CONCOURS DES HOPITAUX
Médecins, Chirurgiens, Accoucheurs, Ophtalmologistes et Oto-rhino-laryngologistes.
Tout le personnel médical des hôpitaux est recruté au concours, depuis l'externe et l'interne, jusqu'au chef de service.
Ce système de nomination par le concours, admis de tous comme un bon moyen de recrutement pour l'externe et l'interne, n'est pas, aujourd'hui surtout, à l'abri de critiques quant à la nomination des cliefs de service, médecins, chirurgiens, accoucheurs, ophtalmologistes, oto-rhino-laryngologistes.
Il faut avouer que beaucoup de ces critiques sont fondées ; si la nomination par le concours, malgré ses imperfections, paraît en principe préférable au simple choix à beaucoup d'esprits éclairés et libéraux, ce n'est qu'à la condition expresse que le concours soit adapté aux exigences scientifiques du temps. Or, Ici qu'il existe aujourd'hui, le concours a YÏeilli ; il n'est plus en rapport avec les méthodes modernes de travail. On l'accuse, avec raison, de s'appuyer ti'op sur la mémoire, de ne pas donner une part suffisante à l'originalité du candidat ; on l'accuse, avec justice, d'exiger une préparation exagérément longue et fastidieuse et de comporter des épreuves d'un autre âge. Aussi bien, de nombreuses tentatives de réformes dans le sens delà simplification des épreuves et de leur modernisation ont-elles été formulées et quelques-unes tentées ; mais, il faut l'avouer, le résultat obtenu est nul et la raison de cet insuccès tient à ce qu'on n'a jamais osé toucher au fond du système. Moderniser le concours veut dire : substituer les épreuves de titres aux épreuves de mémoire ; hors de là, toute modification du règlement est superficielle et scientifiquement d'aucun intérêt.
En ce qui concerne le concours de Médecine, en particulier, furent introduites en iSqç) des modifications sur lesquelles on comptait beaucoup ; mais comme elles portaient plus sur la forme que sur le fond elles n'ont naturellement pas donné les résultats qu'on en attendait. Letulle formulait alors, en des termes que nous croyons intéressant de reproduire intégralement, des critiques qui n'ont rien perdu de leur actualité.
« La que.'lion est de savoir si la formule actuelle est; la meilleure, sinon la plus simple.
On connaît l'ordre et la nature dos épreuves imposées à tout candidat au liurcau central. Le concours consiste en deux séries d'épreuves bien distinctes : i" épreuves d'admissilnlité ; 2" épreuves définitives.
CHEFS DE SERVICE
I. — Le concours commence parune composition écrite, commune à tous les candidats ; le jury proposé un sujet de pathologie médicale comportant réglementairement un chapitre d'anatomie pathologique. Trois heures sont accordées aux candidats pour la rédaction 'de leur travail; aussitôt commence la lecture des copies, après tirage au sort.
La seconde épreuve est une éprei.ive clinique à l'hôpital. Chacun des candidats, à tour de rôle, après tirage au sort, examine, pendant quinze minutes, un malade choisi par un jury, et vient aussitôt exposer pendant un quart d'heure, en public, son diagnostic, son pronostic, et le traitement qu'il propose.
C'est après cette épreuve, extrêmement aléatoire, qu'a lieu la sélection spéciale qu'on appelle V admissibilité.
IL — Quel qu'ait été le nombre des candidats de la seconde épreuve, l'admissibilité ne conserve qu'un nombre fixe de candidats, proportionnel à celui des places mises au concours. La règle est d'accepter dix candidats s'il y a trois places au moins, douze s'il y en quatre, quinze s il y en a cinq et dix-huit s'il y en a six.
Voilà donc des candidats admissibles aux dernières épreuves dites définitives, qui sont au nombre de trois.
à) Une épreuve orale, théorique sur un sujet de pathologie médicale. Après vingt minutes de réflexion, le candidat fait une leçon en public pendant vingt minutes.
b') Une épreuve clinique sur un malade : vingt minutes d'examen et vingt minutes de leçon.
c) Une consultation écrite sur un malade : quinze minutes d'examen et trois quarts d'heure de rédaction.
