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D.agramme de la première ascension de France en Russ:e.
Départ : Paris-Vinceni?s, 39 septembre, 4 h,4% soir. — Atterrissage près de Brzeknysnski (Russie), 4er octobre, 2 h. {8 soir.
Notre concurrent nous suit à une altitude un peu plus élevée. Puis tout à coup, les nuages se dissipent comme par enchantement ; les montagnes fuient derrière nous. Nous pénétrons dans un pays d'immenses plaines, nous nous dirigeons vers la Silésie. Le temps s'éclaircit de plus en plus, ctle Sasnt-Lours, qui s’est rapproché de nous ct que nous sommes parvenus à reconnaître distinctement, monte vers le zénith.
Le pays est très habité; les villes succèdent aux villes sans que nous puissions les nommer d’une façon certaine. Notre direction est la méme; nous sommes en équilibre à 2,800 mètres. Balsan grimpe toujours; il jette du lest, nous dépasse ct fuit dans une direction plus sud que la nôtre.
Un maudit cirrus vient s'interposer entre le soleil et le Centaure et nous force à jeter notre 13° sac de lest, puis le 14° et le 152. Voilà quel est notre ennemi : le nuage. Nous montons à 4,009 mètres: la température devient moins clémente : ie thermomètre fronde marque moins 4°. Nous nous maintenons quelque temps à cette altitude et commençons à respirer l'oxygène; il est 1 heure de l'après-midi. De gros cumulus viennent encore nous masquer le soleil; nous sommes précipités en descente; nous parvenons cependant à nous équilibrer dans les régions basses, vers 1,800 mètres.
Le Saint-Louis subit de même que nous les variations atmosphériques : 1l paraît tout-à-coup emporté dans une chute vertigineuse, puis, un moment après, il regagne avec autant de vélocité les hautes régions. La lutte entre les deux aérostats devient poignante; nous sommes à un certain moment assez près pour nous
héler.
2 heures. — Le Saint-Louis qui, d'après notre estimation, était monté à 7,000
mètres, retombe; il arrive à notre niveau, puis continue son mouvement descensionnel ; il paraît marcher au guiderope: nous suivons avec anxiété ses évolutions à l'aide de nos lunettes. La lutte devient de plus en plus âpre et intéressante.
Nous passons au-dessus d'une grande ville, Breslau; nous franchissons l'Oder, puis, tout doucement, sans jeter aucun lest, par un de ces caprices dont le ballon est coutumier, nous remontons; peu à peu notre coutse s'accélère, nous refranchissons les brumes.
3 h. 35. — Nous voici remontés à 4,000 mètres: le baromètre marque moins 7v; le Sarnt-Louis perce timidement le brouillard, puis disparaît à nos yeux; c'est la dernière fois que nous apercevons MM. Balsan et Godard.
Notre mouvement ascensionnel continue.
3 h. 40. — 4,700 mètres, moins 10° au thermomètre. SIN A2 NET 000MMÉÈLNES IN — SUCER 200 M CEES Er 20 —
Nous respirons continuellement de l'oxygène et prenons, de temps à autre, une gorgée de cognac. Nous sommes déjà en Russie; il fait un froid de loup. Au fait, c'est dans l’ordre, puisque les forêts qui sont à nos pieds abritent des fauves de ce nom. Nous nous maintenons pendant quelques minutes dans cette position vraiment trop élevée, puis, pour ne pas démentir les paroles de l'Ecriture : & Quiconque se sera élevé sera abaissé », une condensation rapide se produit. Le Centaure devient flasque et regagne les couches inférieures de l'atmosphère avec plus de rapidité qu'il n'en avait mis pour les quitter. Sans interruption, Castillon et moi, nous jetons par dessus bord des louches à potage pleines de sable. Vous ne vous attendiez par à voir la louche en cette affaire. Eh bien, c'est par excellence la mesure du lest en ballon et j'en revendique, avec mon ami Castillon, la première application.
Enfin, après de nombreuses et de nombreuses cuillerées de sable, nous parvenons à enrayer notre descente à l'altitude de 2,500 mètres. La température s'est heureusement radoucie et le thermomètre marque 4° au-dessus de zéro.
4 heures 25. — Le soleil vient de se coucher; il ne nous reste plus que 6 sacs de lest, c'est-à-dire 150 kil. Nous n’en décidons pas moins de nous lancer dans la nuit et d'aller jusqu'au bout de nos forces. Nous descendons lentement, jetant de temps à autre une louchée de sable, et, à 5 heures 25, nous ne sommes plus qu'à.700 mètres d'altitude; nous traversons un pays d'immenses plaines ou le vent fait rage. La lune s'est levée.
