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DESCRIPTION DU BALLON DE M. UNGE

Nous ne saurions trop insister sur l’ingéniosité de M. Unge et sur l’heureuse disposition qu'il adopte pour soustraire en grande partie un aérostat aux multiples causes de déséquilibre, qui vainquent rapidement les ballons les mieux lestés.

« Mon invention, déclare M. Unge, a pour objet la conservation de la force ascensionnelle bien plus longtemps que dans les appareils actuels et cela, sans avoir recours à de plus grandes dimensions, sans hydrogène pur et sans guiderope. Elle vise la possibilité de manœuvrer verticalement sans sacrifice de gaz et de lest, pour se maintenir au niveau choisi. »

La forme d’un aérostat tel que le Svenske, diffère totalement du type sphérique courant. La suspension en parachute de la charge est inédite et la rente protectrice est une nouveauté.

La figure 1 montre l'aérostat-type gonflé et sous pression de 7 millimètres d'eau ; il a alors la forme d’un cylindre vertical, dont la limite supérieure est formée par une surface simili-ellipsoïdale, terminée en tronc de cône vers le sommet; la base est semblable, moins le cône terminal.

La figure 2 fournit la projection de l'enveloppe (non gonflée), composée d’une partie cylindrique mmww: d'une partie supérieure conique wdw et d'un fond circulaire plan mm. Gonflée et sous pression, elle prend la forme représentée par la figure 1.

L'enveloppe peut être en coton, soie ou toutautre tissu imperméabilisé.

Le Svenske est en percale double caoutchoutée, d’après ies procédés ordinaires. La partie cylindrique est composée de 7 lés en étoife de double largeur dont la trame est parallèle à l'axe du cylindre, afin d'obtenir le minimum de joints et dont les coutures verticales alternent les unes avec les autres. Le fond et le toit conique wdw sont également construits en lés entiers de double largeur, le dernier en tissu deux fois plus fort que le reste du ballon. Le cône terminal est engendré par la surface circulaire gkhi (représentée avec ses joints /f, dans la figure 3) en déplaçant le point g du lé 2h, qui couvre un peu le lé ki, au centre du cercle, sur la circonférence ch, d'une distance suffisante pour que la surface plane prenne la forme d'un cône, dont les génératrices ont une inclinaison d'environ 15°.

Comme on utilise la largeur totale des pièces d’étoffe, les lisières cousues à plat dispensent de plier les bords du tissu comme on le fait ordinairement,

Les joints et coutures sont soigneusement couverts de forts rubans larges et D erméables, bien collés avec une solution de caoutchouc ou toute autre matière collante. ,

Non seulement les parties d’étoffe assemblées sont rendues parfaitement étanches, mais ces rubans consolidateurs protègent l'enveloppe contre les grandes

déchirures, en en limitant l'étendue. Ils sont en outre pourvus de boucles permettant d’accrocher les sacs de lest pendant le gonflement. M. Unge a radicalement supprimé le filet de son appareil aérien, pensant avec

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raison qu'en cas de pluie, la surcharge occasionnée par l’imbibition de l’eau par le filet, se complique encore de l'obstacle qu'apportent les mailles supérieures à l'écoulement de ce liquide.

L'absence du filet, la présence d’une gouttière à (fig. 4 et 2), réduisent ces influences nuisibles, pense l'inventeur, à moins d’un quart.

Cette gouttière d, en toile à voile imperméable à l’eau, est placée supérieurement autour de la partie cylindrique de l'enveloppe ; elle elle l’eau de pluie dont on déverse une partie par de petites ouvertures et dont on canalise le reste, au moyen de tuyaux en caoutchouc, jusqu’à la nacelle, où elle peut être employée comme lest, pour atterrir, le cas échéant, sans sacrifier de gaz (ces tuyaux et ouvertures ne sont point mentionnés sur les dessins).