IIL — Telle est, rapidement esquissée, la physionomie générale des épreuves. On voit, par conséquent, que pour arriver jusqu'à la fin du concours et se trouver en ligne, il faut non seulement posséder une instruction solide et un grand sens clinique, mais encore rencontrer une série continue de hasards favorables.
En ell'et, et c'est là un des côtés les plus défectueux du mode de recrutement actuel, tous les candidats sont, au début du concours, sur un pied d'égalité parfaite : le nombre des concours déjà subis, les demi-succès déjà obtenus et dont la cote n'est qu'approximativement fournie par le nombre des admissibilités antérieures, rien ne compte avant l'épreuve.
On dira bien, et nombre de nos collègues répètent à satiété, que la composition écrite placée au commencement du
concours, ne saurait nuire en aucune façon aux anciens candidats, pas plus qu'elle ne favorise les nouveaux.
A cela, le plus grand nombre des juges répondent : La préparation incessante d'une composition écrite annihile, ou du moins immobilise pendant des mois la masse des candidats. Ces candidats sont des médecins de valeur ; beaucoup d'entre eux voudraient, en dehors de leur vie professionnelle (à laquelle ils sont bien obligés de sacrifier chaque jour de longues heures), faire quelque chose pour leur avenir, travaillerau laboratoire, préparer, dansla mesure de leurs moyens, leurs titres scientifiques. Or, apprendre par cœur les idées théoriques des auteurs, fabriquer des plans de conférence, s'user dans la contemplation stérile des doctrines médicales régnantes, est-ce là une bonne préparation au poste que ces jeunes gens convoitent ? 11 suffit de poser la question.
Le candidat déjà prêt, médecin instruit, digne d'être nommé, capable d'efforts sérieux et productifs, se trouve, grâce au mode actuel de recrutement, obligé de repasser ses questions plusieurs semaines, plusieurs mois avant la première épreuve. El les concours se multiplient ; et les années fuient, apportant avec l'âge l'écœurement de cette existence chroniquemeut éteinte, de cette vie d'attente, fiévreuse pendant les épreuves, découragée dans les intervalles, en raison de chaque nouvel insuccès. Pour ma {)art, que de confessions douloureuses déjà reçues, que de plaintes entendues, formulées non contre les juges ni contre les injustices plus ou moins flagrantes, sinon inévitables des jurys, mais contre la stérilisation des candidats !
Le mal, tout le monde le reconnaît ; nous en souffrons tous, juges aussi bien que candidats. Y a-t-il un remède ?
La preuve la plus tangible de cet état de souffrance, je la trouve dans les modifications même apportées, il y a une dizaine d'années, à l'ordre des épreuves du concours des hôpitaux (médecine). Jadis, la première était Tépreuvc clinique, la plus terrible de toutes, puisqu'on y jouait sa nomination sur ime erreur de diagnostic.
Les aléas de cette épreuve, cl surtout (je le crois du moins) le nombre formidablement croissant des candidats, la firent rejeter au second plan et l'on décida de commencer par la composition écrite, jusque-là réservée aux seuls admissibles.
Mais, comme l'échec peut être absolu dès la première épreuve, les candidats nont-ils pas raison de préparer avec
CHEFS DE SERVICE
un courage aveugle celle leçon Ihôorique ? Du coup, voilà lous nos candidals transformés en concurrenls à l'agrégalion ! Us savent par cœur des milliers de noms propres ; aucune des théories palhogéniques les plus modernes n'aura de secrets pour eux. En attendant, ils oublient la médecine et la clinique, pour laquelle, après tout, ils devraient être le mieux préparés en leur qualité de futurs médecins d'hôpital. La clinique est ainsi forcément délaissée, et la deuxième épreuve y perd d'autant.