Nous profitons de l'équilibre qui s'établit pour manger un peu, mais c'est sans grand appétit, car la fatigue se fait déjà sentir. Des nuages noirâtres s’amoncellent auN.-O.,bientôt deséclairs illuminent les ténébreset nous entendonslessourds grondements du tonnerre. L'orage est encore très loin de nous et paraît suivre une direction opposée, mais rous craignons à tout instant d’être attirés dans son tourbillon...
J'étais en train de sommeiller, quand Castillon me réveille inopinément. Le Centaure se livre à quelques excentricités : sans nous prévenir, le voilà qui rebondit à son altitude antérieure de 5,000 mètres etil ne fait pas chaud là-haut, je vous prie de le croire; les manteaux ne nous suffisent plus et nous nous enveloppons dans les bâches du ballon, nous respirons force oxygène et <ouhaitons la fin de cette montée glaciale. Mais à quelque chose, malheur est bon et ce pauvre Centaure, que nous nous étions permis de critiquer, après avoir atteint son altitude de 5,000 m. redescend tellement doucement que cela nous est une grande économie de lest ; il met plus d'une heure en effet pour revenir à la cote de 700 mètres. Nous dormons à tour de rôle, Castillon et moi, mais nos quarts sont de plus en plus courts et le pilote de service à toutes les peines du monde à réveillér son compagnon, qui fait
ja sourde oreille ct ne se décide à sortir du fond de la nacelle qu'en grognant. Celui ‘qui veut arracher l'autre au sommeil doit lui crier que le Centaure rebondit à 5,000 mètres ct de fait le vieux madré se livre à plusieurs reprises dans la nuit à ce jeu de montagnes russes ct chaque fois c'est à celui de nous deux qui se précipitera le plus vite sur les tétines du tube d'oxygène.
Pendant l'une de ces ascensions forcées, l'un de nous, ct je n'ose pas dire lequel, émet l'idée de vendre le Centaur2 à notre arrivée en Russie, nous allons même jusqu'à en discuter le prix; mais bientôt nous nous regardons tous Îles deux à la lueur de la lampe électrique comme des malfaiteurs qui viennent de tramer un abominable forfait; quel crime plus affreux aurions-nous pu commettre que la vente de ce bon ct glorieux Centaure et nous pensons aux remords qui ont dû torturer pendant toute leur existence les frères de Jos:ph. En dessous de rous, depuis déjà
longtemps, les cris de milliers d'oiseaux de marécage troublent le silence de la nuit : TS UT /
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D agramm: de la deuxième ascension de France ea Russie,
Départ : Paris- Vincennes, 9 octobre, 5 h. 2) soir. — Atterrissage près de Korosticief (Russie ; 7e I ; 11 octobre, à h. 5. matin.
c'est un véritable concert ou mieux une vraie cacophonie de sons discordants et, dominant tout ce bruit, le coassement lugubre cet monotone du crapaud nous impressionne désagréablement. Nous traversons en ce moment les immenses ct interminables marais de Pinks, dont les vases mouvantes sont le cercueil de quiconque ose s'y aventurer. Cette vaste contrée, qui a des centaines de lieues de superficie, est absolument déserte. Aucur étre humain ne s'y hasarde, car les quelques malheureux qui ont tenté l'assaut de ce territoire ont été perdus à jamais.
Et c'est là la supériorité remarquable et incontestée du ballon sur tous les autres engins de locomotion; il peut sans crainte et avec la plus grande facilité franchir ces espaces vierges, inaccessibles à tout autre moyen de transport.
A l'Est, les nuages prennent des teintes plus douces; l'orage a complétement disparu et déjà l'on devine la fin des ténébr.s. Peu à peu, la terre apparaît plus nettement : encore quelques minutes et, pour la deuxième fois, l'aurore vient nous égayer. Des plaines étendues défilent sous nous, semées de loin en loin de groupes de pauvres chaumières au milieu desquelles surgit un monument surmonté de clochetons et de dômes aux formes bulbcuses et aux couleurs éclatantes: les uns dorés, les autres au contraire tout argentés resplendissent aux premiers rayons du soleil naissant : ce sont les églises paroissiales du style byzantin.
