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LA CHUTE DE L'AÉROSTAT

L'aérostat, délesté de sa poutre-armée, de ses voyageurs et de son lest, avait gagné très rapidement les hautes régions où un courant l’entraîna dans le Sud- Est. Aux dires des témoins,le ballon s’éleva verticalement en décrivant une spirale, puis peu à peu reprit sa position horizontale (?).

Il fut aperçu de Paris, et, au parc aérostatique de Vaugirard, où Mme de Bradsky, M. Lachambre et de nombreuses personnes attendaient des nouvelles de l'ascension dans l'ignorance de l’horrible catastrophe, on crut un instant que les aéronautes s'étaient élevés dans le but de trouver le courant qui semblait les ramener sur Vaugirard.

— Vers 9 h. 20, le gouvernail, disloqué lors de l’arrachement de la suspension, se détachait de l’aérostat et tombait à Drancy.

M. Magnin, cultivateur. qui était au labour dans ses champs, au lieu ditl’Etang, en compagnie de son fils Emile et de son ouvrier Achille Allongé, vit tomber du ciel le cadre recouvert de toile. L'appareil en descendant produisait un bruit semblable à celui occasionné par le passage d’un train express ; les deux chevaux attelés à la charrue prirent peur et ne furent maïtrisés qu'à grand'peine par le fils Magnin.

Le gouvernail vint s’abattre sur une meule de blé, à 200 mètres au N. E. du cimetière de Drancy, à 5.550 mètres du lieu de la catastrophe.

Le châssis était intact, seule la toile était déchirée sur une surface d’environ un mètre carré. ï : :

Le ballon, continuant sa course, vint tomber, à 10 heures du matin, sur le territoire de la commune d’Ozoir-la-Ferrière (Seine-et-Marne), au lieu dit Gisors, à 80 kilomètres au $. E. de l'endroit de la catastrophe.

Aux dires des témoins, l’aérostat tournoyait sur lui-même, descendant par bonds saccadés. ne E

Tout à coup des sifflements stridents se firent entendre, suivis presque aussitôt d'un bruit terrible qui sembla déchirer la nue. À |

« On aurait dit, nous raconta un des spectateurs, le bruit que fait un arbre qui s’abat brusquement sur le sol lorsqu'on vient de le couper. » En même temps le ballon se partageait en deux parties, suivant un axe horizontal.

La première portion, comportant la carcasse en bois, venait s’abattre avec un

Photog. de la « Vie illustrée ».

Les débris dela poutre-armée. {Le comte de La Vaulx expliquant l'accident à M. Delanglade, commissaire de police de Saint-Denis-Nord : à côté, au premier plan, le baron de Mayer.

fracas épouvantable sur le chemin de Beaurose, à proximité de la mare à la Scieuse et à une vingtaine de mètres tout au plus des témoins.

La seconde portion de l’aérostat, d’un soubresaut brusque, plongeait dans le parc du château de la Chauvinnerie, appartenant à M. Leroy, notaire à Paris. Un assez large morceau d’enveloppe, enlevé par le vent, fut projeté dans la‘ propriété de Mme Beauvoyer, située à une centaine de mètres de là.

Le garde-chasse de M. Leroy alla aussitôt avertir M. Arluison, maire d'Ozoir et conseiller d'arrondissement, de la chute des deux épaves.

En compagnie de M. Wittmer, garde champêtre, M. Arluison se rendit aussitôt au parc de la Chauvinnerie.

Malheureusement, avant l’arrivée des autorités locales, des enfants et bientôt des grandes personnes se ruaient sur ce qui restait du dirigeable et s’en partageaient les débris. L’enveloppe fut découpée avec des ciseaux et des couteaux et chacun en emporta un morceau.

Par contre, la partie tombée dans le pare de la Chauvinnerie était restée intacte et M. Arluison la fit aussitôt mettre en sûreté dans une ferme appartenant

ir Leroy. Les autres débris furent apportés et déposés dans la cour de la mairie ‘Ozoir.

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