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A PROPOS DE LA VITESSE DE: L'AFRONAMEMBRA ZI

Je lis dans l’Aérophile de Mars les observations de M. Tatin à propos de la façon dont je me suis servi de la formule qu'il préconise pour apprécier la vitesse probable de |’ « Aéronave Brazil ».

Pour ce qui regarde l'erreur de la densité de l'air qui a été relevée, j'en fais amende honorable. Sachant que cette densité dépasse 1,29, j'ai voulu écrire 1,30 et, par distraction. j'ai mis 1,03, en faisant tout mon calcul sur cette fausse base. Néanmoins, en rectifiant cette erreur, la différence de résultat n'est pas très considérable : la vitesse devient 14,25 au lieu de 15,42, comme il a été publié.

Quant au reste, les explications qui suivent démontrent la raison de mon emploi de la formule, sans tenir compte de tous les éléments de résistance énumérés par M. Tatin, dans son Etude sur les Aéronats, publiée dans l’Aérophile de Mars 1901.

En tâchant d'appliquer cette formule au calcul de la vitesse de mon ballon, j’ai pu facilement attribuer une valeur à À et à K. Mais quand je suis arrivé à la détermination de la valeur des frottements, etc., qui devait être ajoutée à la résistance principale et qui sont représentés par SK, je me suis aperçu qu'il serait difficile de trouver cette valeur à moins de fastidieux et incertains calculs balistiques. J’allais abandonner mon calcul quand j'ai pensé que le procédé expérimental, que M. Tatin indique comme le seul efficace, pouvait peut-être venir à mon aide. Je me suis souvenu que dans des expériences successives faites avec le plus grand soin sur le ballon La France on avait déterminé le plus exactement possible la vitesse propre de ce baïlon. Or, en usant d’une méthode analytique, il ne m'était pas difficile de trouver la différence entre le résultat pratique de ces expériences etle résultat théorique que me donnerait l'emploi de la formule sans tenir compte des résistances subsidiaires. Cette différence représenterait naturellement la perte de vitesse produite par les résistances SK, non incluses dans AK.

Ayant véritié que le maitre couple de La France était de 8 m. 40 et que sa force motrice était de 8 chevaux 1/2, et en évaluant la surface de résistance à environ 57 mètres carrés, dont 55 pour le ballon et 2 pour la nacelle et les petits accessoires, j'ai fait mon caleul qui n’a donné une vitesse d’un peu moins de 7 mètres par seconde. Or, dans les expériences de La France, les résultats officiels, enregistrés par l'Académie des sciences, lui accordent une vitesse propre de 6 mètres, vitesse qu’on a même reconnu arriver quelquefois à 6 m. 50. Donc, la différence entre le résultat de mon calcul et le résultat indiscutable obtenu dans ces expériences pratiques était de moins d’un mètre. J'allais noter cette différence comme la valeur de la perte de vitesse produite par la résistance subsidiaire SK, pour m'en servir dans l’étude de la vitesse demon ballon, quand j'ai pensé que La France n'échappait pas aux effets du tangage, à cause de l'éloignement de ses lignes de traction et de résistance. Par conséquent, cette petite différence des résultats pouvait être logiquement attribuée à la perte de vitesse produite par le tangage. En tenant compte de ce fait, le résultat de la formule, telle que je l'ai employée, coïncidait assez exactement avec le résultat des expériences pratiques ; en un mot{te procédé expérimental conseillé par M. Tatin m'avait permis de vérifier que la valeur de toutes ces résistances subsidiaires était négligeable. Et il faut bien que cela soit ainsi, à moins qu'il n’y ait quelque erreur dans l’énonciation des autres éléments de la formule; c’est un dilemme dont on ne peut sortir. |

D'ailleurs, ce calcul comparatif que j'ai fait pour La France est confirmé par l'observation que mon distingué compalriote Santos-Dumont a faite, en cours de marche et pendant un moment, sur la vitesse propre de son ballon n° 5, mû par un moteur de 16 chevaux (Aérophile d’'Aôüt 1901; page 187). Il a relevé, à l’aide de l'’anémomètre Richard, une vitesse de 40 kilomètres à l'heure, résultat qui est à peu près d'accord avec celui qu'on obtiendrait pour ce ballon, en lui-appliquant la formule de la façon dont je l'ai employée. Si cette vitesse propre n'a pu être confirmée pour un long parcours et n'a été mesurée qu'à un maximum d'à peine 8 mètres, c’est non seulement à cause des écarts prononcés du ballon dans les sens vertical et horizontal, dus au tangage et à la manœuvre difficile du gouvernail, mais aussi parce que, dans ces expériences mouvementées du courageux aéronaule brésilien, faites en présence d’un nombreux public enthousiaste et bruyant, on ne pouvait se préoccuper de l'étude scientifique de la marche propre du ballon avec le même soin qu'on l'avait fait pour La France.

