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AUGUSTE SEVERO

M. Augusto Severo d’Albuquerque Maranhâo est né le 11 janvier:1864 à Mocahiba, dans l'Etat de Rio Grande do Norte.

Issu de l’une des plus nombreuses et des plus influentes familles du Brésil, M. Severo, après avoir fait de solides études, obtenait rapidement tous les grades universitaires.

Il était de la race des travailleurs, des volontaires, des énergiques. Son visage de Méridional aux lignes pures, ses yeux empreints d’une évidente bonté, laissaient deviner le champion des principes de paix et de solidarité humaine qu'il fut dans.

son pays. Disons, pour mieux faire connaître et apprécier l'homme intime, que la vie politique, les occupations scientifiques ne l’empêchèrent pas d’être le modèle des pères de famille, et de partager son affection entre une épouse adorée et sept enfants également chéris.

Orateur des plus éloquents et journaliste des plus distingués, il dirigea avec succès, pendant plusieurs années, le journal Æ! Republic (La République).

Depuis 1893, il n'avait cessé de représenter le parti républicain au Parlement brésilien. Il préconisa toujours dans le sein de cette assemblée l'arbitrage international et prit une part active au mouvement de la libération des esclaves.

C'était un philanthrope, dans l'acception la plus large du mot.

Le problème de la locomotion aérienne le passionnait par-dessus tout; aussi, dès 1881, le voyons-nous expérimenter l’A/batros, cerf-volant dirigeable de son invention, qu'il abandonna à la suite d'essais peu satisfaisants.

Passant du « plus lourd » au « plus léger que l'air », il commanda à M. Lachambre, en 1892, un aérostat allongé, le Bartholomeo de Gusmao, assez différent du Pax. La livraison fut faite au Brésil, en février 1893, par M. Machuron, le regretté collaborateur de M. Lachambre. Le PBartholomeo avait une longueur de 60 mètres et un diamètre de 15 mètres. La poutre-armée mesurait 52 mètres.

Par suite de diverses circonstances, trop longues à conter ici, le Bartholomeo de Gusmao ne put être gonflé en 1893. M. Machuron revint en France et ce fut l’année suivante que M. Severo réussit à opérer le gonflement de l’aérostat, mais un coup de vent détruisit l’ossature rigide et force fut d'en rester là. Néanmoins, l'inventeur jugea que certaines modifications s’imposaient et il tint compte de ces essais dans ses combinaisons ultérieures.

En ces dernières années, les retentissantes expériences de Santos-Dumont engagèrent l'homme d’Etat-aéronaute à reprendre la réalisation de ses idées.

Le 17 juillet 1901, M. Severo prononçait un grand discours à la Chambre des députés du Brésil, qui depuis huit jours était transformée en un congrès national d’aéronautique. L’orateur réussissait, après un long débat, à faire voter, par le Congrès des deux Chambres brésiliennes, un crédit de 125.000 francs pour être remis à M. Alberto Santos-Dumont à titre de récompense, pour son expérience de ballon dirigeable faite à Paris, le 13 juillet 1901.

Moins de deux mois après, M. Severo s’embarquait pour la France, emportant les plans du Par, qu'il se proposait de réaliser en quelques semaines.

Le 5 octobre, il arrivait à Paris et le lendemain il remettait à M. Lachambre la commande de l’enveloppe, dela housse et de différents agrès.

Puis, sans reprendre haleine, il exécutait ce tour de force : élever en dix jours un hangar d’une hauteur de 17 mètres sous clé, sur une longueur de 35 mètres et une largeur de 15 mètres.

M.Severo, qui devait être lui-même l’aéronaute du Pax, fit trois ascensions en ballon libre : la première, le 28 octobre 1901, sous la direction de M. Carton, en compagnie de son fils Octave et de M. Alvaro Reiss; la seconde, le 18 novembre, avec Mme Severo et M. Lachambre; la troisième, le 28 novembre, en qualité de pilote; deux de ses amis, MM. Alvaro Reiss et Pacheco, avaient pris place dans la nacelle.

M. Severo considérait le Pax comme un appareil de démonstration et il escomptait le succès du premier voyage pour réaliser le rêve qu'il caressait de construire un ballon automobile gigantesque.

Le Jésus, ainsi devait être nommé ce Léviathan des airs dont les plans existent, devait jauger 25.000 mètres cubes pour un grand axe de 100 mètres et un petit axe de 30 mètres. 100 voyageurs devaient trouver place à son bord.

M. Severo estimait que la somme d’un million, qu'il eroyait pouvoir réunir au

Brésil par souscription nationale, serait suffisante pour la construction du Jésus, dont le premier voyage devrait avoir lieu au-dessus de l'Atlantique. Il avait annoncé l'intention de partir de Dakar, pour atterrir 4 ou 5 jours après à Natal.

C’est à l’aide de moteurs que le Jésus devait ètre remorqué dans les airs; malgré tous leurs inconvénients, M. Severo les préférait aux machines à pétrole qui, par une espèce de pressentiment, lui paraissaient de nature à mettre le feu au gaz. Pendant la construction du Pax, il fut tenté à plusieurs reprises de revenir à son premier projet. Malheureusement différentes circonstances l'en empéchèrent. St

M. Severo avait une telle croyance dans le succès de son dirigeable qu'il se proposait de faire payer, au retour de son premier voyage, 1 franc d'entrée pour visiter son ballon, et la recette ainsi réalisée aurait été envoyée aux familles des sinistrés de la Martinique. Quelques minutes avant l'ascension, ne disait-il pas: « Demain, jour anniversaire de sa libération, le Brésil apprendra que l’un de ses enfants a fait triompher son drapeau dans les airs. »

Sans hésitation il avait sacrifié sa fortune pour réaliser son idée, et oublié que si la mort le surprenait, il laissait sans ressources une veuve éplorée et sept enfants, dont l’ainée a dix-sept ans et le plus jeune quatre ans.

Le Pax n'avait pas coûté moins de 175.000 francs!

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