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L'ASCENSION DU 21 OCTOBRE

Fournal de Francfort (Franchkfurter Zeitung). On nous écrit de Friedrichshafen, aujourd'hui dans l'après-midi une froisième ascension qui, à tous points de vue, a

le 21 courant : Le comte Zeppelin a fait

obtenu plus de succés que les deux précédentes. Pour la première fois il a réussi à parcourir, du point de départ, sur une grande étendue du lac, un large circuit, et à regagner l'endroit d'où il s'était élevé. Le balancement de l'aérostat était de nouveau parfait. Les virages et les courbes décrites ont cu lieu avec plus de précision que mercredi dervier. De plus, l'expérience de ce jour présentait plus d'intérêt en permettant de constater de manière précise la vitesse. Le vent était encore plus faible, toutefois de direction constante. De la direction prise par plusieurs ballons pilotes, il fut loisible de constater que jusqu’à prés de 200 mètres d'altitude régnait le calme plat et que dans les couches supérieures il y avait un très l: ger courant, se dirigeant vers le nord-ouest, d'environ 2 métres à la seconde. L'acrostats'équilibra à une hauteur de 200 mètres, de manière à peu près constante, et düt avoir à lutter avec des courants tout au p'us de os jusqu'à o0M75 à la seconde. Les plus grandes vilesses atteintes par le ballon, que nous avons pu évaluer du sol, d'une marière précise, indiquaient dans la direction nord-ouest (donc contre le vent) environ 3 mètres à la seconde: dans la direction Su:!-Est, environ 4 mètres à la seconde. Cela répondrait à une force de propulsion atteinte aujourd'hui par l'aérostat de 3 1. 5 à la seconde où environ 12 kilom. à l'heure. Nous disons « environ » car quelque précision que l'on mette à viser d’un point, on ne peut arriver à des données exactes. Celles-ci seront seulement fournies par le grand appareil des quatre postes d'observations placés ça et là. Mais nous estimons que les modifications apportées à no5 chiffres seront plutôt #nférieures que supérieures. I n'y a pas lieu de croire à une vitesse du ballon de 8 à 9 mètres, ainsi que l'« estima » quelqu'un dans un emballement enthousiaste. Avec ce chiffre de 3 m. 5, on a évalué, pour ainsi dire d'une manière précise, la valeur ou la non-valeur pratique de cet aerostat, car la propre vilesse du ballon résume tout le problème. — 3 m. 5 ne représentent malheureusement pas beaucoup. Cette vitesse ne paraît pas méme sulfisante, pour pousser l'aérostat d'une position déterminée en haut ou en bas. Du reste, il n'y a 'pas eu d'observations à relater à ce sujet. Donc, le voyage de l'avenir par ballon nesemble pas jusqu'à présent détenir Le record de la vitesse. Le ballon Zeppelin, en se basant sur l'expérience d'aujourd'hui, mettrait environ 40 heures pour porter ma copie à Francfort... s'il ne soufflait pas de vent, Mais les vents méchants retiennent rarement leur haleine!

Dr, E. (Traduit par M. Emile Straus).

Friedrichshafen, 22 novembre.

La Société pour la propagation de l'aéronautique à Friedrichshafen a tenu son assemblée générale la semaine dernière. A la suite de la séance, la société du ballon dirigeable du comte de Zeppelin entre en liquidation, la dissolution ayant été votée.

Il est très probable qu'on liquidera l'ancienne société, fondée par actions à pertes (Verlustaktien), en vendant aux enchères le matériel complet. On ne trouvera guère d'acheteurs et ce sera la nouvelle société en formation qui rachètera le tout à vil prix.

Il est certain qu'il faut beaucoup d'argent pour réaliser toutes les modifications nécessaires et l'exécution des 12 ou 15 ascensions projetées.

Malgré tout ce qu'on dit ou écrit, je suis assuré que les fonds indispensables sont à la disposition du comte qui est plein d'espoir en la réussite des expériences qui seront reprises l'été prochain.

Il est certain que l’empereur allemand s'intéresse à ces expériences. La semaine dernière le comte de Zeppelin a été appelé à Berlin et reçu par l'empereur. Si les futures expériences réussissent, il est probable que le gouvernement allemand achètera l'invention.

On travailletoujours après le ballon afin d'obtenir plus de raideur de la carcasse, mais peu à peu on congédie les ouvriers qui, de quinze actuellement, seront réduits à trois pendant l'hiver.

L'expèrience de l'hiver passé a engagé le comte à faire échouer le hangar flottant au même endroit où l'ouragan du 14 février dernier l'avait transporté. On a rempli d’eau les pontons, de sorte que le hall résistera aux vagues du lac ; malgré cela une forte tempête du sud-ouest pourrait l’endommager. Pour renflouer le hangar il faudra attendre la crue du lac, au mois de mars ou d'avril.