Nous sommes donc en pleine Russie, nous ne pouvons avoir aucun doute à cet égard. Il ne nous reste plus que 2 sacs 1/2 de lest; nous allons dans un moment étre chauffés par le soleil quitentera de nous enlever dans les hautes régions; nous n'avons pas assez d'oxygène pour nous permettre ce nouveau bond en bauteur. Aussi, nous décidons de poursuivre notre voyage le plus près possible du sol en soupapant continuellement pour compenser l'effet produit par la chaleur solaire
Dans le lointain, nous apercevons une ville assez importante : c'est la première que nous découvrons depuis le matin; nous marchons droit dessus et elle est suivie de forêts dont nous ne pouvons apercevoir les limites. Nous jugeons donc prudent de descendre dans les environs de cette ville, car qui sait, avec le peu de lest qui nous reste, quand nous pourrons en atteindre une autre,la population paraissant dans ces contrées quelque peu moins dense que dans le département de la Seine. Le guiderope touche terre et nous arrivons sur les faubourgs de la petite ville; notre corde traîne sur les toits de chaume au grand ahurissement d'êtres barbus qui lèvent les bras vers nous en vociférant des paroles inintelligibles; mais les faubourgs sont vites passés ct nous sommes en forêts. Le guiderope accroche d'arbre en arbre, la corde d'ancre est déroulée. Nous arrivons à une clairière, je jette l'ancre qui mord dans un arbre fourchu, durant que Castillon tire de toutes ses forces sur la soupape; la nacelle touche terre doucement et le ballon s'incline au milieu de Ja clairière, à moitié dégonfilé. Le Centaure est définitivement arrêté; notre voyage aérien cst terminé.
De tous les coins de la forêt, à travers les buissons, de dessous les hautes futaies accourent des hommes et des femmes. Les premiers, vêtus d’une tunique serrée à demi-corps, de pantalons bouffants et chaussés de bottes, se précipitent à notre appel sur la nacelle qu'ils maintiennent de toutes leurs forces. Les femmes se mettent à jaser entre elles et D'eu sait si elles sont bavardes! leur costume est des plus pittoresques; elles portent, comme les hommes, des tuniques ajustées à la taille, mais leurs bottes plus élégantes sont en cuir rouge ou jaune.
Nous avons, il faut l'avouer, beaucoup de difficulté pour nous faire comprendre. Enfin, à force de pantomime, deux braves moudjicks consentent à nous installer dans leur charrette pour nous conduire à la ville.
J'étais vêtu à ce moment de ma peau de bique et une des femmes en tirait les poils avec curiosité, pensant sans doute que c'était mon pelage naturel. Aussi quand j'ôtai mon manteau, sa stupéfaction fut grande.
Pendant notre trajet jusqu’à la ville, je dépliais ma carte et cherchais à me faire indiquer le point de notre atterrissage. Mais, tandis que l’un de mes conducteurs me montrait les environs de Moscou, l’autre me pointait Bucarest. Devant ces renseignements un peu contradictoires, nous dûmes nous résoudre à attendre notre arrivée à la ville pour connaître le lieu où nous nous trouvions. Nous avions aussi, en route, cherché à faire comprendre à nos guides de nous mener à l'hôtel, et nous pensions y avoir réussi. Aussi fûmes-nous très étonnés quand, au lieu de nous arrêter devant un hôtel, nos moudjicks nous descendirent au poste. Ils étaient agents de la sûreté. Le chef de police nous recut d'une manière charmante, nous offrit du thé, nous présenta à sa femme, à ses filles, mais nous fit comprendre, cela toujours par gestes, que nous étions prisonniers; puis il partit d'un air mystérieux, en nous faisant signe d'attendre. Pendant ce temps, sa femme, très aimablement, nous roulait des cigarettes pour adoucir notre captivité. Enfin, au bout d’une heure, notre excellent gcôlier revenait et nous faisait signe de le suivre; il nous conduisit à travers la ville, au milieu d'une foule formant la haie sur notre passage et nous dévisageant d’une façon fort incivile. Puis, nous arrivâmes à une maison de bel aspect, au milieu d'un parc, où un monsieur âgé nous reçut fort bien. C'était, à ce qu'il paraît, un général russe; il parlait admirablement le français.
À partir de ce moment, nous püûmes nous expliquer et savoir exactement où nous nous trouvions. C'était la ville de Korostichef, dans la province de Kiev, capitale de la petite Russie ; nous étions donc en pleine Ukraine, chez les Cosaques, au pays de Mazeppa.
Le géréral de Plemiannikoff est un charmant homme; il connaît fort bien Paris
L'AÉROPHIILE 173
où, d'ailleurs, il vient chaque année, sans s'y ennuyer, nous dit-il. Il fit venir du district de la police les autorisations nécessaires pour nous permettre d'arriver jusqu'à IKiev, où nous serait délivré le passeport indispensable pour retraverser la frontière russe. Le permis de quitter Korostichef arrivait le vendredi matin, et la
chaise de poste particulière du général nous conduisit jusqu'à la gare, distante de 28 verstes.
