‹ L'Aérophile (volume 5)Chapitre 29 sur 161 · MONACO · texte numérisé non relu

MONACO

LEs EXPÉRIENCES pe Sanros-Dumoxr. — Santos-Dumont à repris, avec son ballon automobile n° 6, le cours de ses intéressantes expériences.

Grâce à la libéralité du prince Albert, le vaillant aéronaute a maintenant à sa disposition un magnifique aérodrome, constitué par la baie de Monaco dont la superficie totale est d'environ 250.000 mètres carrés.

Le hangar, édifié boulevard de La Condamine, a 51 mètres de longueur, 11 mètres de largeur et 15 mètres de hauteur.

Le gonflement de l’aérostat, commencé le 22 janvier, a duré deux jours.

Ce n'est que le 28 janvier, à 10 h. 45 du matin, que Santos-Dumont, profitant d’un temps calme, a opéré sa première sortie. Equihibré sur un guide-rope, à 20 mètres, il a accompli trois fois Le tour de la baïe ; cette première expérience a duré 15 minutes. Le mème jour, à 2 h.25, Santos repartait et poussait presque à la hauteur du tir aux pigeons. La chaloupe à vapeur Monte-Carlo, ayant à bord M. E. Aïmé, suivait, mais elle fut vite distancée. La rentrée ne s'effectua pas sans dangers : le ballon faillit se crever contre le hangar, les hommes chargés des manœuvres d'atterrissage étant obligés de monter sur le quai par des échelles. Devant ces difficultés, le Gouverneur général de la Principauté décida la construction immédiate d’une jetée de 20 mètres. Au retour de li seconde sortie, qui dura 40 minutes, une foule enthousiaste fit une longue et chaleureuse ovation au jeune Brésilien.

Le troisième voyage eut lieu le 10 février, à 2 h. 10, et dura exactement 23 minutes. Le vent, relativement fort, soufflait de F'Est. La nouvelle jetée fut utilisée pour le départ. L'aérostat cingla vers la haute mer, suivi par la chaloupe à vapeur du prince de Monaco. Arrivé à la hauteur du tir aux pigeons, Santos exécuta de multiples évolutions circulaires etrevint ensuite, vent arrière, au pare d'aérostation. L'aéronaute avait arboré, à l’une des suspentes, le pavillon aïlégorique que lui a offert le prince Albert.

La quatrième sortie s'opéra le 12 février, par un temps couvert et pluvieux. A 2 heures, le ballon filait droit sur le cap Martin, vent d'Est debout. La marche de l’aérostat était rapide ; 6 minutes après le départ, le navire aérien était à la hauteur de la villa Camille Blanc, à environ 1 kilomètre du cap Martin. Le Santos- Dumont n° 6 était alors seul en mer et la vue de ce léger engin isolé sur les flots était impressionnante. Ayant jugé l'expérience suffisante, Santos. vira de bord et revint rapidement. Ilrejoignit en route le canot à vapeur à bord duquel étaient le prince de Monaco, la princesse Alice, le gouverneur, et M. E. Aimé.

L’aéronaute voulut aborder l'embarcation, mais les marins, peu habitués à ces manœuvres, ne prétèrent qu'une aide insuffisante ; le prince de Monaco, payant de sa personne, fut même blessé légèrement au bras par le guide-rope. En rentrant au hangar, on s'aperçut que, par suite de la secousse imprimée au ballon par la mise en marche trop brusque du canot une fois le cordage saisi, plusieurs suspentes de l'arrière étaient rompues. La durée du quatrième voyage a été de 30 minutes.

Après ces quatre excursions heureuses, le vaillant aéronaute à eu le déboire, trop souvent répété, d’échouer dans une cinquième sortie.

Le 14 février, à 2 heures, voulant aller saluer, à bord de son ballon, un ami sur la pelouse même du tir aux pigeons, on vit l’aérostat partir d’abord à bonne allure, puis, quelques instants après, ralentir et virer à angle droit, la pointe avant relevée à 45 degrés; le guide-rope quitta en même temps la surface de l'eau. L'inclinaison S accentua, provoquant à l'avant une tension exagérée des suspentes; par contre,

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les fils d'acier d'arrière, distendus, se prirent dans l'hélice, qui, en les brisant, déchira le gouvernail devenu flottant.

Le ballon, désemparé, allait être entrainé en hauteur dans la direction des montagnes avoisinantes. Devant le danger, Santos, avec son sang-froid habituel, ouvrit assez longuement la soupape, et l’esquif aérien vint en contact avec les flots.

L'émotion était considérable. Toutes les embarcations forcèrent l'allure vers l'aérostat en détresse. La chaloupe du prince de Monaco, ayant celui-e1 à bord ainsi que M. E. Aimé, arriva juste à temps pour recueillir Santos qui était déjà immergé jusqu'à mi-corps.

D'après Santos-Dumont, les causes de l'accident sont dues à ce que le guiderope, qui plongeait très peu dans la mer, a perdu contact avec l'élément liquide, le ballon étant emporté en altitude par la dilatation de son gaz, provoquée par le rayonnement aire, Or, l'équilibre de l'aérostat était établi dans des conditions dilférentes que pour les expériences de Paris, précisément à cause du contact constant du guide-rope avec la mer, c'est-à-dire l'avant du ballon allégé.

Dès le départ, Santos avait constaté que le gouvernail n’obéissait pas très bien etil s'était senti emporté du côté de la terre, au Sud, vers le rocher de Monte-Carlo. Craignant d'être jeté sur le rivage, il n'a pas osé arrêter le moteur, et l'action de l'héhce à contribué à pousser l'aérostat la pointe en l'air davantage encore. Les fils distendus à l'arrière ont fait le reste.

Le sauvetage des débris du Santos-Dumont n° 6, de glorieuse mémoire, à exigé deux heures d'efforts.

On pourra reconstituer l'aérostat, mais cela demandera au moins un mois de travail.

Une souscription, destinée à couvrir les frais de restauration du n° 6 et d'achèvement du n°7, a été ouverte et avait produit déjà 9.000 francs, quand Santos- Dumont a fait savoir qu'il refusait la souscription, tout en remerciant les donateurs de leur marque de sympathie.

Santos n'expérimentera pas à Monaco son n° 7, trouvant l'emplacement dont 1l dispose insuflisant pour manœuvrer un ballon d’une longueur de 49 mètres.

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