L'aéronautique à l'Exposition de 1900

(Suite) (1)

Les expositions étrangères.

Nous avons terminé maintenant avec l'aéronautique française; abordons maintenant l'examen des Sections étrangères, travail peu compliqué en vérité, car deux nations seulement sont représentées : l'Angleterre et la Russie.

Dans le pavillon des Armées de Terre et de Mer, on aperçoit un haillon blanchâtre, une sorte de vessie accrochée au plafond par un fil de fer. C’est le ballonsignal électro-lumineux de M. Eric Stuart Bruce, secrétaire honoraire de la Société des Ballons de la Grande-Bretagne. Ce ballon n'est pas autre chose qu’une poire en baudruche contenant intérieurement une sorte de lustre portant un certain nombre de lampes électriques à incandescence, alimentées par le courant d’une dynamo qui reste à terre avec le moteur chargé de l’actionner.

Ce qui nous a paru le mieux compris dans cet appareillage, c'est le manipulateur à contacts de charbon, au moyen duquel on parvient à exécuter les signaux formant l'alphabet Morse en usage dans la télégraphie. En frappant les traits et

(1) Voir l'Aérophile n05 8 et 10, août et octobre 1900.

les points de ce langage conventionnel, on interrompt ou on rétablit le courant dans les lampes, et le ballon brille dans l'obscurité suivant le rythme donné à ces occultations. On peut donc, par ce système d'éclairage intermittent, transmettre au loin des messages, ce qui ne manque pas d'avantages pour l'art militaire notamment.

Dans le prospectus distribué au public, M. Eric Stuart Bruce rappelle que c’est en 1885 qu’il a fait les premières expériences de son système d'éclairage et de télégraphie optique au camp d’Aldershot. Contentons-nous de rappeler à ce prétendu innovateur que dès 1883, en France, l'aéronaute Gabriel Mangin, avait réalisé exactement le même programme, d’abord chez le chimiste Egasse à la Chapelle, avec une batterie de piles impolarisables Cloris-Baudet comme source de courant, ensuite chez M. Le Royer, avec cette fois des piles au bichromate, imaginées en collaboration avec le signataire de cet article. Des résultats concluants furent obtenus dès cette époque et ce ne fut que deux ans après que M. Bruce s’est approprié l'invention française de Mangin! Rendons à César.

La section d’aérostation Russe est presque aussi importante que la Classe 34; elle a deux expositions, l’une au pavillon des Armées de Terre et de Mer, l’autre au palais du Génie Civil. La première est de beaucoup plus importante et c'est d'elle que nous nous occuperons tout d’abord.

États-Unis. — On peut considérer comme rentrant dans le cadre de l’aéronautique scientifique les applications qui ont été faites de cerfs-volants pour transporter à des altitudes élevées des appareils de météorologie à enregistrement automatique. L'Aérophile a constamment suivi avec attention ce genre de recherches et les modifications successives apportées aux procédés capables de fournir des résultats satisfaisants en ce qui concerne les moyennes couches de l'atmosphère, jusqu’à quatre mille mètres de hauteur au plus. Sans nous appesantir sur la description de ces appareils déjà donnée dans cette revue, nous devons cependant mentionner leur présence à l'Exposition de 1900.

C'est dans le pavillon des États-Unis, situé sur le quai d'Orsay, à côté du phare de la marine marchande allemande, que sont réunis tous les appareils de cette catëgorie spéciale. Les cerfs-volants cellulaires, genre Hargrave, sont exposés tout montés et une série de vues photographiques montre les modes de lancement. Ces cerfs-volants sont pourvus d’un anémomètre et d’un enregistreur triple (baro-hygrothermomètre) en aluminium. Auprès d’eux, se trouve le treuil de rappel, d’un modèle particulier et des plus ingénieux, avec son tambour recouvert du fil d'acier servant de ligne d’attache aux cerfs-volants. Toute la partie mécanique est supérieurement exécutée et d’ailleurs toute cette exposition de lastation météorologique américaine est intéressante et on peut encore y admirer des photographies de nuages (prises de la terre) absolument remarquables de netteté et de relief. M. Teisserenc de Bort, directeur de l'Observatoire de Trappes, qui expose dans la section de photographie (au premier étage du palais du Génie Civil, près du Palais de l’'Optique) des vues analogues, n’a pas obtenu une finesse de détails, un modèle supérieur à ce que nous constatons chez les opérateurs d’outre Atlantique.

Russie. — Nos bons amis les Russes s'occupent très activement, comme on sait, d’aérostation et de météorologie, aussi l'Exposition comportait-elle deux emplacements occupés par des stands de cette nation.

