G. BLANCHET
Le Ballon dirigeable du comte Zeppelin
Nous sommes heureux de recevoir de notre ami M. J. Sulzberger, de Saint- Gall, de très précieux renseignements sur le ballon du comte Zeppelin, au succès duquel nous nous intéressons vivement.
Si nous avons dit que l'expérience avait été annoncée, c'est que nos renseignements particuliers coïncidaient avec les nouvelles que nous avons trouvées dans les journaux allemands et même dans l'excellent article que M. Sulzberger joint à sa lettre
Nous éprouvons une véritable satisfaction en apprenant que la nouvelle d'une prochaine expérience avait été répandue par des amis plus impatients que l'inventeur et que les essais sont ajournés au printemps.
M. Sulzberger nous fait savoir que le ballon n’a point de carcasse en aluminium mais que son armature métallique est, en quelque sorte, de filet ou de cases dans lesquelles les dix-sept ballons seront glissés probablement avant d’être gonflés. Quoique difficile à réaliser, la construction ainsi entendue est loin d'ètre impossible à exécuter. Nous avions été de plus induits en erreur par la description que le major Baden-Powel a publiée dans l’Aéronautical-Fournal, après avoir visité les travaux. En effet, cet officier dit : & Sur toute cette charpente on étend deux filets en chanvre, de la même manière qu’il y a deux peaux au ballon. » Comme le major est parti rapidement pour l'Afrique australe, et n'a pu corriger les épreuves de son intéressante communication, la rédaction a peut-être commis quelque méprise dont nous aurons été victimes. D'après ce que nous écrit M. Sulzberger, le bruit de l'ascension s'était répandu parce que l’on avait commencé le gonflement de quelques-uns des ballons, mais il paraît que cette opération n'avait pour but que de s'assurer de l'imperméabilité des étoffes qui doivent conserver le gaz d'une façon absolue. Cette faculté essentielle à laquelle on ne saurait attacher une importance trop sérieuse, n’a point été réalisée avec une perfection suffisante.
M. Ekholm a donné un bel exemple à suivre en refusant de participer à l'aventure du ballon polaire dès qu'il a vu que cet aérostat laissait fuir son hydrogène. M. le comte Zeppelin a donné trop de preuves célèbres de son courage pour qu'on ne doive pas le louer sans réserve de prendre les mêmes précautions avant de commencer son expérimentation.
La tâche est fort compliquée et fort lourde, j'avoue que je ne peux m'empêcher de concevoir des appréhensions en considérant l'échelle sur laquelle son ballon est construit.
Je frémis quand je songe qu'il faut lancer dans les airs un ballon dont le cube égale ou dépasse celui d’un grand cuirassé. Mais n'est-ce point le cas de dire : « Audaces fortuna juvat. »
De tels travaux nous reposent du piétinement sur place auquel nous sommes trop habitués en aérostation.
Ajoutons, pour prouver que les photographes avaient eu tort de fourbir leurs objectifs, que le montage n’est même point terminé et qu'il reste notamment à disposer le gouvernail et les deux hélices de propulsion. Les dix-sept ballons ne sont pas tous prêts. Pendant l'hiver, il ne peut être question d'aucune ascension, le lac étant couvert d'épais brouillards.
Ce n’est donc au printemps, aprés le vernissage des ballons, que commenceront
les expériences, Georges BESANÇON.
Observation des Léonides
Le succès de l'observation en ballon de cet essaim célèbre, a été encore plus grand qu’en 1898, précisément parce que les observations terrestres ont été moins mauvaises cette année que l’année dernière. En effet, grâce à ce que l’essaim a été entrevu dans une foule de stations dont les résultats auraient été presque inutiles s'ils n'avaient été complétés par ceux des ballons, l'ascension de M. Tikhoff, de Mie Klumpke et de M. Tereuz, ont démontré d’une façon définitive deux faits capitaux. Le maximum n’a point atteint la valeur extraordinaire à laquelle la majeure partie des astronomes s’attendaient, et le maximum fort ordinaire auquel on a assisté, ne s’est pas produit en retard d’un jour comme on le supposait.
