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LES IMPURETÉS DES GAZ DES BALLONS LEUR ACTION PHYSIOLOGIQUE

(Travail fail à l'Etablissement central d’aérostation mililaire de Chalais)

A la suite des accidents d'intoxication survenus ces dernières années à Chalais et dans divers autres établissements d aérostation militaire, le D: Chevalier a été chargé d'étudier, au point de vue physiologique, les diverses impuretés des gaz servant à gonfler les ballons, et d'indiquer la quantité maximum qu'on pouvait tolérer pour chacun d’entre eux sans craindre d'accidents.

A la dernière séance de la sous-commission des intoxications (Commission permanente internationale d’aéronautique), il a présenté sur ce sujet un long rapport dont voici les principales parties.

Les impuretés toxiques contenues dans le gaz hydrogène fabriqué par les méthodes ordinaires, acide sulfurique etzine ou fer, sont : hydrogène arsénié, hydrogène antimonié, hydrogène sélénié, hydrogène sulfuré, traces de carbures d'hydrogène.

Ces divers gaz proviennent des impuretés des réactifs employés. Les impuretés provenant des métaux employés sont difficiles à éviter et, au point de vue pratique, il n'y à guère que les aciers à l’arsenic qui peuvent être dangereux, comme l'ont démontré MM. le professeur Carnot et Goutal.

L’acide sulfurique employé au contraire doit être surveillé de très près. C’est à lui en effet qu'on doit la genèse de presque toutes les intoxications dont on à pu établir la cause première.

C’est surtout l’arsenie qui est dangereux dans l’acide sulfurique. Il en contient parfois des quantités énormes. Cameron en a trouvé jusqu'à 8 grammes par kilog.; Filhol et Lacassin, jusqu'à 12 grammes par kilog. L'acide sulfurique employé lors de l'accident du ballon La Vienne contenait, suivant les touries, de 3 à 6,2 grammes par kilog.

On y a également trouvé dans les divers acides employés de l’antimoine à l’état d'acide antimonieux et antimonique, du sélénium, du soufre, du plomb, de l'étain, du cuivre, du cadmium.

La présence de ces divers corps dans l'acide sulfurique commercial rend assez difficile l'appréciation analytique exacte et pratique de la quantité d’arsenie et d'antimoine qu'il contient. Ces deux substances sont seules à considérer et à redouter dans ce réactif. De nos nombreuses expériences on peut cependant conclure que :

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La quantité maximum d'arsenic pouvant étre tolérée dans l'acide sulfurique employé à la fabrication de l'hydrogène pour les ballons est de 0 gr. 10 (dix centigrammes) par külog. La quantie d'antimoine peut s'élever à 1 gramme maximum, par kilog.

On peut, comme nous le verrons tout à l'heure, négliger complètement le sélénium à condition de prendre certaines précautions.

Ces résultats pratiques ont été obtenus à la suite d’un grand nombre d’expériences faites sur des chiens, des lapins et des cobayes avec l'hydrogène arsénié, l'hydrogène antimonié, l'hydrogène sélénié.

Ces animaux étaient placés dans une caisse étanche pendant un temps plus ou moins long et y respiraient un mélange connu d'air et d'hydrogène arsénié par exemple. Le sang de l'animal était examiné avant et après l'expérience.

Les gaz contenus dans la caisse étaient également analysés à la sortie de l'animal.

L'hydrogène arsénié, l'hydrogène antimonié sont surtout des poisons du sang et provoquent des accidents toxiques en détruisant par leur absorption les globules rouges du sang. Pour arriver à déterminer la limite à laquelle ces gaz peuvent être considérés comme inoffensifs, on a cherché à déterminer la composition du mélange d'air et de gaz toxique qui pouvait être respiré pendant trois quarts d'heure par un animal sans qu'on puisse, à l’examen microscopique, retrouver des lésions appréciables des globules rouges du sang, et l’on en à déduit la teneur en arsenie et antimoine de l'acide sulfurique nécessaire pour la production d’un pareil mélange.

Les symptômes de l’intoxication par l'hydrogène arsénié ont été fort bien étudiés dernièrement par M. le médecin militaire Maljean à la suite d’une série d’intoxications arrivées en mai et juin 1899, à la compagnie d'aérostiers du 1° génie (Archives de médecine et de pharmacie militaires, t. XXXV, 82-102, 1900). Ce sont les suivants :

Au bout de quelques heures, nausées, vertiges, céphalalgie et abattement, puis somnolence avec brusquement douleurs rénales et abdominales. Environ quarantehuit heures après, quelquefois plus tardivement, ictère jaune verdâtre. On constate de la dysurie, les urines sont hémoglobinuriques. La bouche est sèche, la soif ardente, le pouls est fréquent. Cet état dure quelques jours; la convalescence se fait progressivement, elle est toujours longue et les forces ne reviennent qu'au bout d'un certain temps. L'impuissance génésique est remarquable et s'observe même dans les cas légers.