Le premier est situé dans le Palais des Armées de Terre et de Mer, sur le quai, et l’autre dans la section russe du matériel des transports au Champ-de-Mars. Celui-ci contient surtout des appareils scientifiques et celui-là du matériel d’aérostation militaire; nous leur consacrerons un instant et les passerons en revue dans l’ordre où nous venons de les énumérer.

en

L’attention du public était attirée, au Palais des Armées, par le ballon militaire Vive la France qui se dressait, gonflé jusqu’à l'équateur, dans la galerie du rez-dechaussée. Cet aérostat était celui qui figurait lors de la revue passée à Krasnoïé-Sélo par le regretté président Félix Faure lors de son voyage en Russie, et la vérité nous oblige à constater que la construction aérostatique dans le pays des tsars est loin d'atteindre la perfection à laquelle elle est arrivée chez nous. La couture de l’enveloppe de soie est manifestement inférieure, et la corderie, la vannerie, l’ébénisterie sont bien grossières comparativement à ce qui se fait de plus courant en France.

Nous en dirons autant des modèles réduits placés sous vitrines et qui représentent l'ensemble du matériel d'un parc d’'aérostation militaire avec les appareils de gonflement à l'hydrogène pur et le modele de treuil à enclanchement automatique du mécanisme de rappel par la mise en marche de la voiture le supportant, modéle dû à M. Garoutte, mécanicien de la section militaire. Tout cela rappelle plutôt des jouets d'enfant en fer battu que les délicates réductions de Digeon qui se trouvent dans tous les musées techniques.

Auprès des mannequins costumés représentant les aéronautes militaires russes, se dresse un curieux appareil dont nous n'avons pas l'équivalent en France. C'est une machine à tresser automatiquement les mailles d’un filet ; le principe sur lequel est basé cet appareil est simple et il semble qu'il doit permettre l'exécution plus rapide et plus mathématiquement rigoureuse d’un filet de dimensions quelconques, que par la fabrication à la main.

Si nous arrivons maintenant à la seconde exposition de la Section aérostatique de la Société impériale technique de Russie, nous verrons qu'elle renferme des appareils scientifiques d’un réel intérêt, et dont la construction est bien supérieure à celle des objets que nous venons d'examiner.

Momentomètre et dynamomètre de M. Kouzminsky. — Pour nous représenter le principe de la construction d’un momentomètre, supposons que l’arbre qui transmet le travail de rotation du moteur au propulseur soit coupé perpendiculairement à son axe et que sur les extrémités de la section soient solidement fixés deux manchons portant chacun deux ou plusieurs saillies. Dans la transmission par le momentomètre des efforts qui font tourner l'arbre, les saillies du manchon conducteur viendront presser celles du manchon commandé. Cette pression est transmise à un liquide introduit automatiquement dans des cavités spéciales qui sont organisées dans les caillies de l’un des manchons. La pression du liquide dans ces cavités est indiquée par deux manomètres (l'un pour le momentomètre, l’autre pour le dynamomètre de pression le long de l’axe de l'arbre).

La particularité principale de la construction du momentomètre et du dynamomèêtre consiste en ce qu’ils permettent de déterminer chaque fois toutes les résis tances nuisibles (défauts) à l’aide de manipulations et de calculs très simples.

Le principe de la méthode d’après laquelle sont organisés le dynamomètre de pression et le momentomètre (dynamomètre de rotation) est le suivant : Appelons R la résistance extérieure (utile), F la résistance intérieure (nuisible) provenant du frottement sur les coussinets, et H et H: les pressions (du liquide) nécessaires pour obtenir le plus petit déplacement en des sens inverses des parties composantes du momentomètre et du dynamomètre pendant leur travail; nous obtenons :

1 1 H=F+R et H'=R—EF, d'où RUE et Re

Les observations effectuées au moyen du momentomètre et du dynamomètre de pression le long de l’axe de l’arbre, sont également nécessaires pour mesurer l’action utile d’une hélice; les observations à l’aide du dynamomètre seul sont

suffisantes pour déterminer la résistance opposée au mouvement d’un navire à hélice. L'appareil peut également servir à déterminer avec précision le travail effectif des moteurs à gaz, à pétrole et des machines-outils, ainsi que celui des matières de graissage et le frottement des corps durs entre eux ou contre des liquides. Ses applications sont donc nombreuses.

Propulseur de M. Kouzminsky. — Prenons des axes de coordonnées X, V, Z, perpendiculaires entre eux, et tracons dans le plan des XV, de l’origine des coordonnées comme centre, un cercle de rayon KR. La surface du propulseur est engendrée par une génératrice de longueur variable, dont une extrémité se meut sur la

circonférence du cercle susmentionné avec une vitesse ("1 étant une constante

égale au nombre d'ailes de l’hélice entière), et l’autre extrémité se déplace sur l’axe

; 2H ROLE ; des Z avec une vitesse ——, où # est aussi un nombre constant pour la surface

donnée. Le mouvement de la génératrice est supposé partir du pla des XV. L'équation de cette surface, rapportée aux axes choisis, a la forme suivante : ER NT o [7 Z=(R Nx+y.) arc tg (2) n.