Les observations de 1899 ont donné raison aux conclusions publiées par M. Camille Flammarion, dans le Bulletin de la Société astronomique de France, annonçant que l’essaim des Léonides s’était éparpillé le long de la trajectoire et que l'éclat de l'averse traditionnelle allait en s’effaçant. Fn s'exprimant de la sorte M. Flammarion a été bon prophète puisqu'au lieu d'obéir à des idées préconçues, il s'est borné à interpréter sainement les observations qui avaient été faites.
IL était déja établi que l'averse de 1833 avait été moins abondante que celle de 1799, et que celle de 1866 avait également été moins abondante que celle de 1939:
Cette circonstance prévue par Leverrier, qui l’attribuait à l'action perturbatrice des planétes Jupiter et Saturne, dans le voisinage desquelles l’essaim doit passer lors de chacune de ses révolutions, semble résulter de l’histoire des Léonides, en admettant comme véridiques les assertions des astronomes les plus en renom. En effet, ces savants admettaient que de riches averses dépendant du même radiant se sont montrées dans les siècles passés, ont brillé à différentes époques et ont disparu pendant de longues années. Mais ces conjectures reposant sur de vagues chroniques n'ont en réalité aucune valeur scientifique malgré le mérite des astronomes qui les ont mises en avant.
La détermination de l'orbite des corps célestes, découverts en 1799, est elle-même des plus précaires, et son assimilation à celui de la comète Tempel est tout à fait problématique. Le retard de cette comète, qui devait revenir cette année et qui ne s'est point encore montrée, n’est point fait pour augmenter la confiance dans l’assimilation que M. Schiaparelli s’est cru autorisé à faire.
Malgré le désir bien légitime qu'ont les astronomes de considérer comme suffsantes les données qu'ils recueillent péniblement dans leurs observations ils ne peuvent dissimuler le caractère précaire des résultats acquis par les observations imparfaites qu'on fait à travers les interstices de nuages, dont l'épaisseur varie à chaque instant. Voici, en effet, dans quels termes s'exprime L'annuaire du Bureau des Longitudes pour 1899, dans la note explicative du tableau dressé par M. Denning, et ne comprenant pas moins de soixante-trois radiants d'étoiles filantes.
Dans chaïue nuit de l'année, on peut, d'après les données fournies, évaluer grosso modo à environ six où sept le nombre des points radiants qui apparaissent. Maïs pour la plus grande partie, on ne possède que des données très vagues sur leur position. La quantité de météores appartenant à une même source et la durée de l’émanation sont très variable; pour quelques unes elle atteint à peine quelques heures; pour d’autres elle se prolonge au-delà de quelques semaines. Les diverses étoiles filantes d'un même flux, sillonnent le ciel dans toutes les ditections et s'éteignent après une courte visibilité à une distance plus ou moins considérable du
point de départ, etc.
L'AÉROPHILE 143 RS RER ——
Le besoin d’un mode d'observation moins précaire se fait tellement sentir que l'usage des ballons s'impose pour ce genre d’études.
L'important problème est de diminuer le plus possible l'espace invisible caché par la sphère aérostatique qui couvre le zénith de l'observateur et dont l'étendue peut être évaluée dans l’état actuel des choses à environ un dixième de la surface du ciel apparaissant au-dessus de l'horizon.
Plusieurs projets sont à l'étude pour permettre dans les ascensions aérostatiques de voir le zénith lui-même, mais quelque regrettable que puisse être cette lacune du défaut de visibilité des régions zénithales, elle ne détruit pas le bénéfice de la nouvelle méthode. Il n’y a rien d’absolu dans le diamètre de l'espace caché, on a varié notablement dans les ascensions exécutées jusqu'à ce jour pour l'observation des étoiles filantes en ballon.
