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L'ASCENSION DU 17 OCTOBRE

Fournal de Francfort (Frankfurter Zeitung).

On nous écrit de Friedrichshafen, à la date du 18 courant :

Je lis aujourd’hui, dans tous les journaux, le télégramme relatant le (triomphe » de la seconde ascension du comte Zeppelin. Peut-être, avant que ces lignes ne vous parviennent, avez-vous pu fournir des renseignements circonstanciés, qui jettent une ombre sur ce grand succès. Il en fut de même la première fois; d’une victoire, il ne restera qu'une bataille indécise. Peut-être mes lignes n'arrivent-elles pas mal à propos. Certainement, le &ballon » s’est comporté en dirigeable.

Il s'éleva dans les airs, majestueux et paisible, aux acclamations de tout Friedrichshafen massé sur les rives; il plana, calme et superbe, au-dessus du lac, accomplit de petites évolutions autour de son axe vertical, peut-être aussi de petites courbes, fit d'innombrables et légères évolutions autour de son axe horizontal ét

resta toujours à la même altitude, à la même place. D'évolutions diverses dans un grand rayon, de montée ou de descente à grande ou moyenne altitude, il n’en fut pas question. Le ballon paraissait se réjouir de se balancer si joliment dans l’espace, et l’on prenait part à sa satisfaction.

Sans conteste, le gracieux balancement de l'appareil était des plus réussis. Mais, par suite de quel concours de circonstances ces modestes résultats ont-ils été atteints? Par le plus favorable, car il régnait un calme plat presqu'absolu ! La faiblesse du vent est démontrée par les observations suivantes : le bureau Wolff indique de faibles courants venant du swd. Le ballon captif, destiné à vérifier la direction du vent, indique, s’il indique quelque chose, un faible courant nord. Un ballon-pilote en papier prit franchement la direction sud. Un second prit un peu plus tard, très, très doucement la direction nord. La fumée des cheminées environnantes se rabattait tantôt vers le nord, tantôt vers l’ouest, tantôt vers le sud. Ainsi, nous ne savons pas si les lents mouvements de propulsion en avant, constatés sur le ballon, ne sont pas causés par des courants vartables. Si, malgré tout, nous concédons à l’appareil une certaine «dirigeabilité », nous ne l’accordons que basé sur l'expérience, puisque le ballon a été capable d'opérer des évolutions autour de son axe vertical et horizontal. Mais il faut expressément noter que, pendant ces évolutions autour de l’axe horizontal, on n'a pu constater aucune tendance de montée ou de descente du ballon, ce qui eût été naturel par la valeur nominale de sa propre propulsion. Quel serait le ballon qui n’atteindrait pas à une petite propulsion, par un calme absolument plat

ou, par exemple, dans un local abrité ?

(Traduit par M. Emule Straus).

Friedrichshafen, 21 octobre.

Aujourd’hui, de4h. 55 à 5h.25, a eu lieu la troisième ascension qui était plutôt une parade pour la Cour royale de Wurtemberg, qui quitte ce jour sa résidence d'été dont on aperçoit les deux tours sur les photographies 4 et 5.

L'ascension a bien réussi. [Il y avait peu de vent et le ballon effectuait convenablement ses évolutions, mais il avançait lentement.

La descente a été bien menée et il n’a pas fallu plus de vingt minutes pour réinstaller le ballon dans son hangar ; on voit que les soldats chargés de ce travail ont déjà plus l'habitude de ces manœuvres.

Le roi et la reine de Wurtemberg ont assisté aux expériences à bord du vapeur Konigin Charlotte. Je regrette de n'avoir pu recueillir leur impression.

D'après les renseignements que j'ai puisés auprès de la société du ballon dirigeable, on a supprimé le gouvernail de l’avant, placé au-dessus de la pointe, et le premier des deux gouvernails d’arrière ; on a un peu éloigné de l'enveloppe le second gouvernail d’arrière.

L'hydrogène, préparé par le procédé électrolytique, a manqué pour le remplissage de la cellule qui avait laissé échapper son gaz par la soupape, lors de l’ascension du 17. On a dû se servir d’un hydrogène lourd. Aussi la force ascensionnelle n'était que de 20 kilogs et le lest dans chaque nacelle de 30 kilogs. C'était peu pour un ballon de cette dimension, mais on osa risquer l'ascension en se basant sur les deux voyages précédents.

A 5 heures, l’aérostat bien équilibré était prêt, et à 5 h. 2’ il s'élevait dans les airs. Le lest manquant dans le milieu de la longueur du ballon, l’aérostat se voûtait un peu, les hélices travaillaient donc dans la direction de la tangente de cet arc, de sorte qu'en marchant en avant, la pointe du ballon le faisait descendre. À deux

reprises, on fut forcé de faire marcher en arrière les deux moteurs et une dizaine de fois, on fit machine en arrière au moyen d’un seul moteur.

Les gouvernails furent facilement manœuvrés et bien qu'il n’y en eut que deux verticaux (un à l'avant, l'autre à l'arrière), au lieu de quatre comme précédemment, le ballon suivait aisément leur mouvement ; il décrivit un grand cercle par bâbord puis par tribord pour descendre sans aucune avarie à la nuit tombante, à 5 h. 25, tout prés du hangar.

Le gaz s'est alourdi dans les cellules et il faut les dégonfler entièrement, Si l'on veut procéder à de nouvelles expéri:nces il faudra remplir les ballons avec de l'hydrogène produit par l'électrolyse.

Il faut remarquer que les ascensions ont été exécutées à la tombée du jour sans soleil et sans vent, les variations de température étaient donc insignifiantes.

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