Des considérations mécaniques amènent l’auteur à conclure que le cas n — 1 répond surtout aux hélices destinées à la navigation sous-marine, et n < 1 est préférable pour l'aérostation, et n > 1 sera avantageux pour les récepteurs de la force d'un courant d’eau ou d'air.

Moteur-turbine à vapeur et à gaz de M. Kousminsky. — Les données essentielles de la construction de cet appareil sont les suivantes :

1. Un fourneau, fait d’une matière solide, réfractaire et mauvaise conductrice de la chaleur, produit la combustion constante d’un corps quelconque, de préférence carbure d'hydrogène, sous une pression plus ou moins voisine de la pression intérieure d’un moteur à vapeur et à gaz.

2. Les produits de la combustion sont mélangés avec les vapeurs d’un liquide qui s'écoule (dans une direction opposée au courant des produits de la combustion) dans des tubes en spirales, très longs et de petit diamètre, qui constituent les parois des canaux servant de prolongement au fourneau.

3. Le mélange des produits de la combustion et des vapeurs d’eau pénètre dans une turbine, où la chaleur se transforme en travail mécanique.

4. De la turbine, le mélange des gaz et des vapeurs passe dans un condenseur. Ce condenseur ne doit laisser échapper dans l'atmosphère que les gaz permanents à une température relativement basse.

Le propulseur-turbine à vapeur et à gaz déjà construit occupe un volume inférieur à un mètre cube et, pour une dilatation des gaz et des vapeurs ègale à 12, donne envion 25 chevaux vapeur. Son poids total est d'environ 250 kilogrammes, ce qui représente environ 10 kilogrammes environ par cheval. Le modèle est construit principalement en cuivre et en bronze phosphoreux. Dans la turbine, on peut avoir, comme il a été indiqué plus haut, des mouvements en avant et en arrière. La plus grande dilatation des gaz et des vapeurs peut être facilement portée à 480.

Aéroplanes de M. Kotov. — Pour éviter le renversement d’un aéroplane pendant sa chute glissante, M. Kotov a proposé de faire son extrémité postérieure flexible et de la courber quelque peu soit vers le haut soit vers le bas. Avec de petits modèles en papier, M. Kotov a obtenu un glissement absolument régulier de l’aéroplane, qui se meut presque complètement en ligne droite. La mort de M. Kotov a arrêté les expériences qu'il voulait faire avec des aéroplanes de dimensions plus grandes.

An L'AÉROPHILE 150

Parachute de M. Vagne. — Dans le but d'éviter le balancement du parachute dans sa descente, M. Vagne remplace l'ouverture pratiquée à la partie supérieure par deux cloisons d'étoffe en forme de croix, qui sont disposées dans deux plans verticaux, perpendiculaires entre eux. L’extrémité de ces cloisons descend audessous de la surface du parachute et sert à le diriger pendant son mouvement. La surface du parachute porte également, suivant les méridiens, des bandes élastiques. Les essais ont montré que ces parachutes descendent d'une façon absolument régulière sans être soumis à aucune espèce de balancement ou roulis.

Tels sont les appareils que nous trouvons réunis dans cette salle, et dont nous avons emprunté la description à une brochure de M. Pomortzev, président de la section technique, et qui expose, pour sa part des appareils météorologiques n'ayant qu'un rapport secondaire avec l’aérostation.

Pour être complet et mentionner tout ce que l'Exposition contient et ce qui peut rentrer dans le cadre de nos études, nous devons encore parler des photographies de nuages prises à l'Observatoire de Juvisy, par M. Antoniadi, et projetées sur un écran virtuel, formé d'une traverse en bois montée sur l'axe d'un petit moteur électrique tournant à deux mille tours à la minute, et les photographies prises en ballon par M. Georges Besançon, applications constituant deux des attractions, et non des moins intéressantes, — du Palais de l’Optique.

Si donc nous résumons maintenant nos promenades, nous constaterons que, durant la période de onze ans qui s’est écoulée depuis la dernière Exposition Universelle, l’aérostation a indéniablement fait des progrès qu'il serait injuste de méconnaître, et nous en avons la preuve dans la construction plus soignée et mieux comprise des divers objets exposés. De cet effort continu vers le mieux, on peut tout espérer pour le siècle qui s'ouvre, et c'est sur cette réconfortante pensée que nous

terminerons cette suite d'articles.

Henry de GRAFFIGNY.

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