L'année dernière, M. Besançon avait fait attacher aux suspentes du filet de l'Alliance, ballon de 13 m. 20 de diamètre, des allonges de plusieurs mètres de longueur de sorte que la nacelle se trouvait assez loin de l’'appendice.
Cette année, l’espace invisible était plus considérable surtout pour l'Aéro-Club dont le diamètre était de 14 m. 50 et dont le filet avait été raccourci par suite d'un dépôt abondant de rosée
Le Centaure était dans des conditions plus favorables, il avait recu des cordes supplémentaires cet son filet avait gardé ses dimensions naturelles. Mais par l'effet du hasard, le ballon le plus avantageusement gréé avait été l'Æirondelle, qui avait servi en 1867 à l'ascension exécutée dans le même but par M. W. de Fonvielle. En cifct, le ballon, qu’on avait gonflé avec de l'hydrogène pur, était d'un cube très faible, comme il servait à des ascensions de l'Hippodrome : il était de forme très allongée ct ses cordes étaient très longues afin de lui donner la forme élégante que les praticiens recherchaient à tout prix. Un ballon semblable suffirait très probablement dans la plupart des cas, au lieu de chercher midi à quatorze heures, il n'y avait qu'à régulariser ce qui a été fait il y a 33 ans.
On voit dans le compte rendu suivant, qu'a publié le journal le Temps, de la séance du 23 novembre, de la Société française de navigation aérienne, que ces idées ont été exposées d’une façon éloquente devant cette société.
« M. Janssen, qui présidait, a donné la parole aux astronomes et aux aéronautes venant rendre compte de la mission qu'ils avaient reçue pour l'observation des Léonides en ballon. L'assemblée était très nombreuse et fort enthousiaste: on y comptait les membres du bureau de la Société astronomique de France et M. Camille Flammarion, son secrétaire général. Mlle Klumpke,qui a fait preuve d'un remarquable talent oratoire, a obtenu un succès des plus vifs.
& M. Janssen a remercié toutes les personnes qui ont contribué au succès de la brillante expérience qui vient d’être faite et en particulier son confrère, M. Læwy, qui s’y est associé en accordant à Mlle Klumpke l'autorisation d’y participer, ainsi que les directeurs des observatoires de Strasbourg et de Pulkowa, qui lui ont donné un caractère international. Il a insisté sur le caractère particulier des observations faites dans l'air absolument pur, où les astronomes peuvent presque toujours parvenir en ballon sans dépasser l'altitude de mille mètres.'Il a fait remarquer que l’histoire, des Léonides en 1899 est la première qui soit connue d'unc façon scientifique depuis l'année 1799, époque de leur découverte. Il a terminé en disant que la méthode aérostatique est susceptible de s'appliquer à l'étude d'un grand nombre d’autres questions astronomiques. L'astronomie est une science envahissante qui demande successivement le concours de toutes les autres. Mais c'est un grand honneur pour chacune de celles qu'elle emploie, car il faut qu'elles commencent à arriver à un certain degré de perfection pour que l’astronomie puisse songer à elles,
oo
L'honneur de la Société française de navigation aérienne sera d'avoir rendu cette utilisation possible. »
Nous emprunterons encore au Temps le compte rendu de la séance de la Société astronomique de France qui a eu lieu quelque jours après.
En la séance de la Société astronomique de France, présidée par M. Callendreau, de l’Institut, Mlle Klumpke a brillamment résumé l’histoire des Léonides et montré que le résultat des observations faites en 1899 dans toute la Terre ont établi la réalité de la grande découverte faite en 1868 par Le Verrier lorsqu'il a annoncé que cet essaim si riche était étranger au système solaire, qu'il y avait été introduit accidentellement, qu'il serait dispersé par la planète Uranus dans le voisinage de laquelle il passait et uniformément réparti le long de l'orbite de la comète de Tempel.