Ironie du sort, depuis que la formule du concours des hôpitaux est de la sorte transformée, le concours pour l'agrégation s'est modifié en sens inverse ! L'épreuve . écrite, la grande épreuve, jadis la première du concours, a été supprimée, pour celle raison péremploiro que les candidats à l'agrégation, perdus dans la préparation théorique et littéraii'e de la composition écrite, abandonnaient les travaux scientifiques et désertaient les laboratoires.
Le paradoxe est crianl : les candidats au Bureau Central doivent être plus théoriciens, plus scholastiques que les candidats au professoral.
IV. — Ceci dit, car je ne veux pas développer outre mesure le thème, voyons le remède à proposer. Tout d'abord, une remarque préalable, que je ne me crois pas autorisé à faire trop cruelle : il est ulile et même urgent de songer à une réforme ; tous les juges des concours récents sont d'un a^ is unanime à cet égard.
Donc, réformons ; mais tâchons de ne pas aggraver la situation, déjà déplorable, faite à nos candidals. Songeons qu'ils sont la fleur de notre corporation, puisque l'avenir est entre leurs mains.
Ici, je parle en mon seul nom ; mes projets sont discutables, acceptables ou impossibles, ce sera à notre Société médicale des hôpitaux et à l'Assistance publique de les juger. Il faut trouver un moyen qui, sans allonger le concours outre mesure, assurerait à nos candidats une vie de travail possible, en môme temps qu'elle ne bouleverserait pas à nouveau les éléments du concours. Voici un projet que plusieurs de mes collègues n'ont pas trouvé mauvais :
Le nombre des candidats au Bureau central augmente chaque année dans des proportions singulières. Parmi ces candidats, un certain nombre ont été une ou plusieurs fois admissibles ou (Micorc ex lequo d'admissibilité (ce qui veut
dire qu'ils ont obtenu, à un ou plusieurs concours, un point identique à celui du dernier admissible). Malgré la meilleure volonté possible, les juges, condamnés à écouler les 6o ou 70 copies écrites sur un même sujet, se fatiguent ; ils exposent la cote de l'épreuve à des oscillations fâcheuses, dangereuses surtout pour les dernières lectures.
A un autre point de vue, il est sage de se demander si la justice est équitablement satisfaite quand les candidats qui ont déjà fait leurs preuves, je veux dire qui sont allés précédemment jusqu'à l'admissibilité, sont exposés, comme des débutants, aux iluctuations d'une cote plus ou moins mal taillée. S'il n'en est pas ainsi, si la copie d'un anrien est assurée d'une note suffisante, quelle que doive être la valeur de l'épreuve, à quoi bon exiger cette feinte égalité ? Pourquoi ne pas accepter, d'emblée, une distinction fondamentale entre les candidats antérieurement adinitisibles et les non encore adminsiMles ?
Telle est la base de la réforme -cjue plusieurs d'entre nous proposent.
Faire du recrutement des médecins des hôpitaux un concours à deux dfif^réa, basé sur le nombre des admissibilités antérieures : 1° Prendront part au concours d'admissibilité tous les candidats non encore admissibles ou n'ayant obtenu jusqu'alors qu'un ex lequu d'admissibilité : ne prendront part au concours de nomination que les admissibles.
Le choix devant se faire parmi ces derniers, ce procédé assure aux candidats ayant failli déjà arriver une récompense qui leur comptera elTectivcment. Il les débarrasse des angoisses inutiles des premières épreuves et, leur garantissant davantage l'avenir, leiir permet de travailler dans l'inlervalle des concours autrement et mieux que par le passé.
Nous entrevoyons dans cette disposition des épreu\es plusieurs avantages pour les candidats : moins de tenqis perdu, une appréciation plus é(|uilable de leurs elTorts. J'ajoute qu'il serait facile, avec un jieu de bonne volonté, d'y mellre aussi plus d'impartialité obligatoire pour les membres du
Voici comment : Supposons cpu^ trois jilaces de médecins des lR)])itaux soient aujourd'hui vacantes. Le concours est ouvert : les candidats jusqu'à présont admissibles y prennent part. Ils subissent avec une rapidité qui peut être jugée par un j)ctit nombre de séances, par conséquent en moins d un
CHEFS DE SERVICE
■mois, les trois épreuves actuellement établies pour l'admis- ■sibilité. Les nominations sont dès lors faites.
