F. S., 6 septembre, iv^ 6, et v
soir de la parade en font foi (1). Il n'est pas seul à l'avoir entendue. Le commandant d'Attel. Ta saisie et interprétée comme lui ; carsi d'Attel, mort aujourd'hui, ne peut plus en témoigner, les déclarations précises, concordantes de l'archiviste Wunenburger et de l'officier d'ordonnance du général Brugère, le capitaine Anthoine, ne laissent aucun doute à cet égard (2). Aussi Dreyfus ne prétend pas que c'est une fable inventée de toutes pièces et après coup pour les besoins de la cause ; il se plaint seulement d'avoir été mal compris. On a cru qu'il parlait en son nom alors qu'il répétait en réalité une phrase de du Paty. « Le ministre sait que je suis innocent. Il m'a envoyé du Paty pour me demander si je n'aurais pas livré quelques pièces sans importance pour en obtenir d'autres en échange. » Voilà ce qu'il a dit et ce que ses interlocuteurs ont mal interprété.
Il est bien vrai que le 31 décembre 1894, le jugement une fois rendu, pour mesurer exac-
1. Le compte rendu de la dégradation parut dans le Temps daté du 6 janvier d895 et se terminait par les lignes suivantes (page 1. col. 6) :
« Dans la cour on raconte qu'Alfred Dreyfus aurait « fait allusion à sa conduite en parlant à ses gardiens, € alors qu'il attendait l'heure d'être conduit dans la € cour où il devait expier. Nous avons pu contrôler 4L ses paroles; les voici à peu près textuellement:
« Je suis innocent. Sifai livré des documents à Vétran- « ger^ c^était pour amorcer et en avoir de plus considéra- € blés; dans trois ans on saura la vérité j et le ministre lui- € même reprendra mon affaire. >
2. F. S., 19 août, V. — 24 août, iv. — 31 août, ii. — Enquête de la Cour de cassation (Stock), i, 326»
tement les conséquences de la trahison et y porter remède, le général Mercier envoya le colonel du Paty dire à Dreyfus que « sa condamnation était prononcée et définitive, mais 3ue le gouvernement pourrait montrer de Tinulgence dans l'application de la peine s'il voulait préciser les documents dont TAUemagne avait été mise en possession de son fait (1). »
De là à douter de sa culpabilité, à lui suggérer qu'il était peut-être victime d'un zèle imprudent, d'une tentative faite en vue d'obtenir des documents en échange de ceux qu'il livrait lui-môme, il y a un abîme. Et cet abîme n'a pas été, ne pouvait pas être franchi: le bon sens l'indique, alors même que les déclarations du général Mercier et du colonel du Paty (2), très catégoriques à cet égard, ne mériteraient aucune créance. Car enfin qu'est-ce que l'amorçage? Le fait d'entrer en relations avec l'étranger et d'en profiter soit pour l'induire en erreur par de faux renseignements, soit pour espionner à l'aise à l'intérieur de ses frontières, au profit du pays que l'on veut réellement servir. les agents qui se livrent à ces pratiques vont au dehors; ils se font payer en espèces non en nature, et leur rôle serait évidemment percé à jour s'ils allaient réclamer, pour prix de leurs rapports, des secrets au lieu d'argent. Voit-on un officier étranger recevant en France des notes d'un officier français et lui remettant en retour à titre de salaire des documents sur son propre pays? Voilà pourtant l'absurdité que le