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LE COMTE HENRY DE LA VAULX

Né le 2 avril 1870, au château de Biervilie (Seine-Inférieure), le comte Henry de La Vaulx fut reçu licencié en droit de la Faculté de Paris, avant de faire son volontariat en 1890. Après avoir payé sa dette à la patrie, M. de La Vaulx s'adonna pendant quelques années à l'étude des langues étrangères. Une fois suffisamment pourvu de ce genre de connaissances, trop

souvent négligées dans les meilleures éducations françaises, il partit pour l'exploration de notre empire Indo-Chinois, dont il parcourut les diverses provinces en 1894. Avant de revenir en France, par l'Amérique du Nord, il visita de plus la Chine, la Corée et la Sibérie.

De retour à Paris, en 1805, il n’y restait que le temps nécessaire pour obtenir du gouvernement une mission relative à l'exploration de la Patagonie, région peu connue malgré l’odyssée de l'aventureux avoué français qui avait essayé d'y fonder un royaume d'opéra-comique.

Adoptant en partie les mœurs des Patagons, il parcourait à cheval tout le pays, depuis le Rio-Négro jusqu'au détroit de Magellan, ce qui lui procura l'avantage de passer par une série d'aventures tout à fait extraordinaires.

Le récit de son exploration paraîtra chez Hachette, au mois d'avril prochain, pour célébrer le trentième anniversaire de la naissance de l’auteur. Il n’est pas besoin de prédire un franc succès à un livre vécu par un jeune homme ardent, intelligent et brave, possédant toutes les qualités qui ont toujours distingué les habitants de notre chère patrie.

De retour à Paris, en 1897, il se faisait recevoir membre de la Société de géographie à la suite de remarquables conférences prononcées avec la verve et le naturel qui caractérisent un orateur distingué.

Le Muséum faisait une exposition spéciale des armes, des squelettes, des échantillons minéralogiques, des photographies, des plantes et des animaux qu’il avait recueillis chez les principales tribus, les Araucans, les Pampas et les Tehuelehes.

Il se proposait de repartir pour la Terre de Feu, lorsqu'ayant rencontré M. Mallet, il fut initié par cet habile aéronaute à l'art de la conduite des ballons et exécuta une série d’ascensions heureuses qui lui inculquèrent le goût de l’aérostation.

Le premier voyage du comte de La Vaulx fut exécuté, le 18 juillet 1898, en compagnie du comte de Castillon de St-Victor, ainsi que M. Besançon l'a raconté, à cette place il y a un mois, en résumant la vie de ce sympathique aéronaute.

À six heures du soir les deux amis s'élevaient des arênes de la rue Spontini, sous la direction de M. Mallet. Poussé par un vent d'est très faible, le ballon arrivait au milieu de la nuit dans les environs de la forêt de Rambouillet ; surchargé par une forte rosée, il devait atterrir près de Condé, dans un champ d'avoine. Ayant campé au milieu des épis, les voyageurs repartirent à 6 heures du matin pour redescendre en pleine forêt de Dreux, vingt-trois heures après le commencement de leur ascension.

Cinq jours à peine s’écoulèrent, et les trois voyageurs aériens repartaient du captif de la rue Spontini à la même heure, mais au lieu de rencontrer un calme plat, ils étaient saisis par une violente tempête de l'Ouest qui, en huit heures, les conduisait au milieu du grand duché de Luxembourg,

Depuis lors, il n’est pas de mois où le comte de La Vaulx n'ait exécuté, la plupart du temps sans le concours d’un professionnel, au moins un voyage aérien offrant des incidents curieux, ayant duré longtemps et

De

n'ayant donné lieu à aucun accident. On peut donc considérer le comte de La Vaulx comme un des praticiens les plus distingués qui fassent honneur à l'aéronautique française. Aussi, est-ce avec raison que le Ministère l’a désigné pour faire partie du Comité chargé d'organiser les ascensions aérostatiques au bois de Vincennes.

Ses collègues lui ont offert une place à la commission spéciale chargée de déterminer les conditions d'admission des aéronautes et des aérostats aux concours de 1900, et l'ont appelé à l'honneur de faire partie de la commission exécutive. Il est un des vice-présidents de l’'Aéro-Club et membre de la Société française de navigation aérienne.

C'est lui qui a été choisi par M. Janssen pour conduire le ballon monté par M. Tikhoff, élève astronome de l'observatoire de Meudon, chargé de l'étude des étoiles filantes dans la nuit du 14 au 15 novembre dernier.

L’article que nous publions plus loin sur les observations faites dans cette nuit mémorable, montrent avec quel talent M. le comte de La Vaulx s’est acquitté de cette mission à laquelle il a tenu à s’associer son ami le comte de Castillon de St-Victor.

Grâce à son talent d’aéronaute, cette ascension a donné des résultats scientifiques considérables et marquera dans les annales de la science.

Parmi les autres ascensions exécutées par M. le comte de La Vaulx, il en est quelques-unes qui nous promettent pour l’an prochain un redoutable champion de l'aéronautique française, mais que nous ne pourrions résumer sans nous priver du plaisir d'en apprécier la valeur; nos lecteurs nous en voudraient beaucoup si nous n’en faisions le sujet d’études ultérieures, car il n’en est point qui permettent aussi bien d'apprécier l'importance des services que les aérostats sont appelés à rendre à l’aide de photographies, d'observations optiques ou d'étapes successives dans les pays encore peu connus et d’une exploration difficile.

Wilfrid DE FONVIELLE.

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