Le dégonflement a lieu par un panneau de déchirure c (fig. 2) placé immédiatement en dessous de la gouttière b. Une petite Up r, Ménagée un peu audessus du milieu de la partie cylindrique, sert pour la manœuvre en cours de route.

Les cordes du panneau de déchirure et de la soupape de manœuvre vont à la nacelle, en passant à l'extérieur du ballon.

Afin de prévenir un excès de vitesse dangereux à la descente, nacelle, corderie et cerele de charge sont suspendus à la partie inférieure de l'enveloppe cylindrique, par l'intermédiaire des 32 suspentes fixées à des cosses ménagées près du bord inférieur de la prolongation du plus bas lé cylindrique. Cette prolongation, d'environ 0 m. 50 au-dessous du fond plan, forme avec celui-ci un parachute /m, ml (fig. 2), dont l’action peut être des plus efficaces dans un cas critique.

La figure 4 explique le détail du mode de suspension vu de l’intérieur. En bas, le prolongement est renforcé extérieurement par un large et fort ruban q, alors que d’autres rubans de renfort &#n, im partent du bord inférieur au bord supérieur. Des points de suspension /, placés à un mètre environ de distance les uns des autres, partent des cordes supportant le cercle de charge qui y est cabilloté.

A la partie inférieure de l’enveloppe cylindrique est une soupape de sûreté w (fig. 2), qui laisse échapper du gaz quand la pression intérieure s'approche de la limite permise. É

Mais cette soupape fonctionne automatiquement avant que cette limite soit atteinte, et, grâce à cet échappement latéral, les émanations de gaz ne se rendent plus à la nacelle.

Du centre et du fond de l’aérostat sort un appendice p (fig. 2) dont l’origine est au niveau des aéronautes. Cependant, cette manche est toujours fermée afin d'éviter l'absorption de l'humidité de l'air; mais, en cas d'insuffisance de débit de la soupape automatique, elle peut être immédiatement ouverte.

La tente protectrice. — Un antidéperditeur de la chaleur, un obstacle au rayonnement solaire, est réalisé par l'ingénieuse invention de M. Unge : c'est « la tente protectrice » ou immense housse, entourant le ballon à distance convenable et s’interposant entre celui-ci et l'atmosphère, une couche d'air ou de gaz léger s’opposant dans une forte mesure à toute cause d’échauffement ou de refroidissement de la masse gazeuse portante. Cette enveloppe secondaire peut être ou non vernie, ou bien encore vernie partiellement, la moitié inférieure restant dépourvue de toute préparation.

La figure 5 montre une coupe verticale de l’aérostat muni de sa tente protectrice, quand son volume a diminué par suite d’une perte de gaz de 7 0/0.

La figure 6 est une coupe du même ballon, la perte atteignant 30 0/0 de plus, par rapport au volume de gaz que contenait le ballon quand sa forme était représentée par la figure 1.

L'aspect de l’enveloppe revêtue du protecteur est donnée par la figure 7 en coupe verticale, et par la figure 8 en plan, dont une moitié est dessinée sans la housse.

Le sommet conique de la tente protectrice est construit de la même façon que le dôme de l’aérostat, au moyen des mêmes lés en double largeur. L’inclinaison de ses génératrices est d'environ 15° et les joints sont protégés comme ceux de la véritable enveloppe. Mais cette housse n’a pas de fond, elle se termine au niveau du parachute, où elle vient flotter en nn.

L'immense chemise est tenue éloignée du ballon à sa partie supérieure à 0 m. 30 par des boudins en percale double caoutchoutée, gonflés d’air, xx et yy (Hesaetus).

Tous ces conduits à air sont en communication et, par le moyen d’une pompe, on peut de la nacelle les gonfler à nouveau, si cette opération devient nécessaire.

Les parties supérieures de ces cales atmosphériques sont maintenues à distance les unes des autres, par un large ruban appliqué sur la surface conique et indiqué

dans la figure 8. A sa partie inférieure, la housse est tenue à distance du ballon par des baguettes de bambou ni et des cordes nm et no (fig. 9 et 10).