V. — Alors commence la 2"= série du concours, c'est le concours d'adiinssihilité ; il y a, je suppose, neuf places d'admissibles à donner ; les 65 ou 70 candidats encore non -admissibles y prennent part.
Quelle que doive être la teneur de ce concours, et puisque l'épreuve écrite est e.xigée (à tort selon moi), que l'épreuve écrite commune à tous soit autant que possible anonyme.
Le même jury, celui qui vient de fonctionner, ou un nouveau jury propose le sujet ; les candidats composent et la lecture des copies numérotées au iiasard est faite par une commission spécialement constituée. Il suffirait que les candidats aient le droit de recopier leur composition le lendemain de l'épreuve pour que la lecture en soit matériellement facile. La copie est anonyme, n'a qvi'un numéro d'ordre ; les lecteurs qui sont des juges cboisis et cajiables, rétribués au besoin largement, donnent leur cote, qui fait loi ; une séance publique permet au jury do prendre connaissance des noms des candidats ayant obtenu les meilleures notes et la deuxième épreuve commence aussitôt.
Voilà donc 35 ou /|0 candidats ap])elés à subir la deuxième épreuve. Quelle sera cette deuxième éprouve d'admissibilité Faut-il faire une leçon théorique sur un sujet de pathologie ':' Ne vaudrait-il pas mieux proposer aux candidats une épreuve clinique semblable à la deuxième épreuve actuelle (examen ■d'un malade et leron d'un quart d'heure) Cette seconde hypothèse me paraît préférable, en ce sens qu'elle forcerait les candidats à la gymnastique la plus favorable au développement et au perfectionnement de leurs qualités de cliniciens. Les trois premiers seraient déclarés admissibles et auraient le droit do prendre part au prochain concours de nomination.
Ce concours d'admissibilité pourrait être terminé en douze séances, c'est-à-dire en un mois, y compris, bien entendu, la durée de la lecture des copies. Ainsi réunis, les deux concours ne dépasseraient pas deux mois, comme actuellement notre concours unique. Les travailleurs, un fois admissibles, n'auraient f)lus qu'à s'entretenir dans la clinique hospitalière et pourraient donner le moUleur de leur temps et de leurs efforts à la préparation de travaux originaux, c'e recherches personnelles.
Nous ne verrions plus ces cohortes de vétérans res[)ec-
LVEscui.APK. 18
tables, condamnés à repasser, comme des jeunes, leurs questions, à l'instar des candidats à l'internat.
On saurait dans le monde des médecins d'avenir qu'après l'admissibilité les aléas sont moindres, la première étape une fois franchie.
Tout le monde y gagnerait, candidats et juges : les premiers par le sentiment de leur demi-nomination, sitôt l'admissibilité acquise, les derniers par la certitude d'un choix plus précis, le nombre des candidats à la nomination étant plus restreint. Enfin, la corporation tout entière y trouverait un bénéfice, en relevant à ses propres yeux l'appréciation des efforts déjà récompensés et en assurant enfin aux générations qui nous suivent tous les éléments d'impartiale justice qu'elles attendent de nous.
Les réformes de 1899 n'ont donné satisfaction ni aux juges, ni aux candidats. Depuis lors le jury a changé son procédé de scrutin ; celte modification ne semble pas avoir été bien heureuse et aujourd'hui encore une commission de réformes prépare un nouveau programme.
Tableau synoptique des concours depuis 1872:
Médecine.
•Années
Nombre Nombre
de de Candidats nommés
candidats places
( Fernet, Lecorché,
(3/1 3 ) ) Damaschino.
•872- I 33 3 i ) Marlineau, Hayem,
\ Ferrand.
\ l\igal. Audhoui,
1873. 27 3 ^ Duguel.
„, „ ( Gérin-Rose, d'Heilly,
1874. 34 6 ^ Lépine.
36 2 Grancher, Liouville.