REMARQUES SUR LA PERMÉABILITÉ NASALE AU COURS DES RHINITES CONGESTIVES
Ascension de l'Ariel, 23 février 1902
Ayant remarqué que les personnes atteintes de rhinite congestive, autrement dit d’obstruction nasale à bascule, étaient beaucoup plus gènées par les temps pluvieux que par les temps secs, j'étais porté à croire, comme tous les rhinologistes, que la muqueuse nasale était hygrométrique et se gonflait sous l'influence de l’humidité. Fallait-il admettre sans contrôle cette influence de l'humidité ? J'étais assez disposé pour ma part à mettre cette congestion de la muqueuse nasale plutôt sur le compte de la pression atmosphérique que sur celui de l'humidité.
Je profitai de l’occasion que m'offrait mon ami Janets, pilote de l’Aéro-Club, pour contrôler cette assertion au cours d’une ascension aérostatique.
Nous partimes donc le dimanche 23 février 1902, à 10 h. 50 du matin, de l'usine à gaz de Rueil, à bord de l’Ariel. Le temps, qui semblait douteux au départ, se maintint au beau tout le temps du voyage. L'aérostat, après quelques variations d’altitudes destinées à procéder à nos expériences, fut parfaitement équilibré par son pilote entre 300 et 500 mètres. La température, à peu près constante, oscillait légèrement entre -E 9 et + 11° C. La pression atmosphérique, qui était à terre de 758 m/n à 10 h. 1/2, est descendue à 609 m/", Notre voyage s’est terminé à 4 kilomètres au Sud d'Arras, sur la route du Bucquoy.
Notre descente, effectuée à 4 h. 20, s’est faite dans les meilleures conditions, malgré un coup de vent intempestif qui nous obligea à faire usage de l'ancre.
Voici en quelques mots le résultat de mes observations :
J'avais emporté un petit accumulateur, un miroir de Clar, un miroir ordinaire et quelques instruments pour l'examen des fosses nasales; je pus me rendre compte exactement par la rhinoscopie antérieure et postérieure pratiquée sur mon pilote et sur moi qu'à mesure que la pression atmosphérique diminuait, le volume de notre muqueuse nasale augmentait et l’obstruction, d’unilatérale qu'elle était au début, devenait rapidement bilatérale.
Ceci me parut assez compréhensible, étant donné le manque d'équilibre qui s’établissait entre notre pression sanguine toujours constante et la variation de la pression atmosphérique.
A quelques centaines de mètres seulement au-dessus du sol l’obstruction nasale diminuait peu à peu et finissait même par disparaître. Ayant à plusieurs reprises examiné nos fosses nasales à des altitudes différentes et ayant toujours constaté que notre obstruction nasale augmentait à mesure que nous nous élevions,je me permets de conclure qu'il fautsurtout attribuer, au cours des rhinites congestives, l'obstruction nasale à la diminution de la pression atmosphérique plutôt qu’à l’état hygrométrique de l’air. En somme, ce résultat semble contredire nos connaissances actuelles, qui mettaient sur le compte de l'humidité la diminution de notre perméabilité nasale. Cette erreur est d’ailleurs assez compréhensible, étant donné que dans nos régions la diminution de la pression coïncide le plus souvent avec la pluie.
D' CousTeau