‹ L'AérophileChapitre 32 sur 84 · NÉCROLOGIE · texte numérisé non relu

NÉCROLOGIE

M. ANATOLE BRISSONNET.

Nous avons le regret d'enregistrer la mort de M. Anatole Brissonnet, ancien vice-président de la Société française de navigation aérienne, et un des membres les plus dévoués de plusieurs sociétés analogues. M. Anatole Brissonnet est né le 20 avril 1834, à Chauvigny, près de Poitiers (Vienne), dans une famille de notaires qui avait joué un certain rôle pendant la Révolution. Il est le premier de sa race qui ait abandonné la basoche pour se livrer à l’industrie. Venu jeune à Paris, il fut

(Ji

emprisonné au commencement de l'Empire comme professant des opinions républicaines, qu'il n'abdiqua jamais. Ayant fait la connaissance de Nadar, il s'adonna à Paérostation devint secrétaire de la Société aéronautique et créa dès 1856 la maison de commerce qu'il dirigeait encore lors de son décès. Il s’est surtout fait connaitre par la fabrication de petits ballons-réclame en caoutchouc, dont il a littéralement inondé tous les pays civilisés et barbares. Il a poussé jusqu'aux extrêmes limites l'élégance et le bon marché de ces jouets charmants. Tant d'enfants lui doivent des heures délicieuses, que l'on peut ranger le défunt parmi les bienfaiteurs de l'humanité. Malheureusement, les grands magasins de nouveautés se sont lassés de distribuer cette prime si populaire et l'ont remplacée par des chromos illustrés, malgré les réclamations des bébés: Brissonnet a eu fort à souffrir de cette dépravation du goût public.

Giffard l'estimait beaucoup et avait plaisir à s'entretenir avec lui des propriétés du caoutchouc, dont le grand ingénieur avait fait une étude approfondie. Il lui a même indiqué une série d'expériences très curieuses et très simples qu'on peut exécuter avec le générateur américain qu'il a importé en France.

En 1870, Brissonnet fut souvent consulté par M. Rampont pour déterminer la direction que prendraient les ballons-postes. Sept ans plus tard,il reçut la médaille de bronze du ministère de la Guerre, destinée à récompenser les principaux coopérateurs aux communications aériennes.

Brissonnet a créé un journal spécial, le Ballon, qu'il distribuait en prime, et qui était fort bien rédigé.

M.“Anatole Brissonnet C'est lui qui a édité avec beaucoup

de luxe, le tableau des Pallons

du Siège rédigé par Gabriel Mangin, le sympathique aéronaute de la Vzlle de Florence. Brissonnet a acheté le hangar monstre qu'une compagnie américaine avait fait construire pour un ballon dirigeable auquel on n'a pu réussir à faire exécuter aucun mouvement propre. Il a fait transporter à Noisy-le-Grand cet

immense monument en planches qui lui a servi à construire un des éléments d’un autre ballon dirigeable qu'un prédécesseur du comte Zeppelin voulait composer de ballons assemblés en file à la suite les uns des autres. Cette entreprise folle, faite par un officier supérieur de la garde de l'Empereur de Russie, ne fut point achevée; sort commun à une foule de combinaisons trop compliquées.

C'est Brissonnet qui a construit les excellents ballons dont M. Silberer, le sympathique fondateur de l'Aéro-Club viennois, a fait si bon usage. Il a exécuté par lui-même un grand nombre d'ascensions intéressantes dont le récit occupe les meilleures pages du Ballon.

Brissonnet à un fils qui s'est consacré, comme lui, à l'aérostation et une fille qui est une artiste distinguée.

Sentant sa fin approcher, il a envoyé sa démission de la Société française de navigation aérienne qui, par une lettre très flatteuse, s'est empressée de la refuser.

Il était serviable, d'un caractère gai, enjoué, et le répertoire vivant d’anecdotes relatives aux aéronautes, à l'aérostation et aux petits ballons d'enfants.