Au sommet de la tente protectrice, une soupape v (ig. 7) peut être manœuvrée de la nacelle au moyen d’une corde passant entre le ballon et la housse. En laissant cette soupape plus ou moins ouverte, on peut empêcher Le rayon solaire d'augmenter la température de l'air contenu dans l’espace annulaire et éviter ainsi que le gaz du ballon ne soit influencé par cette augmentation de ealorique. En effet,'au fur et à mesure que l'air de la tente s’échauffe, il monte et s'échappe par la soupape, tandis que l'air ambiant, plus froid, le remplace en entrant par le bas. On peut done se protéger d'une manière efficace contre le réchauffement du gaz. Si l'on veut monter, on ferme la soupape, le rayonnement solaire augmente la température du matelas d’air emprisonné, lequel échauffe à son tour le gaz du ballon et le fait monter sans sacrifice de lest. Pour s’arrèter, on ouvre plus ou moins la soupape, qui, réglant la température intérieure, enraye l'ascension. La nuit, la soupape fermée maintient autour de l’aérostat cette couche d’air, mauvaise conductrice de la chaleur, au plus grand bénéfice de l'équilibre du ballon. Pour redescendre, l'aéronaute ouvre en grand la soupape, l'air chaud s’échappant est immédiatement remplacé par l'air ambiant plus froid, qui contracte le gaz de l’aérostat et provoque ainsi le mouvement cherché.

La tente protectrice est munie, ainsi que le ballon, d’une gouttière circulaire recueillant l’eau de pluie.

Nous rappellerons à ce propos que M. Hervé est le premier qui ait appliqué la calotte conique au ballon sphérique dans son aérostat le National, en 188%.

Afin de mieux utiliser la force ascensionnelle de l'air échauffé de la tente et du gaz qui estentré, celle-ci est imperméabilisée complètement au sommet et peu à la base où cela est moins utile.

Si l’on projette de voyager sans le secours de la soupape à air, il y à avantage à remplir l'espace annulaire de gaz apportant ainsi un surcroît de force ascensionnelle.

L'échauffement artificiel de l'atmosphère protectrice. — Si l'on veut prolonger le voyage etréserverle lest, il devient nécessaire de fournir artificiellement au gaz une température compensant la force ascensionnelle perdue.

L'élévation de température nécessaire est ou plus grande ou plus petite, en raison directe des températures absolues du gaz, de l'air ambiant et de la force ascensionnelle disparue. Cette température sera déterminée par des expériences futures.

L'échauffement de la masse gazeuse est obtenue par le passage d'un courant d'air dans un serpentin de cuivre porté à une certaine température par un combustible liquide dont la flamme peut être réglée facilement.

Ce serpentin peut être chauffé soit à l’aide d’un bain d'huile ou d’un bain-marie que l’on peut maintenir à une température constante.

On compense ainsi entièrement les pertes de force ascensionnelle aussi longtemps que l’on peut augmenter la température du gaz du ballon et l'échauffement décroissant ralentit seulement la descente.

L'élévation de la température peut évidemment se faire aussi, en introduisant de la vapeur dans l’espace annulaire ; mais ce procédé plus compliqué n’a pas la simplicité des foyers à pétrole ou à alcool; d’ailleurs certaines matières, comme la baudruche, les tissus vernis à l'huile de lin, s’'accommodent mal du contact de l’eau.

En résumé, le ballon de M. Unge, quoique d’une construction compliquée et pourvu d'organes délicats, nous semble réaliser un véritable progrès. Par contre, bieice du filetest une heureuse simplification, et il n’est pas jusqu'à la housse qui, à part son rôle isolateur, ne soit un excellent moyen de protéger eflicacement l’aérostat contre tous les chocs et tous les pernicieux frottements dans les atterrissages, si heureux soient-ils.

GEORGES BLANCHET

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