Cette démonstration, si importante pour la gloire du plus illustre astronome français, n'aurait pu être donnée si des observations en ballon n'avaient complété les observations terrestres. M. Janssen, de l’Institut, a confirmé ces assertions et déclaré que la méthode des observations en ballon a fait ses preuves, qu’elle sera employée dans le siècle futur à l'étude d’un nombre considérable de questions d'astronomie physique, l'étude des aurores boréales, de la lumière zodiacale, des éclipses, des comètes, etc., etc. Il lui a prédit un aussi grand avenir qu’à l'analyse spectrale et à la photographie. Il a félicité, au nom de la Société astronomique de France, toutes les personnes qui ont pris part à ces expériences et les sociétés qui les ont préparées.
Après avoir résumé, dans un charmant écho pétillant d'esprit, les brillantes observations faites par Mile Klumpke, le Figaro demandait à quoi servaient ces constatations.
La réponse, sollicitée d’une façon si bienveillante, ne $e fit point attendre, et notre grand confrère apprit à ses lecteurs que ces observations avaient fourni une constatation précieuse des idées de Le Verrier et a ajouté un élément essentiel à la gloire du plus illustre des astronomes français. On ajoutait que, dorénavant, grâce à ce brillant succès, l'astronomie en ballon pouvait être considérée comme fondée et qu'une branche immense venait s'ajouter au domaine le plus français de tous les arts.
W. MONNiot.
Congrès international d'Aéronantique de 1900
Le congrès d’aéronautique se tiendra à l'observatoire de Meudon, du 15 au 20 septembre, à l'issue du congrès de météorologie. Il sera présidé par M. Janssen. Toutes les communications y relatives doivent être adressées à M. Triboulet, secrétaire général, 10, rue de la Pépinière.
Le succès de la manifestation parait assuré.
En effet, le nombre des souscripteurs ayant déjà versé leur cotisation qui est de dix francs, s'élève déjà à plus d’une cinquantaine. En 1899 il n'était que d'environ 80!
Comme il l’a fait en 1880, le congrès publie une circulaire dans laquelle il insère une espèce de table de matières indiquant les différentes questions dont le congrès peut s'occuper.
Cette sorte d'inventaire a des dimensions considérables, on y trouve indiqué une foule de questions.
On y voit figurer pour la première fois les recherches relatives à l'astronomie, les ballons-sondes et les cerfs-volants.
Les partisans de ce dernier mode d'investigations se donnent beaucoup de mouvement pour supplanter les ballonssondes. Quoique nous ayons apprécié les services rendus par ces appareils, nous ne pouvons admettre ce sectérianisme.
Dans une lettre adressée à M. Janssen, M. Teisserenc de Bort se plaint de ce que l’on n’a pas indiqué que ce mode d'exploration de l'atmosphère est employé régulièrement. Il nous apprend même que la commission internationale aéronautique fonctionne également, ce dont nous étions loin de nous douter, car on ne nous a point convoqué depuis longtemps, non plus que MM. Hermite et Besançon, les inaugurateurs de cet ingénieux et puissant procédé qui leur assure une réputation durable, car leurs successeurs ne parviendront point à les faire oublier.
Les questions militaires ne figurent pas dans la table des matières élaborée par le comité. C’est une omission contre laquelle proteste le remarquable article de notre collaborateur, M. Charles Fuinel, que nous publions dans ce numéro.
Le colonel de Kowanko s'est déjà fait inscrire pour protester contre l'interdiction du jet de matières incendiaires et inflammables du haut des ballons de guerre, il sera suivi certainement dans cette manière de voir.
La commission civile permanente d’aéronautique avait pris une série de décisions avant d’avoir reçu une institution nouvelle. Nous pensons que les décisions ne seront pas mise au panier, qu'il y aura lieu de les compléter et qu’on devra nommer un rapporteur pour soutenir avant le congrès les résolutions adoptées.
Le comité d'organisation est partagé en plusieurs sections dont les attributions seront sans doute conservées. Les bureaux définitifs seront nommés par le congrès qui, comme celui de 1889, s'ouvrira par un discours
de M. Janssen.