On comprend maintenant pourquoi je peux évaluer la vitesse probable de l’ « Aéronave Brazil » à 14 m.25. Ce calcul semble d'autant plus logique que mon ballon est bien moins long et a un diamètre inférieur à celui de La France, que sa marche n’est pas retardée comme celle de celui-ci par un grand éloignement des plans de traction et de résistance et que, par-dessus tout, il dispose d'une force motrice sept fois supérieure à celle de La France. I n'y a par conséquent rien d'étonnant à ce qu'il puisse obtenir une vitesse double. CARLOS DE ROSTAING-LISBOA MER SR D LT Nr er PR en RS IS. :— IMPRIMERI: CHARLES BLOT, RUE BLEUE, 7. Le Directeur gérant : GEORGES BESANCON.

Directeur-Fondateur : GEorGes BESANCON

10° Année — N°6 Juin 1902

PORTRAITS D'AÉRONAUTES CONTEMPORAINS

Auguste NICOLLEAU.

11 fut mon professeur d'aérostation. Dans la nacelle de son ballon j'ai reçu le baptème de l'air... Cette cérémonie se passa à 4.300 mètres d'altitude, audessus de la fantasmagorie d'une fabuleuse mer de nuages, dans les éphémères et monstrüeuses cathédrales de l'air — et devant nous s'étaient allumés les tons infiniment tendres de l’auréole... Aussi, les premières minutes de ma vie d’aéronaute se sont-elles à jamais figées en moi, mais, avec la vision primordiale, énorme, éblouissante, conservée fatalement au fond de mes prunelles, mon cœur a gardé le souvenir de l’homme qui me dévoila ces prodigieuses joies.

J'éprouve done un plaisir d'autant plus vif à présenter mon initiatcur aux amis de l'Aëérophile.

Auguste Nicolleau est né à Nantes, le 23 août 1866.

Nantes ! Voici un de ces noms de fraicheur, évocateurs de brises parfumées au poudrain, où chantonnent longtemps encore les chansons du large. Nantes. fin de Loire... Le fleuve s'ébrase dans les prés immenses emplis de miroirs d'eau morte que traversent, s'y reflétant, ÿ mourant incessamment, les grands nuages, ces hochets du vent d'Ouest.

Ce Breton. s'il n'appartenait à l'une des plus vieilles et des plus honorables familles de Nantes. serait encore de haute lignée. Sa ville natale peut, en effet, s'enorgueillir à juste titre de compter parmi les cités de France qui accueillirentavecle plus d'enthousiasme la découverte de Joseph de Montgolfier: le 24 juin 1784, un an apres les expériences d'Annonay, un ballon s'élevait de la patrie de la mélancolique Anne de Bretagne, du général Lamoricière et du œastronome Monselet. Sans doute est-ce ce dernier qui légua d’'exquises recettes aux bonnes vieilles femmes hochant gravement de la tête dans les cuisines des cabarets gambadant de guingois tout le long du fleuve clair comme orisés eux-mêmes par l'hypocrite petit vin blane du terroir...

La première ascension de Nicolleau date de ses vingt ans : le 14 juillet 1886. Il partit de Nantes, naturellement, noblesse oblige! sous la conduite du professeur Malfroy. Puis, grâce à des maitres tels que le météorologiste Ch. Labrousse, notre vénérable doyen, Wilfrid de Fonvielle, et le parfait manœuvrier, Georges Besancon, son instruction théorique et pratique se perfectionna tant et si bien qu'il va de pair aujourd'hui avec nos aéronautes les plus connus.

Au cours de ses voyages par l'atmosphère, voyages intelligemment compris, Nicolleau constata plusieurs fois les phénomènes d'aspiration qui naissent des orages, observés avant lui de Camille Flammarion. Il vérifia, en outre, à diverses reprises, la théorie des courbes isobares permettant d'annoncer d'une façon à peu près certaine, dès le départ, la route que suivra, dans son vol léger, le ballon en partance.

Mais nous ne pouvons ici détailler ses nombreux voyages. Il nous suffira de dire que Nicolleau peut revendiquer de fort belles ascensions de durée et d'altitude. Lauréat des concours de l'Exposition de 1900, l'année suivante réservait au pilote de l'Aéro-Club de nouvelles récompenses (Concours de Bordeaux, juin 1901).

À Nantes, il jouit d'une enviable notoriété. Tous les ans, depuis ses débuts, le catéchumène de 1886 s'envole devant ses compatriotes charmés inlassablement d'un spectacle foujours nouveau — à la condition, bien entendu, que la bulle de gaz soit montée par Nicolleau.

Je m'empresse d'ajouter que chez lui l'aéronaute est tout à fait nouvelle couche, c'est-à-dire qu'il éprouve l'horreur profonde des titres et galons dont s'affublaient les capitaines de jadis, héros de brefs et immuables plongeons parfaitement forans.

L'AÉROPHILE 12ÿ7

Depuis quelques années, de jeunes hommes ont réhabilité l’'aérostation trop longtemps diffamée, galvanisé un sport tombé dans loubli, rendu à de nombreuses branches de la science leurs puissants auxiliaires.

Auguste Nicolleau — sans doute cette phrase seule eût suffi sous les traits de notre ami — fait partie de ces jeunes hommes qui vont, les yeux brillants, vers les horizons tantôt calmes, tantôt bariolés, où le grand soleil les attire puissamment dans sa chaude étreinte parmi la stupéfiante floraison, amarante ou smaragdite, des jardins d'extase dont la germination magique incendie les nuées colossales se formant et se désagrégeant sans cesse dans le silence terrible des espaces...

François PEYRE

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