Ilest mort le 25 février, à la suite d’une longue maladie, à l’âge de 66 ans et ne laissant que des amis. Bien peu d’aéronautes ne peuvent en dire autant, car on doit trop souvent appliquer aux disciples de Montgolfier et de Charles ce beau vers de Virgile : & Tantæne animis cœlestibus iræ ! »

M. PIERRE DE BALASCHOFF.

C'est avec le plus vif regret que nous annonçons la mort de ce patron généreux de l'aéronautique qui appartenait à une des familles les plus considérables et les plus anciennes de Moscou. Le personnage le plus illustre de cette branche de la haute aristocratie russe est le général aide de camp de l’empereur Alexandre I°r, qui fut chargé par son souverain de faire des représentations à Napoléon au moment où allaient éclater les hostilités qui conduisirent à la retraite de la Bérésina.

A Sainte-Hélène, Napoléon exprima le regret de ne pas s'être rendu aux arguments que Balaschoff développait avec une noble franchise etun esprit tout français.

Pressé par Napoléon qui lui demandait ironiquement de lui dire par où on pourrait se rendre à Moscou, il répondit : « Sire, il y a plusieurs chemins, on peut même s'y rendre par Poltavay. C'est la ville où Charles XII fut vaincu par Pierre le Grand en 1700.

M. Pierre de Balaschoff a succombé à une longue maladie en son hôtel de la rue Ampère, le mardi 6 mars. Son corps a été inhumé au cimetière du Père Lachaise. Il n'était âgé que de 53 ans, mais d’une constitution délicate et maladive qui ne permettait guère d'espérer qu’il parviendrait à un âge avancé.

S'il s'était cru libre d'agir suivant ses idées personnelles, il aurait donné un plus grand développement à ses goûts pour les études aériennes.

Comme beaucoup d’esprits sérieux, Pierre de Balaschoff fut séduit par les calculs dont les aviateurs entourent leurs assertions et il consacra beaucoup d'argent à la construction d’un prétendu vélocipède-volant.

Ses libéralités lui attirèrent même des désagréments de plus d'un genre, qui furent plus tard exploités contre l’aérostation, c’est seulement lorsque la fausseté des calculs eut été démontrée, à l’aide d’un usage rigoureux des formules et des principes de l'analyse transcendante, qu’il reconnut l'inanité des assertions qu'on avait étayé par une algèbre de mauvais aloi.

À la suite d’une belle ascension exécutée à bord du Sirius, en juillet 1801, en compagnie de M. Georges Besancon, ïil fit construire un ballon de 3200 mètres cubes auquel il donna le nom de France-Russie et qui fut inauguré le 1er novembre de la même année, à l'usine à gaz de la Villette, par un brillant voyage auquel il prit part. Cette traversée aérienne se termina heureusement dans les environs du Mans, en dépit d’un vent très violent.

Pour célébrer l'inauguration du France-Russie, M. de Balaschoff avait fait dresser dans l’usine une tente sous laquelle était servi un buffet somptueusement installé.

M. de Balaschoff fit présent d'un ballon de 1700 mètres cubes, qu'il s'était fait construire, à la Commission scientifique d’aérostation de Paris, qui s'occupe de l’exploration des hautes régions de l'atmosphère. Cette commission l’appela à siéger dans son sein, mais l'état de santé de M. Pierre de Balaschoff ne lui permit pas de profiter de l'honneur qui lui fut fait.

M. de Balaschoff reconstitua la bibliothèque musicale de l’église russe, qui avait été détruite par un incendie; il travailla longtemps à l’organisation de la maitrise de l’église orthodoxe dont il fut un des bienfaiteurs et qui, grâce à son zèle et à sa générosité, est établie d'une façon splendide.

M. de Balaschoff s'était beaucoup occupé du jeu d'échecs où il était de pre-

mière force.

M. Pierre de Balaschoff

M. Pierre de Balaschoff était chevalier de la Légion d'honneur, officier de l'Instruction publique et commandeur de Saint-Stanislas de Russie.

Il appartenait à un grand nombre de sociétés savantes, littéraires et artistiques, il était membre fondateur de la Société de Géographie à qui il lègue 50,000 francs.

C'était un homme d’une bonté et d’une intelligence remarquables, les sciences et les arts perdent en lui un ami éclairé qui aidait à leur progrès en leur consacrant une partie de sa fortune. Georges BESANÇON.

Réglement du Grand-Prix de l'Aéro-Club

M. Henry Deutsch (de la Meurthe), après pourparlers engagés avec M. le comte de La Valette et le Conseil d'administration de l’Aéro-Club, a adressé la lettre suivante à M. le comte de Dion, président de la Société :

Page 1