Dans nombre de cas (40 0/0), l’intoxication se termine par la mort, qui arrive brusquement du troisième au sixième jour.

A l’autopsie, on rencontre, comme on l’a toujours remarqué dans toutes les expériences, une congestion intense de tous les viscères (poumons, foie, rate, reins) et du système nerveux central. Les reins surtout sont remarquables; ils font hernie à la coupe et présentent dans tous les cas des lésions granulo-graisseuses fort étendues.

Le sang est brun noir de consistance pâteuse, il ne se coagule pas à proprement parler, et présente un aspect analogue à celui que l'on rencontre dans Pintoxication expérimentale par les phénols.

A l'examen microscopique, on trouve dans le rein les glomérules gonflés qui distendent leur capsule, les épithéliums sont détachés ou en voie de prolifération, les tubes sont remplis de cellules détachées et de débris granuleux de matières colorantes.

Les globules rouges du sang sont détruits en grande partie, ils sont crénelés ou même complètement dilacérés. Ils forment un magma où l’on voit des sphérules, des granulations et des cristaux d’hémoglobine.

Par leur nombre dans certaines formes aiguës d'intoxication; ces cristaux peuvent fort bien expliquer la mort brusque avec dyspnée que l’on peut observer chez les animaux qui, à l’autopsie, ne présentent encore aucune lésion importante des organes.

L'hydrogène antimonié n'avait pas encore été étudié. Il est du reste assez difticile à obtenir. Son pouvoir toxique est beaucoup moindre que celui de l'hydrogène arsénié. Il agit par le même mécanisme, cependant les lésions du sang sont moins importantes etles symptômes nerveux prédominent. Les paralysies qu'on n'obtient avec l'hydrogène arsénié que par une intoxication pour ainsi dire chronique, s'observent beaucoup plus facilement avec lui.

Au point de vue des intoxications possibles, il n’est pas à redouter, saufdans des cas spéciaux ; les acides du commerce n’en contiennent pas d'ordinaire de grandes quantités et, d'autre part, ce gaz est facilement dissocié à une température inférieure à celle qui se produit dans la fabrication industrielle de l'hydrogène pour le gonflement des ballons.

Cependant il s'en forme une certaine quantité et l'on a pu retrouver de l’antimoine sur certaines enveloppes de ballon et le mélange de l'hydrogène antimonié et de l'hydrogène arsénié pourrait, dans une certaine mesure, modifier la marche et le pronostic d’une intoxication.

l'hydrogène sélénié, au contraire, est un gaz très toxique, sa présence a été également constatée à l’état de sélénium sur les toiles des ballons. Sa production est presque impossible à éviter et l’on trouve du sélénium dans presque tous les acides marchands.

Dans une installation bien comprise, ce gaz ne devrait pourtant jamais arriver jusqu’au ballon et un lavage bien conditionné, étant donnée sa grande solubilité dans l’eau, doit suflire à le retenir.

Il exerce principalement une action irritante et désorganisante sur les tissus.

Respiré en petite quantité, dilué dans Pair, il provoque de l'irritation bronchique, du coryza avec perte de la sensibilité olfactive, de la céphalalgie et de la faiblesse musculaire.

‘ Les reins deviennent très douloureux, les urines sont rares, albumineuses, hémoglobinuriques (?); l’urée et l'acide urique s y montrent dans des proportions exagérées, témoignant d’une désassimilation intense des albuminoïdes. Le sang dans ces cas ne présente pas de lésions importantes.

Au contraire, si la quantité d'hydrogène sélénié est plus considérable, on peut voir les animaux succomber presque subitement et présenter de profondes lésions du sang, dont le sérum est rempli de cristaux d'hémoglobine.

La question du gonflement des ballons au gaz d'éclairage était également à l'ordre du jour, en raison des accidents qui peuvent se produire. On a rappelé que ce gaz était surtout toxique en raison de l’oxyde de carbone qu’il contenait, et qui forme dans le sang une combinaison stable d'hémoglobine oxycarbonée impropre à la respiration.

L'acétylène dont on a parlé au point de vue de sa toxicité, est totalement négligeable en raison de sa faible teneur dans le gaz.

M. Sainte-Claire Deville a attiré l'attention sur le mélange du gaz à l'eau au gaz d'éclurage.

Ce mélange, en effet, peut devenir très dangereux en raison de la forte quantité d'oxyde de carbone qu'il introduit dans le gaz, et, à la suite de son emploi en Amérique, on a vu le nombre des accidents d'intoxication par le gaz augmenter dans une très forte proportion.

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