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LES CAUSES DE LA CATASTROPHE

La catastrophe est due, on le sait, à la rupture des suspentes à leur point d'attache aux pattes d’oie en chanvre fixées sur les longrines entourant le ballon.

À quoi doit-on attribuer la rupture simultanée des 50 fils d'acier de 1 m/m de diamètre, supportant chacun une tension de 125 kilos ?

D'aucuns accusent le mouvement de rotation imprimé d'abord à la nacelle par l'hélice ascensionnelle et transmis ensuite au ballon proprement dit, imposant ainsi aux suspentes, réunissant le ballon à la poutre-armée, une tension imprévue. On prétend qeuces fils métalliques, destinés simplement à supporter un poids dans le sens de la verticale, subissaient forcément une torsion qui était de nature à modifier leur travail, en augmentant de beaucoup l'effort pour lequel ils avaient été calculés et surtout, en répartissant inégalement la traction sur chacun d’eux; de plus, on ajoute que les chances de rupture étaient encore considérablement accrues par les trépidations du moteur vertical et l’action du gouvernail maintenir l’aérostat dans pour une direction donnée.

Pour nous, là n'est point la cause initiale de la catastrophe; certes, l'hélice ascensionnelle et le moteur ont pu avoir une part contributive, mais bien faible, à l'horrible malheur qui a frappé le monde aéronautique.

Il faut dire que les infortunés expérimentateurs avaient commis la négligence de ne pas essayer les attaches des fils d'acier en tenant compte d’un coefficient de sécurité.

D'autre part, Mme de Bradsky, en insistant sur ce que les ruptures se sont produites aux points d'attache à l'enveloppe et non à la nacelle — partie ouvragée par le baron de Bradsky — attribue les glissements et les ruptures à la malfaçon des enroulements et des ligatures des suspentes, toutes exécutées à l’aide d’une pince à angles vifs par l’ouvrier chargé de ce travail.

Nous laissons à Mme de Bradsky l'entière responsabilité de cette assertion.

À notre avis, la catastrophe a pour causes la suspension défectueuse, signalée

ar MM. Santos-Dumont et Tatin durant l’arrimage de la poutre-armée, et à PAbéenre d’un ballonnet compensateur.

La veille de la fatale expérience, comme M. Tatin examinait l'appareil aérien du baron de Bradsky, il appela tout particulièrement l'attention de l’expérimentateur sur certaines parties de la suspension. M. de Bradsky l'en remercia et lui dit qu'il allait faire exécuter les modifications indiquées.

Le vent tomba subitement et, sans tenir compte des sages avertissements donnés, les aéronautes s’embarquèrent en hâte afin de profiter du calme relatif de l’atmosphère, remettant à plus tard l'exécution d’une mesure de sécurité dont la non-application immédiate devait leur coûter l'existence.

Il est évident que le ballon dépourvu de ballonnet compensateur était naturellement flasque à la descente ; le gaz s’est vraisemblablement logé dans la pointe avant, d’ailleurs ceci est confirmé par les dires de plusieurs témoins qui ont vu l’aérostat se dresser légèrement, l'avant en l'air, sous la poussée de l’hélice remise en mouvement à l'instant de la conversation avec M. Aubert.

Il en est résulté une tension anormale des suspentes avant, qui se sontrompues ou dont les attaches propres ont chassé, les autres ont suivi immédiatement. Il est facile de constater que nombre de ligatures ont glissé, ces cordes à piano portant non pas la section nette d'une rupture, mais conservant pour la plupart à leur extrémité la section de la pince qui les a tranchées lors du gréement du ballon.

Ce fatal glissement a été favorisé par l'emploi de fils d'acier d'un diamètre trop faible (1 millimètre), venant se fixer sur une partie portante d'un diamètre relativement considérable.

Il y a encore bien des choses à dire sur cette ascension tragique, où les deux aéronautes, bien peu expérimentés, ont payé de leur vie leur imprévoyance, Nous y reviendrons afin d’en tirer toutes les conséquences qu’elle comporte.

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