Enquête de la Cour de cassation, t, 330 (Stock
guerre n'ait pas voulu convoquer les deux agents que M.Labori appelait à la rescousse de Berlin et de Rome? S'étonnera-t-on que le communiqué du gouvernement allemand ne l'ait point ébranlé? Et n'était-il pas en droit, n'avaitil pas raison d'écarter les témoignages qu'il a négligés, de même qu'il était en droit et qu'il avait raison, nous Tavons établi plus haut, de provoquer tous ceux dont il a fait état ?
De cette enquête, régulière et complète, que ressort-il donc?
D'abord l'inanité de la plupart des révélations qui ont servi de base à la campagne révisionniste. Pour infirmer le jugement de 1894, on a dit tour à tour que le bordereau avait été fabriqué de toutes pièces par un agent désireux de gagner des mensualités, que les documents livrés pouvaient être recueillis par n'importe
3ui, n importe où, que s'ils n'étaient pas à la isposition d'un officier de troupe comme Esterhazy, ils lui étaient fournis par Henry, son complice.
De ces allégations contradictoires rien ne subsiste : M* Démange reconnaît que le bordereau a été envoyé avec les documents (1); il
1. Déjà le comte Tornielli avait déclaré à M. Trarieux que les pièces énumérécs au bordereau avaient bien été communiquées à l'attaché militaire allemand. (Enquête de la Cour de cassation, publiée par Stock, 1, 465.)
ne doute pas de son authenticité (4); il écarte toute idée de complicité d'Henry avec Esterhazy (2). Pour lui Henry est un homme «loyal, honnête, incapable de mettre la main dans la main d'un traître (3) ». M. Cavaignac établit que € le bordereau contient lui-même, indépendamment des documents qui y étaient joints, un acte de trahison fondamental > ; qu'il constitue par ces mots : quelques modifications seront apportées au nouveau plan, « la livraison d'une décision prise à Tétat-major dans les négociations les plus intimes de la direction (4) ». Et le général Deloye, qui n'a pris aucune part au procès de 1894, qui, à Rennes même, veut se confiner dans ses fonctions d'expert purement technique et se défend de formuler une opinion sur Dreyfus, le général Deloye, poussé dans ses derniers retranchements par M* Labori, s'écrie: « Le bordereau porte la preuve que celui qui Ta écrit était à la source... C'est un maître, un seigneur (5) ! »
On soutenait qu'un artilleur n'aurait jamais dit: la manière dont telle pièce s'est conduite. Et c'est précisément l'expression qui échappe au commandant Hartmann dans sa déposition du 2 septembre (6). On prétendait qu'un artilleur ne devait pas écrire non plus: le frein hydraulique mais bien : le frein hydropneumatique.
i. F. S., 8 septembre, iv, 2.