Le soir même, nous étions à Kiev, dorlotés et choyés durant tout le trajet par des russes et des Polonais, qui nous repassaient de mains en mains. À Kicv, cela continua: on nous fit fête, et des diners copieux se succédaient sans interruption. Nous en étions malades, et dire que nous étions prisonniers. Les Russes ont une facon vraiment très joyeuse d’infliger la captivité; ils ont aussi des estomacs de
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= — Premier voyage aérien de France en Russie. Durée : 21 h. 34m. — Parcours : 1,237 kilomètres. Départ : Paris-Vincennes, 30 septembre, 4 h. 4% soir, — Alterrissage près de 3rzeknysnski (Russie), 1e: octobre, 2 h. 48 soir,
Deuxième voyage aérien de France en Russie.
Record de durée sans escale : 35 h. 45 m, — Record de Ia plus longue distanse parcourue sars escale : 1,922 kilomètres.
Départ : Paris-Vincennes, 9 octobre, 5 h. 2) soir. — Atterrissage près de Korostichef (Russie), 11 octobre, à h. 5 matin.
premier ordre et, depuis ce voyage, je comprends la facilité avec laquelle ils ont pu subir, lors de leur passage à Paris, huit jours de fêtes endiablées.
Entre nos festins pantagruéliques, nous visitons Kiev, bâtie sur des collines, au bord du Dniéper, qui roule ses eaux jusqu'à la mer Noire. Des monuments anciens et principalement des églises ornent la cité, l’une des plus curieuses et des plus visitées de toute la Russie. Enfin le lundi, le gouverneur nous romettait notre passeport, et le soir même nous repartions pour la France, à travers la Russie, l'Autriche, le Tyrol et la Suisse; nous devions subir successivement les tracasseries de trois douanes, et le vendredi matin seulement, nous débarquions à Paris.
Notre voyage avait duré 4 nuits et 3 jours, c'est-à-dire 84 heures, et en 36 heures à peine, le Centaure avait parcouru le même chemin.
4 Voilà donc, comme a dit notre excellent secrétaire général, M. Emmanuel Aimé, un ballon fatigué par 50 ascensions accomplies en 1 an 1/2, éventré en maints atter-
IE ae DÉCEMBRE 1900
rissages, couvert de déchirures fiévreusement réparées, alourdi par des raccommodages et des vernissages successi!s, rempli d'un impur hydrogène industriel et d'un gaz médiocre, un simple ballon de coton coûtant à peine le prix d’une voiturette à pétrole, un ballon sans prétention qui va plus loin, plus vite, plus économiquement que le plus rapide chemin de fer, que la meilleure et la plus coûteuse automobile. »
Vous n'êtes pas sans savoir, vous les fervents de l'automobilisme, que l'on a essayé en vain des courses automobiles en Russie. Le problème que la locomotion terrestre n'a pu résoudre, la locomotion aérienne s'en est fait un jeu. Non pas un ballon, mais une flottille aérienne complète, partie de Paris, s'est éparpillé jusqu'aux confins de l'Allemagne, jusqu’en pleine Russie. les aéronautes les moins favorisés n'ont trouvé comme limites à leurs courses aventureuses que des mers éloignées: la Baltique. La locomotion acrienne a donc fait un grand pas.
Grâce au ballon, l'immensité inabordable des continents est devenue une fiction, Là où les voies terrestres sont impraticables, les voies aériennes sont ouvertes. Ce mouvement, auquel l'Aéro-Club est fier d'avoir apporté sa contribution, s'étend chaque jour. L'aéronautique n'appartient plus maintenant à la Chimere, elle appartient à la Science, non pas seulement à la science théorique, mais encore à la science pratique. Tous les jours les ballons viennent nous apporter leur contingent d’observations précicuses à la physique et à l'astronomie; la météorologie, encore faite de probabilités, deviendra une science exacte, grâce aux efforts ininterrompus des fervents du ballon.
Unissons-nous donc tous, Messieurs, pour le progrès de la locomotion aérienne, aucune étude n'est plus belle ni plus attachante.
Rêvez un peu au ballon. Car comme l'a écrit un de nos plus grands poètes, José-Maria de Hérédia, dans un élan sublime : & Rêver, c'est déjà vouloir, c'est presque pouvoir. »
Pour terminer, laissez-moi vous remercier du fond de mon cœur, de m'avoir écouté si attentivement. Une jeune femme disait : & J'aime qui aime mon chien »; ch bien moi, j'aime qui aime l'aéronautique, et je vous aime tous, car tous vous aimez déjà ou vous aimerez bientôt l'aéronautique.