LES BALLONS PORTE-AMARRE
A M. Georges Besancon, directeur de « l'Aérophile ».
Mon cher ami,
Plusieurs journaux ont fait mention d'une idée émise par M. Deneuve sur l’utilité que pourraient offrir les ballons dans le cas où un naufrage se ferait en vue du littoral.
Cette idée, excellente en effet, a déjà été appliquée et des expériences tout à fait concluantes ont été faites au mois de septembre dernier au Congrès international d'hygiène et de sauvetage maritime à Ostende. Si elles ne sont pas mieux connues, il faut le reprocher à leurs auteurs, MM. Henri Hervé et le colonel Renard, dont la modestie n’a d’égale que la science.
Comme ces expériences ont un intérêt considérable et qu'il convient d'en conserver tout le mérite à ceux qui en ont pris l'initiative, j'ai cru utile de vous demander l'hospitalité de l’Aérophile pour résumer rapidement ce qu'elles ont été.
Un navire était supposé en perdition devant Ostende. D'après les indications du colonel Renard, on lança de ce bateau un ballonnet gonflé porteur d'une longue amarre. Le ballonnet remorqua pendant plusieurs centaines de mètres son amarre. Mais le vent était ce jour-là parallèle à la côte et le ballonnet ne pouvait y aborder.
L'on recommença alors l'expérience en adjoignant au ballon le déviateur a minima de l'ingénieur Henri Hervé, même type que celui employé au mois d’octobre sur le Méditerranéen.
Le ballonnet fut lancé pour la deuxième fois et, sous l'action énergique du déviateur, il se dirigea, porteur de son amarre, vers le rivage, malgré l’action contraire du vent. Cette expérience inédite a eu lieu en présence d’un jury international ; elle a valu aux deux inventeurs une haute récompense du Congrès et à M. de
Lanessan, Ministre de la Marine, sous le patronage duquel elle se faisait, la grande médaille du Roi.
Venant quelques mois après le naufrage dela Russie, cette expérience a une importance indéniable ; elle a prouvé qu'un ballonnet, muni de déviateurs, pouvait être lancé avec efficacité d'un navire en perdition pour établir des communications avec la terre, même malgré des vents défavorables.
Elle fait le plus grand honneur à MM. Renard et Hervé, c’est pourquoi j'ai cru bon de vous la signaler.
Veuillez agréer, mon cher ami, l’assurance de mes sentiments les meilleurs.
HENRY DE LA Vaux