux et ses agrès ne pesaient pas moins de 600 kilogrammes ; aujourd’hui, le même moteur n'en demande que 70 à 80, et l’on entrevoit encore de nouveaux progrès très prochains! Quel immense avenir ouvert devant le génie humain !

Ernest Archdeacon l’a compris dès le commencement de sa carrière d’inventeur. Déjà en 1884 il faisait sa première ascension avec François Lhoste, qui depuis Pilâtre est certainement le plus hardi des aéronautes français et étrangers. Mais l'enthousiasme d'Archdeacon pour son initiateur n'allait pas jusqu’à le suivre aveuglément. Il faut lire dans les colonnes de l’Aérophile (1) les pages dans lesquelles Ze chauffeur écrivain raconte le drame de la réascension de l’Arago. Ces lignes resteront burinées dans l'histoire des ballons français !

François Lhoste n’a pas été englouti tout entier avec Joseph Mangot. En effet, l'armement du Zorpilleur, à l'aide duquel les deux collaborateurs avaient exécuté leur traversée de Cherbourg à Londres, a été perfectionné par Ernest Archdeacon et Frédéric Lhoste, qui ont envoyé à l'exposition aéronautique de l’Automobile-Club le fruit de leurs récentes combinaisons, et se préparent à l'expérimenter prochainement.

Archdeacon n'a point exécuté moins d’une trentaine d'ascensions dont une douzaine avec les deux frères Lhoste, et les autres comme capitaine du ballon.

Un grand nombre étant déjà connu de nos lecteurs, nous n’y reviendrons point, mais nous ne pouvons nous empêcher de citer, parmi celles qui ont été exécutées avec Frédéric Lhoste, les expériences de tir à bord de l’Alsace-Lorraine. La nacelle avait été préalablement éloignée de l’appendice, à l’aide d’un système de moufle manœuvrant en l'air.

Nous parlerons également du voyage de Paris à Coblentz où le ballon a

(1) Numéros 1, ? et 3, janvier, février et mars 1894.

été visité, très courtoisement du reste, par les autorités prussiennes, et celui de Paris à Landerneau, remarquable par la distance parcourue.

Parmi les ascensions que dirigea Archdeacon, notons celle de Paris à Chavannes, dans l'Yonne, où il expérimenta un baromètre extra-sensible dont l'aiguille variait d’un millimètre par mètre, ce qui lui a permis de dépenser son lest avec tant de précision qu’il a successivement débarqué en route tous ses passagers, l’un après l'autre; et celle de Paris-Mézières où il fit parcourir en deux heures 240 kilomètres à MM. Serpollet et de

La Valette.

Ces trois esprits entreprenants s'étant rencontrés comme les atomes de

Lucrèce se sont joints l’un à l’autre, puis ils ont entraîné, par leur action combinée, d’autres membres de l'Automobile-Club. Déjà cette année, Archdeacon a figuré avec honneur dans les courses organisées par cette puissante société. L'an prochain, il sera un des principaux concurrents des grandes régates aériennes qui auront lieu à l’occasion de l'Exposition, soit au jardin des Tuileries, soit au bois de Vincennes.

Par l'usage qu'il fait de sa fortune, de sa science et de sa plume, Archdeacon a déjà inscrit son nom dans les annales de la navigation aérienne. Les succès réels qu'il a obtenus dans une science nationale par excellence nous autorisent à penser que ses généreux efforts ne seront point perdus pour la solution du grand problème de la conquête de l’air.

Wilfrid DE FONVIELLE.

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